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- DRACO -
Il n'y avait rien de normal dans cette situation. Ni l'endroit où il se trouvait, ni la tenue qu'il portait, ni les gens qui l'accompagnaient. Si on lui avait décrit ce moment, ne serait-ce qu’une semaine plus tôt, il aurait éclaté de rire et n'aurait même pas éprouvé le besoin de répliquer tellement tout était absurde.
Draco était assis dans ce qu’Edel avait appelé une télécabine. Une invention moldue métallique et grinçante conçue pour se balancer dangereusement, suspendue à un câble rouillé.
Il portait une combinaison de ski. Un uniforme affreux, matelassé de haut en bas, qui lui donnait l'apparence d'une mandragore sortie du pot. Il était chaussé de choses aussi souples et légères que deux armures de plomb, équipées de crochets en plastique fragile destinés à l'arrimer à un accessoire de locomotion impossible à contrôler.
Quant aux gens qui l'accompagnaient…
À ses côtés – son cœur s'accéléra à cette pensée et une once de soulagement redressa les commissures de ses lèvres – à ses côtés se trouvait Harry. Harry Potter. Le Harry Potter. Et en fait, son Harry.
Il avait encore du mal à se faire à l'idée que leur relation fonctionnait. Que Harry l’avait accepté, pardonné, s'était mis à l'aimer. Qu'ils pouvaient désormais s'afficher ensemble. Harry n'était pas plus élégant que lui, sa tenue était même encore pire que la sienne, bariolée et pleine de neige, mais… l'air frais avait ébouriffé ses cheveux et ses yeux pétillaient de bonheur et de malice. Il était parvenu à maîtriser ses skis en quelques minutes à peine, et sa façon de mettre ou de retirer le masque de ses yeux était extraordinairement sexy.
Il avait posé sa main sur la sienne. L'épaisseur des gants ne permettait pas qu'il devine la chaleur habituelle de sa peau ou qu’il se perde dans les volumes et les aspérités connues de ses doigts, mais il ressentait tout de même un poids réconfortant qui irradiait de son poignet à son cœur. Il chercha le regard de Harry à l’instant où celui-ci tourna le visage vers lui, comme s’ils étaient connectés, et ils se sourirent.
Harry hocha doucement la tête, serra un peu ses doigts, puis il fit ce qu’il faisait de mieux : se montrer sociable et accommodant.
— Donc… Goyle. J’imagine que ce n’est pas la première fois que tu viens en Suisse ?
Gregory, qui était affalé en face de Draco, cligna des yeux et releva le museau à l’entente de son nom. Il vérifia dans la vitre à ses côtés si Harry ne s’adressait pas à un homologue spectral qui les accompagnerait le long de l'ascension puis, convaincu qu’on attendait une réponse de sa part, il renifla et grogna :
— Non.
Fin de la discussion. Pendant quelques secondes, il fixa Harry de ses globes oculaires vitreux, jusqu’à ce que ceux-ci perdent encore davantage de leur éclat. Draco comprit que cet échange avait suffi à l’épuiser.
Du coin de l'œil, il vit Harry hocher lentement la tête, l’air impressionné. La bêtise de Gregory pouvait avoir cet effet-là.
— Et… Et toi, euh… Edel ? Tu vis ici ?
Draco osa s’intéresser au dernier membre de leur petite troupe. Edel. La seule fille. La seule moldue. La seule étrangère. La seule inconnue. Et s’il ne s’agissait pas d’une plaisanterie, la future épouse de son seul et unique ami.
— Oui ! répondit-elle dans un grand sourire. Je suis née et j'ai grandi en France, mais depuis quelques années, j'ai choisi de m'installer en Suisse. J'adore les grands espaces et les gens d'ici.
Elle avait l’air normal, autant que Draco pouvait en juger. Elle exerçait un métier de moldu, possédait un chalet de moldu, et bavardait comme une moldue. Gregory lui avait expliqué qu’elle avait tenu à le rencontrer.
— Qui ? avait-il demandé, suspicieux.
— Edel.
— Qui est Edel ?
— Elle travaille à la boulangerie près de chez moi.
— Et pourquoi ta boulangère veut me rencontrer ?
— Elle dit que c’est mieux pour le mariage.
— Quel mariage ?
— Notre mariage. À Edel et moi. Il faut qu’elle rencontre le témoin.
— Quel témoin ?
Lui.
Après la mort de Vincent et de ses parents, Gregory s’était encore davantage accroché à Draco. Sa baguette avait été confisquée et brisée par ordre du Magenmagot. Il n’avait plus rien ni personne. Il ne se passait pas une semaine sans qu’il vienne lui rendre visite au bureau ou au manoir. Draco, qui ne croulait pas sous les signes d’affection, avait fini par éprouver un attachement sincère pour ce grand dadais. Il payait aujourd’hui pour cette insouciance.
La cabine grinça puis s'immobilisa.
- HARRY -
Pour Harry, Gregory Goyle avait toujours été une espèce de PNJ dans un monde trop évolué pour lui. Il était là pour donner du poids aux manigances du petit salopard qu’avait été Draco, pour lui obéir, pour peupler de silhouettes reconnaissables les cours qu'il partageait avec les Serpentard. Il ne s’était jamais demandé si le type avait des centres d’intérêt, des passions, des rêves pour le futur. Il était juste là. Il évoluait. Il vivait.
Quand il avait commencé à fréquenter Draco, Goyle s’était mis à faire de la figuration dans sa vie à lui aussi. Il l’avait invité à son anniversaire, l’été précédent, et l’avait observé avec un rien de fascination dévorer l’entièreté du barbecue qu’il avait préparé. Goyle n’avait pas prononcé un mot de la soirée, à l’exception d’un « bonjour » et de quelques « oui » ou « non » quand on s’adressait à lui.
Alors quand il avait convié Draco à rencontrer la future Madame Goyle, Harry avait été saisi d’une curiosité morbide absolument hors de propos : quelle femme normalement constituée pouvait vouloir de ça ? Il s’agissait forcément d’une foldingue. Une Sang-Pur dégénérée destinée à assurer une descendance à peu près viable à une vieille famille sur le déclin…
Non.
— Attends, attends, boulangère… Tu veux dire… qu'elle n’est pas sorcière ? avait-il cherché à préciser.
Goyle avait cligné des yeux de longues secondes avant que ses sourcils ne se plissent en signe d’incompréhension et qu’il ne cherche une aide chez Draco. Un Draco tout aussi perdu que lui :
— Une femme qui travaille ?! s’était-il exclamé comme s’il s’agissait d’un concept difficile à appréhender.
Ses sourcils s’étaient tordus davantage, et des gouttes de sueur s’étaient mises à couler sur son front rougeaud. Harry avait eu peur que l’imbécile ne leur claque entre les doigts, submergé par l’effort de réflexion.
— Bien sûr qu’on accepte de la rencontrer ! s’était-il exclamé pour mettre un terme au calvaire intellectuel de Goyle, dont le front s’était aussitôt détendu.
— On ?! s’était, pour sa part, offusqué Draco.
Et donc, le week-end venu, ils avaient acheté deux tickets de Portoloin pour Genève, loué deux ensembles de skis, et rejoint le chalet où Gregory les avait plantés en face d’une jolie brunette, aimable et sympathique, qui les avait accueillis avec un grand sourire. Elle leur avait aussitôt proposé de profiter des derniers rayons de soleil de la soirée pour faire une première sortie.
— Et tu skies depuis longtemps ? demanda poliment Harry.
— Depuis toujours ! À bien des égards, je trouve ça plus facile que de marcher !
Elle n’était ni laide, ni stupide, ni méchante, elle s’exprimait dans un anglais soutenu, et elle était même capable d’humour. Harry se demanda vaguement s’il était possible qu’elle ait été victime d’un philtre d’amour pour trouver un intérêt à son fiancé.
Soudain, la cabine émit un grincement sinistre, eut un soubresaut, puis s’immobilisa.
Draco s’accrocha à son bras.
— C’était quoi ?! paniqua-t-il. On va mourir ?!
— Je pense pas… marmonna Harry en jetant un coup d'œil à travers la vitre et en lui tapotant la main. Peut-être une panne ?
La cabine tanguait avec douceur. Un nouveau grincement se fit entendre, puis plus rien.
— Je n’aurais jamais dû accepter de venir, je vais mourir, et je vais mourir déguisé comme un saltimbanque, gémit Draco en se cramponnant à lui. Pourquoi j’ai accepté de venir ? Pourquoi j’ai…
Harry adressa un sourire gêné à la française qui lui faisait face. Elle n’avait pas l’air inquiète et son flegme était rassurant. Plus rassurant, en tout cas, que celui de Goyle qui semblait juste ne rien avoir remarqué.
— Il a le vertige, expliqua-t-il doucement, craignant que Draco ne se mette à parler de la sécurité des inventions moldues ou ne prie Merlin de leur venir en aide. Ça arrive souvent ?
— Ça arrive, répondit Edel. En général, ça repart au bout de quelques secondes.
— Quelques secondes sont déjà passées ! s’exclama Draco. On ne peut pas faire confiance aux…
— On peut faire confiance aux techniciens, intervint Harry sur un ton sévère, qui connaissent leur métier. Edel dit que ça arrive. Respire tranquillement, mon coeur, ça va aller.
Draco se laissa glisser le long du bras de Harry et finit par poser son front sur sa cuisse. Là, il adopta un rythme respiratoire soutenu, la bouche entrouverte et les yeux hermétiquement clos. Harry ôta l’une de ses moufles pour lui caresser les cheveux et l’apaiser. Il adorait ses cheveux.
— Et donc… reprit Harry, l’air de rien. Il parait que tu travailles dans une boulangerie ?
— Une boulangerie-pâtisserie, en fait. C’est comme ça que j’ai rencontré Gregory !
Facile à deviner. Goyle était depuis toujours une espèce d'ogre en moins joli. L'évolution de la relation vers une romance était plus ardue à imaginer.
— Et tu… Vous vous fréquentez depuis longtemps ?
— Hmmm, hésita Edel qui leva les yeux au plafond. Un peu plus de deux ans, je dirais ? Disons deux ans et demi ?
— Harry, ça fait une minute. Ça fait une minute. Ça fait une minute entière, commença à psalmodier Draco contre sa jambe. Ça fait une minute entière et bien plus que quelques secondes.
— Tout va bien, mon cœur. Je suis là.
Edel articula silencieusement une question à l’intention de Harry. Son niveau d’anglais n’était pas suffisant pour qu’il puisse lire sur ses lèvres, mais son coup de menton et son regard désolé vers l’homme sur ses genoux étaient assez équivoques pour qu’il comprenne ce qui la préoccupait. Il tâcha de la rassurer d’un sourire, secoua la tête, et poursuivit la conversation, l’air de rien :
— Goyle est pas bavard ! On savait même pas qu’il fréquentait quelqu’un jusqu’à la semaine dernière ! plaisanta-t-il.
— Ah, c’est ma faute. Je lui avais demandé de ne pas trop en parler tant qu’on n’était pas sûrs que ce soit sérieux entre nous.
— Vraiment ?! Pourquoi ?! s'exclama Harry, qui sentait enfin que sa curiosité allait être satisfaite.
Son intonation trop enthousiaste alla jusqu’à faire réagir Goyle qui tourna la tête vers lui pour le regarder d’un œil morne. Edel glissa sa main gantée sur son énorme paluche, et il baissa les yeux sur le geste tendre, avant de les relever vers le visage souriant de sa compagne.
— Je suis timide, prétendit Edel sans ciller.
Non, elle ne l’était pas. Elle soutenait le regard sans problème, s’exprimait sans hésitation et avait décidé de fréquenter un homme qui ressemblait un peu plus à un ours qu’à un humain. Elle cachait quelque chose.
— Harry, ça va faire deux minutes, chevrota une voix contre son aine.
- GREGORY -
Gregory ne comprenait pas pourquoi la télécabine ne redémarrait pas. Il ne comprenait pas pourquoi personne ne faisait rien. Il comprenait en revanche pourquoi le paysage avait cessé de défiler, et il en était plutôt fier : c’était parce que la télécabine ne redémarrait pas et que personne ne faisait rien.
Edel était belle. Elle ressemblait à une fleur. Elle en avait le parfum et la douceur. Elle lui avait dit que son nom avait rapport avec une fleur qui poussait dans la montagne. Il y pensait souvent. Il aimait la montagne. Et il aimait Edel.
La montagne était immense, lente et brutale, comme lui. Quand il aimait la montagne, il se mettait à s'aimer un peu.
Edel les aimait tous deux, lui et la montagne.
Il espérait que Draco aussi aimerait la montagne. Ce qui fonctionne deux fois fonctionne souvent trois fois. Sauf les remontées mécaniques. Les remontées mécaniques finissaient toujours par cesser de fonctionner. Après, quelqu’un faisait quelque chose et ça redémarrait. C’était dans l’ordre des choses.
Puisqu’il venait de penser à Draco, il pensa à regarder Draco.
Draco tremblait contre la jambe de Potter.
Pourquoi ?
— Pourquoi personne ne fait rien ? demanda-t-il lentement.
— … voudrais qu’on fasse ?
Potter avait répondu. Gregory n’avait pas tout entendu. Il hocha toutefois la tête. Potter avait répondu par une question et c’était donc au tour de Gregory de répondre. Il continua de hocher la tête, le temps de trouver ses mots et il admit :
— Rien.
Un silence s’installa dans la cabine.
— Trois minutes, Harry…
— Ça va aller, mon cœur. Regarde, Edel et Goyle ne sont pas inquiets, eux.
Gregory ôta son bonnet pour le donner à Draco qui tremblait peut-être de froid. Et puis il réalisa que Draco n’accepterait jamais de porter son bonnet et il le remit sur sa tête.
La télécabine ne redémarrait pas et Edel était belle.
Puisqu’il venait de penser à Edel, il pensa à regarder Edel.
Elle souriait et elle était belle.
— Je t’aime tellement, toi, murmura-t-elle avec ses yeux brillants.
- DRACO -
Elle était folle. Il allait mourir avec un abruti, une folle et avec Harry. Heureusement qu'il y avait Harry. Il avait compté deux-cent secondes. C’était énorme. Même un moldu a besoin de moins de temps pour faire la différence entre le mouvement et l’immobilité. Pourquoi ces machines ne possédaient pas d’échelles rétractables, en cas de danger ?!
Il se redressa d’un coup : peut-être que ces machines possédaient une échelle rétractable ? En cas de danger ?
— Tout va bien, mon cœur, prétendit Harry. Ça va redémarrer.
Draco ne répondit pas. Il fit maladroitement le tour de la petite cabine en tâtant les murs et les sièges en bois. Leur abri commença à se balancer au rythme de ses mouvements.
— Draco, tu veux bien t’asseoir, s’il te plait ?
Il glissa son gant dans l’espèce de poignée creuse que possédait la porte. Il tira, mais celle-ci resta close.
— Tu ne devrais pas y toucher, conseilla patiemment la française. De toute façon, elle ne s’ouvrira pas comme ça.
— Ne me dis pas ce que je dois faire ou ne pas faire ! cracha Draco dans sa direction. Bon sang, j’aurais dû prendre ma baguette !
— Baguette de pain, expliqua Harry. Au cas où ça dure plus longtemps que prévu. On a pas mangé avant de venir. Draco, tu veux bien arrêter ça ? Tu commences à me stresser.
Draco tirait de toutes ses forces sur la porte et la cabine commençait à tanguer dangereusement. Un éclair de génie le frappa soudain : voilà quelle était l’utilité de la taille et du poids de ses chaussures de ski ! Défoncer les inventions moldues récalcitrantes ! Il prit son élan et se mit à frapper la porte avec toute la puissance de ses longues jambes. La cabine se balança franchement et recommença à grincer.
- HARRY -
Harry n’était pas réellement inquiet. Même sans baguette, quelques sortilèges de coussinage étaient largement à sa portée. Un charme d’oubliettes, en revanche, était plus compliqué à improviser, et la perspective de devoir parler de la magie à une moldue inconnue dans une langue qui n’était pas la sienne l’épuisait d’avance.
Il soupira et jeta un coup d'œil à la française, mais son expression le figea d’un coup.
Ses yeux étaient fixés sur lui, pas sur Draco. Et son sourire était bien trop paisible pour être celui d’une jeune fille coincée dans une télécabine avec un inconnu qui cherchait à en défoncer la porte. Une télécabine qui se balançait de plus en plus dangereusement et aux grincements de plus en plus sonores et lugubres.
Puis Harry se secoua mentalement. C’était juste une fille. Une moldue. Une personne suffisamment bizarre pour être tombée amoureuse de Goyle, mais pas une personne mauvaise. Il se leva, tangua un peu sur le sol instable, et ceintura Draco en douceur pour l’éloigner de la malheureuse porte. La panique de Draco était contagieuse, mais Harry devait garder la tête froide.
— Calme toi, mon cœur. Je suis là.
- GREGORY -
Potter faisait un câlin à Draco et, même si Gregory avait déjà été témoin de ce genre de scène plusieurs fois, il avait toujours du mal à se faire à l’idée. On serrait dans ses bras son amoureuse, ou bien ses parents, ou bien son enfant, mais c’était bizarre d’embrasser un garçon quand on était soi-même un garçon.
Edel caressa ses doigts – sa moufle, en fait – et, puisqu'il venait de penser à Edel, il pensa à regarder Edel qui lui souriait. Elle était si belle qu'il lui sourit à son tour. Chaque jour qui passait ajoutait des tâches de rousseur sur son nez et des éclats dans ses yeux. Gregory se demandait jusqu'à quel point elle était capable d'embellir, et la notion d'infini, qu'il avait toujours eu un peu de mal à saisir, lui donnait le tournis.
Edel souriait, le monde retrouvait son centre pour se stabiliser autour de son sourire, et Gregory se sentait à sa place.
Et puis la voix de Draco claqua :
— Greg ! Aide-moi à défoncer ce truc !
Gregory pensait lentement mais réagissait vite.
- DRACO -
Harry était bon, Harry était gentil, Harry était – pour continuer à le dire poliment – crédule. Il n’avait pas encore pris conscience qu’il était vraisemblablement enfermé dans une cage moldue avec une chasseuse de sorciers !
Mais, même si Harry était crédule et que Gregory était… ce qu’il était, ils étaient trois et elle était seule.
Gregory se leva en un clin d'œil et, d’un seul coup de sa lourde chaussure de ski, il envoya voler la porte métallique vers l’extérieur de la télécabine. La déflagration obtenue résonna aussi fort qu’un coup de tonnerre et l’oscillation brutale précipita les trois hommes à terre. Un vent glacial s’abattit sur eux puis un Cridurut menaçant s’éleva à travers la montagne. Draco se redressa aussitôt, le visage pâle, cherchant à savoir à quel point ils étaient encerclés. Il était toujours emmêlé entre les bras de Harry et quand il releva la tête, il entendit un craquement sourd en même temps qu’il ressentit une douleur au crâne.
— Aïe !
Ils n’avaient pas le temps. Draco attrapa à l’aveuglette ce qui lui passait sous la main et voulut se précipiter vers l’extérieur. Les vêtements rembourrés étaient sûrement faits pour ça : pour amortir les chutes.
— Draco, arrête !
Mais son gant glissa sur la combinaison matelassée et Draco se retrouva de nouveau à terre, avec un Harry qui le ceinturait d’un bras et épongeait son nez qui enflait, tout en le fusillant du regard.
— Draco, calme-toi !
Draco pensait vite, mais réagissait lentement.
- HARRY -
Parfois, il fallait vraiment qu’il se rappelle des raisons pour lesquelles il aimait cet homme. Draco était tendre, pétillant, il avait un humour cynique et intelligent, il avait cette façon de cligner des yeux avec une grâce de biche et, quand ils se tenaient par la main, Harry avait l’impression que le monde se parait de couleurs plus vives et lumineuses.
Les pupilles de Draco se contractèrent dès qu’elles se posèrent sur sa blessure, sa peau pâle blanchit encore un peu plus, et son souffle se coupa dans sa gorge. Harry devina l’instant exact où Draco réalisa ce qu’il venait de faire. L’homme qu’il aimait étouffa un sanglot et se laissa tomber contre lui. Harry referma aussitôt ses bras autour de ses épaules pour le serrer contre sa poitrine.
L’alarme de sécurité résonnait dans toute la station et un message était répété en boucle à travers les haut-parleurs :
— … de ne pas forcer les portes ou de tenter de sortir par vos propres moyens. Ladies and gentlemen, gondola traffic will resume momentarily. Please remain seated and…
Malgré le grincement alarmant de la cabine qui continuait de se balancer, malgré les sirènes, Harry entendait les cris paniqués des moldus sur la piste. Décidément, oublietter l’ensemble des témoins serait hors de sa portée, et il avait de la chance que Draco ait fini par se calmer. Il huma l’odeur de son shampoing et oublia celle du sang. Il n'allait même pas pouvoir se soigner d’un episkey discret, étant donné le public rameuté, mais ça n’avait pas d’importance.
Il redressa la tête, un sourire confus aux lèvres, déjà prêt à détendre l’atmosphère avec une excuse improvisée sur une claustrophobie intermittente ou sur…
Edel n’était pas inquiète. Elle le fixait en souriant :
— Décidément, un véritable héros.
Contre son oreille, Draco chuchota :
— On est enfermés…
Harry comprit aussitôt que Draco ne parlait plus de mur ou de porte.
- GREGORY -
Satisfait de sa prestation, Gregory se rassit à sa place, aux côtés d’Edel. Les raisons qui avaient poussé Draco à réclamer l'ouverture de la cabine le dépassaient, mais son ami savait ce qu’il faisait. Gregory n’était pas du genre à poser des questions ou à discuter.
Quand Edel avait réclamé à rencontrer Draco, par exemple, il n’avait pas cherché à comprendre pourquoi. Il n’en avait pas besoin. Elle avait décidé de lui donner une explication parce qu’elle avait pressenti que son ami ne se laisserait pas si facilement convaincre. Edel était du genre à anticiper les choses.
— J’imagine qu’il n’y aura pas besoin d’une excuse pour que Harry Potter vienne également. Mais s’il ne le propose pas de lui-même, dis-lui simplement que ça me ferait plaisir.
Il lui sourit, même si elle ne le regardait pas.
- DRACO -
Draco sentit la main de Harry se crisper sur son épaule, et l'inquiétude de son compagnon le rassura d'un coup. Harry avait compris. Harry allait régler les choses.
Draco avait passé six mois à Azkaban avant de bénéficier d’une liberté surveillée, il avait appris à reconnaître les spécificités du sortilège anti-évasion. L’enchantement qui entourait leur cabine était puissant, très localisé et du genre impossible à détecter quand on ne savait pas à quoi s’attendre. Ils ne pouvaient pas sauter, ils ne pouvaient pas transplaner.
La voix de Harry avait les intonations assurées et froides de l'Auror quand il affirma :
— Oups, j'espère qu'on aura pas d'ennuis.
Puis, avec un peu plus de douceur :
— Viens, mon cœur.
Ils s'aidèrent l'un l'autre à se relever. Harry prétendit la présence d’un peu de neige ou de poussière pour épousseter son corps. Probablement pour tâter ses poches et constater par lui-même l'absence de baguette ou d'amulette. Il lui adressa ensuite un petit sourire réconfortant et désigna les assises d'un mouvement de la tête. Draco comprit qu'il lui fallait jouer la comédie et gagner du temps.
Il se réinstalla sagement à sa place et présenta ses excuses pour sa petite panique passagère. La moldue prétendit les accepter avec un air sournois et hypocrite. Gregory ne lui prêtait plus aucune attention.
Harry se positionna tout contre lui et passa son bras dans son dos pour faire mine de l’enlacer. Au bout de quelques secondes, Draco sentit un mouvement contre ses reins et devina les gestes cabalistiques de sécurité de base. Protego léger. Coussinage. Chaleur. Harry était capable de faire tout cela sans baguette. Mais l’idée qu'il s’occupe de le blinder de charmes de protection, lui, au lieu de s’occuper de sa propre sécurité l'effrayait.
Draco ne pouvait cependant rien faire d’autre que de détourner l’attention de l’ennemie.
— Et donc ? Que fait-on, normalement, quand il y a une panne ? demanda-t-il avec un ton qu'il espérait innocent.
— Oh, et bien, d'habitude, on attend que ça redémarre tout seul, chantonna la française. Évidemment, en général, personne ne défonce les portes, alors ça va plus vite. Mais ce n’est pas grave ! On peut aussi jouer aux cartes. J’ai toujours un paquet sur moi, au cas où.
Pour joindre le geste à la parole, elle ôta ses gants et sortit de sa poche un petit étui cartonné. Draco ne put empêcher une remarque acerbe :
— Oui. Normalement ça ne dure que quelques secondes, mais tu as toujours un plan de secours, au cas où.
— Draco… murmura Harry entre ses dents.
Draco ferma les yeux et souffla pour se calmer. Gagner du temps. Gagner du temps. Gagner du temps pour que Harry puisse agir.
— J’adore jouer aux cartes ! prétendit-il. C’est un tarot ? On pourrait se faire une partie de cul-de-Chouette : même Gregory connaît les règles !
— Avec plaisir ! s’exclama-t-elle alors qu’elle mélangeait ses cartes. Puis elle tendit son paquet à Harry et demanda : Tu coupes ?
Dans son dos, la main de Harry s’immobilisa. La garce avait tout prévu.
- HARRY -
À présent que Draco avait attiré son attention sur la magie qui les entourait, Harry avait réalisé à quel point ils étaient coincés. Il ignorait pourquoi, qui était la cible principale d'Edel et à quel point elle était douée. Un mangemort sous couverture ? Une orpheline née-moldue avide de vengeance ? Une attaque étrangère contre le Royaume-Uni ? Goyle était-il dans la combine ? Non, quand-même pas. Mais Harry n'était pas sûr que la loyauté du lourdeau irait à Draco si sa fiancée décidait de lui ordonner quoi que ce soit.
Peu importait. L'urgence était de se sortir de là. Sortir Draco de là. Goyle aussi, avec un peu de chance. Et se sortir lui-même de ce guêpier si Merlin décidait de lui accorder un petit coup de pouce en plus de la chance.
Harry était parvenu à commencer la transformation de sa moufle en portoloin d’urgence. Un sortilège complexe à réaliser sans baguette et sans voir ce qu’il faisait. En outre, il n’aurait pas assez de puissance pour les transporter très loin.
Mais il en était capable.
À condition de ne pas s'arrêter en plein milieu du rituel.
— J'oubliais ! intervint Draco. Harry ne sait pas jouer au cul-de-Chouette.
— Ce n'est rien, prétendit Edel en continuant de lui tendre son jeu. C'est facile, ça s'apprend vite. Même Gregory connaît les règles, ajouta-t-elle en répétant les mots de Draco.
— Harry est nul et mauvais perdant, rétorqua Draco. Faisons autre chose !
— Tiens donc. Et moi qui pensais qu'il était l'adversaire à abattre…
Harry cligna des yeux. Un mélange étrange de crainte et de soulagement l’envahit lentement. Il était la cible. Tant mieux. Il commençait à avoir l'habitude. Tant que Draco n'était pas blessé par sa faute, alors peu importait. Il ne se pardonnerait jamais de l’avoir mis en danger, mais ce ne serait pas lui que Edel attaquerait en premier, alors les risques qu’il lui arrive quelque chose étaient minimes. Sauf si Goyle prenait son parti. Mais contre Draco ? Non. Goyle ne s’en prendrait jamais physiquement à lui. Il était trop formaté pour lui obéir au doigt et à l'œil. Si Goyle devait se battre, ce serait contre Harry. Ce dernier avait pris quelques cours de self-defense non magique, mais… pas de quoi affronter une telle brute. Il devrait miser sur la vitesse et la surprise.
Et sur la mise en sécurité de Draco. Ses doigts se remirent à tracer, dans les airs et sur le tissu glacé de la moufle, les runes nécessaires. Ils s’engourdissaient. Ils transpiraient. Ils tremblaient.
Au grand étonnement de Harry, Edel se recula sur sa banquette avec un profond soupir. Elle baissa les yeux vers ses mains et recommença à mélanger.
— Je peux vous lire l'avenir, proposa-t-elle d’une voix indifférente. Je ne suis pas très douée, mais ça m'amuse. Malheureusement, là aussi, ça nécessite que vous utilisiez vos mains pour piocher une carte.
La menace était à peine voilée. Mais Draco intervint :
— J’ai toujours rêvé qu’on me lise mon avenir ! Donne !
Il se pencha brusquement en avant et arracha une carte du jeu d’Edel. L’ensemble du paquet lui tomba des mains et se déversa sur le sol. Sauf une.
Celle que Draco tenait entre ses doigts tremblants et sur laquelle Harry avait une vue imprenable.
Le treize.
La mort.
- GREGORY -
Ça se taisait dans la télécabine. Ça se taisait dedans et ça criait dehors. Il y avait des moldus qui appelaient d'en bas, qui demandaient en langue étrangère pourquoi il y avait une porte sur la piste. En tout cas, Gregory supposait qu’ils se posaient cette question, et il était plutôt fier de sa théorie. Ça s’appelait l’empathie : se mettre à la place de l’autre. Gregory débutait dans cet exercice, et ses progrès étaient impressionnants, d’après Edel.
Ça se taisait et Gregory devina donc qu'on attendait quelque-chose de lui.
Ça aurait plutôt dû être à Potter d’agir, vu que son sang n’était pas tout à fait pur, mais peut-être que Potter était blessé, puisqu’il était tombé de ses skis plusieurs fois. Gregory avait beau avoir le sang pur, il avait l’habitude d’être traité comme un sous-fifre. Une tradition familiale.
Il ôta ses moufles, se leva, s’accroupit sur le sol, ramassa les cartes et parvint, à force de tâtonnements, à aligner correctement les bords longs avec les bords longs et les bords courts avec les bords courts afin que le tas soit régulier. Puis il rendit son jeu à Edel et se rassit à sa place.
— Merci.
Il hocha la tête et se mit en tête de remettre ses moufles. Les températures étaient glaciales dans la télécabine ouverte, et il était bien content d'avoir finalement gardé son bonnet. Draco tremblait – peut-être parce qu'il avait froid – mais ce n'était pas la faute de Gregory, puisqu'il n'avait fait qu'obéir.
Quand Edel avait froid, ses joues rosissaient et elle était encore plus belle. Puisqu'il faisait froid et qu'il venait de penser à Edel, il pensa à regarder ses joues.
Elle était belle.
À elle, il donnerait son bonnet sans hésiter, parce qu'elle l'accepterait.
— Toi au moins, tu es gentil.
- DRACO -
Rien n'était normal dans cette situation mais, au moins, il était avec Harry. Il devait se raccrocher à ça. Il était avec Harry. Il était avec Harry. Il était avec Harry.
Il était avec Harry.
Elle se tourna soudain vers lui, et envolés le sourire hypocrite et la petite voix chantante :
— Est-ce que tu comptes t’excuser ? demanda-t-elle d’un ton sévère, comme si elle était sa mère.
Draco se sentit frémir d’indignation.
— Peut-on savoir pourquoi je devrais m’excuser ?!
— Tu ne le devines pas ?
Draco avait payé. Il avait fait des erreurs, mais il avait payé.
— Vas-y ! Dis-le, ce que tu me reproches !
— Draco, je t’en prie, calme-toi, souffla Harry à ses côtés.
Draco jeta un coup d'œil à son front luisant de transpiration, à ses mâchoires contractées, aux veines qui saillaient sous l’effort.
Tenir. Jouer la comédie. Gagner du temps. Pour Harry.
— Pardon, lâcha-t-il sans le penser.
— Pardon pour quoi ?
Quelle… salope !
— Je te demande pardon pour avoir fait tomber tes cartes, récita-t-il armé de tout son self-control.
Il réalisa qu’il tenait encore la mort et que la carte s’était pliée entre ses doigts crispés. Il lissa vaguement le papier, puis le tendit à Edel.
— J’imagine que c’est un mauvais présage ?! marmonna-t-il entre ses dents.
Elle recula dans son siège, croisa les bras et pinça les lèvres, dans une attitude qui rappelait assez celle du professeur McGonagall. Elle ne répondit pas et continua à le dévisager.
- HARRY -
Ça y était. Il avait réussi. Le portoloin était prêt. Il lui suffisait désormais de faire en sorte que Draco et Goyle le touchent en même temps, et il pourrait prononcer le mot qui…
Et puis ses yeux tombèrent sur les grosses paluches de Goyle qui peinait à réenfiler ses moufles. Et il se rappela que Draco avait choisi de jolis gants en peau de dragon fourrés de poils de loutre, et qu’il ne les avait pas enlevés. Aucun morceau de peau ne dépassait de sa combinaison matelassée, à l’exception de son visage.
Soit il parvenait à lui faire comprendre qu’il lui fallait enlever ses gants, soit…
— Gregory ! s’exclama-t-il.
C’était la première fois qu’il utilisait son prénom et l'interpellé le dévisagea avec une grimace surprise.
— Tiens !
Harry lui tendit sa moufle enchantée en espérant que le gaillard aurait le réflexe de la saisir sans poser de question.
Loupé.
— J’ai les miennes, expliqua-t-il en agitant ses accessoires de tissu. Il précisa même : elles sont plus grandes.
— Peu importe ! rétorqua Harry. Prends la mienne.
— Pas besoin… marmonna Goyle avec une hésitation.
Il chercha le regard de Draco et lui adressa son air de gros chien battu qui attend qu’on lui dise quoi faire.
— Prends la moufle, Gregory ! ordonna Draco.
Goyle tendit la main.
— Gregory, rien ne t’oblige à toucher cette moufle, intervint Edel.
Goyle s’immobilisa et regarda sa compagne.
— Greg, prends la moufle !
— Mon amour, ne touche pas à la moufle.
— Gregory !
— Greg !
- GREGORY -
Ça faisait beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup d’informations pour Gregory.
- DRACO -
Son large visage rougissait sous l'effort. Il ne savait plus à qui obéir. Ses yeux commencèrent même à larmoyer. Gregory était affreux, pitoyable et terriblement attendrissant.
— Laisse-le tranquille ! s'écria Draco. Il est innocent ! Il n'a jamais rien fait de… Laisse-le partir !
— Pardon ?! Toi, laisse-le tranquille ! Gregory n'est pas ton employé !
— Il est mon ami !
— Il est mon fiancé !
— On peut savoir ce que tu lui trouves ?!
— Il est…
Edel s'interrompit, jeta un coup d'œil à Gregory, puis se ratatina sur son siège et rougit.
— Edel, intervint Harry. Et si on jouait carte sur table ? On sait que tu prépares un mauvais coup, et tu ne nous auras pas. Mais il est encore temps de…
— Un mauvais coup ?! J'aime Greg et je voulais rencontrer ses amis avant de l'épouser, mais vous, vous êtes vraiment… Vous…
Elle poursuivit sa diatribe en allemand. Une langue qui, sans être réellement magique, possédait le pouvoir de rabattre le caquet de n'importe quel interlocuteur quand on alignait les insultes. Étant donné l'incapacité de Draco à émettre le moindre couinement, il devina que celles-ci devaient être fleuries.
Quand elle en eut fini, il fallut plusieurs secondes à Harry et Draco pour reprendre leurs esprits. En fait, il fallut que Gregory fasse entendre son rire gras :
— Ah, ah, ah. Carte sur table. C'est une blague. Éh, éh. Hum.
Et il retourna dans son espace-temps personnel.
Un ange passa dans la cabine. Harry et Draco étaient abasourdis. Edel encore agitée de respirations furieuses.
— Tu l'aimes vraiment ? interrogea finalement Harry.
— Bien sûr que je l'aime ! Il est… Il… Vous n'avez aucune idée d'à quel point la plupart des gens sont… Vous n'avez aucune idée d'à quel point vous êtes bruyants et fatigants ! Depuis qu'on est entrés dans cette cabine, vous ne faites que penser, penser, penser à toute allure ! C'est insupportable !
- HARRY -
Un nouveau silence. Harry plissa les paupières. Il l'ignorait mais, à cet instant, son expression ressemblait assez à celle qu'arborait Goyle dans son état normal.
Draco comprit avant lui :
— Tu es une legilimens naturelle.
— Quand je me concentre sur lui, tout le reste disparaît ! éclata Edel. Gregory m'apaise ! Gregory est le seul qui…
Elle semblait fébrile, mais Goyle posa sa grosse main sur sa cuisse délicate. Elle tourna son visage vers le sien et son front se détendit lentement. Ses yeux papillonnaient, alternaient avec nervosité entre ses yeux à lui. Deux globes oculaires tranquilles et fixes. Finalement, elle sourit.
— Gregory est tout ce dont j'ai toujours rêvé.
Draco et Harry se regardèrent, silencieux. Ils se repassaient chaque événement des dernières heures et envisageaient les choses sous un angle nouveau.
— Mais tu es une sorcière, du coup ? demanda Harry.
— Évidemment que je suis une sorcière ! À votre avis, il vient d'où le sortilège anti-chute ?!
— Pourquoi tu l'as pas dit ? poursuivit-il.
— Parce que ça me semblait évident ! Vous non plus vous ne m'avez pas dit que vous étiez des sorciers !
— On pensait que… On…
Harry se tourna vers Goyle.
— Pourquoi toi, tu nous as rien dit ?!
Gregory grogna et bougonna. Il tripota ses moufles, chercha ses mots, se gratta la tête, puis le nez. Il regarda ce qu'il y avait trouvé.
— Edel aime pas qu'on parle de ses pouvoirs, fit-il enfin, le regard fuyant.
— Oh mon chéri ! s'exclama Edel. Seulement la legilimancie ! Tu sais bien que… Enfin, tu sais, la plupart des gens n'aiment pas trop qu’on lise dans leurs pensées et… Oh mon chéri, je suis désolée de t'avoir mis dans cette position !
Goyle regarda la banquette d'un air perdu.
— Dans cette situation, explicita Draco.
— Ah.
— Oui, je voulais dire, dans cette situation.
— D'accord.
- GREGORY -
Gregory ne comprenait pas pourquoi personne ne faisait rien. D'habitude, quand les remontées mécaniques s'arrêtaient, quelqu'un faisait quelque chose pour que ça reparte.
Là, il y avait plein de moldus avec des échelles et des brancards et des mégaphones et des machins qui s'excitaient en bas de la télécabine et autour de leur porte disparue.
Il se demanda à quoi ressemblerait le gâteau de son mariage. Il voulait qu'il soit blanc, comme la neige de la montagne et comme la robe que porterait Edel.
Gregory aimait le blanc, la montagne, et Edel.
