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Language:
Français
Collections:
24. Prompt Unique
Stats:
Published:
2026-06-14
Words:
5,648
Chapters:
1/1
Comments:
7
Kudos:
5
Hits:
46

Sur les traces d'Elias Rockwood

Summary:

Hermione entraîne Harry et Ron dans un escape game immersif basé sur la mystérieuse disparition du professeur Elias Rockwood. Plongés dans un bureau chargé de secrets et de documents d'époque, les trois ami.e.s se retrouvent rapidement déstabilisés par l'atmosphère oppressante qui règne dans la pièce.

Notes:

Cette fic a été écrite lors de ma participation à l’ASPIC (Ateliers Scripturaux Promouvant l'Imagination et la Créativité) Prompt Unique organisé par le serveur Discord Potterfictions.

Vous pouvez nous rejoindre via le lien suivant : https://discord.gg/5FHmSpEfvh

Bonne lecture !

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Harry, Ron et Hermione marchaient dans les rues de Londres, profitant du soleil de l'été. Iels étaient passés du côté moldu de la ville depuis une trentaine de minutes. Harry n'y était pas retourné depuis la bataille de Poudlard et Ron ne s'y sentait jamais totalement à l'aise, Hermione avait alors pris la tête du groupe.

Elle les guida jusqu'à un parc où elle s'installa à l'abri des regards indiscrets afin de sortir de sa poche un minuscule panier et une couverture beige tout aussi petite. Elle jeta un dernier coup d'œil alentour, vérifiant que personne ne pouvait la voir, puis rendit aux objets leur taille initiale d'un léger mouvement de baguette. Elle installa le plaid au sol avant de poser le panier puis sortit quelques assiettes et le gâteau qu'elle avait acheté pour son meilleur ami.

– Tu te rappelles que nous avions prévu de fêter l'anniversaire d'Harry ce soir avec les autres, Hermione ?

– Bien sûr, Ronald, je me souviens de la fête d'anniversaire d'Harry, soupira Hermione. Je voulais juste qu'on se retrouve tous les trois, comme avant.

Devant cette confession, le rouge envahit les joues de la jeune femme. Elle adorait ses deux meilleurs amis, elle aimait le groupe en entier. Elle était heureuse de passer du temps avec Ginny ou Neville, elle n'avait rien contre la présence de la famille Wesley, mais elle aimait les moments partagés uniquement à trois. Cela faisait longtemps que ça ne leur était pas arrivé. 

Chacun.e avait construit sa vie et, si elle était honnête avec elle-même – et avec eux –, elle devait admettre que ces moments-là lui manquaient. Harry avait sa carrière d'Auror, Ron travaillait avec Georges à la boutique et son propre poste de médicomage lui prenait beaucoup de temps. Iels ne se voyaient plus autant qu'avant et elle pensait souvent avec nostalgie à leur quotidien à Poudlard.

Iels passèrent un bon moment assis là, à l'ombre d'un arbre, dégustant le gâteau au chocolat qu'Hermione avait choisi avant de les retrouver en début d'après-midi. Iels discutèrent longtemps de la vie d'Harry et Ginny avec leurs enfants. Les garçons grandissaient si vite que le jeune papa était presque pris de vertiges. Ron leur parla de l'ouverture imminente du nouveau magasin à Pré-au-Lard, Hermione de sa formation en psychomagie et de son stage d'observation dans le service dédié à Ste Mangouste. Elle mentionna aussi ce collègue qu'elle n'avait pas pensé croiser là, mais qui s'avérait finalement plus intéressant que lors de leurs années à Poudlard.

Un rapide coup d'œil sur sa montre et la jeune femme se remit sur ses deux pieds. 

– On doit y aller, on va être en retard !  

– En retard pour quoi Mione ? demanda Ron en étouffant un bâillement. J'ai à peine pu prendre une semaine de vacances cet été, George a pris tellement de temps pour s'occuper du bébé…

– En retard pour la surprise que j'ai préparée pour Harry ! Tu ne pensais quand même pas que j'allais juste fêter son anniversaire avec un gâteau ?

– Bon bah désolé, mon pote, on est encore partis pour visiter une bibliothèque, murmura Ron à l'attention d'Harry.

Ce dernier ricana puis aida Hermione à replier le plaid avant de le rapetisser pour le ranger dans sa poche de jean. Naturellement, Hermione prit la tête du groupe et les guida à travers les rues de Londres jusqu'à un bâtiment assez récent.

– Escape Room, lut Harry sur la devanture. C'est quoi ton truc, Hermione ?

– Un nouveau jeu qui fait manifestement fureur, chez les Moldus. J'ai vu la pub sur une affiche en allant passer du temps chez mes parents la semaine dernière. Depuis, je me suis renseignée, apparemment on est enfermé dans une pièce et le but est d'en sortir.

– Donc, les quelques arrestations que je t'ai racontées tout à l'heure ne t'ont pas suffi à penser que ma vie était assez mouvementée comme ça ? ricana Harry.

– Quand tu dis “enfermé”, Hermione, c'est enfermé, enfermé ou enfermé où on peut sortir ?

La jeune femme haussa les épaules et se tourna vers la devanture.

– À vrai dire, je n'en sais rien, ce n'était pas spécialement écrit dans les flyers que j'ai trouvés. Mais j'imagine qu'on va tout nous expliquer. Allez, j'ai réservé pour quatre heures et c'est dans cinq minutes. On y va, au moins comme ça, on sera fixés.

Comme ses amis ne réagissaient pas, Hermione insista.

– Allez, venez, ça va nous rappeler nos aventures à Poudlard. Ça va être sympa. Tous les trois enfermés dans une pièce à devoir résoudre un mystère. Sauf que là, normalement, on est sûr de ne pas mourir.

– Comment ça, “normalement” ? demanda Ron, une petite lueur de panique dans la voix.

– Dans le pire des cas, Ron... n'oublie pas que tu es un sorcier, le rassura Harry en imitant sa meilleure amie.

Ron resta seul sur le trottoir et se retrouva bien obligé de suivre ses ami.e.s à l'intérieur. Un jeune homme d'une vingtaine d'années les accueillit, plein d'entrain.

– Bonjour à tous ! Bienvenue à Escape Room, la première salle d'escape game de Londres ! Vous avez une réservation ?

– Normalement, oui, je vous ai appelé hier au nom de Granger.

Le jeune homme consulta l'agenda posé sur le comptoir, puis sourit.

– Effectivement, vous avez raison. Toutefois, vous n'avez pas mentionné de salle spécifique. Nous vous avons donc affectés “À la recherche d'Elias Rockwood”, les deux autres étant déjà réservées.

– Rockwood comme Rockwood ? demanda Ron, pas rassuré.

– Rockwood, comme un nom très courant en Angleterre, lui répondit Hermione entre ses dents avec un petit coup de pied dans le tibia. 

Le réceptionniste leur sourit d’une façon étrange, manifestement perturbé par leur échange.

– Hé bien, que d'enthousiasme... murmura-t-il avant de reprendre à haute voix. C'est la première fois que vous faites un escape game ?

– Ça se voit tant que ça ? ricana Hermione, essayant de détendre l'atmosphère.

– Ça n'a surtout rien d'étonnant, ça doit faire seulement quatre ou cinq mois que nous sommes ouverts. Rassurez-vous, je vais tout vous expliquer. Tout d'abord, je vous laisse mettre toutes vos affaires dans le casier numéro trois qui est derrière vous. Fermez-le à clé et gardez-la précieusement. Vous pouvez conserver votre montre si jamais vous le souhaitez, mais un minuteur se trouve de toute façon dans la salle. Cependant, aucun objet électronique n'est autorisé dans la pièce, donc les téléphones restent dans le casier.

Hermione déposa son sac et sa montre dans le casier, tout comme Harry et Ron. En plein mois de juillet, iels étaient sortis dans le Londres moldu en mettant leurs baguettes dans le sac à main de la jeune femme. Sans manches longues pour les cacher et sans réel besoin, iels les laissèrent donc dans le casier.

Hermione ferma le casier, mit la clé dans la poche de son jean, puis se tourna vers le jeune réceptionniste.

– Je vous laisse vous installer dans les petits canapés le temps que je vous explique tout et après je vous guide dans la salle.

Harry et Ron s'installèrent, se demandant de plus en plus dans quel coup fourré Hermione les avait entraînés.

– Bien, reprit le réceptionniste. Tout d'abord, les règles de base. On ne doit pas monter sur les décors ou forcer les rouages. Vous comprendrez pendant le jeu, mais si une porte doit s'ouvrir, si une trappe doit vous laisser l'accès, si… enfin, bref, vous verrez quelles actions vous pouvez accomplir, mais il ne faut rien forcer. Si ça ne bouge pas, c'est qu'il y a un problème. Soit ce n'est pas le bon code, le bon mot de passe ou ce n'est juste pas le moment de l'ouvrir. Vous ne pouvez utiliser les indices qu'une seule et unique fois. Si le code d'un coffre est 123, une fois que vous avez utilisé ce code, ce n'est plus la peine de vous en servir. N'hésitez pas à fouiller votre environnement, évidemment sans rien casser, et surtout à bien communiquer entre vous. On voit fréquemment une personne trouver un indice, penser qu'il est inutile et, pendant ce temps-là, une autre en a besoin et personne ne le sait.

Il leur laissa quelques secondes le temps d'assimiler toutes les informations, puis, voyant qu'iels n'avaient pas de questions, il reprit.

– Le temps est limité, vous aurez une heure pour sortir de la pièce. Si vous n'y arrivez pas dans le temps imparti, pas de panique, je viendrai vous chercher ; et, si vous y arrivez, la porte s'ouvrira d'elle-même et je viendrai vous chercher quand même. Si jamais, durant l'heure, un problème survient, un bouton d'urgence se trouve au niveau de la porte. Hors de question de me faire appeler pour aller faire un petit pipi, c'est vraiment en cas d'urgence.

Ron ricana, mais s’arrêta bien vite devant le regard d'Hermione. Elle n'était pas dupe, elle savait pertinemment comment le stress pouvait l'affecter,.

– Durant l'heure, je serai en contact permanent avec vous. Je verrai ce qui se déroule dans la salle, j'entendrai ce qui se dit dans la pièce et, si besoin, je pourrai vous donner quelques petits indices pour que vous avanciez. Le but est que vous passiez un bon moment ici, pas de vous traumatiser. Tout ce qui va se passer dans la salle peut être important, y compris le speech de présentation que je vais vous faire. Mais avant ça, vous avez des questions ? Un dernier passage aux toilettes ?

Les trois ami.e.s secouèrent la tête, prêts à en découdre avec la salle qui s'imposait à elleux.

– Alors c'est parti, annonça le jeune homme. Enfin, vous voilà ! L'inspecteur m'avait prévenu qu'il enverrait sa meilleure brigade, mais vous ne semblez pas très dégourdis. Être autant en retard alors qu'un homme aussi important a disparu, c'est inadmissible ! J'en ferai part à votre supérieur dans un courrier dès ce soir. Dans une heure, le gardien de nuit va entamer sa ronde; s'il vous voit ici, enquêteur ou non, il vous jettera dehors. Une heure ! Vous rendez-vous compte ? Je ne peux vous laisser plus de temps dans le bureau d'Elias Rockwood. Ce cher professeur n'a plus donné signe de vie depuis une semaine. Personne ne l'a vu et les derniers travaux qu'il entreprenait n'étaient pas forcément des plus sains, si vous comprenez où je veux en venir... Personne ne sait quelles activités il menait, mais certains bruits de couloir disent qu'il enquêtait sur des choses… Je n'ose vous en dire plus; rien que d'y penser, ça me fait froid dans le dos. Allez, venez, je vous montre où est le bureau. J'espère que vous aurez de la chance et que vous en sortirez avant le passage du gardien de nuit !

Hermione lui emboita le pas, l'excitation clairement visible sur son visage, suivie de près par Ron et Harry. Iels longèrent un couloir, tournèrent une fois à droite, puis à gauche, et se trouvèrent devant une porte en bois, usée par le temps. Sur le mur se trouvaient le nom du professeur et le dessin d'un hibou tenant une loupe dans ses serres. 

– Nous y voilà, mais je ne peux pas rester avec vous. Je dois y aller, mon supérieur va se demander ce que je fais. Allez, soyez courageux ! J'espère vous revoir très bientôt.

Le réceptionniste ouvrit la porte, laissa Ron, Harry et Hermione entrer, puis tourna le sablier fixé au mur avant de refermer la porte derrière elleux. Les trois ami.e.s restèrent quelques secondes sans voix, fixant la porte, légèrement perdus.

Hermione fut la première à se reprendre. Elle pivota sur elle-même afin d'observer son environnement. Un petit bureau, une bibliothèque dans un coin, un canapé dans l'autre : rien de bien extraordinaire au premier abord. À côté du bureau se tenait un porte-manteau où étaient pendus quelques vestes, un chapeau et un parapluie. Dans le fond de la pièce, un miroir était fixé au mur, créant une impression de profondeur. 

Elle se déplaça vers la bibliothèque, passa ses doigts sur les tranches des livres et s'intéressa particulièrement à un ouvrage en cuir à la couverture élimée. Elle l'ouvrit et le feuilleta puis comprit qu'elle tenait une sorte de journal intime. 

– Nous n’avons qu’une heure, les garçons ! Il faut trouver un maximum d’indices !

Ron soupira, un peu perdu et ne sachant pas par où commencer. 

– Bon, ça ne devrait pas être aussi terrible que de passer devant un chien à trois têtes ou de faire une partie d'échecs mortelle, glissa Ron à Harry.

Ce dernier haussa les épaules.

– Je ne sais pas si je suis devenu claustrophobe avec le temps, mais cet endroit me donne des frissons… 

– Vous avez conscience qu'il nous entend, n'est-ce pas ? leur demanda Hermione, le nez dans le journal. Et le temps passe vite, ne restez pas plantés là…

Harry se déplaça vers le porte-manteau et entreprit de fouiller les poches des différentes vestes pendues là. Ron, pour sa part, se retrouva assis derrière le bureau qui lui semblait bien triste. Un meuble fermé à clé, un encrier et une plume. Ses yeux se posèrent sur un carnet, mais, après consultation, ce dernier s'avéra vide… Il soupira, un peu perdu au milieu de cette pièce, et posa ses yeux sur le calendrier accroché au mur. 

– Manifestement, nous sommes le 5 juin 1868, on n'y aurait jamais cru en voyant les voitures dans les rues en arrivant ! Il n'y avait pas encore des chevaux pour tirer des calèches à cette époque ?

Hermione, toujours en train de lire le journal intime de Rockwood, soupira à son tour. Soit elle ne trouvait pas d'informations utiles, soit la réflexion de Ron ne lui avait pas plu, soit la lecture l’ennuyait... Ce qui était fort peu probable; on parlait tout de même d’Hermione ! 

Incapable de l'aider et sachant qu'il ne fallait pas la déranger pendant sa lecture, il se tourna vers Harry, qui terminait avec les vêtements. 

– Tu as quelque chose ? demanda Ron, curieux. 

– J'ai trouvé une clé ! annonça Harry en prenant le temps de remettre toutes les vestes à leur place. Je ne sais pas trop quoi en faire, par contre, il n'y a aucune indication avec et… 

– Et le but est de coopérer… souffla Hermione en tournant sa page. 

– Viens voir, j'ai un meuble fermé à côté du bureau !

Les deux garçons se penchèrent donc sur le meuble, Harry introduisit la clé dans la serrure et, sans grande surprise, la porte s'ouvrit. À l'intérieur, ils trouvèrent beaucoup de choses : des papiers officiels cachetés par un sceau de cire portant le même logo que celui sur la porte, à côté du nom du professeur Rockwood; quelque chose qui ressemblait à une paire de lunettes de vue, mais qui avait l'air inconfortable, si Harry en croyait son expérience; une loupe; un compas; des feuilles remplies de formules mathématiques avec des symboles inconnus des garçons et une pile de lettres, attachées entre elles par une ficelle. 

– On a le droit de la dénouer, tu crois ? demanda Ron en pointant le nœud.  

– On peut tenter, si jamais ça résiste trop, on arrête, comme nous l'a dit le monsieur. 

Ron acquiesça et tenta de défaire délicatement le nœud. Ils se retrouvèrent bientôt face à une vingtaine de lettres avec la même écriture, réparties sur le bureau. Sans prendre le temps de tout lire, ils les trièrent, se servant des dates inscrites sur chaque en-tête. 

– Regarde, c'est étrange. Il y a des lettres tous les deux mois environ et ça s'arrête net le 12 avril 1862. 

– Elles sont toutes signées par le prénom Amélia, c'était qui, cette personne ? Sa femme, tu crois ? demanda Ron.

Harry parcourut la dernière lettre rapidement, avant de répondre à son ami.

– Sa sœur, apparemment, mais rien dans cette lettre n'explique pourquoi elle a arrêté de lui écrire… Au contraire, elle lui dit même qu'elle a une grande nouvelle à lui annoncer et qu'il recevra dans les prochaines semaines un nouveau courrier de sa part. 

Ron se pencha de nouveau vers le petit meuble et en sortit une boîte, verrouillée par un cadenas à code. 

– Génial, ronchonna-t-il avant de se lever du fauteuil, abandonnant la boîte sur la table. 

Harry, lui, s'acharna quelque temps, essayant plusieurs combinaisons de chiffres grâce aux différentes dates sur les lettres, en vain. Le cadenas refusait de s'ouvrir. 

Alors que Ron passait distraitement les doigts sur les livres de la bibliothèque, Harry vint se poster à ses côtés. 

– Tu sais qu'Hermione a déjà regardé ? 

– Oui… mais elle est peut-être passée à côté de quelque chose. Elle a le nez plongé dans son livre depuis… 

Ron pivota son poignet afin de voir l'heure sur sa montre. La même montre qu'il avait laissée dans le casier à la demande du réceptionniste… Avec un soupir, il regarda le sablier, essayant d'estimer depuis combien de temps iels se trouvaient là. 

– Je dirais une trentaine de minutes, vu le sable déjà écoulé… 

Harry regardait les tranches, se demandant en quoi des ouvrages tels que le “Traité sur la nécromancie du XIXe siècle”, ou encore “Par delà le voile, que devenons-nous ?” pourraient leur être utile… 

– Regarde, reprit Ron en lui montrant les livres. Certaines lettres ont des points de peinture en dessous… On a un A, un L, un S, un I et un E.

Harry nota mentalement les lettres et réfléchit pendant quelques secondes à leurs significations.

– Elias ! s'écrièrent les deux amis d'une même voix.

Puis, soudain, le silence retomba. 

– Donc, on a retrouvé le nom du professeur, commença Ron. À quoi est-ce que ça peut nous servir ? À part nous montrer que le gars devait être un peu égocentrique pour écrire son propre nom sur la reliure de ses livres… 

– Là, comme ça, je ne sais pas trop… C'est Hermione, le cerveau du groupe d'habitude… 

Posant enfin le journal, elle se leva et vint les retrouver près de la bibliothèque, la mine renfrognée. 

– Alors, qu'est-ce que vous avez trouvé de votre côté ? leur demanda-t-elle.

– Pas grand-chose, soupira Harry. Une clé qui nous a permis d'ouvrir un meuble à côté du bureau. À l'intérieur, il y avait plein de papiers, dont des lettres d'une certaine Amelia, sa sœur, manifestement. Il avait l'air de beaucoup tenir à elle, il gardait précieusement ses lettres sous clé. Ha ! Et une boîte. Verrouillée. Avec un code… 

– Vous ne l'avez pas trouvé ? 

– Bah si, reprit Ron, la boîte était dans le meuble, Harry te l'a dit…

Hermione soupira avant de leur relater ses récentes découvertes. 

– De mon côté, je ne sais pas si ça a été beaucoup plus bénéfique… Il y avait beaucoup de pages arrachées et certains mots revenaient souvent… Je pense que sur toutes les pages, on pouvait lire les mots “noms”, “traces” ou “identité”... Mais sans forcément de rapport ou de sens logique. Sur la dernière, il y avait une phrase soulignée plusieurs fois, par contre. “Ce qui subsiste n'est pas la voix, mais le nom !”. Elle était écrite à l'encre rouge ; je pense qu'elle sera importante dans le jeu… 

– C'est peut-être comme le mythe de la Dame blanche ? demande Harry. Il faut appeler Amélia trois fois pour qu'elle nous dise où est son frère ?

Ron frissonna, peu convaincu par l'idée de son meilleur ami. 

– Les noms ont des pouvoirs Harry, répondit Ron, il ne faut pas jouer avec ça… Mais de toute façon, pour que ça fonctionne, il faudrait qu'elle soit morte. 

– Justement, c'est le cas, leur annonça Hermione. C'est écrit dans son journal. 

– Tu as la date ? demanda Harry. Peut-être que le code a un lien avec la date de son décès ? 

Hermione avait attrapé le journal avant même que son ami n'ait terminé sa phrase. Elle le feuilleta rapidement jusqu'à trouver l'information recherchée. 

– D'après le journal d'Elias, ça a eu lieu le 29 avril 1862. 

– On ne va pas sérieusement tenter ça, si ? 

– Pourquoi pas ? répondit Harry, fataliste. J'ai essayé toutes les combinaisons de chiffres que nous avions à disposition… 

– Mais c'est malsain !

– Et ce n'est pas de notre ressort, Ron. Ça serait même assez logique dans l'esprit du jeu… Devoir relier une date trouvée ailleurs, sans aucun rapport, en forçant les joueureuses à faire preuve de cohésion et d'esprit d'équipe, à communiquer… Si, Harry a raison, c'est assez logique au fond. 

Alors que Ron frissonnait, Harry prit la boîte et tenta cette nouvelle combinaison. Il fit tourner le mécanisme jusqu'à afficher 2946, puis hésita quelques secondes avant d'ajouter le 2. 

– Tu es sûre que c'est sans risque ? demanda-t-il à Hermione, par acquis de conscience.

– Évidemment ! Qu'est-ce que tu veux trouver de dangereux dans cette boîte ? 

– Oh ! Peut-être rien qu'un épouve… Aïe ! 

Ron n'eut pas le temps de terminer sa phrase que le coude d'Hermione venait frapper ses côtes. Elle jeta un nouveau regard irrité vers la caméra, tentant de rappeler à son ami que toute mention de la magie était proscrite. 

Harry fit pivoter le mécanisme une dernière fois et, dans un cliquetis, le cadenas se déverrouilla, leur laissant l'opportunité d'ouvrir la boîte. 

Harry se figea, le couvercle entrebâillé. Ron jeta un regard à l'intérieur et blêmit. Hermione, devant les réactions de ses amis, prit la boîte des mains d'Harry et l'ouvrit entièrement. 

– C'est un jeu les garçons, qu'est ce que vous pensez que ce plateau plein de lettres va nous faire ? 

– Hermione… commença Harry.

– Tu ne sais pas de quoi il s'agit ? le coupa Ron d'un ton paniqué. 

La sorcière haussa les épaules puis sortit le plateau de la boîte avec un léger frisson. 

– Il doit bien y avoir une explication avec. 

– C'est une table de ouija, Hermione, reprit Ron en se reculant le plus possible du bureau sur lequel elle avait posé la boîte. 

– Ouija, tu dis ? Non, ça ne me parle pas…

– Dudley… Dudley avait un magazine qui en parlait, le dernier été que j'ai passé chez les Dursley… C'était un article parmi d'autres, mais je m'en souviens comme si c'était hier. L'article expliquait qu'en faisant un rituel très précis, ce genre d'objet permettait de contacter l'au-delà et de parler avec les morts… Je m'en souviens bien parce que… À la fin de la lecture, je me souviens avoir pensé que c'était peut-être un bon moyen pour contacter mes parents…

Hermione posa une main compatissante sur l'épaule de son ami. Il avait grandi, avait construit sa propre famille, mais la douleur de ne pas avoir connu ses parents était toujours aussi forte que dans sa jeunesse. Peut-être même plus encore depuis qu'il était devenu père. 

– Bon, si aucun de vous deux ne veut se lancer, donne-la-moi, reprit Hermione, toujours concentrée sur leur objectif.

– NON ! s'écria Ron. Tu ne te rends pas compte, Herm ! C'est de la magie très, très noire, ce truc !

Ron avait reculé autant que possible dans la petite pièce et se retrouvait désormais bloqué contre le miroir. 

– C'est des histoires pour se faire peur, Ron… On ne peut pas communiquer avec les morts, ce n'est pas possible… La magie n'existe pas.

Hermione termina avec un regard noir pour son ami et un geste, discret mais sans autre interprétation possible, en direction de la caméra. Il avait fait plusieurs erreurs de ce style et le réceptionniste devait, au mieux en rire, au pire les prendre pour des fous et se demander de quelle secte étrange iels faisaient partie. 

Harry, lui, leva un sourcil. Il y avait tant de choses qu'iels avaient pensé impossibles dans leur enfance, l'un comme l'autre, que plus rien ne l'étonnait. 

– Je vous en supplie, posez ça sur la table et oublions-la… 

Hermione soupira et posa le plateau sur la table. Elle savait qu'iels devraient s'en servir à un moment donné, mais si les garçons n'étaient pas à l'aise avec l'idée, ce n'était pas la peine d'insister pour le moment. 

Un rapide coup d'œil au sablier lui apprit qu'il ne leur restait plus qu'une quinzaine de minutes, peut-être une vingtaine, tout au plus. Ron, qui avait manifestement décidé de ne plus quitter le mur sur lequel il était appuyé, se retourna pour faire face au miroir. 

C'était, de prime abord, un miroir comme les autres avec un cadre métallique empli de petits symboles. 

– Regarde, les dessins semblent se répéter sur tout le tour du miroir, constata Hermione en se posant à ses côtés. 

Ron sursauta, ne l'ayant pas entendu arriver, puis, une main sur le cœur, remarqua l'objet qu'elle voulait lui montrer. En effet, une série de dix-sept symboles se répétait tout autour du miroir, chaque série se trouvant séparée des autres par le même sceau que sur la porte, un hibou et une loupe. 

– Ça veut dire quoi, à ton avis ? demanda Hermione. Je n'ai rien vu dans le journal… 

– Je ne sais pas… Je… Attends…

Ron fit un effort manifeste pour se diriger vers le bureau alors qu'Harry observait d'un drôle d'air la table de Ouija, mi-fasciné, mi-terrifié. Il avait la boîte dans les mains et la retournait dans tous les sens. 

– Mais oui ! Ils étaient là !

Ron rejoignit Hermione, un nouveau carnet à la main.

– Regarde, il était sur le bureau. C'est un des premiers objets que j'ai vus. Je l'avais feuilleté, mais il était vide. Je n'y ai pas prêté plus d’attention que ça. 

Il passa un doigt sur la couverture en cuir du carnet.

– Là, si tu passes le doigt, il y a des symboles gravés dessus…

Ron inclina le carnet afin d'avoir une meilleure vue sur les gravures. 

– J'en compte vingt-six… Mais il n'y a pas de correspondance… conclut-il, déçu. 

– Tu es un génie, Ron ! Vingt-six ! Comme le nombre de lettres dans l'alphabet ! 

La satisfaction brilla dans le regard de Ron et il commença aussitôt à comparer les symboles du carnet et ceux du miroir. 

– Alors… Partant du principe que le premier correspond au “A”, là, j'ai un cercle avec un point au milieu… C'est donc un “N”...

Hermione le laissa déchiffrer la suite de symbole et en profita pour rejoindre Harry.

– Tu la regardes d'un drôle d'air depuis tout à l'heure. Ça va ?

Harry jeta un œil vers son meilleur ami, qui était toujours occupé avec le miroir. 

– Je ne sais pas trop… J'ai une drôle de sensation depuis qu'on a sorti la table de sa boîte… Comme si… Comme si elle avait refroidi la pièce… 

Hermione se tendit, se souvenant sans peine du frisson qu'elle avait ressenti pile au moment où la table s'était retrouvée dans ses mains. Elle haussa les épaules malgré tout.

– Ça doit être la climatisation, sûrement un stratagème pour faire monter la tension dans les dernières minutes…

Harry ne semblait pas convaincu, mais il n'eut pas le temps d'argumenter davantage parce qu’un cri de joie interrompit leur conversation. 

– Je l'ai ! s’écria Ron. Ça veut dire “Nommer, c'est appeler” ! 

– Et donc quoi ? demanda Harry. On en revient à ma question de tout à l'heure… Il suffit de dire trois fois son nom, comme la Dame blanche ? 

– Ça me semble trop simple, reprit Hermione.

Elle perdit, durant quelques secondes, son regard sur la table de Ouija. 

– Je vous rappelle qu’on ne s’est toujours pas servi de la table… ajouta-t-elle avec un regard méfiant pour Ron. 

– Et je vous ai dit qu'il était hors de question qu’on touche à cette chose…

Hermione soupira, se déplaçant malgré tout vers le bureau sur lequel Harry avait reposé la fameuse table et sa boîte.

– Il ne nous reste plus beaucoup de temps, nous n'avons rien à perdre Ron, autant tester.  

– Si ce n'est ton âme… baragouina-t-il en restant aussi loin que possible. 

Alors qu'Harry restait silencieux, regardant leur échange de loin, Hermione s'approcha de la table et attrapa la petite plaquette. Elle déplaça doucement la plaquette du “E” au “L”, puis continua jusqu'à former le prénom du professeur.

Iels patientèrent quelques secondes.

Rien.

Aucune trappe ne s'ouvrit. 

Aucun indice ne fut révélé. 

Hermione soupira, regardant les derniers grains de sable qui devaient encore s'écouler… 

– Il ne nous reste vraiment plus beaucoup de temps !

– On pourrait tenter “Amelia” ? proposa Harry. On est parti du principe qu'il fallait utiliser le prénom du Professeur, mais rien ne nous dit qu'il soit mort… Alors que sa sœur… 

Hermione recommença le même stratagème, cette fois-ci avec le prénom de la sœur du Professeur Rockwood. Mise à part une légère décharge électrique dans le bout des ses doigts, semblable aux picotements de sa magie, rien ne se passa. 

Elle soupira, frustrée, alors qu'Harry commençait à se balancer d'un pied sur l'autre. 

– Euh… En regardant la boîte tout à l'heure… hésita-t-il, un œil sur Ron. J'ai vu une inscription. Au fond. Presque ton sur ton… Ce n'est peut-être pas…

– Harry, dépêche-toi ! le pressa Hermione. 

– C'est inscrit : “Ensemble vous êtes plus fort.e.s”.

Le sang de Ron quitta son visage et, le pas lourd et plus blême que jamais, il s'avança à regret vers le bureau. 

Iels posèrent leurs mains sur la petite plaquette et, ensemble, la guidèrent afin d'écrire à nouveau le prénom d'Amelia. 

À peine eurent-iels pointé.e.s la plaquette vers le dernier “A” que le miroir pivota. La température avait de nouveau chuté dans la salle et de petits frissons parcoururent leurs bras dénudés. 

– Encore un code ! s'exclama Ron en arrivant le premier vers le mur désormais visible. 

Ils regardèrent tous les trois le mécanisme révélé par le miroir, cinq cases à faire pivoter sur elles-mêmes pour créer un mot de cinq lettres. Le jeu n'était pas encore terminé. 

– Il faut un mot en cinq lettres, précisa Harry en se postant à côté de son meilleur ami. Et rapidement, vu le sablier !

Iels réfléchissaient tous aussi vite que possible et arrivèrent à la même conclusion !

– Elias ! s'écrièrent-iels à l'unisson. 

– D'où les points sur les livres, ajouta Ron. 

Il fit pivoter les lettres aussi vite que possible, enclenchant le “S” alors que le dernier grain de sable tombait dans le sablier. 

Le compartiment s'ouvrit, révélant un courrier roulé comme les parchemins qu'iels utilisaient à l'école. 

Hermione attrapa le papier et commença la lecture : 

 

À ceux qui trouveront ces lignes,

Je vous supplie de ne pas poursuivre plus longtemps ce que j'ai moi-même entrepris.

J'ai cru que la mort n'était qu'un voile mince et fragile et qu'il suffisait de le soulever afin de retrouver nos défunts. J'ai consacré mes jours, et plus encore mes nuits, à l'étude des manifestations que d'autres nomment surnaturelles, persuadé qu'elles obéissent à des lois encore inconnues, mais pas impossibles à saisir.

Ce qui n'était, à l'origine, qu'une curiosité savante s'est bientôt transformée en une quête plus personnelle.

Ma sœur.

Disparue trop tôt, arrachée à ce monde sans un adieu, elle est devenue le centre de mes travaux. J'ai voulu croire qu'il m'était encore possible de l'atteindre.

Les premières tentatives ne montrèrent rien, à part le silence des choses mortes.

Puis… il y eut des réponses.

D'abord infimes. Presque imperceptibles. Un mouvement que je crus involontaire. Une hésitation dans l'air. Puis des lettres. Des mots. Formés sous mes doigts malgré eux.

Je me suis efforcé d'y voir l'effet de mon propre esprit, trop enclin à combler le vide. Mais certaines réponses… Certaines réponses ne pouvaient provenir de moi.

Elle savait.

Ou quelque chose savait.

Des choses que je n'avais point consignées. Des souvenirs que je croyais éteints avec elle.

Néanmoins, j’ai insisté. Par orgueil, peut-être. Par désespoir, assurément.

Et c'est là que je compris mon erreur.

Ce que j'avais ouvert ne m'était plus destiné.

Je n'ose affirmer qu'il s'agissait de ma sœur. Je n'ose non plus prétendre le contraire.

Depuis, les manifestations se sont faites plus pressantes, plus… volontaires. Ce qui n'était qu'un murmure est devenu insistance. Ce qui n'était qu'écho est devenu présence.

Je mets donc un terme à ces recherches.

Non par échec, mais par nécessité.

Ce savoir ne doit point être poursuivi. Non sans en comprendre le prix véritable.

Si vous avez atteint cet endroit, alors vous avez déjà compris une chose essentielle :

Ce n'est pas la voix qui répond.

C'est le nom que l'on appelle.

Je vous en prie — refermez ce passage, et laissez les morts à leur silence. 

Je me retire. 

J'abandonne tout. 

Ils savent où me trouver et la peur me noue désormais les entrailles.

Adieu.

 

Elias Rockwood

 

Alors qu'Hermione terminait sa lecture par le nom du Professeur, les trois amis sursautèrent en entendant du bruit derrière elleux. Avec un soupir de soulagement, iels constatèrent qu'il s'agissait du réceptionniste, venu ouvrir la porte. 

– Félicitations ! Vous avez retrouvé les traces du Professeur ! Notre éminent Doyen sera ravi de constater que personne ne lui a fait de mal, mais qu'il a volontairement choisi de prendre du recul et de se mettre à l'écart de ses recherches. Tout est bien qui finit bien !

Harry, Ron et Hermione échangèrent un regard, satisfaits d'être venus à bout de ce jeu, mais avec une sensation étrange au creux du ventre. Hermione n'oubliait pas la petite décharge électrique qu'elle avait ressentie avec la table de Ouija, ni la sensation de froid au fur et à mesure du jeu. Elle avait essayé de rassurer ses amis, mais elle avait cherché l'arrivée de la climatisation sans jamais la trouver…

– Vous avez des questions ? demanda le réceptionniste. Des éléments dont vous n'avez pas totalement compris l'utilité ? Des indices qui vous auraient échappé ? 

Le petit groupe répondit par la négative et se dirigea vers le casier qu'on leur avait attribué au début du jeu afin de récupérer leurs affaires. 

– Alors ? La surprise vous a plu ? demanda Hermione une fois sur le trottoir. 

– C'était vraiment bien, merci pour le cadeau, Hermione ! lui répondit Harry, un sourire aux lèvres. Par contre, pour la prochaine fois, pense à demander un décor fait de licornes, de gâteaux et de paillettes pour Ron. Apparemment l'ambiance l'a mis mal à l'aise.

– N'importe quoi ! Déjà je te ferais remarquer que niveau licorne, la seule que tu as vue se faisait sucer le sang par Tu-sais-qui et… non, ce n'est pas juste le décor, c'est…. Bref. Laissez tomber. 

Boudeur, Ron s'enferma dans une bulle de silence alors qu'Harry et Hermione parlèrent encore quelques minutes du jeu, de leur après-midi et de la soirée qui les attendait. 

Le silence s'installa peu à peu et iels marchèrent tranquillement jusqu'au Chaudron Baveur. 

Personne n'osa parler de la décharge de magie qu'iels avaient immanquablement ressentie en utilisant la table de Ouija avec le nom du Professeur Rockwood. 

Notes:

Le fameux prompt à respecter était le suivant :

Vos personnages (de 2 à 4) se retrouvent coincés ensemble dans un espace clos (maison/chambre/immeuble etc) pour la raison que vous souhaitez. Ils ne pourront pas en sortir (et personne ne pourra entrer) tant que la problématique de départ ne sera pas résolue.