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— Je me sens mieux, on peut rentrer…
Depuis le temps qu'il le connaissait, Sakumo devrait savoir que c'était peine perdue. Son fils arborait l'expression la plus têtue qu'il possédait, celle où il se demandait s'il l'avait obtenue de feue sa mère ou de son beau-père. Tous deux étaient de vraies têtes de lard, surtout lorsqu'ils étaient offensés ou savaient qu'ils avaient raison.
Et il se trouvait, malheureusement, que Sakumo était parvenu à réunir les deux, pour cette malencontreuse situation.
Ainsi, il ne fut pas particulièrement surpris de n'obtenir qu'une œillade assassine en réponse, alors que Kakashi croisait les bras, se tortillant dans sa chaise inconfortable.
Comprenant qu'il ne parviendra pas à le convaincre, il abandonna, tournant son attention vers le sol, penaud.
Que son enfant lui batte froid était une chance, à la rigueur. Son époux aurait été plus… insidieux dans ses reproches.
— M. Hatake ?
Père et fils levèrent la tête à l'appel, se levant afin de rejoindre l'homme en blouse blanche.
— Je suis le Dr. Uchiwa, suivez-moi.
Ils le suivirent dans une pièce vide où il suffit d'un regard noir pour que Sakumo obtempère à s'asseoir sur le lit d'examen médical et non l'une des chaises.
— J'imagine que vous êtes mon patient ? Que s'est-il passé ?
— Je vais très bien ! s'empressa-t-il de corriger. Mon fils s'inquiète simplement trop.
Dans le dos du médecin, il pouvait voir ledit fils rouler exagérément des yeux.
— Cet idiot a jardiné toute la journée, en plein soleil et a oublié de boire, suffisamment. Je l'ai trouvé évanoui sur l'engawa et l'ai ramené ici.
— On ne traite pas son père d'idiot ! lui reprocha-t-il immédiatement.
— Seul un idiot ne se protégerait pas et oublierait de s'hydrater, répliqua-t-il. Attends un peu que je prévienne papa, il aura certainement de meilleurs termes pour te désigner.
Il n'eut aucune difficulté à imaginer le regard glacial que lui lancera son époux, ainsi que l'air hautain qu'il affichera lorsque leur fils lui racontera par le menu comment il en était arrivé là. Un frisson le secoua en réaction.
Sûrement habitué au cirque des patients, le médecin ne commenta pas, continuant d'examiner et posant des questions.
— Déshydratation, coups de soleil et épuisement dû à la chaleur, conclut-il. Heureusement, ce n'est pas trop critique dans votre cas, il semblerait que vous soyez rentré à temps.
— Je t'avais dit qu'on leur faisait perdre leur temps, marmonna Sakumo.
— Pour dire quelque chose, il aurait fallu que tu sois conscient, répliqua son fils. Et qu'ensuite, je fasse attention à ce que tu pourrais dire, sans croire que c'était induit par ton état. Pas la moindre chance, donc.
Amusé par le comportement épineux du plus jeune et de la dynamique de leur relation, le docteur ne s'embêta pas à cacher son sourire, alors qu'il commençait à répéter la même liste que depuis le début de l'été : les conduites à suivre et à respecter pour rester en bonne santé malgré les températures élevées. Pour faire bonne figure, il confia ladite liste en version papier, avec l'ordonnance pour prendre soin des brûlures.
La saison venait seulement de commencer, mais il avait l'impression que le service des urgences ne contenait que ce genre de profil.
Au moins ceux-là étaient gentils et polis.
— Et buvez beaucoup d'eau ! le leur rappela-t-il à leur départ.
Il n'eut pas le temps de les observer quitter le bâtiment, accaparé par le cas suivant.

En sa qualité de médecin urgentiste, Obito avait rapidement appris à lâcher prise sur les noms de famille. Ce n'est pas qu'il ne voulait pas s'en souvenir, c'est qu'il ne le pouvait pas.
Bien sûr, certains le marquaient plus que d'autres, par leur incongruité ou par la fréquence de leur venue, mais la majorité n'était rien de plus qu'une tâche d'encre aussitôt essuyée.
Il ne réagit donc pas lorsqu'il apprit qu'il prenait en charge un autre Hatake, survolant les informations principales alors qu'il allait le chercher.
Lorsqu'il l'appela, il crut, par contre, reconnaître un visage légèrement familier.
Ça devait être le masque. À force de côtoyer autant de personne en portant, c'était comme un air de famille. Une grande tribu de demi visages.
— Je suis le Dr. Uchiwa. Suivez-moi.
Une fois entre eux, il invita le patient – un certain Orochimaru – à s'asseoir sur le divan médicalisé, le temps qu'il se désinfecte les mains et enfile des gants.
— Vous vous êtes donc fait piquer par une guêpe, de ce que je lis ?
Dans ce genre de cas, il avait pu assister à de nombreuses réactions de la part des familles. Mais un pouffement était tout en bas de sa liste.
— Ça peut être très grave, morigéna-t-il l'accompagnant.
— Laissez, soupira l'homme. Ma situation est… parfaitement ridicule.
— Ça arrive à tout le monde. Les spécialistes ont d'ailleurs noté une recrudescence de guêpes, cette année, en dépit de nos braves abeilles. Nous accueillons chaque jour des piqûres, vous n'êtes ni le premier ni le dernier de la journée.
L'accompagnant parvint à calmer son hilarité mais son masque ne suffisait pas à cacher le large sourire qui s'y trouvait.
— Papa est ophiologue, renifla-t-il. Je ne me moque pas de sa situation, juste du destin.
Le soupir dramatique provenant du concerné ne fit qu'empirer son amusement.
— Ce sont…
— J'étudie tous les serpents existants ou ayant existé, soupira-t-il de nouveau. Je prélève du venin, je réalise des examens, je les manipule à longueur de temps ! À la maison, je possède plusieurs espèces rares. Kakashi a grandi entouré de ces merveilles.
— Et il s'est fait piquer par une guêpe.
Le ricanement reprit mais il était difficile de lui en vouloir, avec ces nouvelles données.
Malgré lui, Obito sourit d'un air contrit avant de s'occuper des soins.
— Un infirmier va venir pour la prise de sang, puis vous pourrez rentrer chez vous. Évitez de porter des parfums ou des tenues colorées en extérieur, oud'approcher les massifs de fleurs, si vous le pouvez, ça augmente les risques de se faire piquer.
— Ou de manger du melon tout seul, en gros égoïste, taquina son fils.
— Il est impossible d'en partager avec vous, vous êtes d'affreux goinfres ! répliqua-t-il.
— Mais au moins, on ne t'envoie pas aux urgences, nous.
Obito parvint à les saluer, entre deux protestations, les faisant s'arrêter de le temps de lui répondre. Lorsqu'il ferma la porte derrière lui, il pouvait encore les entendre, bien qu'aucun des deux ne haussait la voix.
Au moins étaient-ils amusants !

— Tu dois te foutre de moi…
Kakashi fixait le plafond des urgences, luttant pour garder les yeux ouverts.
Les chaises n'étaient toujours pas devenues confortables, depuis son dernier passage…
À ses côtés, Rin ne répondit rien, pliée en deux sous la douleur, se tenant le ventre. Elle se crispait régulièrement mais n'émettait aucun son depuis leur arrivée.
De temps en temps, son voisin la forçait à se déplier et à boire, ce qu'elle acceptait pour se replier aussitôt. Si les assises le lui permettaient, elle préférerait se rouler en boule, mais elle devait se contenter de cette position en attendant.
— Je suis…
— Le Dr. Uchiwa, je sais. Toujours pas pour moi, contractions répétées et douloureuses, elle a peur d'accoucher. On y va, l'interrompit Kakashi.
Sautant sur ses pieds, il se pencha pour attraper Rin, la soulevant d'un coup, et dépassa le médecin qui resta figé sous la surprise.
— On se connaît ?
Il les rattrapa, les guidant.
— Troisième fois que j'accompagne quelqu'un ici. Je vais finir par avoir ma chaise attitrée, je pense.
Il l'allongea sur le lit d'examen médicalisé, obtenant un gémissement de douleur, déformé par les mâchoires crispées. Il y eut quelques secondes floues durant lesquelles Rin et lui tentèrent de trouver une position confortable, finissant par lui assis derrière elle, la soutenant.
— Je vois que vous êtes enceinte, à combien êtes-vous ?
— Trop tôt, c'est trop tôt, ne put-elle que grincer.
— Vingt-septième semaine, répondit Kakashi.
Il commença à lui masser le dos, ce qui ne parut pas beaucoup l'aider, mais pas empirer non plus.
— Vous êtes le père ?
— Non, elles ont fait appel à un donneur. Mais je suis son meilleur ami, c'est pour ça que c'est moi qu'elle a tiré du lit, au lieu de sa fiancée.
Après, connaissant Anko, elle n'aurait pas été d'une grande aide, dans cette situation. Il comprenait donc la décision de Rin mais aurait, égoïstement, préféré finir sa nuit.
Enfin, la nature n'attendait pas…
— En effet, c'est trop tôt, acquiesça le docteur.
Kakashi donna la plupart des réponses, la jeune femme étant incapable de desserrer les dents de par la douleur qui traversait son corps. L'auscultation ne fut pas simple non plus, recroquevillée comme elle l'était, mais elle put être réalisée.
— Ça peut être dû à une forte déshydratation, mais je préfère ne prendre aucun risque, déclara le médecin. Vous allez rester en observation pour le reste de la nuit et le lendemain, et on va vous mettre sous perf' pour vous réhydrater. Des questions ?
— Je peux rester avec elle ?
Mais l'urgentiste secoua la tête, l'air navré.
— Non, mais vous pourrez venir lui rendre visite demain, et peut-être la raccompagner si son état le lui permet.
Un infirmier était déjà en train d'installer la pochette alors qu'ils remplissaient les formulaires et discutaient des détails.
Tout juste Kakashi eut-il le temps de serrer la main de Rin avant qu'elle ne soit emportée vers sa chambre pour la nuit, lui promettant de revenir aux heures de visite.
Elle eut un faible sourire en son encontre, en réponse.
— Je vous raccompagne, lui indiqua le docteur.
— Pas besoin, je connais le chemin. À la prochaine, ironisa-t-il.
En sortant du bâtiment, il avisa le soleil se levant déjà, étouffant un juron dans son masque lorsqu'il consulta l'heure.
Il allait à peine avoir le temps de prendre une douche avant de courir jusqu'à son travail.
Et il devait encore prévenir Anko…
Quelle nuit…

L'arrivée des ambulances était toujours un mélange d'angoisse et d'adrénaline.
Deux enfants arrivèrent sur brancards, accompagné d'un jeune adulte qu'Obito commençait à reconnaître visuellement.
Ils avaient leurs habitués, bien sûr, mais pas à ce rythme, et surtout pas en étant de simples accompagnateurs ! Enfin, au vu de la couverture de survie l'entourant, il ne devait pas juste se contenter d'assister, cette fois.
Sans y réfléchir à deux fois, il l'accosta, faisant signe qu'il s'occupait de lui, le guidant vers une des chaises à proximité.
De près, il était plus simple d'apercevoir les frissons qui le secouaient, ainsi que l'eau encore présent sur sa peau et dans ses cheveux. Son masque, par contre, était sec.
— Hé, monsieur, vous m'entendez ?
— Pas besoin de me crier dans les oreilles, je vais très bien, râla-t-il, le repoussant.
Habitué, il ne commenta pas, le laissant sombrer de nouveau dans son mutisme angoissé.
— Vous me racontez ce qui s'est passé ?
— Y a pas grand-chose à dire. Minato, le père de Naruto, m'a demandé de les emmener à la piscine. J'ai regardé ailleurs pendant, quoi, dix secondes ?
Il se pencha, se frottant les tempes à l'aide des pans de la couverture argentée.
— Le maître-nageur est arrivé après moi. Ces deux idiots voulaient savoir qui tiendrait sa respiration le plus longtemps…
La suite était facile à deviner, surtout avec les concernés entourés d'une grande partie de leur effectif, occupé à les réchauffer et à les arracher de l'inconscience.
— De ce que j'ai entendu, la RCR a été bien réalisée, c'est surtout leurs températures corporelles qui nous inquiètent.
— Juste un instant, ça leur a pris juste un instant…
— Hé, monsieur, monsieur !
Clairement en état de choc, Obito vit sa tête commencer à osciller.
— Kakashi ? Kakashi ?!
Heureusement, ce n'était rien de grave, bien que le masque à oxygène fut nécessaire pour remettre un peu de couleur sur ce visage.
— Vous nous avez fait une sacrée frousse, l'interpela le médecin en se rapprochant.
En réponse, il se contenta de soulever paresseusement les paupières, l'observant.
— Naruto et Sasuke sont sortis d'affaire. Leurs parents sont en route. Souhaitez-vous que j'appelle quelqu'un pour vous ?
Ôtant le masque, le patient toussa un peu avant de prendre la parole.
— Mon père… Sakumo.
— Je vois qu'il est dans les contacts d'urgence, je vais faire passer le mot. Je vais lui dire aussi de vous apporter des vêtements secs, même si les températures sont élevées, les coups de soleil ne sont jamais bien loin !
Un grommellement lui répondit alors que le concerné resserrait la couverture autour de lui. Par la force des choses, il avait dû troquer son maillot de bain trempé contre une blouse de l'hôpital et répugnait à l'idée de sortir vêtu d'une de ces deux options. Ça l'arrangeait sûrement
Réajustant le masque sur son visage, il reposa la tête en arrière et parut s'endormir, pendant qu'Obito le quittait, au profit d'autres patients.
Les urgences ne s'arrêtaient jamais.

— Ma vie est une putain de blague. Et elle n'est même pas drôle.
Son voisin arborait un air piteux, mais ce n'était pas suffisant pour cacher les énormes cloques que ses bras affichaient.
Kakashi était affalé dans sa chaise, fixant ce foutu plafond.
Peut-être devrait-il changer d'hôpital, histoire de varier les plaisirs ?
Il se redressa lorsque des pas s'approchèrent d'eux, sautant sur ses pieds et agrippa la manche de son ami pour le forcer à l'imiter.
— Oui oui, bonsoir Dr. Uchiwa, montrez la voie !
Déstabilisé, celui-ci le fixa, la bouche entrouverte sur la première syllabe qu'il n'avait pas eu le temps de prononcer, alors qu'il lui passait devant, traînant pratiquement son ami. Ce dernier n'osa pas croiser le regard de qui que ce soit le long du trajet jusqu'à la salle d'examen.
— Il y a deux semaines, je vous ai amené mon ophiologue de père qui s'était fait piquer par une guêpe, aujourd'hui mon botaniste de meilleur ami, qui s'est frotté à du sumac grimpant !
Le concerné parut rétrécir sur place, assis sur le lit d'examen médicalisé.
— Faut que je change d'entourage, soupira-t-il en se frottant le visage.
Légèrement compatissant, le médecin sourit en le voyant faire, avant de se concentrer sur son patient.
Celui-ci garda les yeux rivés sur ses pieds tout du long de l'examen, mais au moins y répondit-il de manière claire et précise, tandis que son accompagnateur ne semblait pas leur prêter attention, la sienne rivée sur un livre à la couverture flashy.
— Bon, si j'ai bien compris votre métier, j'imagine que je n'ai pas à vous énoncer les mesures à prendre pour la prochaine fois ?
L'air résolu, le patient – Yamato – hocha la tête, tandis que les compresses imbibées de lotion étaient appliquées sur les cloques.
— Y aura pas de prochaine fois, grogna Kakashi de derrière sa lecture. Refais-moi une connerie pareille et je te les fais manger.
Maintenant inquiet, le médecin observa le botaniste à la recherche du moindre signe qu'il devait alerter les forces de l'ordre.
Mais il n'y avait rien de tel, juste un petit sourire en coin.
— Senpai n'aime pas s'inquiéter, renifla-t-il. C'est sa manière de cacher son envahissant côté mère poule, n'y faîtes pas attention.
— J'suis pas une mère poule ! se défendit le concerné. T'as de la chance de ne pas pouvoir conduire, sinon c'est toi qui t'en chargerais !
Grommelant, il se leva, prétendant bousculer Yamato alors qu'il le dépassait, quittant la salle d'examen avec une aisance trahissant ses trop nombreuses visites.
— Suivez bien le traitement, rappela le docteur, et consultez au moindre doute, d'accord ?
— Mille mercis pour votre temps et votre aide, le salua son patient.
Il disparut dans le couloir à son temps, s'empressant de rejoindre son ami.

— Ça alors, monsieur Hatake, vous ne pouvez plus vous passer de nous, on dirait !
Cette fois, Obito l'avait repéré avant l'habituelle inverse et n'avait pu s'empêcher d'en profiter pour le taquiner. C'était de bonne guerre et, étant donné l'expression fatiguée, mais neutre, il n'en semblait pas vexé.
— Que voulez-vous, Dr. Uchiwa, vous êtes tellement irrésistible, je ne peux que succomber !
Le temps que le concerné se reprenne, surpris de la réplique autant que du ton utilisé – il aurait presque pu y croire ! – son interlocuteur s'était levé, révélant un enfant tenant un bras bandé un peu à la va-vite et reniflant bruyamment.
— Mais où trouvez-vous tous ces enfants ? Dois-je appeler la police ?
Ils avançaient tous les trois au travers des couloirs, Obito les guidant jusqu'à sa salle d'examen.
À la suggestion, l'enfant se mit à pleurer, reniflant plus fort, tout en se tenant le bras. Son accompagnant se contenta de lui caresser les cheveux, le regard pensif.
— Naruto est le fils de mon parrain, Sasuke est son meilleur ami. Quand à Kiba, c'est un cousin du côté maternel. Je suis souvent de corvée de gardiennage pendant les vacances.
Kiba n'avait pas l'air de vouloir desserrer les dents malgré toutes ses techniques – et pourtant Obito avait adoré son stage au service pédiatrique, ce qui l'avait fait hésiter avant d'opter pour les urgences – le forçant à passer exclusivement par son cousin.
— C'est une morsure de chien, observa le médecin, achevant le bandage.
— Ah bon ? J'aurais juré que c'était celle d'un tanuki !
Peu importe à quel point il écarquillait les yeux, Obito se contenta de le fixer d'un regard plat
— Vous avez peut-être raison, je crois me souvenir que c'était un lapin. Un gros, ajouta-t-il d'un air affecté, se frottant le menton.
— Vous savez que je suis obligé de réaliser un signalement ?
Ils se tenaient l'un face à l'autre, scrutant l'autre.
— Akamaru est un bon chien ! s'exclama subitement Kiba.
Qu'il prenne enfin la parole le surprit plus que ce qu'il venait de dire.
— Kiba, soupira son cousin.
Se frottant cette fois la tête, il observa Obito un peu par en-dessous, indécis.
— Vous devez connaître le clan Inuzuka ?
— De nom, répondit le docteur, les yeux étrécis, tentant de comprendre où il allait.
— Leur activité principale se concentre sur les chiens, c'est de notoriété publique. À la naissance de chaque membre, un chiot lui est attribué, ils grandissent ensemble et apprennent à vivre l'un à côté de l'autre. C'est la tradition.
Même si Obito ne se souvenait pas forcément de toutes les fois où ils s'étaient vus – surtout que son dossier ne contenait que la fois où il était venu accompagné des deux enfants ayant failli se noyer, vu qu'il se contentait d'accompagner les autres – il avait l'impression que c'était la première fois qu'il le voyait aussi nerveux.
— Je comprends que c'est une nécessité, mais Akamaru ne mérite pas d'être abattu. C'est un bon chien, il a mordu Kiba par erreur. De plus, le petit en serait marqué à vie.
En effet, maintenant qu'il lui rappelait tout ça, il se souvenait des rumeurs courant sur ce clan. Le sien avait tendance à le mépriser pour leurs habitudes de « sauvages » et l'estimait à peine plus évolué que leur meute.
Un seul regard vers le blessé suffisait pour voir à quel point ce qu'il disait était vrai. Aucun des deux ne protégeait l'animal pour de mauvaises raisons, l'enfant y était accroché et, à son âge, une séparation aussi brutale – et dans ces circonstances – serait dévastatrice.
Soupirant bruyamment, Obito se prit la tête dans les mains, tentant de prendre une décision éclair.
— Je ne peux pas ne pas le faire, déclara-t-il finalement. C'est déjà écrit dans les dossiers que vous êtes venus consulter pour une morsure de chien.
Se redressant, il fit face à deux paires de regards humides, l'un clairement bouleversé, l'autre amer.
— Par contre, je peux « perdre » le signalement. Mais ! Il y aura un antécédent dans le dossier, les prévint-il de sa voix la plus menaçante. Si jamais ça recommence, personne ne pourra plus rien faire.
Kiba ne l'écoutait déjà plus, ayant sauté de la table d'examen pour sautiller partout, sa blessure déjà oubliée.
Mais c'était l'autre adulte qui accaparait toute son attention, alors que l'émotion dans ses yeux gris se modifiait graduellement en du soulagement puis de l'espoir.
— Merci, finit-il par déclarer. Vous n'avez aucune idée de ce que vous venez de faire.
— Si. Je viens de préparer mon renvoi, grinça-t-il en retour, mais pas avec autant de verve qu'il avait l'intention de faire.
Pour faire bonne mesure – et ne pas trop réfléchir à ce sujet – il claqua l'ordonnance et les précautions d'usage dans ses bras et les flanqua dehors en grommelant.
Il n'avait toujours pas décoléré quand il retourna en salle d'attente pour le patient suivant.
Maintenant qu'il y pensait, il croit aussi se souvenir qu'il y a d'autres clans, à Konoha, tournés vers certains animaux… Il y avait les Aburame, bien sûr, mais il y en avait un autre… Il l'avait sur le bout de la langue…
Ah, que c'était agaçant de connaître une réponse qui vous fuyait…

Lorsque Kakashi passa les portes des urgences, il salua par leur prénom ou nom certains des membres du personnel, lui faisant se rendre compte d'à quel point, en quelques visites, le service lui était devenu familier.
— Alors, qui tu accompagnes, cette fois ? l'interpella Kohari, à l'accueil.
— Pas la moindre idée !
Se penchant en-dehors de son champ de vision, il se releva avec une fillette aux cheveux roses et pleurant sans bruit.
— Je l'ai trouvé juste dehors, les genoux en sang. Je pense qu'elle est tombée de vélo mais elle ne répond à aucune question. Elle portait son casque.
— Oh, pauvre poussin.
Malgré le silence dudit poussin, elle ne chercha pas à se débattre ou à crier, restant sagement dans les bras de cet homme inconnu, reniflant de temps en temps alors que les larmes continuaient de dévaler ses joues. Bien qu'elle n'ait répondu à aucune question, personne ne le lui reprocha et on lui donna même un verre d'eau et des mouchoirs alors qu'ils allaient s'installer dans la salle d'attente.
Il n'y avait pas grand-monde et elle fut installée sur sa propre chaise alors qu'elle sirotait son eau, ses yeux passant d'un détail à un autre, curieuse.
— Mon non-patient préféré ! s'écria soudainement un autre adulte en arrivant à leur hauteur.
Si elle ne l'avait pas repéré un peu plus tôt, elle aurait certainement sursauté. À la place, elle baissa son verre et leva sur lui un regard inquiet, alors qu'elle l'examinait à son tour.
Il était grand, avec des cheveux noirs comme ceux de Sasuke mais courts comme ceux de Naruto. La moitié de son visage était couverte de vieilles cicatrices mais il avait l'air gentil alors qu'il lui offrait un grand sourire.
Malgré elle, elle se sentit lui sourire à son tour, alors que ses larmes s'arrêtaient et qu'une étrange chaleur remplissait sa poitrine. Ça lui faisait un peu penser quand son père la serrait dans ses bras.
— Cette fois, on dirait qu'on a droit à une princesse ! Allons t'examiner, si tu veux bien ?
Elle hocha la tête et sauta au bas de sa chaise avant que l'autre adulte ne se lève à son tour et ne traîne des pieds derrière eux, alors qu'elle était conduite vers une salle à part qui lui faisait penser au cabinet où le médecin l'auscultait, quand elle était malade.
— Alors, qu'est-ce qui s'est passé ?
Timide, elle baissa aussitôt la tête, regardant par en-dessous le monsieur qui l'avait amené ici. Il soupira lorsque leurs yeux se rencontrèrent, se frottant la tête.
— Je l'ai trouvé dehors, à côté de son vélo, pleurant et les genoux écorchés. Elle n'a pas répondu à mes questions mais n'a pas l'air d'être malentendante. Je lui ai proposé de se faire examiner à l'hôpital vu qu'elle ne me disait pas comment contacter ses parents. Voilà, t'en sais autant que moi.
Le médecin – il avait dit s'appeler Dr. Uchiwa, comme Sasuke ! – fredonna un air avant de se tourner vers elle, lui souriant aussi largement que plus tôt.
— Je vois que tu portes un casque. C'est très bien, c'est très important de le porter quand tu es à vélo, mais il ne te sert à rien actuellement. Tu veux bien me le prêter ? Je te le rends juste après.
Hochant à nouveau la tête, elle le retira rapidement et le lui tendit, rosissant un peu lorsque ses doigts s'effleurèrent.
Il la remercia et regarda à l'intérieur, approfondissant son rougissement. Elle avait transpiré un peu plus tôt, c'était gênant qu'il observe aussi attentivement l'objet !
— Tu t'appelles Sakura, alors ? C'est un très joli prénom, il te va bien ! la complimenta-t-il.
C'est ce que tout le monde lui disait, mais cette fois ça lui faisait vraiment plaisir, alors elle lui marmonna un remerciement alors qu'elle appuyait les mains sur ses joues, fixant ses genoux.
— Tu la connais ?
Le soupir qu'il poussa la fit se redresser, curieuse, à temps pour le voir pousser son casque contre le ventre de celui aux cheveux argentés, le faisant se plier légèrement.
— Ses infos sont inscrits dans le casque. Va les apporter à Kohari, qu'elle puisse remplir le dossier et prévienne les parents, avant qu'ils ne contactent la police.
— Mais…
Il s'était déjà emparé de l'objet et avait contourné le docteur, en direction de la porte, objectant toujours, ce qui fut accueilli d'un coup de presse-papier sur le crâne, l'encourageant à déguerpir, laissant la porte entrouverte.
— Enfin débarrassés, soupira-t-il théâtralement. Bien, Sakura, j'ai besoin de savoir où tu as mal, d'accord ? Tu veux bien me le dire ?
Lorsque ses parents vinrent la chercher, ils la trouvèrent entourés d'infirmières, une sucette dans le bec et de jolis pansements à fleurs sur ses genoux couronnés.
— Regarde maman, la gentille dame m'a fait une tresse ! s'exclama-t-elle en montrant sa coiffure.
Elle ne comprit pas trop pourquoi, à la place, sa mère la prit dans ses bras et pleura, la serrant trop fort. Elle leva le visage vers son père qui essayait de lui sourire, mais ne faisait que grimacer.
— On a eu si peur quand l'hôpital nous a appelé, balbutia sa mère contre elle.
— Mais je vais très bien ! Regarde !
Elle montra ses pansements, se tortillant pour quitter son étreinte. Elle allait ajouter autre chose lorsqu'elle aperçut un peu plus loin le médecin qui l'avait soigné, accompagné de celui qui l'avait emmené ici.
Aussitôt, elle agita le bras dans leur direction, manquant de peu de jeter sa sucette au passage.
— Docteur, docteur ! l'appela-t-elle.
Le concerné leva la tête, surpris, puis afficha son grand sourire en découvrant qui en était l'autrice, s'approchant.
— Je vois que tu as retrouvé tes parents, Sakura ?
— Oui !
Elle les présenta rapidement et enfourna ensuite sa sucrerie, pendant que les adultes se saluaient, donnant leurs noms au passage.
— Hormis ses genoux écorchés, elle va très bien. Un peu secouée de sa chute, bien sûr, mais pas de fracture ou lésion plus grave. Heureusement qu'elle portait son casque, pour la protéger, mais aussi pour avoir pu accéder à son dossier médical et vous prévenir. Vous avez bien fait.
Tous les droits discutaient calmement, mais Sakura ne s'en occupait déjà plus, son attention rivée sur l'autre monsieur qui ne s'était pas approché. Lorsqu'il s'en rendit compte, il leva la main, pour la saluer, avant de se retourner et de quitter l'hôpital, sans parler à personne d'autre.
C'est dommage, elle aurait bien voulu le présenter à ses parents, aussi…

Le ballet des ambulances…
Le premier jour, on en est à espérer qu'on s'y habituerait.
Puis, une fois qu'on se trouve officiellement médecin urgentiste, on espère que ça n'arrivera jamais.
— Qu'est-ce qu'on a ?
— Deux culturistes évanouis en pleine ville. Coups de soleil, épuisement, déshydratation, la totale !
Obito savait que c'était peu professionnel et charitable, mais il se permit un soupir suite à la déclaration de l'ambulancière. Avec un peu de chance, il sera noyé au milieu de tout le boucan inévitable de ce genre d'arrivée.
Il rejoignit l'un des deux culturistes et fut surpris de le reconnaître.
— Okay, celui-là, il est connu de nos services, annonça-t-il. Hatake Kakashi, on va avoir besoin de son dossier.
C'était toujours bizarre de découvrir quelqu'un qu'on connaissait au milieu de cette agitation, inconscient et pâle, malgré les évidents coups de soleil marbrant la peau claire, alors qu'on retirait les vêtements gênant pour les procédures.
Une fois ledit dossier dans les mains, il le parcourut en diagonale, transmettant le nécessaire.
C'était étrange, aussi, Kakashi ne l'avait pas marqué comme quelqu'un d'imprudent, et encore moins dans le genre « culturiste ». Pas qu'il n'était pas musclé, il était d'ailleurs aux premières loges pour pouvoir confirmer le contraire, mais pas comme l'entendrait quelqu'un d'adepte à cette pratique…
Puisque sa présence n'était pas essentielle, il alla rendre visite à la pièce d'à côté, où se trouvait la personne qui avait été amenée avec lui. Et là, oui, « culturiste » collait un peu plus. Il était sûrement la raison de l'appellation.
— Comment s'en sort le tien ? interpela-t-il Taji.
— Comme annoncé. Déshydratation sévère, coups de soleil sur tout le corps, mais premier degré, et épuisement. Il a l'air de s'être trop poussé, de manière générale. Je déteste ce genre de types, ils encombrent les urgences par leur propre bêtise.
Elle renifla de dédain.
— Et le tien ?
— Pareil, mais en plus modéré. Il a l'air de s'être mieux protégé du soleil.
— Alléluia, grinça-t-elle.
— … Quand est la fin de ta garde ?
— Y a deux heures.
Décidant de ne pas croiser son regard, Obito prétendit lire l'une des affiches informatives sur le mur, arborant un air innocent.
— Et si tu allais te prendre un café ? Histoire de… souffler un peu, tu sais ?
Heureusement, elle ne contesta pas et disparut dans la salle de pause, juste avant qu'un des internes n'arrive à sa hauteur pour l'informer que Kakashi s'était réveillé.
— Super, j'ai un tas de question à lui poser, marmonna-t-il à son tour.
À commencer par l'identité de son ami…
— Donc, Gaï et toi…
— Mon éternel rival et moi étions en plein défi ! l'interrompit l'autre patient.
Déménagés dans une chambre plus confortable, le temps que leurs constantes s'améliorent, les deux amis répondaient aux questions du Dr. Uchiwa.
Ou, plutôt, Gaï parlait pour deux, coupant la parole au médecin dès qu'il le pouvait, pendant que Kakashi restait mutique.
— Un… défi ?
— Oui ! Il consistait à savoir qui pouvait réaliser le plus de squat en plein soleil ! Kakashi l'a remporté à la loyale !
Il poursuivit dans un discours enflammé qu'Obito décida sagement de garder en arrière-fond, se tournant plutôt vers l'autre occupant des lieux, lui adressant un regard dubitatif.
— Il s'est évanoui avant moi, répondit-il. Mais je croyais avoir mieux géré, je ne pensais pas que je le rejoindrais à l'hôpital.
Il avait les bras croisés sur son torse et la tête basse. Le médecin finit par comprendre qu'il boudait.
— Et… ça vous arrive souvent ?
— De m'évanouir en plein cagnard ? Généralement, j'évite, ricana-t-il sombrement.
— Non, les défis…
Une nouvelle fois, il fut coupé par la voix de stentor de Gaï qui lui expliqua alors tout leur historique compétitif, leur déroulé, les résultats, etc.
Obito était époustouflé, sans trop savoir sur quel sujet. La mémoire étonnante nécessaire pour se rappeler de tous ces menus détails ? Le volume qui ne baissait jamais ? Le contenu desdits défis ?
— Et… vous êtes toujours vivants. Sans déformation, sans problème médical ou autres complications…
Gaï enchaîna sur un discours vantant les mérites du sport et d'une alimentation saine, Kakashi se contenta de hausser les épaules.
— Papa avait l'habitude de dire que c'était dû à ma mère qui me protégeait, depuis là où elle est. Vers l'adolescence, il a commencé à dire que je lui donnais des heures supp', et à augmenter les remerciements au milieu de ses prières.
Il haussa de nouveau les épaules.
Pour avoir eu son dossier médical entre les mains, Obito comprenait la prière. Et encore, celui de Gaï était plus fourni ! Mais c'était à se demander comment ils étaient parvenus à l'âge adulte, dans cet état-là.
— Oro aime répéter que je suis un mystère pour la science, finit-il par balayer, s'appuyant contre son oreiller. Ça me va aussi.
Comprenant qu'il n'obtiendra rien de plus, en-dehors d'un acouphène, l'urgentiste les salua et prit congé.

Obito se sentait mal.
Il en avait l'habitude : il se sentait mal depuis des années, des décennies. Il se sentait mal depuis qu'il s'était réveillé avec son reflet à jamais changé.
Étourdi, il se laissa tomber au sol, s'asseyant aveuglément, alors qu'il forçait sa respiration à rester stable.
Il détestait la chaleur.
Enfin, non. Les gens détestaient la chaleur.
Lui, il la haïssait.
Ce n'était même pas d'avoir chaud au point qu'il devait se changer plusieurs fois par jour ou qu'il étouffait derrière les masques chirurgicaux. Non. C'était tout ce qui allait avec.
C'était la perte d'appétit et les insomnies. C'était le « repli social » où il repoussait tout le monde alors qu'il avait tant besoin d'aide. C'était ces moments de doute qui le paralysait peu importe la situation.
Sa psy disait que c'était une dépression saisonnière. Que, chaque été, il sombrait plus bas que jamais le reste de l'année.
C'était bien d'avoir un diagnostic, bien sûr, d'être un peu moins surpris quand il se retrouvait ainsi fauché sans prévenir, mais ça ne suffisait pas toujours lors des moments les plus sombres, de se le chuchoter en espérant que ça suffise à garder à distance tout ce marasme qui semblait prendre un malin plaisir à l'y noyer.
Bras croisés et le visage enfoui contre, Obito poursuivait ses exercices de respiration, repoussant les larmes d'impuissances qui lui montaient aux yeux alors que l'engourdissement lui prenait tout le corps, menaçant de le renverser au sol définitivement.
— Monsieur ? Tout va bien ? Monsieur ?
Il avait entendu la voix. Mais il se sentait incapable de répondre, de bouger. Il ne faisait confiance à rien, à personne, et surtout pas à son propre corps actuellement.
Par désespoir de cause, il parvint tout de même à pousser un genre de vagissement qui parut suffire.
— Est-ce que vous pouvez me regarder ?
Non, il ne pouvait pas. Son front était collé à ses avant-bras, sa tête pesait une tonne…
Mais, déjà, des mains étaient sur lui, le manipulant pour redresser son visage, vérifiant son pouls.
— Dr. Uchiwa ?
Qu'on le reconnaisse, qu'on le nomme, c'eut suffi à ce qu'il trouve la force pour ouvrir les paupières, tombant sur le demi-visage de Kakashi qui l'observait avec autant d'inquiétude qu'il était possible d'en déceler dans son regard.
— As-tu besoin que j'appelle les secours ? Quelqu'un en particulier ?
Sa langue était collée à son palais. Ses mâchoires étaient soudées entre elles. Ses paupières pesaient une tonne, alors il les ferma, s'abandonnant contre la main soutenant sa tête.
Il avait besoin d'une pause. D'une sieste. De n'importe quoi lui permettant de sombrer aux appels de l'inconscience, pour qu'il oublie ce trou béant qui paraissait l'aspirer à tout heure de la journée et de la nuit.
— Obito ? glapit Kakashi.
Il fut à nouveau manipulé, et ça lui plut de croire que, lui aussi, il se retrouvait dans ses bras, porté comme il l'avait fait pour son amie enceinte, une éternité plus tôt.
Lorsqu'il rouvrit de nouveau les yeux, il était au frais, et rien que cette nouvelle était la meilleure de sa journée.
Il ignorait où il se trouvait, ce qui était plus problématique, mais sa psy lui avait bien dit de gérer les informations une à la fois. Alors, pour le moment, il allait se contenter d'apprécier la température, avant de faire monter sa tension.
Vu que les vertiges semblaient s'être apaisés, il en profita pour s'asseoir, se frottant le front, curieux.
Où se trouvait-il ?
Il n'eut pas le temps de s'inquiéter (ou, en tout cas, pas trop fort) que la porte s'ouvrit sur Kakashi, mais surtout sur une bouteille d'eau couverte de condensation qu'il lui tendit.
— De retour avec nous, doc ? Tu m'as fait une sacrée frayeur !
S'emparant de l'offrande, il se concentra d'abord sur l'étanchement de sa soif avant de répondre, soulagé.
— Merci.
Pour toute réponse, son interlocuteur leva paresseusement les épaules.
— J'ai surtout besoin de savoir si je dois t'emmener aux urgences ou n'importe où d'autre, balaya-t-il.
— Non. Ce n'est pas… nécessaire. Où sommes-nous ?
Bien sûr, il avait toujours l'impression que le sol s'inclinait, comme s'il se trouvait sur le pont d'un bateau, mais il savait passer outre et donner le change.
— Il faut que je rentre, marmonna-t-il, tentant de se lever.
Mais, sans grande surprise pour lui, contrairement pour Kakashi, il dut se stabiliser, agitant les bras pour son équilibre mis à mal afin d'éviter de retomber en arrière.
Finalement, les vertiges n'étaient pas si apaisés que ça…
Une fois son assiette rétablie, il observa la pièce où ils se trouvaient, avec un peu plus d'attention.
C'était assez sobre et fonctionnel. Le lit et un portemanteau paraissaient être les seuls meubles. Pas de fenêtre. Les murs étaient couverts de lambris de bois clair, permettant de rendre l'endroit moins oppressant.
— Où sommes-nous ? répéta-t-il.
Il n'y avait pas pensé jusque-là, mais maintenant, il trouvait que ça semblait être l'endroit idéal pour le faire disparaître, sans alerter qui que ce soit…
— Dans le parc forestier de Konoha.
Okay, il allait définitivement finir sur une chaîne d'info…
Serrant son biceps d'une main dans un geste de réconfort, Obito tenta un sourire crispé, pour ne pas l'alerter, mais au vu du sourcil levé, il avait pitoyablement échoué.
Sauf qu'à la place de se jeter sur lui, Kakashi passa la porte dans l'autre sens et l'invita à le suivre d'un geste de la main.
Le bâtiment était petit et lumineux, les murs étant pratiquement tous couverts du même lambris de bois clair.
— Ah, la belle au bois dormant est réveillée !
Sursautant sous la surprise de cette nouvelle voix, Obito entra à son tour dans une salle avec de larges baies vitrées, permettant d'apercevoir, effectivement, les arbres plusieurs fois centenaires qui faisaient la célébrité et la fierté de Konoha.
Il y avait aussi deux autres personnes qui se trouvaient dans la pièce, tenant à la main le même genre de bouteille d'eau que lui.
Timide, il les salua, ne comprenant toujours pas.
Il avait fait sa « crise » à proximité du parc, c'est vrai, mais il n'avait toujours aucune idée d'où il se trouvait.
Sur le seul mur à ne pas être traversé par une des baies vitrées, il reconnut une carte détaillée de la réserve, avec des épingles signalant des endroits, des post-it avec des notes, des dessins…
Il y avait d'autres papiers accrochés, dont des avis de recherches avec des photos en noir et blanc, qu'il ne regarda pas de trop près.
— Bienvenue au poste des Rangers du parc, reprit celui qui avait parlé plus tôt. Je ne sais pas qui tu es, mais je crois bien ne jamais avoir vu Kakashi aussi inquiet pour quelqu'un, ou tout court d'ailleurs.
— C'est vrai ! surenchérit son voisin. Je ne savais même pas que ce gars pouvait être autre chose que froid et détaché !
Ils rirent tous deux d'un air entendu alors qu'Obito se tourna vers le concerné qui choisit de ne pas croiser son regard, clairement embarrassé.
— Arrêtez de raconter des bêtises les gars, et concentrez-vous.
— Attends qu'Izumo soit au courant, mon pote, il ne te lâchera plus jamais à ce sujet. Plus jamais.
Kakashi et celui avec un bandage couvrant son nez se disputèrent, ne laissant donc que celui avec un cure-dents à la bouche pour s'approcher du médecin.
— Plus sérieusement, ça va ? On a tous les trois une formation des premiers secours, plus quelques petits trucs appris sur le tas, mais on peut appeler les urgences, ça ne nous dérange pas.
— Je suis médecin urgentiste, balbutia-t-il. Et ça va, merci. Je suis sujet à ce genre de crises, même si ça faisait longtemps pour une de cette intensité.
Il grimaça alors que le ton montait entre les deux autres.
Glissant les mains dans ses poches, son interlocuteur parvint à siffler sans perdre son cure-dents.
— Médecin urgentiste ! Je comprends mieux pourquoi Kakashi y passait tous ses congés !
Il se rapprocha avant qu'Obito ne puisse complètement traiter la déclaration, se penchant et sortant une main pour amoindrir le volume de ses paroles, alors qu'il s'assurait que le concerné ne les espionnait pas :
— Tu l'aurais vu, quand il a surgi subitement, avec toi dans les bras ! La dernière fois que je l'ai vu aussi expressif, déjà, et plus encore aussi angoissé, ça devait être quand un môme s'est perdu hors des chemins balisés, il y a quelques hivers.
L'implication fit tressaillir son cœur, mais il préféra ne pas trop se concentrer dessus, craignant les conséquences d'un espoir mal placé.
— Et vous l'avez trouvé ? L'enfant ?
— Shikamaru ? Oui, il ne répondait pas aux appels parce que cette loque se tapait la meilleure sieste de sa vie, dans une grotte. Heureusement, Kakashi a les meilleurs chiens pisteurs du pays, donc on a pu le trouver avant qu'il n'entre en hypothermie, mais c'était clairement une journée qu'aucun de nous n'a envie de revivre.
Il frissonna en rétrospective. Ils en avaient vécu, des journées horribles avec des nouvelles sombres, comme l'attestaient les (trop) nombreuses affiches de disparition, et certaines étaient pires que d'autres.
— Allez, assis-toi avec nous, ces deux-là devraient avoir bientôt fini de se chercher des poux. Du sucre est conseillé, après un malaise, non ?
— Euh, oui, en effet, si on suspecte de l'hypoglycémie.
Confus, Obito se laissa guider jusqu'à une chaise libre, observant aussi bien le paysage apaisant de la forêt protégée que le débat enflammé des deux hommes adultes dont il comprenait à peine le sujet.
— Te fatigue pas, Kotetsu et Kakashi parlent plusieurs langues, ils ont pour habitude de passer de l'une à l'autre quand ils se prennent la tête. Je crois que le but est de piéger l'autre, mais ils sont tous deux bien trop intelligents pour ça.
Sur la table, plusieurs sachets de friandises furent empilés, accompagnés d'un verre de jus d'orange.
— C'est gentil, mais je vais mieux, tenta-t-il de refuser.
— Prends, prends, on a rarement des visiteurs par ici alors, pour une fois que ce n'est pas parce qu'un imbécile a jeté un mégot par terre ou parce que quelqu'un s'est perdu, on va soigner l'accueil !
Et, pour achever sa déclaration, il vida un récipient d'eau sur les deux autres qui stoppèrent net leur débat stérile pour se tourner vers lui, crachotant un peu d'eau, les yeux ronds et les bras écartés.
— On a de la visite, arrêtez de jouer les chats en chaleur et comportez-vous bien, les sermonna le coupable, en réponse à leurs regards accusateurs.
Râlant, les deux concernés ôtèrent leurs T-shirts trempés, lui adressant des œillades noires.
Si Kotetsu l'asséna aussitôt sur son ami, Kakashi marqua un temps d'arrêt, remarquant Obito soudainement très rigide et rougissant lentement, tentant très clairement de ne pas le regarder.
Amusé, il glissa un doigt sous l'élastique de son masque – humide, lui aussi, il allait devoir le remplacer – pour l'ôter, s'assurant de bien se placer dans le champ de vision immédiat du docteur, ce qui empira son embarras, confirmant sa théorie.
— Va t'exhiber ailleurs, claqua Genma.
— Tu as renversé de l'eau sur mes vêtements, je ne m'exhibe pas, je me change avant de tomber malade ! corrigea-t-il.
— Je t'ai déjà vu nager en portant ce foutu masque, me prends pas pour un jambon.
Il partit rapidement, esquivant la boîte de mouchoir que son ami essaya de lui envoyer dessus, s'assurant de frôler Obito au passage, tout en agissant comme si ç'avait été involontaire.
Il devait bien avoir laissé des vêtements de rechange quelque part, non ?

Obito sourit, alors qu'il quittait sa garde, à l'hôpital.
Son petit ami lui fit signe alors qu'il rangeait cette affreuse lecture qu'il s'entêtait à afficher n'importe où, surtout quand c'était répréhensible.
— Comment s'est passé ta journée ? l'interrogea-t-il après un baiser.
— Ça fait longtemps que tu n'as pas traîné un de tes proches aux urgences, c'était plutôt calme.
Au lieu de s'en vexer, Kakashi lui pinça le nez en représailles.
— Je ne venais pas si souvent.
— Tu as le numéro de Kohari et vous échangez des idées de recettes, répliqua le médecin.
Ne pouvant clairement pas objecter sans être taxé de mauvaise foi, le Ranger opta pour un baiser plus approfondi.
— Ce sont de très bonnes recettes, et je ne me souviens pas t'avoir entendu t'en plaindre, ajouta-t-il malgré tout, pour la forme.
Cette fois, Obito lui donna un coup de coude dans les côtes, alors qu'ils s'avançaient, entrelacés.

