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Persan

Summary:

Vox a un rencard. Angel Dust, Charlie Morningstar et Alastor ont des objections. Lucifer veut simplement aller de l'avant.

Notes:

Disclaimer : Vivienne "Vivziepop" Medrano.
Chronologie : Après la saison 1, dans ce qui pourrait être un UA de la saison 2.
Prompt : Charlie said I looked great (Charlie a dit que j'avais l'air superbe) pour la #LuciferPinkWeek2026 de Nana.
Notes : Staticapple est peut-être mon ship favori. Je sais, c'est surprenant. 30 fics sur le fandom et je le mentionne que maintenant mais j'aime me faire désirer. Un peu comme ce one-shot, ça a été si long à écrire ! Bonne lecture. ::)

Notes de contenu (sous spoiler) :

* Les raisons de Vox pour vouloir sortir avec Lucifer sont laissées dans le flou, désolée si c'est insatisfaisant mais c'était pas le sujet de la fic.
* Lucifer et Lilith sont officiellement séparés/divorcés dans cette histoire.
* La réaction d'Alastor peut être interprétée de multiples façons. Est-il jaloux de Vox, de Lucifer, des deux, d'aucuns ? Prépare-t-il un sale coup ? Potentiellement.

Work Text:

Persan

 

Vox n'était absolument pas nerveux.

Il n'y avait aucune raison de l'être, d'ailleurs ! Chaque étape de la soirée avait été programmée au millimètre près pendant plus d'une semaine, à grand renfort de réunions, de schémas et de dessins gribouillés sur des post-it. La limousine, l'alcôve romantique dans le restaurant, le champagne et la vue sur les toits étaient réservés, sa tenue avait été soigneusement sélectionnée par Velvette, repassée et lissée jusqu'à ce qu'il n'y ait plus le moindre pli, son écran avait été poli et lustré si fort qu'on aurait pu se voir dedans et il avait même sorti son eau de Cologne des grandes occasions, celle qui faisait fondre Val à coup sûr. Il était riche, puissant, séduisant et il avait deux belles grosses bi—

Enfin, bref ! Il n'avait pas absolument pas de quoi être nerveux ! Pas du tout ! C'était pas comme s'il avait invité le Roi de l'Enfer à un rendez-vous galant sur un putain de coup de tête !

... Bordel de merde.

Il maintenait que tout était la faute de Lucifer. Il n'avait pas vraiment cherché à aborder le Roi alors que ce dernier faisait visiblement de la publicité pour le projet de rédemption ridicule de sa fille mais l'opportunité de pouvoir enfin interviewer l'ermite qui gouvernait l'Enfer était trop tentante. Au lieu de cela, Vox avait gagné une migraine, des opinions bien trop appuyées sur des comédies musicales ayant pour héros des canards et un numéro de téléphone.

Quelques échanges plus tard et il s'était retrouvé, vaguement charmé, à proposer une sortie à l'ange déchu qui passait visiblement beaucoup trop de temps enfermé entre quatre murs.

Il ne mentirait pas en affirmant qu'il était vierge de toute arrière-pensée lorsqu'il avait suggéré un rencard mais bordel, qui aurait songé que le Roi de l'Enfer était suffisamment seul et désespéré pour répondre « oui » ?

— C'est parce que t'es le démon le plus charmant et le plus sexy du Pentagramme, mi amor, avait roucoulé Valentino qui se délectait visiblement du désarroi de Vox. Maintenant, prépare-lui un rendez-vous qu'il n'oubliera pas de sitôt !

... Et voilà comment il s'était retrouvé assis dans une limousine hors de prix, à compter les minutes qui le séparaient de dix-neuf heures tandis que la voiture se frayait un chemin jusqu'à l'Hôtel Hazbin. Avec un effort plus coûteux qu'il ne l'aurait souhaité, le Seigneur Suprême des médias se retint d'appuyer sur le premier contact qui s'affichait dans sa liste d'appels rapides et de bredouiller une excuse pour se sortir de là. Ni Val ni Vel ne le laisseraient tranquille s'il baissait les bras sans même avoir quitté la limousine, sans parler de la réaction de Lucifer. Vox ne savait pas grand-chose du souverain de l'Enfer en dehors de son amour pour les canards et de sa dévotion pour sa fille mais n'importe qui avec un minimum d'amour propre se sentirait vexé de se faire poser un lapin à peine un quart d’heure avant l'heure du rendez-vous. Vox pouvait aisément se permettre de perdre l'argent de la location et de la réservation de ce soir – il n'était pas l'un des pécheurs les plus riches et influents du Pentagramme pour rien – mais perdre la face ? Devant Lucifer en personne ? Il préférait encore mourir une seconde fois, merci bien.

Il prit une longue inspiration, lissa les flancs de sa veste avant d'afficher son sourire le plus sûr de lui et ouvrit la portière de la voiture d'un coup sec.

Comme à son habitude depuis sa réouverture, le parvis de l'Hôtel Hazbin attirait son lot de badauds curieux, de journalistes en quête d'un potin croustillant à se mettre sous la dent et de pécheurs désabusés qui comptaient vaguement sur le fait. Vox avait bien sûr placé ses meilleurs employés sur le coup, s'assurant d'être pris en photo et filmé sous tous les angles les plus flatteurs tandis qu'il remontait l'allée et poussait la porte d'entrée avec les gestes assurés d'un homme qui savait ce qu'il voulait.

Et là, tout de suite, il voulait dîner avec le Diable.

Contrairement à ce que laissait présumer les curieux qui rôdaient dehors, le lobby baignait dans un calme relatif. Quelques clients traînaient autour d'un écran miteux posé dans un coin pendant que d'autres conversaient accoudés au bar derrière lequel la figure familière du barman s'affairait. Peut-être que la déclaration enflammée de la Princesse lors de son grand jour de réouverture avait eu l'effet escompté - ou plus probablement, quelqu'un avait enfin fait un travail digne de ce nom pour réduire le risque de visites importunes. Vox jeta un coup d'œil désintéressé autour de lui, plissant la bouche de dégoût devant le décor kitsch et la télévision dépassée d'un demi-siècle, avant de s'avancer vers le comptoir de la réception. Son entrée n'était évidemment pas passée inaperçue, considérant les sifflements et les hoquets qu'il avait entendu sur son passage, mais le Seigneur Suprême ne leur prêta aucune attention.

Il avait bien mieux à faire.

Il allait s'adresser à la réception pour se faire annoncer lorsqu'une voix insupportablement familière s'éleva depuis l'autre bout de la pièce, hélant son nom comme s'il n'était rien de plus qu'un vulgaire colporteur. Exaspéré, Vox se retourna vers la source du bruit, son sourire fondant comme neige au Cercle de la Colère pour laisser place à une grimace furieuse.

Même ici et maintenant, Angel Dust trouvait quand même le moyen de lui pourrir la vie. Cela relevait presque de l'exploit, à ce compte – non pas que cette pute de trottoir en tira la moindre fierté, évidemment, mais Vox avait du mal à ne pas le prendre comme un affront personnel.

— Qu'est-ce que tu fous ici, Vox ?! cracha le prostitué en le pointant du doigt, attirant par la même occasion tous les regards curieux vers lui. Si Val croit qu'il peut faire pression sur moi en envoyant son petit chien de garde essayer de mordre, il se goure ! Tout ce qui se passe à l'hôtel est hors limites, pigé ?!

Oh, cette petite salope camée allait regretter de ne pas avoir fermé sa grande gueule. Vox ferait en sorte que son prochain tournage serait un calvaire et il y assisterait personnellement.

— Ce que mon associé et toi avez conclu dans je-ne-sais-quel contrat ne me concerne pas, Angel Dust, alors je te prierai de me garder hors de tes accusations infondées, répliqua le magnat des médias avant de se retourner vers la réception, un sourcil dignement rehaussé dans l'incarnation la plus parfaite du client gracieusement mécontent. Vous laissez vos clients s'adresser ainsi à vos invités ?

Le visage hésitant de Charlie Morningstar lui fit face. Vox grimaça intérieurement, réajustant subtilement sa posture. Il n'avait pas vraiment compté sur le fait que la Princesse se trouvât derrière le comptoir de la réception – sérieusement, elle n’avait pas du personnel pour s’occuper des corvées comme celle-là ? – mais il supposait qu'il aurait pu faire pire comme première impression.

(Alastor aurait pu être présent et là, ç'aurait été un désastre.)

— Eh bien... je ne me rappelle pas vous avoir invité, commença la démone sur un ton mal assuré.

— L'écoute pas, Charlie, il fait partie des Vees ! intervint Angel Dust, visiblement toujours prêt à ruiner la journée du démon de la télévision. Cette ordure travaille avec Val !

— Exact ! rebondit Vox en claquant des doigts, faisant apparaître sa carte de visite du bout des griffes avant de la tendre à la princesse dans une semi-révérence. Permettez-moi de me présenter, princesse : je suis Vox, Président Directeur Général de VoxTek et représentant des Vees ! A votre service, Votre Altesse.

— Et donc... continua Charlie en prenant la carte du bout des doigts comme s'il s'agissait d'une bombe à retardement, vous êtes venu ici pour chercher la rédemption ?

— Oh non, ma chère, bien que je sois fasciné de l'ampleur prise par votre projet – et soyez assurée que nous suivons votre parcours de très, très près, susurra le Seigneur Suprême en conjurant le sourire le plus hypocrite dont il était capable, je crains que mes péchés soient malheureusement inexpiables. Mais n'hésitez pas à me passer un coup de fil pendant les heures de bureau si vous songez à étendre davantage votre couverture médiatique : après cette démonstration de force contre les exorcistes du Paradis, les citoyens de l'Enfer rêvent de savoir ce qui se passe derrière les murs de l'Hôtel Hazbin !

La princesse se força à esquisser un sourire crispé.

— Merci beaucoup, Monsieur Vox, mais j'ai déjà parlé à vos journalistes et...

— Et bien entendu, la coupa Vox, soyez certaine que Mademoiselle Killjoy a été réprimandée pour son manque de professionnalisme et sa conduite déplorable à votre égard. Je veillerai personnellement à sélectionner quelqu'un d'autre pour conduire une interview, si vous tenez réellement à nous donner une seconde chance.

Katie allait probablement lui faire un scandale mais tant pis, Vox remettrait cette mégère à sa place. Déjà il pouvait voir la méfiance de la princesse s'affadir et son regard passer de réticent à songeur. Les Morningstar étaient-ils tous si faciles à manipuler ? Le Seigneur Suprême avait à peine entr’aperçu Lilith mais la Reine lui avait fait l'impression d'une femme d'affaires confiante et impitoyable. A côté d'elle, sa fille donnait l'air d'une adolescente gauche et mal grandie.

Quant à son ex-mari... eh. Vox s'abstiendrait de commentaire. Le fait qu'il ait accepté la proposition du Seigneur Suprême après quelques échanges à peine témoignait de la solitude pathétiquement écrasante qui entourait le souverain de l'Enfer ; pour ce qui était de Vox, il n’allait pas cracher sur un cadeau pratiquement servi sur un plateau d’argent. Certaines ambulances ne méritaient pas de se faire tirer dessus.

— Merci, Monsieur Vox, répondit sobrement Charlie en rangeant sa carte de visite dans la poche de sa veste. Vous êtes sûr que vous ne voulez pas que je vous fasse visiter l'Hôtel ?

— C'eût été avec plaisir, princesse, mentit le magnat des médias en jetant un rapide coup d'œil à sa montre, mais je suis malheureusement tenu à d'autres engagements ce soir. Auriez-vous l'amabilité de me dire où se trouve...

— Oh mais quelle ć͆͜͏̳̥h̫̖̣̀̚͠a̛̓͒̚͢r̨̪̬̥͇̓͡m̸͚̺̦̐̐͆̂͗̀ą̱͎̺̅̑̀͂ǹ̩̀t̠̖̦̝͞͠e͑̆̚͏̞͙̜̮͌ vision ! s'écria une nouvelle voix agrémentée de statique, tout aussi familière et déplaisante que celle d'Angel Dust.

Le visage de Vox se ferma tandis qu'il fit lentement volte-face.

Il était douloureusement conscient du fait que le Démon de la Radio était de retour. Il l'avait provoqué sur les ondes, avait filmé ses allées et venues hors de l'hôtel sans chercher à s'en cacher - ce qui lui avait valu quelques drones et autres caméras hors de prix ; bordel, il avait même enregistré chaque miette de son combat contre le Premier Homme dans le but à peine inavoué de le regarder en boucle lorsqu'il aurait un coup de mou. Mais observer Alastor derrière la sécurité d'un écran n'avait définitivement pas la même saveur que de se retrouver dans la même pièce que lui, à quelques mètres de distance à peine.

Il n'avait pas changé, le salaud.

Vox aurait vraiment tout donné pour rester de marbre face à la présence d'Alastor mais l'homme qui avait jadis été Vincent ne désirait rien d'autre que de coller son poing dans cet insupportable sourire et de frapper de toutes ses forces jusqu'à ce qu'il en saigne. Il savait que cela serait inutile, qu'Alastor arrêterait son poing avant même et que cela gâcherait toutes les chances

— Alastor, salua-t-il entre ses dents, son ton de voix prenant des accents polaires. Quelle désagréable surprise. Je m'étonne de te voir ici.

— C'est drôle, Vox – et oh, ça lui piquait d'entendre son nom craché comme du poison dans cette bouche – parce que j'ai très clairement déclaré l'Hôtel comme étant sous ma protection. Un détail qui, j'en suis sûr, ne t'aura pas échappé vu les moyens de surveillance que tu déploies chaque semaine pour espionner ce qui se passe ici.

Un halètement de surprise se fit entendre derrière lui mais Vox n'y prêta aucune espèce d'attention. Si la princesse ignorait encore qu'il avait envoyé Pentious pour les espionner quelques mois plus tôt, c'est que ses larbins faisaient mal leur travail – ou qu'elle restait volontairement ignorante, ce qui était pire encore. La bouche plissée en un rictus indifférent, le magnat des médias fit mine de se regarder les ongles.

— Justement, je m'étonne d'autant plus de te voir traîner par ici. D'après mes sources, tu passes la plupart de ton temps à traîner dans l'hôtel ou à regarder les clients d'un air vaguement menaçant. Ne me dis pas que c'est comme ça que tu te rends utile ?

— Insinuerais-tu que je prends mon rôle de maître d'hôtel à la légère, Vox ? répliqua Alastor d'une voix sirupeuse.

— Ai-je seulement besoin de l'insinuer ? Ce n'est pas un mal d'admettre que tu es complètement à la ramasse, Al, vu que tu as mis plus de cinq minutes à réagir à ma présence.

— Contrairement à toi, je n'éprouve pas le besoin d'accourir comme un chien dès que la moindre nuisance pointe le bout de son nez.

— Oh ! s'exclama soudain Charlie qui avait quitté son poste à la réception pour se placer aux côtés d'Angel Dust, ses sourcils froncés dans une expression perplexe. Vous vous connaissez ?

— Malheureusement ! répondirent les deux Seigneurs Suprêmes de concert avant de se toiser.

— En tous cas, princesse, reprit Vox en se détournant du sourire crispé d'Alastor, si jamais vous constatez un nouveau problème de sécurité dû à la négligence de votre personnel, n'hésitez pas à contacter VoxTek. Nous nous ferons un plaisir de vous envoyer un devis gratuit de tous les services que nous fournissons pour vous mettre à l'abri des anges comme des démons les plus indésirables. (Le démon de la Télévision jeta un coup d'œil appuyé à son rival, espérant faire passer subtilement le message.) VoxTek ! Faites-nous confiance pour garantir votre sécurité !

— Euh... J'y penserais, balbutia la démone, visiblement dépassée par la tournure qu’avait prise la conversation.

— Parfait ! Je m'en voudrais de me montrer insistant mais je suis venu chercher...

Comme si les étoiles s'alignaient enfin en faveur de Vox, dix-neuf heures tapantes sonnèrent pile à ce moment-là et le Roi de l'Enfer apparut au milieu du lobby dans un tourbillon d'étincelles et de fumée carmin, faisant subitement mourir toutes les conversations aux alentours.

Pour une fois, il y avait de quoi être bouche bée devant l'apparence de l'ange déchu. Lucifer avait en effet changé de garde-robe pour la soirée. Il avait remplacé le rouge et le blanc par un rose persan et un or pâle qui complimentaient radieusement son teint. Son chapeau haut-de-forme avait laissé place à une tête nue aux boucles délicates sur laquelle était posée sa couronne ; son manteau s'était transformé en cape à épaulettes et à longues manches sur lesquels étaient brodés des motifs de serpents et de pommes. Sa chemise était d'un rose bisque avec un col à jabot et des manches bouffantes par-dessus laquelle un veston d'un rose assorti à la cape reposait tandis qu'un pantalon évasé complétait l'ensemble de la silhouette, cachant à peine une paire de talons ivoire. Le pommeau de son sceptre avait conservé sa forme tout en prenant la même couleur que la cape, un rose persan délicat qui rappelait les cercles colorés qui ceignaient les joues du diable.

En un mot comme en cent, il était flamboyant. Vox ignorait s'il devait se sentir flatté par les efforts fournis par Lucifer ou jaloux de ne pas avoir le privilège de l'exclusivité.

— Holà, doucement, calmez vos ardeurs ! s'esclaffa le monarque en effectuant une petite révérence. Le personnage principal de la soirée est entré en scène !

— La vache, Papa ! bondit Charlie tout en tentant vaillamment de cacher le tic nerveux qui faisait trembler sa paupière. Waouh, tu as l'air... vraiment superbe !

— Oh, tu trouves ? minauda Lucifer en tournant gracieusement sur lui-même. J'ai contacté Leviathan par vidéo conférence pour avoir un peu de ses conseils - bon, elle m'a peut-être passé un savon pendant une heure mais ça valait le coup parce que figure-toi que le rose revient à la mode ces derniers temps et...

Mais la princesse n'écoutait pas son père, trop occupée à le dévisager comme s'il venait de lui annoncer la date de l'Apocalypse.

— Tu as parlé aux Péchés ?! le coupa-t-elle, son visage s'éclairant sous le coup. Mais c'est... c'est super ! Ca fait si longtemps que vous ne vous êtes pas vus ! Il y a une occasion spéciale ?! Une fête au Cercle de la Gourmandise ? Un gala à l'Envie ?

— Ah, chérie, à ce sujet...

Vox prit pitié de la gêne évidente qui s'était dessinée sur le beau visage du diable et décida qu'il était temps d'intervenir. Après tout, l'heure tournait et ils avaient une réservation à honorer dans un peu moins de quinze minutes.

— Votre Majesté, quel plaisir de vous voir, déclara-t-il en s'emparant délicatement du poignet de Lucifer. Et habillé si élégamment ? Vous m'en voyez flatté.

— Tu aimes ? J'avais pensé à porter du bleu histoire de nous assortir mais Levi a solennellement déclaré que si elle me voyait porter la moindre nuance de bleu, elle n'hésiterait pas à monter jusqu'à l'Orgueil pour me donner une leçon de colorimétrie...

— Nul besoin de vous justifier. Le rose vous va à merveille, Lucifer, complimenta Vox en effleurant le dos de la main de son rendez-vous galant avec ses lèvres.

Un silence de plomb s'abattit sur le lobby. Un verre s'écrasa contre le plancher. Angel Dust marmonna un vague « Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?! » Le grésillement du statique se stoppa net pendant quelques secondes – et quel plaisir sadique de savoir qu'il avait cloué le bec d'Alastor, pendant au moins un instant – avant de reprendre de plus belle, comme le bourdonnement d’un insecte particulièrement agaçant.

— Papa ? murmura Charlie, toute trace d'enthousiasme forcé envolée. Papa, qu'est-ce que... qu'est-ce qui se passe ?

L'expression de Lucifer céda lentement à une appréhension mêlée de sympathie. Il dégagea délicatement sa main de l'étreinte de Vox pour la poser sur l'épaule de sa fille dans un geste qui se voulait rassurant.

— Ma chérie, commença-t-il avec douceur, tu sais que ta mère et moi sommes séparés, n'est-ce pas ?

— Tu portes toujours ton alliance, protesta faiblement la princesse en pointant l'anneau doré à son doigt. Vox tiqua, un poil vexé d'être subtilement accusé d'être un briseur de ménage, mais la princesse était probablement l'unique personne en Enfer à croire qu'il restait encore un ménage à briser entre le Roi et la Reine.

Lucifer laissa son regard traîner sur sa main gauche avant de se plonger dans les yeux de sa fille. Lentement, avec des gestes délibérément précis, il fit glisser l'alliance de son doigt et la plaça précautionneusement dans la poche de son veston.

Vox sentit son écran glitcher, estomaqué par l'énormité de ce qui était soudainement en train de se jouer au milieu du lobby de l'Hôtel Hazbin. Autour de lui, tout le monde retenait son souffle, suspendu aux gestes du diable tandis que ce dernier laissait échapper un long soupir. Est-ce que le Roi de l'Enfer venait vraiment de... renier le dernier symbole de son mariage ? Un mariage qui avait duré des milliers d'années ? En public ?!

Pour Vox ?!

C’était imprévu mais…

Waouh ! Voilà ce qu’il appelait de la bonne télévision !

— Je suis désolé, ma puce, s'excusa Lucifer dans un souffle. Je sais que tu avais espéré une autre fin mais… Le spectacle doit continuer.

Charlie prit une grande inspiration avant de se dégager de l'étreinte de son père d'un coup sec.

— Je... j'ai besoin d'un peu de temps, Papa, fit-elle, sa voix tremblant de larmes à peine contenues, avant de fuir la scène pour grimper les escaliers du lobby quatre à quatre.

Pendant un moment, le Démon de la Télévision crut que Lucifer allait tout laisser tomber pour la suivre. Ses doigts se recroquevillèrent dans l'air tandis que son regard se perdait dans l'ombre d'un souvenir. Puis, comme de rien n'était, la mélancolie se dissipa brusquement et le Roi de l'Enfer se tourna vers Vox, un sourire éclatant étirant ses lèvres.

— Désolé pour... Il agita des doigts dans le vide, comme s'il essayait de s'excuser de la conduite de Charlie. Nous y allons ?

Une partie de Vox aurait voulu tout annuler, fondre sur les lèvres si aguicheuses de Lucifer et l'embrasser au milieu du lobby de cet hôtel misérable jusqu'à ce que l'intégralité du monde disparaisse. L'autre, celle qui n'avait jamais tremblé même au moment de commettre son premier meurtre, savait reconnaître une opportunité en or lorsqu'il en voyait une – et remerciait silencieusement Lucifer de bien vouloir la lui fournir.

— Mais certainement, Majesté ! fit-il en offrant son bras au souverain, lequel l'accepta avec grâce. Je nous ai réservé une place de choix dans un restaurant dont vous me direz des nouvelles !

A la sortie de l'Hôtel, une foule de pécheurs avait eu le temps de se former, suspendue à leurs téléphones et caméras pour grappiller la moindre miette du Roi de l'Enfer habillé en grande pompe et suspendu au bras du Démon de la Télévision. Si la main nue de Lucifer se retrouva particulièrement mise en valeur par les flashs incessants et la démarche assurée de Vox, il pourrait toujours invoquer l'excuse du coup de publicité bien placé - après tout, on ne se maintenait pas numéro un sans faire un minimum d'efforts, non ?

Et s'il profita de faire monter Lucifer en premier dans la limousine pour jeter un dernier coup d'œil en arrière et croiser le regard étrangement acéré d'Alastor auquel il répondit par un sourire en coin, eh bien...

Cela ne regardait que lui.

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