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Tous les étés du monde

Summary:

Simon a douze ans.

Il n'est plus un enfant. Pas vraiment un adulte, il le sait, mais certainement plus un enfant.

Il a appris à faire des tours de parkings sur le scooter de Dani. Il va tout seul à la pêche aux écrevisses et arrive presque à chaque coup à les attraper à la main, sans utiliser la nasse de son père. Il sait, en fonction de la force du vent et de l'agitation des vagues, s'il peut nager jusqu'à la bouée de balisage ou s'il risque de se faire emporter par le courant.

Il sait aussi que se faire des câlins quand on a huit ans, neuf ou même dix ans, ce n'est pas la même chose que lorsqu'on a douze ans.

***

Tous les étés, Ryland vient passer les vacances chez sa tante, sur Haven Island.
Tous les étés, Simon l'attend.

Notes:

Je suis hantée par cette idée depuis deux jours, alors voici un OS presque à 100% fluff (très léger sous-entendu de harcèlement scolaire et d’homophobie internalisée, vous pouvez passer à côté en clignant des yeux, mais c’est présent).

Honnêtement, j’ai à moitié les idées pour construire tout un univers autour de ça, mais j’ai déjà deux fics en cours d’écriture et je ne peux pas me disperser plus. Donc ça va rester un OS (pour le moment, je ne promets rien).

Juste une petite précision : Simon n’est pas dans une secte. Il vit sur une petite île de pêcheurs, un peu coupée du monde, assez portée sur les traditions. Les nouvelles générations sont plus ouvertes, mais il persiste quelques idées rétrogrades sur l’île. Cet aspect n’est pas développé dans ce texte (c’est à peine sous-entendu), mais explique certaines réactions de Simon. De plus, l’intrigue se passe dans les années 90, à peu près.

Pas de jumeaux Coltland ici. J’ai hésité très fort à le rajouter après coup, mais l’idée n’a pas été pensée ainsi et ça m’aurait fait changer trop de choses. Et j’aime bien aussi écrire Ryland en fils unique, parfois.

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Simon a douze ans. 

Il n'est plus un enfant. Pas vraiment un adulte, il le sait, mais certainement plus un enfant.

Il a appris à faire des tours de parkings sur le scooter de Dani. Il va tout seul à la pêche aux écrevisses et arrive presque à chaque coup à les attraper à la main, sans utiliser la nasse de son père. Il sait, en fonction de la force du vent et de l'agitation des vagues, s'il peut nager jusqu'à la bouée de balisage ou s'il risque de se faire emporter par le courant. 

Il sait aussi que se faire des câlins quand on a huit ans, neuf ou même dix ans, ce n'est pas la même chose que lorsqu'on a douze ans.

Simon a vu des films sur la vieille télé que David a récupérée de sa grande sœur partie sur le continent. Des films où les gens tombent amoureux, se tiennent la main, se blottissent dans les bras et s'embrassent sur la bouche — Beeeeuurk ! s'exclame toujours David alors Simon rigole et joue à être dégoûté avec lui parce que c'est drôle. Les gens dans les films font aussi d'autres choses, qui impliquent généralement de se mettre tout nu, dans un lit le plus souvent, et de pousser tout un tas de gémissements. Les films ne montrent jamais vraiment ce qui se passe, Simon ne s'en fait qu'une idée vague et floue. Bizarrement, ni David ni lui ne rigolent jamais devant ces passages, ils font semblant de ne pas s'intéresser à l'écran tout en surveillant si l'autre, lui, le fait.

Et surtout, ils n'en parlent pas. 

Ce sont des trucs d'adulte, et Simon n'est pas particulièrement pressé de devenir un adulte — même s'il n'est plus un enfant, maintenant qu'il a douze ans. Il comprend les choses différemment, sans qu'on ait besoin de les lui dire. 

Il sait que tenir la main de Ryland lorsqu'ils traversent le carrefour au feu rouge, ce n'est plus vraiment un geste de bébé. 

Il sait que passer ses doigts dans les cheveux de Ryland pendant qu'ils regardent les vagues se jeter sur les galets de la plage, ce n'est plus seulement une façon d'occuper ses mains. 

Il sait que le tenir dans ses bras, dans leur cachette secrète sous le grand arbre près du phare, ce n'est pas juste un câlin d'enfants. 

Du moins, c'est ce que Simon ressent et il se demande si Ryland ressent la même chose.

C'est toujours un peu étrange de le retrouver, tous les ans, au début du mois de juillet. Il passe les vacances d'été sur Haven Island, chez sa tante qui habite au bout de la Promenade des Pêcheurs, puis il repart chaque année la dernière semaine d'août. Pendant dix mois, il vit sur le continent, il va à l'école, il joue avec ses copains, il fait tout ce que les gens font sur le continent — loin de Simon. 

Puis il revient. Toujours le même. Mais à chaque fois un peu différent.

À neuf ans, il est revenu avec une paire de lunettes. Une armature en métal et de petits motifs d'étoiles sur les branches. Il dit qu'il voit bien mais qu'il en a besoin pour pas avoir mal à la tête quand il lit — et Ryland adore lire, alors il porte ses lunettes quand il lit son livre d'aventure à Simon, dans leur cachette sous le grand arbre. 

À dix ans, il est revenu avec le poignet droit dans une attelle parce qu'il a trébuché en descendant du bus de l'école et qu'il s'est fait une entorse. Mais il a avoué plus tard à Simon, les larmes aux yeux, que c'était un garçon de sa classe qui l'avait poussé. 

Simon aurait bien voulu aller sur le continent pour casser la gueule à ce petit con. 

À onze ans, il est revenu avec les cheveux coupés beaucoup plus courts. Jusqu'alors, Ryland les avait mi-longs, comme Simon. Ils étaient jolis quand le vent de la mer les faisait danser, même si Ryland se plaignait toujours de les avoir dans la figure et plein de nœuds. Sa coupe plus courte change tout son visage, mais les mèches paraissent plus claires sous la chaude lumière de l'été, des fils d'or au-dessus de sa tête. Simon aime bien comme ça aussi. 

À douze ans, il est revenu presque dix centimètres plus grand que l'année précédente. Ryland dit qu'il a fait une poussée de croissance. Pour la première fois, il dépasse Simon en taille, ce qu'il a d'abord trouvé profondément injuste. Pourquoi n'a-t-il pas de poussée de croissance, lui aussi ? Pourquoi Ryland a-t-il pris de l'avance ?

Même si, aujourd'hui, le grand corps de Ryland enroulé autour du sien comme une couverture, il se dit que ce n'est pas si mal. 

C'est toujours Ryland, après tout.

Avec ses grands yeux bleus qui expriment tout ce qu'il ressent, qui brillent quand il est heureux, qui s'écarquillent quand il est surpris, qui tremblent quand il a peur, qui débordent de larmes quand ses émotions sont trop fortes, qu'il s'agisse de joie ou de tristesse. Avec ses mains qui s'agitent dans tous les sens quand il parle de quelque chose qu'il aime. Avec les minuscules taches de rousseur qui maculent son nez et ses joues. Avec sa gentillesse et sa candeur, son sourire si doux qu'il réchauffe quelque chose dans le ventre de Simon. Avec son air malicieux, quand ils font des blagues ou des bêtises. Avec son air sérieux quand il parle des étoiles et des constellations. Avec ses lèvres et ses joues et ses doigts couverts de sauce parce qu'il ne sait pas manger de friture de poisson sans s'en mettre partout.

C'est toujours Ryland, tout contre lui. Simon sent son souffle chaud chatouiller le creux de sa gorge, ses cheveux contre sa joue. Il baisse la tête pour plonger son nez entre ses mèches blondes. C'est doux. Il sent le shampooing à la réglisse. Ryland a rangé ses lunettes dans sa poche, pour se blottir plus confortablement dans ses bras. 

Ce n'est pas vraiment ce que sont censés faire des amis, Simon le sait, mais il ne veut pas que ça s'arrête. 

Il baisse un peu plus la tête et ses lèvres glissent sur la tempe de Ryland alors qu'il l'embrasse doucement.

Simon sent Ryland frémir entre ses bras, mais il ne sait pas si c'est une bonne réaction ou une mauvaise réaction. L'estomac soudain noué, il se recule. Merde, pourquoi a-t-il fait ça ? Et si Ryland n'aime pas ? Et s'il le trouve bizarre ? Et s'il le déteste et qu'il ne veut plus jamais lui parler ? Et s'il a tout gâché ?

Mais la main de Ryland, posé sur sa taille, s'agrippe plus fort à son tee-shirt, comme pour le retenir. Simon reste immobile, un souffle tremblant au bord des lèvres. Puis Ryland relève lentement la tête, ses grands yeux brillants le dévisagent avec un mélange de curiosité et de... Simon ne sait pas quoi. Il sait lire dans son ami comme dans un livre ouvert d'habitude. Mais Ryland n'a pas l'air en colère, ou dégoûté, ou quoique ce soit d'autre d'horrible. Il semble juste... attendre ?

Le cœur de Simon s'agite contre ses côtes. 

— Encore ? demande-t-il, hésitant, parce qu'il ne sait pas formuler exactement ce qu'il veut. 

Il n'est pas certain de le savoir. 

— Oui... répond Ryland d'une petite voix. 

Alors Simon se penche en avant et l'embrasse à nouveau, plus bas sur sa tempe, juste au coin de son œil. Ryland respire un peu plus fort. Sa main s'agrippe toujours au tee-shirt de Simon. Ses joues rougissent, atténuant le relief de ses taches de rousseur.

— Encore ? demande Simon, plus assuré. 

— Oui. 

Sa réponse est plus rapide. Plus affirmée, aussi. 

Ça brûle quelque chose dans le ventre de Simon. Il descend un peu plus et cette fois sa bouche se pose sur la paupière refermée de Ryland, qui frémit comme un papillon de nuit sous ses lèvres. Lorsqu'il s'éloigne à nouveau, les yeux bleus de Ryland paraissent plus bleus que jamais, plus bleus que le ciel d'été au-dessus du phare, plus bleus que la mer qui s'agite à l'horizon.

Un léger sourire étire ses lèvres. Ce n'est pas son sourire timide quand il craint de prendre trop de place avec sa joie. Ce n'est pas son sourire nerveux quand il cherche à dissimuler qu'il a peur. Ce n'est pas son sourire fripon quand il fait une blague qu'il sait être stupide, mais qu'il raconte quand même parce qu'il se sent en confiance. Ce n'est pas son sourire libre quand il se laisse vraiment aller et qu'il oublie tout ce qui l'empêche habituellement d'être lui-même. 

C'est quelque chose de plus doux. Quelque chose, peut-être, qui n'existe que pour Simon. 

— Encore ? 

— Oui. 

Il l'embrasse sur la joue, sur ces taches de rousseur que Simon aime tant et qui se sont cachées sous son rougissement — mais Simon sait qu'elles sont toujours là. Il repose la question, Ryland répond la même chose, et il va plus bas encore, toujours sur sa joue, juste au coin de sa bouche. Mais c'est une limite qu'il n'ose pas franchir. Une ligne à ne pas dépasser. 

La chaleur qui l'habite s'évapore et le nœud dans son ventre revient. 

Il reste là, tout contre Ryland, perdu dans ses yeux bleus, incapable de se détacher de lui, incapable de s'approcher plus. Piégé dans cet entre-deux grisant et effrayant. Ryland le regarde. Sa main toujours agrippée au tee-shirt de Simon. Il regarde sa bouche. Puis Simon à nouveau. Il se pince les lèvres, brièvement. 

— Encore ? demande Ryland, la voix un peu chantante. 

— Oui ! répond Simon, trop vite, trop brusque. 

Comme s'il n'attendait que l'autorisation. Ses joues lui brûlent, mais Ryland ne se moque pas de sa réaction. Ils s'approchent ensemble, d'un même mouvement et leurs lèvres se rencontrent. Un simple contact. Sa bouche contre la sienne. 

Simon est tellement stressé qu'il ne sait pas dire si c'est bien ou si c'est nul. 

Assurément, ce n'est pas mauvais. Il ne peut rien y avoir de mauvais dans un garçon aussi gentil et attentionné que Ryland. Il ne peut rien y avoir de mauvais dans ce qu'ils partagent, aujourd'hui, depuis des années, depuis qu'ils se connaissent. 

Ils s'éloignent, trop vite pour que Simon puisse vraiment se rendre compte de ce qu'il s'est passé. Il le regrette déjà. 

Ryland sourit encore. Sa main remonte de la taille de Simon jusqu'à sa poitrine, se pose juste contre son cœur. Il doit le sentir battre de toutes ses forces. C'est quelque chose de bizarrement intime. Ça ne lui déplaît pas. Il n'y a que Ryland qui peut toucher son cœur de cette façon. Il lève à nouveau les yeux.

— Hé, Simon ?

— Mmh.

— On peut le refaire ?

— Oui !

La réponse lui échappe, encore une fois.

Ryland glousse un peu, mais Simon sait qu'il ne moque pas de lui. Il lui pince légèrement le bras, en représailles, ce qui le fait encore rire. Il aime bien l'entendre comme ça, le voir comme ça, aussi heureux. 

Ils s'embrassent à nouveau et Simon prend le temps de ressentir. Le contact doux de ses lèvres. Son souffle contre sa peau. Son nez qui frotte contre le sien. Il ose une brève pression sur sa bouche close, puis Ryland fait la même chose et Simon appuie une dernière fois avant qu'ils arrêtent. Il sent qu'il est tout rouge, le souffle court, mais Ryland est pareil et il sourit. 

Alors Simon lui sourit aussi.

Ryland revient se blottir dans ses bras, niche sa tête dans le creux de son cou. Simon lève distraitement la main, glisse ses doigts dans ses cheveux et gratte doucement le bas de son crâne. Un geste si naturel qu'il n'y pense même pas. Il se sent juste bien, la chaleur et le poids du corps de Ryland contre lui. Ils ne parlent pas, ne disent rien. Ça n'a rien de compliqué ni d'étrange. C'est juste une évidence. 

Simon veut continuer de tenir la main de Ryland au feu rouge. Il veut continuer à passer ses doigts dans ses cheveux sur la plage. Il veut continuer à le tenir dans ses bras dans leur cachette. Il veut continuer à l’embrasser, aussi longtemps que Ryland le voudra. Tout cet été. L'été prochain aussi. Et celui d’encore après.

Pour tous les étés du monde, Simon veut être avec Ryland.

Notes:

Simon, tu as peut-être douze ans, mais tu es toujours un enfant mon chou.

J’espère que ça vous a plu autant que j’ai aimé écrire ce texte (tout ce fluff, ça me change de mes fics hyper drama mdr). Hésitez pas à lâcher un kudos ou un commentaire si vous voulez !