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Numéro 120 - Stari

Summary:

Inno veut travailler sur son projet couture mais les bruits dans l'hôtel l'en empêchent

Notes:

Cette histoire fait partie des challenges « Pokédex », "Une histoire par jour" et « Nuit de l’écriture » du Discord "Le Petit Salon d'Ecriture", dont les thèmes étaient :

- La couture est un art pour le protagoniste
- A cause de toi je ne peux pas me concentrer

Vous pouvez retrouver le lien du Discord ici : https://discord.gg/7ZQUXTdE

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Inno soupire, le casque sur les oreilles. Il est occupé. Très occupé. Sa chambre... C'est toujours bizarre de l'appeler sa chambre. Dans tous les cas, sa chambre est remplie de rouleaux de tissus déroulés à même le sol, dans l'attente d'être découpés pour former les pièces qui serviront à la conception d'un vêtement. Heureusement que l'étrange réceptionniste qui lui a proposé cette chambre en guise de logement est très méticuleux sur le ménage. Inno avait un doute en voyant l'aspect vieux du bâtiment, mais il est bien entretenu, avec des petits airs antiques, comme appartenant à un ancien temps mais moderne en même temps. On pourrait presque manger sur les sols tant ils sont propres. À défaut de manger, il déroule ses matériaux sans jamais craindre qu'ils ne se salissent à cause de la poussière. Dans le doute, il installera une table dans sa chambre. Ou alors il utilisera celle de l'espèce de salle à manger en bas. Ou alors il étalera tout sur son lit. Il se débrouillera. Il saura se débrouiller.

C'est ça être un artiste.

Trouver des solutions quoi qu'il arrive.

S'adapter.

Sauf qu'il y a une chose sur laquelle il ne peut pas s'adapter. Le son dans ses oreilles. Il n'y a qu'un seul son qu'il veut pour l'accompagner dans ses travaux. Celui de la voix de Narica. C'est elle qui le motive. C'est elle qui le pousse à aller toujours plus loin. C'est son travail à elle qui lui donne envie de travailler encore et encore. Elle essaie de relever les défis dans un jeu, comme il essaie de relever tous les défis en créant de nouvelles choses. Elle reste éveillée toute la nuit pour finir son jeu, il reste éveillé toute la nuit pour terminer sa création. Elle boit une boisson énergisante pour se motiver à tenir le coup, il va boire exactement la même boisson.

Il a besoin de Narica pour devenir le créateur de renom qu'il veut être.

Donc forcément, quand il a autre chose dans les oreilles que sa streameuse préférée, c'est là pour lui déplaire. Il grogne toujours un peu quand une pub vient interrompre son idole, mais au moins il se dit que c'est pour la bonne cause, pour soutenir financièrement sa créatrice préférée. Mais là, le son n'est pas celui qu'il voudrait. C'est un son extérieur, là pour parasiter la petite bulle qu'il s'était créé avec son casque. Il n'arrive même pas à entendre la voix de Narica et se concentrer sans être interrompu. C'est énervant. Il n'arrive pas à se concentrer comme il voudrait. Il perd de vue un ciseau qui était juste à côté de lui. Il confond deux couleurs de fils. Il commence à faire des erreurs qu'il ne ferait pas d'habitude.

Tout ça à cause de musique. Une musique à un volume beaucoup trop élevé.

C'est jamais arrivé ça à l'hôtel. Le lieu a toujours été tranquille et les rares fois où Inno ne porte pas son casque il entend juste les piaillements distants de quelques Passerouges. Mais là... Ce sont des basses qui lui détruisent les oreilles, des sons répétitifs qui l'empêche de se concentrer correctement... C'est plus possible, vraiment plus. Il va falloir qu'il agisse, de suite, pour arrêter ça. Même si ça implique sortir de sa chambre et faire une pause. Non, pas juste ça.

Ça implique d'aller parler à l'autre habitante de l'hôtel.

Il n'a jamais trop parlé aux personnes qui vivent à l'Hôtel Z. Il croise juste le réceptionniste gigantesque de temps en temps. L'homme accompagné de sa fleur sait qu'il coud et Inno s'est déjà demandé s'il ne lui fabriquerait pas quelque chose un jour : ce serait mieux que les morceaux de vêtements rapiécés qui lui servent de tenue et qui menacent de se déchirer d'une minute à l'autre. Il y a bien une fille aux cheveux bicolores qui l'a accueilli le premier jour, mais il n'a pas plus que ça interagi avec elle. D'ailleurs, vu le volume de la musique, il se doute que c'est à cause d'elle qu'il ne peut pas travailler... Sérieusement, elle connaît pas l'étiquette sociale ? Dire que sa grand-mère dit toujours qu'il ne sait pas se comporter en société parce qu'il est toujours sur son téléphone... Si elle entendait les grosses basses dans l'hôtel, elle criserait. Urgh... Il préférerait ne pas penser à elle.

Bon. Il est temps de régler les problèmes une bonne fois pour toutes. S'il s'en charge, il n'aura plus à penser à son aïeule. Il n'aura plus à penser à la musique insupportable. Il pourra enfin travailler sur ce qu'il veut travailler. Ce sera parfait. Parfaitement parfait. Il a juste à frapper à la porte et se plaindre. Sa main tambourine sur le bois de la porte et il garde son casque sur les oreilles pour isoler le son insupportable qui parasite ses oreilles.

« J'arrive ! »

Ouf, enfin la musique s'arrête ! Elle a réussi à entendre qu'on frappait à sa porte, entre tous ces sons ? C'est presque du génie. Mais Inno n'est pas là pour admirer des gens. Il est là pour mettre un terme à ses problèmes.

« Oh !
- Oh. »

Ils ont l'air surpris autant l'un que l'autre de se voir. Et pour cause. Inno s'attendait à voir cette fille qui l'a accueilli lorsqu'il a emménagé ici. Pas à une nouvelle personne qu'il n'a jamais vu avant.

« Ah, désolée ! »

Et elle a refermé la porte aussitôt ?! Non mais pour qui elle se prend là... Visiblement énervé, Inno frappe à la porte une fois de plus.

« J'arrive, j'arrive ! »

Et elle rouvre, comme si de rien n'était, à la différence que maintenant elle porte un pantalon noir qu'elle n'avait pas avant. Un vêtement qui porte plus du détail qu'autre chose. Ça ne change rien à la colère d'un Inno qui a l'impression de perdre son temps.

« Tu vis à l'Hôtel Z ? Enchantée ! Moi c'est Rudi ! Et voici Stari ! »

Un Pokémon en forme d'étoile se présente à l'encadrement de la porte comme pour dire bonjour. Sauf que le couturier n'est pas là pour faire la conversation.

« La musique.
- Hmm ?
- Baisse le son. T'es pas seule ici. »

Il n'a pas prévu de devenir ami avec tous les clients de l'hôtel. Lui, tout ce qu'il veut, c'est coudre en paix. Il interagit avec elle uniquement parce qu'elle représente un obstacle à ce qu'il veut.

« Oh, pardon ! Je pensais que j'étais seule, Monsieur AZ et Cety sont sortis... »

Ils sont seuls ici hein. Au moins ça explique le problème.

« Le problème, c'est que... Je vais pas pouvoir m'arrêter avant une heure...
- Pardon ?! »

Une heure ? À devoir supporter tous ces bruits ? C'est une blague ?!

« Sérieusement ?! Je couds comment moi avec tout ce bruit ?!
- Désolée ! Je dois m'entraîner pour une compétition de danse et y a qu'en mettant le son dans des enceintes que je peux avoir les meilleures conditions... »

C'est bizarre comme condition non ? Ne serait-elle pas plus concentrée si elle dansait avec un casque sur elle, enveloppée entièrement par la musique ? D'ailleurs, est-ce qu'elle a la place d danser dans sa chambre d'hôtel ? Ce n'est pas comme s'il y avait beaucoup de place là-dedans...

D'un autre côté... Est-ce qu'elle s'adapte à son environnement, elle aussi ? S'il peut trouver de la place pour coudre, elle peut en trouver pour danser. Elle a sa manière de faire. Ses conditions. Ses obligations. Chacun doit parfaire son art. Sauf que... Même s'il comprend son point de vue, il est hors de question qu'il perde son temps.

« Je peux pas coudre comme ça. J'ai besoin de silence.
- Tu n'as pas d'autre endroit pour coudre ?
- Cette chambre est mon atelier.
- … Oh, je sais !
- Hmm ? »

Elle repart dans sa chambre, suivi de son Stari, sans fermer la porte. Elle revient aussitôt, comme si elle était incapable de mettre de la lenteur dans ses gestes.

« Tu vois ce pantalon ? Il... »

Elle semble nerveuse en parlant de ce vêtement. Un pantalon de sport qui colle à la peau, décoré de plein de petits Staris. Le modèle est mignon, pas de la plus grande qualité en terme de matière, mais il passe très bien pour la fonction qu'il a. Enfin, pas tant que ça maintenant qu'il regarde attentivement : un énorme trou est visible dans la couture d'une des jambes, tellement gros que le Stari de Rudi pourrait y passer un bras.

« Il s'est troué. C'est mon pantalon porte-bonheur et il s'est troué avant ma compétition... »

Elle joue nerveusement avec ses doigts, pendant que le Stari semble fixer Inno. Il a du mal à déterminer si c'est le cas en fait.

« Si tu me le répares, je te promets que je garderai toujours mon casque à l'entraînement.
- Pardon ?
- Tu veux bien ? Merci ! »

Le Stari le salue comme si de rien n'était et... Une seconde, est-ce qu'ils viennent de repartir dans la chambre sans même attendre sa réponse ?! Non mais ils sont gonflés ! Inno n'a même pas eu le temps de dire quoi que ce soit. L'échange s'est terminé aussi vite qu'il a commencé et il se retrouve là, tout penaud, un pantalon qui ne lui appartient pas à la main. Qu'est-ce qu'il est censé faire avec ? Le... Réparer ? Il a autre chose à faire à la fin ! Et en même temps... Elle a l'air de vouloir tenir sa parole. Aucune musique ne s'est faite entendre depuis que la porte s'est fermée. Et puis...

D'une certaine façon, c'est un peu comme une première commande. Une inconnue, qui n'a pas la moindre idée de ce à quoi ressemble son travail, lui fait confiance. Il pourrait se foirer. Il pourrait agrandir le trou. Il pourrait ruiner son pantalon si précieux. Mais elle a choisi de lui faire confiance à lui, cet inconnu. Est-ce qu'elle se sent coupable pour l'histoire de la musique ? Ou alors c'est parce qu'ils vivent sous le même toit ? Il ne sait pas. Mais ce qu'il sait, c'est qu'il a envie de le faire ce pantalon.

Alors il revient à sa chambre, s'installe sur sa chaise de bureau (la seule à ne pas être recouverte d'un tissu à étendre) et commence son travail. Ça ne devrait pas prendre bien longtemps. Il observe attentivement le matériau. Le tissu est facile à manier pour une couture main mais à la machine il serait trop glissant. En dehors de ça... Ce n'est pas un très gros challenge. Il faut juste qu'il alterne un peu entre les fils, mais c'est rien d'être anormal. Des trous comme ça c'est la base. On commence par coudre avec ça. Il se demande même si elle n'aurait pas pu le faire elle-même. Qu'est-ce qui l'en aurait empêché, en vrai ? Peut-être qu'elle est tout simplement plus agile de ses pieds que de ses mains... Il ne sait pas. Il coud et au fur et à mesure que les motifs de Stari apparaissent dans son champ de vision, il se pose des questions sur cette fille. Elle a l'air d'être quelque chose.

Elle a l'air... Intéressante.

C'est la conclusion qu'il se fait alors qu'il termine de coudre les derniers détails. Il n'a plus qu'à apporter le résultat à sa colocataire, s'il peut l'appeler comme ça, et il reviendra à sa vie normale. Il frappe à la porte et passe des imprimés de Stari à un vrai Pokémon. Il a l'air de se réjouir, lançant des regards vers sa dresseuse... Est-ce qu'il peut vraiment dire qu'il la regarde, lui qui est dépourvu d'yeux ?

« Tu as déjà fini ?! S'exclame la dresseuse du Pokémon étoilé.
- C'était rien d'insurmontable.
- Tu plaisantes ? Tu me sauves !
- C'est rien de... »

Qu'est-ce qu'il lui prend à lui faire un câlin d'un coup ?! C'est juste un trou réparé et elle se jette dans ses bras... Il n'a rien fait de si spécial et pour elle, c'est comme s'il lui offrait le cadeau de toute une vie...

« T'es génial ! »

Il cherche les mots pour lui dire qu'il veut qu'elle se décolle de là. Et pourtant... Ils ne viennent pas. Comme s'il n'avait pas envie. Comme si les mots de cette inconnue l'affectaient bien plus que prévu et qu'il ne peut pas se détacher d'elle. Il la voit de plus près. Elle n'est plus cette inconnue qui le dérangeait juste avant. Elle est cette fille énergique qui semble vraiment l'admirer. Cette brune avec un grand sourire qui la rend... Plutôt mignonne, il faut l'avouer.

Mignonne ? Attends, c'est quoi cette pensée qui vient de le traverser ? Il se sent particulièrement confus pendant qu'il sent le petit Stari câliner sa jambe, comme pour imiter sa dresseuse.

« Merci encore, euh...
- Inno. C'est Inno mon nom.
- Merci Inno ! T'es vraiment sympa ! »

Il n'ose pas dire qu'il a eu l'impression qu'on lui imposait quelque chose et qu'il ne pouvait pas dire non. Tout simplement parce que...

Il n'a plus vraiment cette impression qu'on lui a imposé.

La couture reste un art où on s'adapte, n'est-ce pas ?

Notes:

Première fois que j'écris sur ce ship ! J'ai jamais trop fait de fics dessus mais depuis quelque temps j'en lis de plus en plus et j'aime bien ce que je lis, autant tenter de faire un truc !

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