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Numéro 198 - Cornèbre

Summary:

Corvault trouve un porte-clés qui lui fait de l’œil et qu’il aimerait acheter

Notes:

Cette histoire fait partie du challenge « Pokédex » du Discord "Le Petit Salon d'Ecriture"

Vous pouvez retrouver le lien du Discord ici : https://discord.gg/MrUSsArYk

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

C’est une peluche de Cornèbre. Elle est minuscule, accrochée à un crochet pour en faire une porte-clés. Elle pendouille sur le tourniquet d’une boutique, avec de nombreux autres porte-clés en forme de Pokemon similaires. La matière a l’air particulièrement douce, on dirait une sorte de fausse fourrure là pour imiter un duvet d’animal. À côté de lui se trouvent d’autres volatiles, comme pour donner l’impression d’une famille de Pokémons. Des Passerouges, de Poichigeons, et autres Pokémons de type Vol qui sont fréquents dans les rues d’Illumis. Au-dessus d’eux il y a leurs évolutions, mais c’est la peluche du Cornèbre qui attire le plus les yeux. Elle n’est pas plus spéciale qu’une autre, elle n’est pas plus luxueuse, elle n’est pas faite dans une matière différente qui la rendrait plus chère, elle n’est pas bien grande comparé à d’autres qui sont à échelle humaine et qui attireraient plus facilement l’attention.

Non, elle n’est pas si exceptionnelle…

Mais comme c’est un Pokemon de Lysandre, c’est comme si elle l’était.

Corvault n’a pas quitté la peluche du regard. Il la fixe intensément, sous toutes ses coutures, comme pour en retenir les contours la prochaine fois qu’il la verra. Ses yeux jaunes se fixent dans les yeux brodés du porte-clés et il a l’impression de revoir le petit volatile qui accompagne toujours son mentor. Les mains hésitent à toucher la peluche. Il a peur de salir. Ça fait quelques mois déjà qu’il a été recueilli par l’homme à la chevelure de feu, mais il a encore ce réflexe de ne pas trop toucher aux choses qui lui étaient inaccessibles quand il était encore dans la rue, comme si l’entièreté de son être allait forcément souiller les objets qu’il tient dans ses mains. Venipatte, à côté de lui, l’encourage, mais même avec le soutien de son meilleur ami l’enfant hésite. Il a envie de le prendre. Mais pour ça il faudrait que Lysandre paie.

Il n’ose pas demander.

Il a du mal à oser demander des choses. Dans sa tête s’est gravée l’idée que comme il n’a jamais rien eu, il n’a le droit à rien. Toute cette générosité de la part de son bienfaiteur le met mal à l’aise. Il est reconnaissant, oui, mais il ne peut s’empêcher de se demander pourquoi lui et pas un autre. Qu’est-ce qui a poussé ce type à le sauver ? Il ne sait pas. Lysandre est encore cet homme si énigmatique à ses yeux d’enfant. Il a l’impression de mieux le comprendre, de mieux le voir depuis qu’il a ses lunettes sur les yeux, mais il y a encore tant de choses qui lui échappent à son sujet. Il a l’impression qu’il demanderait trop, à demander un cadeau. Il a déjà l’impression de trop lui en demander. Une fois l’homme lui a demandé si quelque chose lui ferait plaisir et Corvault a été incapable de répondre. Il ne sait pas. Il ne sait pas à quoi il a droit. Il répond toujours simplement qu’il est content tant que Venipatte est content. Il ne dit rien. Il se contente de fixer des choses qui l’intéressent et espère que Lysandre captera le message sans qu’il n’ait à lui dire quoi que ce soit.

« Corvault ! »

Ah, son bienfaiteur est à l’autre bout de la rue. C’est vrai qu’ils doivent se dépêcher de rentrer. Vite, ils n’ont pas de temps à perdre. Tant pis pour la peluche de Cornèbre, il faut rentrer à la maison là. L’enfant lui adresse un dernier regard avant de repartir.

La peluche s’enfouira au fond de sa mémoire, bien cachée, presque comme si elle n’avait jamais existé, et elle ne reviendra que bien plus tard. À ce moment-là, Corvault est un adulte, chef du Clan Dérouillard, occupé à administrer Illumis dans l’ombre et ses lubies d’enfant ne sont qu’un vieux souvenir lointain qui s’est perdu au milieu de milliers d’expériences de vie bien plus marquantes. Il a autre chose d’important pour lui à gérer. Il a d’autres désirs. D’autres choses à accomplir.

Et pourtant L vient de poser le porte-clés en forme de Cornèbre que Corvault observait avec envie quand il était enfant.

Il l’a mis là, sur son bureau, comme si de rien n’était, et voilà que le chef de clan se retrouve avec un ancien objet de convoitise entre deux feuilles de dossier. De quoi le faire arrêter de travailler sur un énième contrat des plus importants qui ressemble quand même pas mal au contrat précédent. Une pause plus ou moins forcée vers l’enfance : difficile d’ignorer l’objet apparu devant lui.

« Qu’est-ce que…
- Je me suis souvenu de quelque chose. »

L a toujours ce ton étrangement calme qui perturbe son interlocuteur. On dirait que tant de choses lui passent par l’esprit et que le plus jeune doit encore déceler énigme sur énigme.

« Tu voulais ce porte-clés. Tu l’as regardé longtemps sans oser me demander. »

Difficile de savoir comment réagir. C’est un cadeau de Lysandre. C’est un cadeau de quelqu’un qui a oublié son passé et qu’il espère tant recouvrer la mémoire. Il vient de se souvenir de quelque chose, d’un souvenir en commun, et il y a quelque chose de touchant qui atteint Corvault en plein cœur. Il tient l’objet entre ses mains. Comme le petit lui se l’était imaginé, la matière est agréable. Le Cornèbre est un joli petit accessoire, un très beau cadeau qui fait du bien à son cœur d’enfant. Même si là, le regard du plus jeune est peut-être un peu moins enthousiaste que ce à quoi il s’attendait.

« Tu n’as pas l’air content. Je n’ai pas choisi le bon objet ?
- Nan, c’est pas ça. »

Autant expliquer très vite, parce que là L lui lance vraiment un regard de Briochien battu.

« J’crois que t’as oublié que j’ai jamais été hyper réactif quand on m’offre un truc. Ça m’fait plaisir hein, mais je vais pas bondir de joie en hurlant. 
- Je vois.
- Et puis… J’ai passé l’âge de ce genre de cadeaux. »

Silence. Aïe, c’était peut-être pas la chose à dire…

« Mais t’inquiète, hein. Ça me fait quand même plaisir. Merci Lysandre. »

Nouveau silence. L semble réfléchir à quelque chose. Corvault range le porte-clés dans sa poche quand il remarque que l’autre homme le fixe…

Pour le prendre par le col de son manteau et l’embrasser à pleine bouche.

Il se fige sous les lèvres de l’autre homme. Elles ont un goût que certains trouveraient affreux à cause de tout ce temps passé dans les rues qui a clairement impacté son hygiène dentaire, mais l’haleine de l’autre homme, mêlée au côté piquant de sa barbe, ne le dérange pas tant. C’est… Aussi perturbant qu’agréable. Il lui faut quand même un certain temps pour revenir à lui et réagir, et ce même après que leurs lèvres se soient séparées.

« C-C-C’était quoi ça ?!
- Tu m’as dit que tu n’avais plus l’âge pour les cadeaux d’enfants. Je me suis demandé quels étaient les cadeaux que des adultes se donnaient. Je te vois souvent embrasser des clients et ton second. Je me suis dit que tu aimais ça. »

Quelle est cette manière de réfléchir aussi simpliste ? Ce n’est pas Lysandre ça. Lysandre c’est quelqu’un qui réfléchit, qui voit toujours loin et qui ne prend jamais la moindre décision bêtement. Il n’est pas impulsif. Il n’est pas stupide.

Et pourtant…

Aussi stupide que ce soit, tellement différent de la vision qu’il a de Lysandre…

Il a envie de le revoir stupide.

Notes:

Quasi un mois que j’avais pas écrit sur Corvault… Qui suis-je………

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