Chapter Text
Et il se rendormit. Jusqu’à ce que Sirius sente son corps lourd se faire secouer dans tous les sens par de grandes mains furieuses.
一Qu’est-ce que tu fous là, Black ? Par Merlin, mais qu’est-ce que c’est que cette blague ? Ça ne peut être qu’une farce, c’est ça !
Pressé par ce réveil des plus désagréables, Sirius sentit un mal de tête poindre à l’horizon comme le soleil qui se levait dans la chambre inconnue. D’une prise molle, il attrapa le poignet pâle qui passait à portée de lui.
一Je te retourne la question…
Sa voix ensommeillée indiquait que le soleil pouvait bien aller se rhabiller avant que l’aîné des Black daigne se réveiller convenablement. Il gisait là, échoué comme une baleine humaine sur des oreillers confortables. Qu’est-ce qu’il pouvait y avoir de mieux..?
Mais c’était là précisément, alors que le confort l’enjoignait à se rendormir, que le silence de Snape lui parut bizarre. Sa réaction, également. Il n’essayait plus de le secouer, de le tirer de sa torpeur bienheureuse. L’autre s’était figé entre les draps. L’atmosphère sembla chuter d’au moins quinze degrés.
Severus fixait l’endroit où la main de Sirius s’était posée, dans sa vaine tentative de le stopper, avant de glisser vers les couvertures.
Ce silence s’enroulait autour de la gorge du Gryffondor, faisait battre son cœur à toute berzingue, pile au moment où il allait se laisser emporter par la vague du sommeil du juste. Les images revenaient, peu à peu. Pulsant dans sa tête, par vagues douloureuses. Il se releva, sourcils froncés.
Oh merde.
Par Morgane, qu’avons-nous fait ?
On a vraiment…
J'y crois pas.
Haha, on a vraiment tiré le gros lot, hein ? Et maintenant, qui a l’air d’un idiot ?
Les pensées déferlaient par dizaines, fusaient dans toutes les directions, paniquées, stupéfaites, mais aussi fières d’avoir accompli une nouvelle transgression. Et honteuses, parce qu'il s’agissait de Snape. Snivellus ! Comment avait-il pu ? Et ses amis, quand ils le sauraient -tout finissait toujours par se savoir- comment pourrait-il affronter leur regard…?
Tellement perdu qu’il était dans ces considérations, Sirius ne remarqua pas l’infime changement de comportement de Snape. Les cheveux noirs coulaient sur son visage baissé, indiscernable. Sirius ne vit pas non plus les mains crispées autour de la couette, les jointures pâles des longs doigts.
D’un coup, le jeune Gryffondor se vit violemment plaqué sur le matelas par le garçon aux cheveux lisses. Comme un ressort plié dont on relâche la pression, Snape lui avait sauté dessus, le clouant efficacement par la pression nerveuse de son corps.
一Bon Dieu de Merlin, Snape, qu’est-ce que c’est que ça ???
一Ferme-la, Black. Ferme-la. Pas un mot de ça à qui que ce soit. Pas. Un. Mot.
La sensation du tracé imaginaire, tantôt caresse, picotement, tantôt pression étouffante sur son thorax, douleur à l’écrasement lorsque ses doigts tombaient sur l’arête saillante d’un os, associée au martèlement brut des mots qui l’intimaient de se taire et au regard où les braises dangereuses luisaient sous le charbon des onyx donnèrent à Sirius un long frisson. Le visage contracté, les traits tendus de Snape indiquaient tellement de fureur, tellement de danger…
C’était plus enivrant que n’importe quel alcool qu’il avait essayé pour se soûler. Plus planant qu’un pétard. Plus excitant que n’importe quel trouble à l’ordre public, que n’importe quelle rebuffade contre l’ordre bien établi, puritain et prétentieux de sa chère famille.
Severus appuya sur la carotide, juste là où le sang passait. Sirius écouta son propre pouls affolé, déformé à ses oreilles, de plus en plus sourd, de moins en moins perceptible. Il ne remarqua même pas ses mains enfoncées de chaque côté du matelas, comme pour essayer de se sortir de cette emprise, ou mieux, la retenir.
Snape traçait lentement une ligne sur son cou, une ligne qu’il passa du plat, puis du bord de l’ongle, comme pour le marquer.
Pas.
Un.
Mot.
Sinon…
Ensuite, les traits se détendirent, l’emprise se relâcha. Le cœur de Sirius résonnait à ses propres oreilles, chamade déchaînée, raz-de-marée qui avait pour origine la fureur de l’homme qui se rhabillait tranquillement avant de claquer la porte. C’était viscéral. C’était addictif.
L’aîné des Black y repensa longtemps après que l’autre soit parti. Snape. Qu’est-ce que c’était que cette autorité, ce ton dominant et absolument terrifiant qu’il avait pris envers lui ?
Une question le hantait, comme une brûlure qu’on ne parvient pas à occulter. Malgré tous les efforts de Sirius pour l’éviter, elle revint dans son esprit, dix fois plus claire et imposante qu’avant.
Allaient-ils se revoir ?
Au début, Sirius n’était pas certain. Vraiment pas. Snape avait paru si furieux d’avoir cédé. Il n’assumait pas, c'était évident. C’était peut-être une erreur, mais en réalité, il semblait au Gryffondor que c’était loin d’en être une. Ils s’étaient enfin trouvés.
Le danger avait toujours attiré Sirius. Snape était l’homme de tous les dangers. Son opposé fatal, son interdit.
Mais qu’en était-il de lui ? Est-ce que sa colère n’était pas juste une partie du jeu ? N’en attendait-il pas plus ? Il savait les Serpentards si malins, si manipulateurs. Sirius allait-il se retrouver, en fin de compte, à le pourchasser parce que c'était ainsi que les choses s’était établies entre eux..?
Pour une fois, Sirius allait devoir réfléchir.
(...)
Le jeune Black était de retour.
Un pantalon en cuir brillant et un nouveau T-Shirt sur lui, l'aîné déshérité des Black avait laissé sa moto sur le bord de la route, puis, franchissant d'un bond agile un muret de pierre, avait rejoint la fête. Il y avait un monde fou.
Tout le monde avait tourné la tête vers le grand adolescent brun qui s'était introduit de la plus illégale des façons. Les yeux restaient rivés à la beauté de ce visage où la malice s'était imprimée dans tous ses reliefs, de ces cheveux bouclés qui l'encadraient, de ces yeux d'argent calculateurs, pétillants.
Et puis son T-shirt...
"Si tu veux frôler la perfection, passe à côté de moi !".
Forcément, ça attirait les regards. Même sous une veste en cuir.
L'air de rien, il alla avec assurance prendre un verre au bar. Mais ses yeux ne cessaient de scruter la foule, passant d'un groupe à l'autre. Il y avait de tout, des écoliers sages venus s'aérer l'esprit aux punks et autres gothiques, en passant par les dandys excentriques comme lui. Des tas de filles aussi - court vêtues, cheveux longs et brillants, de toutes tailles et de toutes formes. Un terrain de jeu parfait.
Ses yeux traquaient le moindre mouvement, la moindre ombre, alors qu'il portait régulièrement le gobelet à ses lèvres, nonchalamment accoudé au bar.
Son corps suivait de lui-même le rythme effréné des sons du DJ. Mais son esprit vagabondait ailleurs, pas encore dans l'ambiance du club. Pas tout à fait.
Une bourrade à l'épaule le fit réagir.
一Alors, Black, on se bourre la gueule tout seul ?
Snape.
Un sourire au coin des lèvres.
Sirius ne put que lui rendre son sourire, appréciant l'apparence de son acolyte de soirée. Il semblait avoir loué ses habits tant ils détonnaient de ce que Sirius connaissait de lui : ses cheveux si ténébreux étaient lâchés, cascadant partout autour de lui, sur ses épaules, dans son dos. Des mèches rebelles s'étalaient devant son visage pâle. Lisses, longs, comme ceux d'un métalleux. Pas du tout sales comme ils avaient l'habitude de lui dire, pour se moquer.
Un jean avec des chaînes qui cliquetaient partout, une chemise démodée agrémentée d'un harnais qui courait sur tout son torse complétait sa tenue. Sirius sentit sa bouche s'assécher. Les yeux d'onyx de Severus, rehaussés par un trait d'eye-liner noir, paraissaient plus durs, plus sombres encore, plus francs.
Une vague de chaleur prit le Gryffondor. Et une vague de possessivité prit la suite. Il était trop désirable pour son bien.
Une vraie aura sensuelle sourdait de lui. Et, au vu de la dernière fois, on pouvait dire qu'ils avaient passé le stade des enfantillages.
C'était presque si Sirius ne se demandait pas si le corps ainsi vêtu de son vis-à-vis n'était pas un hymne à un monde bien particulier. Un monde qui l’avait souvent fasciné, il devait bien le reconnaître. Au fond, il n'était pas sûr de vouloir le savoir. Mais la pensée en elle-même était excitante...
(...)
一Comporte-toi bien, Black, et il se pourrait que tu y gagnes.. une récompense .
一Qu'est-ce que c'est que ça ?
一Je voudrais que tu le portes, ce soir. Pour moi.
Oh, Sirius était dans de beaux draps. C'était un collier de cuir avec un anneau au bout, semblable à un collier pour chien.
一Je n'ai pas envie que mon animal de compagnie se perde, haussa-t-il les épaules, une malice Serpentard dans les yeux, le mettant clairement au défi. Et les Gryffondors ne connaissaient qu'une réponse aux défis.
一Ce n'est que mon premier challenge, tu sais, lui dit Severus, un nouveau sourire en coin. J'espère que tu tiens l'alcool...
Punaise, Sirius était en train de se faire dompter comme un petit chiot, il devait lui montrer qu'il n'était pas domestique. Pas du tout domestique !
一Je pense que j'ai dix fois plus de bouteille que toi, Snape.
一C'est ce qu'on va voir...
Aux vibrations sonores des basses, de la foule éméchée qui commençait à pérorer ses chants populaires, à crier de joie, à sauter en l'air, faisant trembler le sol, Severus et Sirius se mirent au bar, l'un en face de l'autre, pour leur nouveau défi.
一Je te défie de boire au moins autant que moi, dit Sirius, commençant les hostilités. Un shot passa la barrière de ses lèvres, et la brûlure de l'alcool revigora tout son corps, purifiant son esprit, concentrant son attention. Si le corps enseignant savait ce qu'il fallait faire pour garder son intérêt pendant plus de dix minutes, nul doute que les professeurs l'assommeraient de drogues !
Un sourcil se haussa sur le visage neutre de Snape. Ils se jaugeaient du regard tout du long du défi, yeux gris et yeux noirs s'affrontant dans un duel sans merci.
Severus prit un shot à son tour. La musique avait tourné à l'euphorie, sur la piste de danse, mais c'était ailleurs qu'elle se construisait pour les deux sorciers.
La chaleur du regard du Serpentard sur lui lorsqu'il portait un verre à shot à ses lèvres fut suffisante pour élever la température dans les corps. Et bientôt, au fil des shots, Sirius ne put s'empêcher de faire de même. Son regard semblait attiré de lui-même par les lèvres fines du brun, par la pomme d’Adam qui bougeait. Une vague de chaleur l'envahissait alors qu'il pensait à la brûlure qui devait fendre le corps du sorcier qui lui faisait face.
一A ton tour...
一Mais avec plaisir, répondit Sirius, d'un ton léger. A croire qu'il n'en était pas à son troisième shot de la soirée... Il se sentait néanmoins légèrement engourdi et instable sur ses appuis, mais ça allait. Il avait encore de la marge.
一C'est toi qui vas perdre, répliqua l'Animagus.
一J'attends de voir, petit chiot...
一Chauve-souris, maugréa l'aîné des Black. A la suite de quoi il demanda un nouveau shot à l'un des serveurs, qui lui envoya. Il enfourna le liquide d'un trait avant de reposer le verre d'un bruit mat sur la table.
Sirius ne tenait plus sur ses jambes. Les accents acides et suaves de la musique l'attiraient. Les grosses basses n'y étaient pas non plus étrangères. Il ne savait plus que faire d'autre de ses jambes, sur un rythme particulièrement entraînant. Jusque-là, il s'était contenté de marteler la cadence sur le sol, de battre la mesure du pied. Mais c'était irrépressible.
Severus fut surpris lorsque Sirius se leva brutalement, lui tendant la main.
一On se délie les jambes ?
Severus haussa un sourcil dubitatif, qui tourna rapidement à la suspicion, puis au triomphe. Sirius devait être tellement alcoolisé qu'il devait aller se défouler sur la piste.
一Pourquoi pas, dit-il, et Sirius, ni une ni deux, l'entraîna à une vitesse folle parmi les corps en sueur, plus près de la musique. Plus près de l'euphorie.
Il devait reconnaître qu'il était impressionné. Qui aurait cru que ce grand dadais tenait aussi bien les alcools forts ? Qui aurait cru qu'il savait encore danser après au moins quatre shots d'affilée ? D'ailleurs, le grand aux yeux gris était comme électrisé par la musique ambiante. Sous les lumières hachées des stroboscopes, il dansait, se déchaînait comme rarement Severus l'avait vu. Et il avait vu beaucoup de gars se mettre des caisses jusqu'à l'évanouissement.
Severus aussi se sentait instable, moins sûr de ses mouvements qu'à l'accoutumée. Il semblait qu'il ait sous-estimé la capacité de Black à tenir de forts degrés de boisson...
Il retrouva Sirius qui s'était peu à peu éloigné sans s'en rendre compte, dansant avec garçons comme filles. Une vue qui ne plaisait pas du tout à Severus, qui serra les poings pour ne pas être submergé par l'envie de prendre une des chaînes de son pantalon pour en faire une laisse et laisser Black ainsi dans le club, attaché à lui, comme un jeune chiot à son maître.
Sirius l'Inconscient continuait à mener sa barque, complètement énergisé par l'ambiance hystérique. Un T-Shirt tomba, sous les cris redoublés de l'assemblée, dévoilant un tatouage provocateur.
Severus n'y tint plus.
S'approchant de Sirius, il l'attira juste assez pour l'embrasser. Durement. Un baiser punitif.
Le Gryffondor réagit aussitôt, laissant à son ancien ennemi l'accès à sa bouche, et leurs langues échangèrent un ballet passionné devant tout le club.
Severus, pour une fois, s'en fichait complètement. Le monde tournait, flou, autour d'eux. Il sentit la brûlure de l'alcool qu'il avait ingurgité revenir en force. Il n'y avait plus que lui et Sirius. Plus que lui, Sirius, et le désir. Plus rien d'autre ne comptait.
Severus tira sur le collier qu'il avait passé à son chiot, qui gémit doucement. Puis il relâcha son étreinte sur l'homme torse-nu, qui sourit.
一Je t'avais dit que tu perdrais, Sirius, susurra Snape à son oreille, et le brun aux cheveux bouclés se sentit perdre pied. Qu'y avait-il encore à perdre, désormais ?
