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Français
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Anonymous
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Published:
2024-08-04
Completed:
2024-08-12
Words:
19,674
Chapters:
5/5
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55
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75
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1,928

(I think I made you up inside my head)

Chapter 5

Notes:

de retour avec une dernière partie car l'inspiration m'est venue. j'étais vraiment censée vous laisser avec les 4 et la fin désastreuse mais j'ai changé d'avis

j'espère que ça soignera un peu vos petits coeurs

(See the end of the chapter for more notes.)

Chapter Text

L’atmosphère était pesante, elle l’était depuis des lustres, plus de deux ans déjà. Gabriel redoutait les débats de deux mille vingt-sept, car aucun doute, désormais, il serait le candidat d’Ensemble et Jordan celui du Rassemblement National.

Les journalistes aimaient à mentionner l’un durant les entretiens de l’autre. Ils se croisaient souvent, ils restaient courtois, diplomates, critiquant la politique de l’adversaire en affirmant le respecter.

C’était encore le cas pour Gabriel. Jordan, lui, le respectait un peu moins. Comment respecter un homme qui vous a tant blessé ? Car oui, Gabriel l’avait blessé, et il s’était révélé être le plus grand manipulateur de leur génération.

Ils retombèrent face à face dans les jardins de Matignon, là où une énième soirée politique de la plus haute importance avait été organisée. Il faisait sombre dans la pelouse, la lumière n’éclairait pas totalement le banc camouflé de la foule par des buissons.

Gabriel trouva Jordan assis là à contempler le terrain. Il avait toujours aimé ce banc lorsqu’il était Premier Ministre, durant ces sept minuscules petits mois.

Il sursauta presque en le voyant. Encore une rencontre tendue. Jordan l’avait évité toute la soirée, il le faisait toujours : c’est comme s’il ne supportait pas de le regarder.

Dans sa contemplation de la verdure, Bardella sentit son corps se tendre. Il fronça les sourcils et repéra un parfum qui lui était douloureusement familier. D’un mouvement brusque, il tourna la tête et fit face à Gabriel. Il sursauta, lui et jura de ne pas avoir su se retenir.

La présence d’Attal lui faisait toujours cet effet : une panique aveuglante, son estomac qui tombait, son rythme cardiaque qui s’accélérait. Il trouva ça excessif mais ne parvenait pas à se battre contre sa réaction, même si le voir plus régulièrement avait suffisamment banalisé l’anxiété pour qu’il puisse fonctionner malgré tout.

Il dit simplement « Bonsoir. » et se leva pour partir, toujours poli.

Gabriel posa une main sur son bras pour le retenir, le contact lui retourna l’estomac. Il se dégagea avec hâte. L’écho de son toucher résonna sur sa peau à travers sa chemise et sa veste.

« Attends, Jordan, tu n’as pas besoin de partir. » Dit Gabriel.

« J’ai envie de partir. » Répondit-il. Il osa rencontrer son regard mais ne put le soutenir trop longtemps avant de lui tourner le dos.

« Jordan, s’il te plaît, ça ne peut pas continuer comme ça. » Soupira le plus âgé.

« Je pense que ça le doit. » Il ne pouvait pas faire autrement, lui était toujours affecté par sa présence.

« Je ne comprends pas, Jordan. Je sais que j’ai agi comme un con, je n’aurais pas dû t’insulter mais laisse-moi au moins m’excuser pour ça. » Dit Gabriel.

Jordan se retourna brusquement. « Quoi ? » La colère lui engourdissait les doigts.

« Je suis désolé, Jordan. J’étais sous pression, ça n’excuse rien, je sais. Je ne voulais pas te blesser ou te manquer de respect, je suis vraiment, sincèrement désolé. » Il le regarda pour lui assurer sa bonne foi.

« Gabriel, ta présence me donne la nausée. » Répondit Jordan, plus sérieux que jamais. Ce n’était pas une façon de parler, il était réellement nauséeux. Pensait-il que s’excuser de son irrespect effacerait son historique de manipulations ?

« Je t’ai juste insulté, Jordan. Tu ne penses pas que ça va trop loin ? » Souffla Gabriel en soutenant son regard.

« Tu penses que la seule chose que tu aies faite c’est de m’insulter ? » Le plus jeune aurait pu rire face à l’absurdité de sa réponse. Il resta face à lui, abasourdi.

« Je… Oui ? » Voilà que Gabriel était plus perturbé que jamais.

« Tu plaisantes, j’espère ? » Lança Jordan.

Il souffla, c’était un dialogue de sourds qui l’irritait déjà. « Non, Jordan. Je ne plaisante pas. Dis-moi ce que je t’ai fait. »

« Tu sais très bien ce que tu m’as fait. »

« C’est parce que j’ai utilisé les édits pour étouffer le scandale ? Je me suis senti comme un con pour ça aussi mais je n’avais pas le choix. » Encore une question car en passant en revue chacune de leurs altercations peu nombreuses, il ne trouvait que ça. « Puis toi tu t’en sers tout le temps des edits. Alors c’est un peu hypocrite de ta part. »

« Tu te moques de moi, j’espère ? Tu me prends pour un débile ? » S’emporta Jordan. Voilà qu’il sortait de ses gongs. Il ne pouvait pas se retenir. Il était là, le menteur, le manipulateur.

« Non, Jordan. Je ne t’ai jamais pris pour un débile. » Répondit Gabriel avec toute la sincérité dont il était capable.

« Ça fait deux ans maintenant, je pense que tu peux assumer ce que tu as fait. » Lança Jordan. Il le savait lâche, mais ne l’aurait jamais soupçonné de l’être à ce point.

« Qu’est-ce que j’ai fait, Jordan ? Parce que moi aussi je pourrais t’en reprocher des choses. » Répliqua Attal. Lui aussi s’énervait maintenant. Toutes les branches d’oliviers qu’il tendait étaient jetées au feu. 

« Tu t’es foutu de ma gueule, tu m’as utilisé comme tu voulais, quand tu voulais. » Lui rappela Bardella.

« Quoi ? » Il resta bouche-bée.

« Tu m’appelais juste pour me baiser et après tu te barrais. » Continua l’autre.

« C’est une blague ? » Demanda-t-il sans voix.

« Je sais très bien ce qui s’est passé, Gabriel. J’y étais. Tu ne sauras pas me faire douter de ça. » Il était déterminé à ne pas se laisser manipuler.

« Mais c’est toi qui partais, c’est toi qui ne me donnais jamais de nouvelle si je ne prenais pas la peine de te contacter. » Dit Gabriel.

« Ne déforme pas la réalité. »

« Mais qu’est-ce que tu racontes, Jordan ? J’étais amoureux de toi. » Admit-il. Il aurait dû le faire plus tôt sans doute, alors que Jordan partageait encore ses draps.

Le plus jeune s’immobilisa un moment pour peser ses mots. Il avait tant voulu les entendre, mais les actions de Gabriel lui revenaient toutes à l’esprit pour lui rappeler la dure réalité. « Non, je ne pense pas. »

« Mais bien sûr que si ! » S’exclama Attal. « Pourquoi tu penses que je continuais à te rappeler alors que tu n’en avais clairement rien à foutre ? » Voilà qu’il rappelait à l’univers la façon dont il avait laissé Jordan l’utiliser.

« Rien à foutre ? J’accourrais à chaque fois que tu m’appelais ! » Répondit-il.

« Tu n’étais là que pour le cul ! » Ils avaient tous les deux haussé la voix, debout devant ce banc au milieu des jardins de Matignon. Personne n’était là pour les entendre, heureusement.

« C’est tout ce que tu me donnais, Gabriel. J’ai toujours voulu plus mais tu me le refusais. »

« Non, mais j’y crois pas là. Tu te moques de moi ? »

« Non, pourquoi je me moquerais de toi ? »

Ils étaient là, incrédules, incapables de trouver de l’insincérité dans les traits de l’autre.

« Ça n’a pas de sens, Jordan. On ne pouvait pas tous les deux utiliser l’autre et à la fois vouloir plus. » Dit Gabriel.

Jordan soupira et acquiesça. Il avait raison, ça n’avait pas de sens.

« T’es pas en train de mentir là ? » Demanda-t-il en le scrutant pour s’en assurer.

« Non ! Bien sûr que non. Qu’est-ce que j’en tirerais ? » Dit Gabriel.

Il inspira l’air frais de la soirée pour se recentrer. « Ok… On devrait reprendre depuis le début. » Décida-t-il. Ça ne lui couterait rien d’écouter, et s’il soupçonnait Attal de le manipuler, il partirait simplement.

« Reprenons. » Acquiesça Gabriel. « On devrait s’asseoir. »

Ils prirent place sur le banc. Jordan prit toutes ses précautions pour qu’aucune partie de son corps ne touche le sien. Son cœur s’était un peu calmé mais l’anxiété contractait encore son estomac.

Du coin de l’œil, il vit Attal tirer sur sa cigarette électronique et l’entourer de fumée à la menthe. Il roula des yeux.

« Quoi ? » Demanda Gabriel en le voyant.

« Ça fait clochard. » Lança Jordan.

« Je suis sous tension. »

« Et moi, non ? » S’exclama le plus jeune.

« Je n’ai jamais dit ça ! Tu vois comment tu es ! Fais ce que tu veux pour évacuer la tension, moi je veux juste fumer. »

« J’aime pas ce petit ton, Gabriel. N’oublie pas que c’est une faveur que je te fais. »

Gabriel le fixa comme si une deuxième tête lui avait poussé. « Tu ne me fais aucune faveur, espèce de fou furieux. »

« Oh voilà les mauvaises habitudes, le sale caractère. » Répliqua Jordan.

« Tu sais quoi, tu as raison. Je ne vais pas m’emporter. » Il baissa les yeux sur ses genoux et inspira une autre bouffée de fumée à la menthe.  « Désolé, discutons calmement comme des adultes équilibrés. »

Jordan se tourna vers lui, incrédule. Des excuses ? Du calme ? Gabriel aurait donc appris à maîtriser sa colère et sa frustration autour de lui ?

« Alors, depuis le début… » Dit l’ancien Premier Ministre.

« L’article. » Répondit Jordan.

« L’article et l’avion. »

« Qu’est-ce que c’était ça ? »

« Juste un article et un avion pour moi. Je savais que tu irais loin mais l’intérêt n’était que professionnel. J’étais avec Stéphane et tu étais beaucoup trop jeune. »

Jordan fronça le nez en entendant le prénom de son ancien amant mais accepta sa vérité. « D’accord. »

« Et toi ? » Demanda Gabriel.

« Je me sentais flatté que tu t’intéresses à moi mais je crois que ce n’était que ça à ce stade. Ce n’était pas commun qu’on se montre sympa avec le RN avant. »

« J’imagine. » Le plus âgé pouvait compatir. C’est pour cette même raison qu’il lui avait tendu la main à l’époque.

« Et après ? » Demanda Jordan.

« Les Présidentielles, je crois. » Gabriel en était même sûr.

« Je crois que ça a commencé là pour moi. » Osa Jordan. Il décida de dire la vérité, ne rien retenir, même si c’était embarrassant.

« Vraiment ? » L’ancien Premier Ministre était surpris. Il avait bien caché son jeu.

« Oui. » Il était presque timide de l’admettre, fixant le jardin face à lui.

« Pour moi aussi, mais tu étais avec Nolwenn. » Avoua Gabriel.

« Ça s’est terminé après. Je crois que tu as été une des raisons de la rupture. Ou juste ce qui fallait pour que je saute le pas. » Dit-il le nez froncé.

« Oh. » Il n’aurait jamais pensé avoir été un facteur dans cette rupture : comment aurait-il pu imaginer une telle chose ? Jordan avait toujours gardé ses distances.

« Oui. » Marmonna le plus jeune. Cartes sur table. Il espérait ne pas rougir.

« Mais tu n’as rien fait, tu n’as rien tenté ? » Lui fit remarquer Gabriel.

« Toi non plus. » L’accusa l’autre.

« Je t’ai invité à déjeuner et tu m’as parlé de ta compagne. Que pouvais-je faire d’autre ? » Il hocha les épaules, sur la défensive.

« Oui, c’est vrai. »

« D’accord alors jusque-là, on est plutôt raccord. » Reprit Attal.

« Oui. »

« Je te montrais de l’intérêt pourtant, mais tu n’as jamais cherché quoi que ce soit. »

Jordan se tourna vers lui, incrédule. « Tu crois que je ne faisais pas exprès de te mentionner dans mes discours et en interview ? »

« Tu aurais pu simplement me parler. » Dit Gabriel.

Jordan rit sarcastiquement. « Non, Gabriel, parce que quand je te parlais, tu ne me répondais pas. »

L’autre homme eut la décence de rougir et baisser les yeux. « Oh… Oui, ça m’arrive… Je reçois les messages au mauvais moment et j’oublie de répondre. Et quand je me souviens enfin, il est trop tard alors je ne fais rien. »

« Oui et bien de l’extérieur, ça donne l’impression qu’on t’ennuie. » Il roula des yeux. Encore un quiproquo. Combien y en avaient-ils eu ?

« Désolé. Ce n’était pas le cas. J’aimais te parler, je voulais simplement avoir assez de temps pour tenir une conversation. » Il osa poser une main sur l’avant-bras de Jordan mais la retira bien vite en voyant sa réaction : il avait eu un mouvement de recul et avait fixé son offensant membre.

« D’accord. » Dit ce dernier.

« Je ne voulais pas te blesser. » Insista Gabriel.

« Quoi ensuite ? » Demanda Jordan pour changer de sujet. Il n’avait pas eu l’intention de lui faire du mal, mais le résultat était le même.

« Le rencard. » Répondit Attal.

« Le rencard ? » Répéta le plus jeune sans comprendre. Il ne se souvenait pas d’un rencard.

« Après le débat avec Ciotti et Autan. »

« C’était un rencard ? » S’exclama presque Jordan.

« Oui ! » Dit Gabriel incrédule. Ça lui paraissait évident.

« Oh… » Encore un mémo qu’il n’avait pas reçu.

« Tu ne savais pas ? » 

« Non ! Je pensais qu’on était juste deux politiciens qui buvaient un verre après un débat. »

« Pourquoi est-ce que tu crois que je t’ai tiré les vers du nez sur ta rupture ? » Demanda Gabiel.

« Ah je me disais aussi ! »

« Oui ! J’avais déjà l’info, je voulais que ça sorte de ta bouche. Pas envie de passer pour quelqu’un qui cautionne l’infidélité. » Lança Gabriel.

« Ok… » Jordan fronça le nez de son erreur. Il avait eu des doutes, surtout vers la fin.

« C’est pour ça que tu ne m’as pas embrassé en sortant ? » Tout faisant sens désormais.

« Je n’ai pas réalisé que je devais t’embrasser. » Marmonna Bardella. Il était embarrassé de sa propre naïveté.

« T’as jamais eu de rencard ou quoi ? » Plaisanta Gabriel.

Le plus jeune prit la mouche parce qu’il a prenait tout le temps. « C’est quand même beaucoup plus évident avec les femmes, Gabriel. »

« Je vais te croire sur parole. » Sourit Attal. « Tu m’as dit que tu voulais me revoir et tu ne m’as jamais rappelé. » 

« Toi non plus. » Lui rappela Jordan.

« Tu ne m’as pas embrassé, je me suis dit que je ne t’intéressais pas. »

« D’accord. Jusque-là je te suis encore. » Admit-il.

« Ensuite c’était… ah… » L’ancien Premier Ministre fronça le nez. Cette fois, c’était sa faute. Il ne pouvait pas reprocher grand-chose à son adversaire.

« Oui, ah… » L’imita Bardella.

« C’était mon calendrier personnel, je n’ai pas les notifications, ça m’est sorti de la tête. » Il tenta de se justifier mais Jordan paraissait fermé à l’idée de lui pardonner.

« Un peu contradictoire si tu étais à ce point intéressé. » Lança-t-il.

« Je sais. C’est plus fort que moi, j’oublie. »

« Et t’es pas non plus capable d’assumer la conséquence de tes erreurs. » La lâcheté qui l’écœurait.

« Je sais… La confrontation j’aime pas. »

« Je n’allais pas t’arracher la tête, juste te dire que tu aurais dû prévenir avant. » Dit-il sèchement.

« Je sais… C’est plus fort que moi. » Gabriel baissa les yeux vers ses cuisses, que pouvait-il faire d’autre ? Il était là pour reconnaître ses torts aussi.

« C’est une horrible excuse. »

« Mais quand on s’est revu la fois d’après, tu as fait semblant de rien. » Lui rappela-t-il.

« Toi aussi ! »

« Je pensais que de l’eau avait coulé sous les ponts. »

« Oui, au final oui. Et après tu étais bizarre. Tu faisais tout pour te retrouver devant moi. » Osa Jordan. Il craignait qu’il le nie. Pour ça, il n’avait pas de preuve, seulement une impression.

« Oui, je l’avoue, c’était un peu pathétique. »

« Donc je n’ai pas halluciné tout ça ? » Il était soulagé, d’autant plus en voyant le rose monter aux joues de Gabriel.

« Non, pas du tout. »

« Et la fois d’après, c’était la soirée. » Dit-il.

« Ah, la soirée… » L’embarras gagnait à nouveau Gabriel. Si Jordan était coupable de ne pas connaître les codes et règles tacites des relations, lui l’était de s’être comporté comme un goujat.

« Ouais. »

« Je suis désolé, je me suis comporté comme un con. Il n’y a aucune justification. » Dit-il.

« Ça va, tu n’as pas abusé de moi, non plus. » Jordan roula des yeux mais fut soulagé de l’entendre s’excuser. Il savait l’admettre au moins.

« Non mais je me suis énervé quand tu as dit non. » 

« Oui, ce n’était pas ton meilleur moment. Mais tu aurais juste pu m’envoyer un message le lendemain. » Cette soirée lui avait laissé un goût amer dans la bouche, c’est pour cette raison qu’il avait cru Gabriel capable de tant d’horreurs.

« J’avais trop honte. »

« Ça ne m’aide pas à croire que tu voulais plus que du sexe tout ça. » Lui dit-il.

« Je sais. » Admit Gabriel. La chronologie de leurs échanges n’aidait en rien sa défense.

« Pourquoi tu m’as appelé ce soir-là ? C’était juste pour tirer ton coup ? » Demanda Jordan.

« Non… Enfin, pas seulement. » Il devait admettre avoir eu une idée derrière la tête.

« Ah bon ? »

« J’aime passer du temps avec toi. Ta présence est réconfortante. »

« C’est bien la première fois qu’on me dit ça. » Jordan pouffa en l’entendant. « Ensuite t’es entré à Matignon. » Dit-il. Une limite franchie.

« Oui… » Acquiesça Gabriel. Ils entraient dans le vif du sujet.

« Et on a… »

« Oui, le tête-à-tête. » Un euphémisme était plus simple à utiliser.

« Tu avais organisé la journée pour ça ? » Demanda Bardella. Il l’avait longtemps soupçonné.

« Je devais rencontrer l’opposition mais j’ai spécifiquement choisi ces modalités pour ça, oui. » Avoua l’ancien Premier Ministre.

« Tu vas loin. » Dit Jordan. Parce que c’est vrai : un simple message aurait suffi.

« Te proposer un rencard et te supplier de coucher avec moi dans un bar ce n’était pas suffisant, j’ai dû utiliser la manière forte. » Plaisanta Gabriel.

« Dingue. » Il roula des yeux.

« Mais toi, tu t’es sauvé comme un voleur et tu m’as envoyé un message hyper bizarre comme si tu ne voulais plus jamais recommencer. »

« Non c’est faux ! Justement j’ai dit que je voulais recommencer. » Et voilà un autre malentendu.

« Tu parlais juste de l’intérêt politique. » Lui rappela Gabriel. Il aurait voulu avoir le message sous les yeux mais sa boite de réception se vidait tous les six mois.

« C’était un euphémisme. » Corrigea Jordan.

« Eh bien figure-toi que c’est difficile à comprendre par message. Utilise un peu plus d’émoji. »

« Non mais quoi ? Tu croyais que je te disais que ça ne m’intéressait plus ? » Il était encore incrédule. Comment Gabriel aurait-il pu mal interpréter ça ? Lui aussi semblait être peu à l’aise dans les relations humaines autres que professionnelles.

« Oui, c’est comme ça que je l’ai compris, j’ai eu le cœur brisé. » Admit-il presque honteusement.

« Ok fragile. » Plaisanta le plus jeune. Il le bouscula du coude, le premier contact physique qu’il initiait depuis qu’ils s’étaient assis.

« C’est bon, dis ? » Répliqua Gabriel en souriant.

« Tu n’as pas répondu, j’ai eu le cœur brisé aussi. » Avoua Jordan. Il pouvait encore se mettre à nu.

« Et après, à chaque fois qu’on se voyait, tu partais en courant. Difficile de croire que c’était plus que du sexe pour toi. » Dit Gabriel.

« On se voyait à Matignon, je devais me sauver pour ne pas croiser de journalistes. » Ça paraissait couler de source pour Jordan.

L’ancien Premier Ministre vit soudainement la lumière. « Je suppose que j’aurais pu le deviner, ça. »

« Toi tu te sauvais au milieu de la nuit quand tu dormais chez moi. »

« Oui, tu te sauvais de Matignon, je me suis dit que ça ne t’intéressait pas de te réveiller avec moi et que tu étais trop poli pour le dire. » Encore un autre malentendu.

« C’est une plaisanterie ? » Lança Jordan. Lequel de ses comportements auraient pu mener Gabriel à penser une telle chose ?

« Et quand tu dormais chez moi, tu faisais la même chose. » Dit Gabriel.

« Je pensais que toi tu étais trop poli pour me dire de partir ! »

« Mais c’est un tragique manque de communication. » Marmonna le plus âgé.

« Je ne sais même pas quoi penser. » Souffla Jordan.

Ils fixèrent le jardin face à eux, contemplant les fondations de ce qu’ils croyaient avoir vécu s’écrouler. Peut-être que c’était dans leur tête, au final, le rejet. Peut-être que leurs angoisses et leur stupidité les avaient détruits avant que l’autre ne le fasse.

Gabriel soupira. « Mais par moment, j’essayais de te dire que je voulais plus et tu m’ignorais. »

« Quand ? » Demanda Jordan.

« J’ai dit que j’avais besoin de toi et tu m’as remballé en parlant de ma veste. » Il n’avait pas oublié cette instance. Elle l’avait marquée : son cœur brisé, piétiné et passé à la machine.

« Quoi, c’est quoi ce délire ? » Lança le plus jeune.

« J’ai fait exprès d’oublier ma veste pour que tu me dises de venir la chercher et j’ai essayé de te dire que j’allais avoir besoin de te voir. C’était le début des législatives. » Il pouvait citer le jour précis, et probablement l’heure.

« Je pensais que tu avais besoin de ta veste. » Dit Jordan. Lui se souvenait de ses oublis de veste.

« C’était une veste banale, c’est pour ça que je la laissais tout le temps chez toi. »

« Stratégie de merde, tu aurais juste pu me demander de venir. » Il roula des yeux.

« Je voulais avoir l’impression que ça venait de toi. » Admit Attal. Voilà qui était pathétique.

« Non mais… » Jordan ne parvint pas à terminer sa phrase : il avait réellement l’air désolé, blessé. Peut-être que lui aussi s’était mal comporté sans le réaliser. Peut-être que son incapacité à interpréter les signes qu’il lui avait envoyé s’était retournée contre lui-même.

« J’ai failli te dire que j’étais amoureux de toi et tu as changé de sujet. » Dit Gabriel. Cette nouvelle confession quitta ses lèvres sans l’anxiété de la précédente. Jordan le savait maintenant. Il pouvait le répéter encore et encore pour qu’il le croit. 

« Quand ? »

« Les edits. »

« Quoi ? »

« Je t’ai dit que c’était embarrassant. » Lui rappela-t-il.

« Je pensais que tu étais embarrassé d’être affilié à moi en public. » Répondit Bardella. Il se sentait un peu idiot maintenant d’avoir imaginé le pire.

« Non ! » S’exclama Gabriel, comme s’il était offensé que Jordan le pense capable d’une telle chose. Il n’était pas embarrassé, il préférait simplement que les Français n’apprennent rien de leur liaison.

« Ok… Donc c’est le bordel pour rien. » Soupira Jordan.

S’il avait accepté d’avoir cette discussion plus tôt, lorsque Gabriel l’en avait supplié, il aurait évité bien des nuits sans sommeil et des peines.

« Pas pour rien, on a eu des désaccords après ça. » Lui rappela l’ancien Premier Ministre. C’est ce qui lui permettait de ne pas s’énerver : la stupidité n’était pas le seul obstacle à leur nous.

« Les edits. Sujet sensible. » Dit Jordan en roula des yeux.

« Je t’ai dit de ne pas t’en servir. » Lança Gabriel. Comme ça l’avait agacé de le voir les utiliser encore et encore même des mois après les législatives.

« Tu t’en servais aussi. » Lui rappela Bardella.

« Juste une fois en aout mais je n’ai pas eu le choix. » Un autre souvenir douloureux : sa courte histoire avec Stéphane.

« Non, tu l’as fait pendant la campagne aussi. »

« Non, c’était mon community manager et il en a bien entendu parlé. »

« Oui, eh bien en août, en tout cas… » Il roula les yeux sans finir sa phrase. En parler lui donnait envie de hurler.

Gabriel prit une profonde inspiration. « J’ai merdé, je voulais tout faire pour étouffer l’affaire. » Il fixa ses mains posées sur ses cuisses. Il avait blessé Stéphane et Jordan, ça, il ne pouvait se le pardonner.

« L’affaire… Elle a commencé quand cette histoire… Enfin, recommencé ? » Encore une question qui lui brûlait les lèvres.

« Avec Stéphane ? »

« Oui. Quand on couchait encore ensemble ? » Il excusait presque sa lâcheté, mais il n’oublierait pas une potentielle infidélité, même à un autre que lui.

« Non, après le second tour, quand j’ai réalisé que je n’aurai plus de tes nouvelles. J’ai agi comme un con. Je suis retourné vers lui alors que je ne pensais qu’à toi. »

« Putain. » Soupira Jordan.

« Ouais. Ça a duré un mois, ça s’est fini à la sortie de l’article. » Il hocha encore les épaules, penaud.

« C’est con. » Dit Bardella sans le croire. Il ne pleurerait pas la fin de cette relation.

« Non, ça n’aurait jamais dû recommencer. » Dit Gabriel.

Ils restèrent là en silence, face à leur réalité remise en question.

« Je t’ai détesté Gabriel, j’étais sûr que tu te foutais de ma gueule. » Dit Jordan.

« Pourquoi tu revenais alors ? » Demanda Gabriel.

« Parce que c’était plus fort que moi. »

Encore le miroir de ses propres pensées. « Ouais… Je sais ce que c’est. »

« Tu aurais pu m’en parler. » Décida Bardella.

« Toi aussi. » Répondit Attal.

« C’est sûr. »

Ils soupirèrent presque de la même façon. Ils étaient bien trop similaires pour s’ignorer.

« Ça aurait pu être différent. » Dit le plus âgé. Lui n’avait pas encore su se débarrasser de ses regrets.

« Est-ce que ça aurait été si différent ? Cette histoire aurait dû se terminer dans tous les cas. » Voilà les mots de sa thérapeute, pleine de sagesse.

« Ouais, c’est sûr. » Admit Gabriel.

« On n’a aucun projet en commun. »

« Non, à part les élections. »

« C’était peut-être mieux comme ça. » Lança Bardella.

« Oui. » Gabriel fixa à nouveau ses mains.

« Ça aurait juste été un peu moins traumatisant de savoir que tu n’étais le plus gros manipulateur de Paname. J’aurais pu te croiser un peu plus sereinement. » Plaisanta Jordan.

r« Ça fait deux ans que je me dis que t’es une drama queen qui a pété un câble pour quelques insultes. » Répondit l’ancien Premier Ministre.

« J’aurais démoli ta voiture si t’avais su conduire, Gabriel. » Admit-il. Il y avait pensé. Il avait même considéré retrouver son Vespa et lui faire subir le même sort.

« Ah, heureusement que je n’ai pas le permis, alors. » Ria Gabriel. Il décida qu’il l’aurait bien mérité.

« Je suis désolé que ça se soit passé comme ça. » Dit le plus jeune. Il s’était désigné voix de la sagesse.

« Je suis désolé aussi. » Répondit l’autre.

« On fait la paix. » Jordan tendit la main dans sa direction. Elle ne trembla pas. Le dégoût face à Gabriel s’était un peu dissipé, laissant place à une compassion bienveillante.

« Allez, on fait la paix. » Au lieu de lui serrer la main, il refusa de la lâcher et laissa leur mains jointes reposer sur le banc entre eux.

« Ça ne changera rien, tu sais. » Dit Jordan en sentant son pouce lui caresser doucement la peau.

Gabriel ne quittait pas des yeux l’espace entre eux sur le banc, rempli de nostalgie et de regret.

« Je sais. » Dit-il tristement.

« Tu n’es pas en train de mentir, là ? » Demanda encore Jordan. Et si c’était une nouvelle stratégie pour le récupérer, ou pour se montrer innocent ?

Gabriel retira sa main de la sienne comme s’il l’avait brûlé. « Non ! Je n’ai rien à y gagner. »

« Très bien. » Soupira Jordan.

« J’ai de mal à le croire aussi. » Admit le plus âgé.

Leur perception de la réalité les avait induits en erreur.

« Ouais. » Souffla Bardella.

« Je suppose que ça sera une bonne leçon pour nos prochaines relations. » Dit Gabriel, il devait en tirer quelque chose de positif, après tout.

« T’as été une affreuse leçon, Gabriel. Je ne regarde plus personne sans me méfier des moindres faits et gestes. Je prends des notes pour être sûr qu’on ne me fasse pas passer pour un fou. » Déclara Jordan.

Il avait toujours voulu lui dire, le mettre face à ses responsabilités, mais il ne ressentit aucun soulagement.

« Moi aussi… Pas les notes, mais je me méfie, maintenant. » Répondit Gabriel. Il se sentait coupable autant qu’il souhaitait se défendre : lui non plus n’avait pas compris. « Enfin, ça m’aura au moins appris à communiquer, même si je risque d’être rejeté. »

« Ça c’est sûr. » Dit Jordan. « Je ne sais pas si une explication pourra effacer tout ça, même si je sais que c’était un malentendu. »

« Non, je ne pense pas. » Le mal était fait : un miroir brisé est bien difficile à réparer, même s’il est tombé par accident.

« Toi, tu as déjà eu d’autres relations bien plus longues. Moi je n’avais que toi. Tu es celui qui m’a fait comprendre que j’aimais les hommes, tu m’as carrément présenté à un nouveau monde. Tu m’as suivi depuis le début, j’avais l’impression que je ne pourrais jamais t’échapper. » Avoua Jordan.

« Je crois que ça sera le cas. On sera toujours là à avancer en parallèle. » Soupira-t-il. « Je suis désolé, je crois que je n’ai pas été l’homme que j’aurais dû être. J’ai pas l’habitude de ça. »

« C’est pas seulement ta faute. » Admit Jordan à voix haute. Il ne l’avait jamais fait, avant, trop heureux de blâmer l’ancien Premier Ministre pour sa propre dépendance. « Je suppose que tu n’es pas le monstre que je croyais. »

« Tu croyais que j’étais un monstre ? » L’ancien Premier Ministre était vexé. Il n’aimait pas qu’on pense du mal de lui.

« Je croyais que tu étais un manipulateur fou et ma mère a décidé que tu étais un pervers narcissique. » Dit Jordan.

« Ah bah super. » Il fronça le nez. « Tu as parlé de moi à ta mère ? »

« Pas de toi-toi mais de la situation. »

« Oh. »

« Ouais, difficile de lui raconter mes histoires de cul avec le Premier Ministre donc j’ai dit que tu étais un mec rencontré à la bibliothèque. » Plaisanta Jordan.

« Je pense qu’elle te connait assez pour savoir que tu ne vas pas à la bibliothèque. » Répondit Gabriel.

« Pas sympa ça. » Sourit le plus jeune.

« En tout cas je suppose que c’est une bonne chose, maintenant elle est au courant. » Dit-il. Ils n’avaient pas beaucoup discuté de sa famille, c’était un sujet trop intime, mais ce qu’il avait dévoilé avait été suffisant pour qu’il comprenne.

« Ouais, il fallait bien que ça arrive un jour. » Répondit le plus jeune. Ça l’avait soulagé de voir que sa mère ne l’avait pas traité différemment en l’apprenant, même si elle avait été visiblement surprise de l’entendre.

« Alors au final, t’es pas un monstre, t’es juste un loser. » Continua-t-il pour combler le silence. Il s’efforça de cacher son sourire mais n’y parvint pas.

« Un loser ? Et toi t’es pas un loser ? » S’exclama Gabriel en riant.

« Moins car j’ai décidé que j’avais l’excuse de l’âge. » Déclara-t-il. Il pouvait bien lui rappeler ça, il l’avait souvent taquiné sur cette différence.

« Trop drôle ça. » Marmonna Attal avec amusement.

L’air autour d’eux était plus léger, leur anxiété presque apaisée.

« Allez viens, rentrons prendre un verre. On enterre la hache de guerre. » Proposa Jordan.

« Et on couche ensemble dans les toilettes pour nous rappeler le bon vieux temps ? » Plaisanta Gabriel en faisant face à Matignon. C’était pour rire, mais si le plus jeune acceptait, il ne refuserait pas.

« L’idée de recoucher avec toi me donne la nausée, même maintenant que je sais que tu n’as jamais voulu me blesser. » Sourit Jordan.

« C’est hyper vexant. » Attal roula des yeux et démarra sa marche jusqu’à la salle de réception. Un verre lui ferait le plus grand bien.

« Désolée, ma puce. » Dit le second moqueur.

« Tu es insupportable. » Marmonna Gabriel.

« Je suis hilarant. » Gloussa-t-il.

« J’ai hâte de te battre aux Présidentielles. Tellement hâte de recevoir ton coup de téléphone à dix-neuf heures trente et t’entendre reconnaître ta défaite. » Grogna l’ancien Premier Ministre : voilà ce qui lui avait manqué, cette rivalité.

« Tu te mets le doigt dans l’œil jusqu’au coude, Gabriel. Cette fois, c’est moi qui gagnerai. » Lança Jordan en montant les marches deux par deux.

« On parie ? » Répliqua Attal.

« Ton appartement et ta cave à vin. »

« L’entièreté de ton dressing. »

« Tu es trop petit et frêle pour que ça t’aille. » Ria le plus jeune. Il se tourna pour être aux premières loges de sa réaction un grand sourire aux lèvres. Il avait hâte de la voir : l’offense.

Gabriel réagit comme il l’avait attendu : « Au lieu d’aller boire un verre, tu n’irais pas plutôt te faire foutre ? » Dit-il en roulant des yeux. Il était amusé derrière cette fausse colère.

« Tu as déjà proposé, j’ai dit non. » Lui rappela le plus jeune avant de rentrer à l’intérieur.

Gabriel observa inquiet les alentours, s’assurant que personne n’avait pu l’entendre. Tous les politiciens autour d’eux devaient être plongés dans des conversations fascinantes s’il en croyait leur expression faciale.

Il se glissa dans la salle de réception à la suite de Jordan qui l’attendait déjà deux coupes en main. En claquant leurs verres l’un contre l’autre, ils enterrèrent définitivement les plus violentes de leurs tensions.

De l’eau avait bien coulé sous les ponts cette fois, assez pour qu’ils deviennent les adversaires amusés qu’ils auraient toujours dû être, mais rien de plus. Pas après tout ça. Parce que Jordan, lui, avait ouvert les yeux sur leur futur inexistant et certains défauts de Gabriel. Et Gabriel, lui était assez déterminé à gagner pour étouffer son envie de plus.

Notes:

voilà il ne faut pas s'attendre à une fin heureuse avec moi, la seule que j'ai écrite dans une autre fanfic était l'exception qui confirme la règle

toujours @emmawearsdocs sur insta si vous voulez parler bardattal ou faire des blagues méchantes sur le physique des politiciens :)

Notes:

le titre vient de mon poème préféré de ma poète préférée: Mad Girl's Love Song de Sylvia Plath. je m'en suis vraiment inspirée pour écrire tout ça, je vous le conseille (il existe des traductions, je crois, mais j'adore l'original)