Chapter Text
16 août 2007, 10h20
12 square Grimmauld, Londres
Comme si elle avait attendu qu'ils trouvent par eux-mêmes le fin mot de l'histoire, Andromeda leur fit parvenir sa réponse le lendemain même.
Chers Harry et Hermione, écrivait-elle
Je vous remercie du fond du cœur pour votre sollicitude qui m'a énormément touchée. J'espère que vous me pardonnerez mon silence mais après l'enterrement de ma sœur, il était impossible pour moi de rentrer et de reprendre ma vie comme si de rien n'était. J'ai senti que le point de rupture était proche et j'ai choisi d'écouter les signaux d'alerte qui raisonnaient en moi et de prendre le temps d'aller mieux. J'ose vous confier cela, tout comme j'ai osé vous confier mon petit-fils au beau milieu de la nuit et vous le laisser bien plus longtemps que la décence le voudrait parce que j'ai fondamentalement confiance en l'immense bienveillance dont je vous sais tous deux emprunts.
Lorsque j'étais toute jeune, mes parents nous avaient emmenées, mes sœurs et moi, au Mexique où nous avions passé un fabuleux séjour à la découverte d'anciens sorciers qui avaient jadis battis sur ces terres une civilisation d'une incroyable richesse. C'est là que j'ai décidé de me rendre, comme un pèlerinage. J'avais besoin de me retrouver seule avec moi-même, de marcher et d'essayer d'apprivoiser ce surcroît de chagrin qui menaçait de me faire chavirer.
Je glisse sous ce pli une lettre pour Teddy. J'espère qu'il ne vous cause pas trop de soucis. J'ai décidé de lui annoncer que je serais de retour à la fin de l'été. Pardon d'abuser encore ainsi que votre patience et de votre gentillesse.
Mon cher Harry, j'espère que tu vas mieux et que les médicomages ont su trouver une issue à tes problèmes. Dans une édition de la Gazette du sorcier datant de plusieurs jours que j'ai trouvé dans l'hôtel où je réside, j'ai eu le plaisir de lire que votre relation à tous les deux a pris un tournant plus sérieux et je dois dire que j'en ai été particulièrement ravie. J'espère que vous me pardonnerez d'exprimer l'espoir que Teddy ait bientôt des petits cousins ou cousines sur qui il pourra veiller avec, je l'espère, la même constance qu'Harry sur lui.
A ce stade, Hermione bondit du canapé où elle s'était assise pour lire la lettre en même temps qu'Harry et fit plusieurs fois le tour de la pièce d'un pas rageur.
Harry, partagé entre la consternation et le rire jaune, choisit une troisième voie et poursuivit simplement sa lecture :
Dans votre dernière lettre, vous preniez également la peine de me demander des nouvelles de mon neveu Draco. C'est un jeune homme que malheureusement je connais très peu et le peu que j'ai pu le côtoyer lors de ces heures terribles en Norvège ne m'a pas permis d'être en mesure de me prononcer sur la manière dont il vit ce deuil aussi soudain pour lui que pour moi. J'espère qu'il trouvera la force de s'en relever.
Une dernière fois, je vous remercie, toi, mon cher Harry pour être le meilleur parrain dont Teddy aurait pu rêver et toi, ma chère Hermione pour le formidable soutien que tu as toujours été depuis que Teddy et moi avons croisé ta route.
Je vous embrasse tous les deux, j'espère que vous profitez de votre été.
A bientôt,
Andromeda Tonks.
Ce ne fut pas le seul courrier étonnant de la journée. Il fut suivit environ une heure plus tard par un parchemin apporté par une modeste petite chouette grise, qui jeta son chargement au milieu de la pièce, puis alla se percher en haut d'une étagère, apparemment bien décidée à rester là tant qu'on ne lui aurait pas confié une réponse à rapporter.
Harry déplia la missive avec curiosité. Elle avait été pliée à l'ancienne, sans utiliser d'enveloppe.
Potter, commençait une petite écriture serrée utilisant une encre noire tout ce qu'il y a de plus sobre.
Comme tu n'as toujours pas l'air décidé à t'attaquer sérieusement à ton état, j'estime qu'il faut intervenir. Décris-moi très précisément tes symptômes et ce qui les a causés.
Dans l'attende de ta réponse,
DBM
Harry mit plusieurs secondes à comprendre que ce DBM signifiait « Draco Black Malfoy ». Il était amusant de constater que le neveu était aussi sec et bref que la tante était affectueuse et prolixe.
Harry retourna le parchemin comme il avait coutume de le faire et écrivit une réponse.
Sans surprise, alors que l'horloge de la cuisine venait de sonner 17h30, la petite chouette grise revint avec un colis largement trop gros pour ses pauvres ailes. C'était un lot de remèdes accompagnés d'une série d'instructions très précises sur la manière dont ils devaient être pris.
-À ton avis ? demanda Harry à Hermione en lui tendant les instructions.
La Directrice de la Justice magique lut les pattes de mouches de Draco avec attention, puis elle déboucha chacun des remèdes pour les renifler attentivement.
-Vas-y, souffla-t-elle. Si ton état empire, j'irais l'étrangler de mes propres mains.
Teddy avait été ravi de recevoir des nouvelles de sa grand-mère qui lui avait écrit une longue lettre où elle décrivait les faunes et flores norvégiennes puis mexicaines. Il était encore plus enjoué de pouvoir finir l'été au square Grimmauld. Une petite routine s'était mise en place depuis qu'Hermione avait également pris ses quartiers dans la maison. Tout le monde vivait à son rythme et s'accordait du temps pour faire ce qu'il voulait mais ils ne manquaient pas de se retrouver à chaque repas ou pour la traditionnelle partie de bavboules du soir avant d'aller se coucher. Harry s'était surpris à passer plusieurs journées complètes sans épier les voisins depuis que son amie était là et il lui semblait que c'était plutôt une bonne nouvelle pour sa santé mentale.
Seule sa santé physique ne faisait que se détériorer toujours un peu plus. Les médicomages qu'il était retourné voir quelques jours plus tôt s'étaient contentés de prolonger son arrêt de travail d'un mois et de lui prescrire de nouveaux remèdes au goût de sucre et de fruits qui n'avaient strictement aucun effet.
Harry commençait à sérieusement flipper. Que se passerait-il quand la paralysie remonterait jusqu'à son entrejambe et qu'il ne serait plus capable de contrôler ni sa vessie, ni le reste ?
La Gazette du Sorcier en ferait-elle une entrée dans son bilan de santé publique ?
Après tout … Foutu pour foutu, songea-t-il et il avala le premier remède envoyé par un homme qu'il avait un jour failli saigner à blanc sans le faire exprès.
.
Le lendemain, un profond hoquet réveilla Harry. La pièce était encore sombre. Par la fenêtre dont il ne tirait jamais les rideaux, il vit que l'aube commençait à peine à se lever.
D'abord, il ne comprit pas ce qui se passait, puis un deuxième hoquet le secoua douloureusement et, dans la pénombre, il put contempler avec incrédulité la bulle de savon aux reflets jaune, rose et bleu qui s'échappa lentement de ses lèvres pour aller se perdre dans la pièce.
Il fallait s'y attendre : le jeune homme fut d'une humeur massacrante toute la journée. Il lui était impossible de prononcer une phrase complète sans être interrompu par ces hoquets qui, à force, finissaient par être douloureux. Sans compter que Teddy et Hermione se fichaient ouvertement de sa poire.
Hermione raconta à Teddy comment l'un de ses camarades de classe s'était mis à cracher des limaces par accident et sa description plus vraie que nature du teint cadavérique et des rots écœurants de Ron fit passer l'état de Harry en deçà dans l'échelle du risible.
Le remède que Draco préconisait en complément de celui qui faisait faire des bulles devait être pris à raison d'une gorgée toutes les heures et devait entre temps être conservé à 12°C très exactement. Cette contrainte repoussa au lendemain leur plan pour la journée : il était prévu qu'ils aillent prendre le thé avec Hagrid et se promener avec lui dans le parc de Poudlard. Teddy était intenable depuis qu'il avait entendu mentionner l'existence possible d'un calmar géant …
À l'aide d'une prouesse de sortilège, Hermione réussit à étendre le champ de protection magique à deux mètres autour du porche de la maison. Leur permettant, à Harry et elle, de profiter de la petite brise fraîche de cette belle journée d'été. Hermione avait métamorphosé le porche en une ravissante balancelle et leur avait concocté une limonade glacée.
Elle avait pris un livre mais le gardait pour l'instant posé à côté d'elle, préférant contempler avec Harry la vie qui battait son plein sur le square. Teddy passa plusieurs fois devant eux avec son groupe d'amis moldus, leur adressant de discrets signes dans le dos de ses camarades.
Le cycliste d'en face s'était installé sur son propre porche pour changer la roue de son vélo. Il portait un tee-shirt noir et moulant qui laissa les deux amis pensifs pendant un petit moment.
-Au fait, lâcha tout à coup Harry, méga preums.
-Tu m'en dirais tant.
-J'ai passé, mais alors littéralement, mon été à la fenêtre, lâcha Harry entre ses dents, réussissant tant bien que mal à retenir un hoquet.
-Quand tu n'étais pas en train de batifoler avec Draco au 3e étage.
Harry poussa une exclamation scandalisée :
-Je lui montrais la chambre de son père !
Son amie lui jeta un regard amusé et il leva les yeux au ciel.
-Blague à part, il ne t'a jamais laissé indifférent.
C'était un constat et non une question.
-Malfoy ? Enfin … Tu vois ce que je veux dire, se reprit-il. Je ne sais pas si un jour j'arriverais à penser à lui en le nommant autrement, souffla-t-il pensivement.
-Imagine ce que ça doit être pour lui. Ton patronyme, c'est quelque chose d'important dans ton identité. Surtout chez quelqu'un comme lui qui n'a toujours tiré qu'une grande fierté de sa lignée…
Harry, qui n'avait jamais tiré un quelconque orgueil du nom de Potter, s'imagina découvrir un jour qu'il n'était pas le fils de celui qu'il croyait. Cela remettrait tellement en question... Cela chamboulerait tout.
Difficile de s'imaginer la tempête qui avait dû faire rage dans l'esprit du potioniste ces derniers jours. Et plus difficile encore d'imaginer qu'il ait envie d'aider Harry après cela.
Le jeune homme éructa une énième bulle de savon et poussa un long soupir exaspéré qui fit rire son amie.
-J'imagine que c'est vrai, reprit-il soudain. Je ne sais pas si tu t'en souviens mais lors de notre premier soir à Poudlard, il m'a tendu la main et m'a proposé de me « conseiller » pour choisir mes amis.
Hermione secoua la tête.
-J'y repensais hier soir, poursuivit Harry, je ne sais pas pourquoi. A ton avis, qu'est-ce qui se serait passé si j'avais accepté cette poignée de main ? Tu crois que je serais allé à Serpentard ? Voldemort régnerait sur l'Europe à l'heure qu'il est, j'imagine.
-Pas nécessairement, contra Hermione, très sérieuse. Laisser le choixpeau t'envoyer à Serpentard n'aurait pas automatiquement fait de toi un mangemort en puissance. Je crois que nous aurions quand même pu devenir amis. Pas dès la première année, rationnalisa-t-elle, mais ce serait venu plus tard. Peut-être pendant le Tournoi des Trois sorciers.
-Parce que tu serais sortie quand même avec Victor Krum, analysa Harry.
-J'imagine.
-Tu regrettes parfois que ça n'ait pas marché entre vous ?
Elle haussa les épaules.
-Pas vraiment. J'ai gardé beaucoup d'affection pour lui et je crois que c'est réciproque. Mais tu peux difficilement t'imaginer un avenir avec une personne qui te traite comme un objet fragile digne d'une admiration béate.
Harry ne put qu'en convenir.
-La dernière fois que Draco est venu … commença Harry après un instant de silence, je l'ai emmené dans la pièce de la tapisserie des Black.
Il revit les doigts tremblant du jeune homme frôler le portrait de Narcissa.
-Son émotion … je ne sais pas, ça m'a touché.
-Il y avait de quoi.
Harry n'avait même pas besoin de fermer les yeux pour revoir avec une extraordinaire netteté le visage fantomatique de Draco. Ses grands yeux gris hantés, sa lèvre tremblante. Il y avait toujours eu quelque chose de délicat chez lui. Cela dépassait son genre, son âge ou son éducation. Il y avait une sorte de noblesse chez cet homme. Maintenant qu'il y pensait, Harry avait déjà rencontré cela chez quelqu'un d'autre : Sirius Black.
Une dame tourna soudain le coin de la rue et commença à descendre le square Grimmauld d'un pas rapide. Harry fut tout de suite interpellé par sa silhouette. Elle lui rappelait …
-Mrs Weasley, lâcha Hermione d'une voix blanche. Mince, qu'est-ce qu'elle fiche ici ?
Harry secoua lentement la tête, aussi désemparé qu'elle.
Elle avait été l'une des personnes avec qui Dumbledore avait partagé le secret du QG de l'Ordre du Phénix, elle pouvait donc voir la maison sans effort. Son regard tomba donc immédiatement sur Harry et Hermione en train de se prélasser sur leur balancelle, au cœur du square mais pourtant cachés comme s'ils étaient seuls au monde.
L'espace d'un instant, Harry les vit, Hermione et lui-même, à travers les yeux de Mrs Weasley et il sut exactement de quoi ils avaient l'air : d'un couple en vacances qui prenait du bon temps. Franchement, on n'en sortira jamais, pensa-t-il avec fatalisme.
Quelques années plus tôt, les deux compères se serraient probablement redressés et auraient pris un air coupable et contrit. Mais ils étaient adultes et plus sûrs d'eux maintenant. L'un comme l'autre en avait affronté des plus coriaces que cette grand-mère vêtue d'une robe en tweed et d'un grand sac à main marron. Juste avant qu'elle ne parvienne à leur hauteur, Harry se demanda si elle possédait encore l'horloge qui indiquait ce que faisait chaque membre de la famille.
-Bonjour Harry, bonjour Hermione, commença-t-elle. Je suis désolée de passer comme ça à l'improviste. J'ai fait de la crème glacée au potiron et il m'en reste alors je me suis dit …
Hermione poussa Harry du coude et celui-ci en retrouva ses bonnes manières :
-Euh… Bonjour Mrs Weasley. Vous voulez entrer ? offrit-il.
Elle accepta sans se faire prier et Hermione se hâta de rendre au porche sa forme normale tandis qu'Harry se hissait tant bien que mal sur sa plateforme.
Ils s'installèrent dans le salon qu'Harry commençait à avoir en horreur. Mrs Weasley regardait autour d'elle avec une curiosité non dissimulée. La dernière fois qu'elle était venue ici, Harry venait à peine d'entamer la rénovation : on en était encore à déloger les rats.
-Teddy est en train de jouer dans le square, vous le verrez peut-être tout à l'heure, tenta Harry pour essayer de meubler le silence qui menaçait de s'installer.
-Oh, il est chez toi ?
-Pour le mois d'août, oui.
-C'est bien, c'est bien. Il doit être tellement grand, maintenant ! Quel âge ça lui fait déjà ?
-Il a eu neuf ans en mai.
Tous trois restèrent pensifs un instant.
Pour l'immense malchance de Teddy, sa date d'anniversaire rimait pour beaucoup de sorciers avec des deuils insurmontables.
-J'ai lu que Ginny avait passé les premiers barrages pour les sélections dans l'équipe d'Angleterre, tenta à son tour Hermione.
-Oui, c'est formidable ! Elle est sûre que ce sera son tour cette fois-ci ! Ses frères ont déjà réservé des places pour tous les matchs de la prochaine coupe du monde, pour qu'on puisse tous se relayer pour la soutenir.
Harry prit une note mentale d'en faire de même. Ginny avait été sa petite-amie, c'était une chose, mais il avait aussi été son tout premier capitaine de Quidditch à Poudlard et c'était un événement de voir l'une de ses anciennes joueuses parvenir à un tel niveau !
Il aurait aimé pouvoir prendre un café avec elle et l'écouter lui raconter ce que c'était que de faire partie des Harpies de Hollywead et de briguer une sélection dans l'équipe nationale. Cela lui aurait plu de vivre un peu cela par procuration, lui à qui le Quidditch avait procuré tant d'émotions.
-Et toi, ma chérie, poursuivait Mrs Weasley, quelle ascension ! J'étais tellement heureuse pour toi lorsqu'Arthur m'a annoncé la nouvelle ! Directrice de la justice magique … A même pas trente ans ! C'est formidable.
Hermione baissa modestement la tête et murmura quelques remerciements.
Elles discutèrent pendant un moment des réformes qu'Hermione portait. Harry, qui avait l'habitude d'attendre son amie parler avec animation et technicité de droit sorcier, la vit aussi capable d'une conversation polie aux ras-des-pâquerettes où elle parvenait à ne pas montrer à son interlocutrice qu'elle faisait des efforts conséquents pour simplifier au maximum son vocabulaire.
C'était cela aussi, faire de la politique, pensa Harry avec mécontentement.
Puis son tour vint, et il s'entendit devoir se justifier sur sa position de « simple adjoint » alors qu'il « pourrait déjà être ministre de la Magie à l'heure qu'il est ».
Cette conversation n'en finissait pas.
Harry fut pris d'une quinte de hoquets fort à propos et prit une deuxième note mentale de remercier Draco pour lui avoir épargné d'avoir à prononcer une phrase cohérente durant cinq bonnes minutes.
Comme il fallait s'y attendre, la conversation dévia inévitablement sur ses récentes péripéties de santé et dès qu'il put parler, il mit allègrement et sans scrupules la responsabilité des effets secondaires qu'il subissait actuellement sur des tests pas très concluants des médicomages de Ste-Mangouste.
Enfin, après une heure dont les dernières minutes parurent s'étirer sans fin, Mrs Weasley se leva en annonçant qu'elle était attendue de ses petits-enfants. Elle ne précisa pas lesquels et ni Harry ni Hermione ne firent mine de poser la question. Avec un regard entendu, elle leur demanda d'embrasser Teddy de sa part, puis transplana dans le couloir et disparut.
On aurait eu peine à distinguer les soupirs de soulagement que laissèrent échapper les deux occupants restant du salon.
-C'était quoi ce cirque ? souffla Harry.
-Du voyeurisme, lâcha Hermione, le regard dur.
-C'est-à-dire ?
-Elle aura lu ce stupide article dans la Gazette et elle est persuadée que nous sommes officiellement ensemble. Elle est venue voir à quoi ressemble le jeune couple de traîtres qui s'assume enfin.
Harry leva les yeux au ciel et s'affaissa de tous les membres qu'il contrôlait encore sur son canapé.
-Tu crois qu'elle est bonne au moins, sa glace au potiron ?
.
Le soir venu, Harry prit la plume et, avec une ironie qu'il tenta vainement de contenir, narra à Draco la charmante journée qu'il avait passé à hoqueter de tout son saoul.
La réponse ne se fit pas attendre. Il semblait bien que le dernier descendant direct des Black était tout simplement furieux :
Potter,
Remballe tes grands airs et tes blagues à deux balles. Si ça t'amuse de rester dans cet état, fort bien. Débrouille toi donc avec ton ridicule bout de métal et tes médicomages léthargiques ! Bientôt, on chantera dans les tavernes des chansons sur Potter l'impotent, ne viens pas te plaindre.
Partagé entre un début d'hilarité et de vexation, Harry lui répondit sur le champ :
Draco,
Ne prend pas la mouche si vite, je n'ai pas voulu te vexer. Imagine comment tu te sentirais à ma place si tu avais craché des bulles toute la journée, y compris durant une visite surprise de ton ancienne belle-mère ?
Ne te lance pas tout de suite dans la composition de chansons paillardes, tu sais qu'il te faudra des années pour seulement prétendre rivaliser avec celles de Peeves. D'ici là, ton temps sera beaucoup mieux occupé à potionner !
La réponse ne se fit pas attendre :
Potionner ?! Parce que tu inventes des mots maintenant, Potty ? Vaut-il mieux lire cela ou se crever les yeux ?
Je n'ai jamais eu de belle-mère mais j'échange volontiers la tienne contre un seul souvenir en compagnie de ma tante, deal ?
Harry n'avait pas ressenti autant d'excitation lors d'une correspondance que depuis la mort de Sirius.
C'est amusant que tu écrives cela, quand on sait que l'ancienne belle-mère en question est celle qui a rincé ta tatie Bella pour toujours.
De quoi as-tu besoin pour m'inventer un nouveau traitement ? Et en cas de nouvel échec, serait-ce possible de me faire cracher des gallions plutôt que du savon ? J'ai perdu mon dragon la dernière fois que je suis allé à Gringotts.
Sur la réponse de Draco, son écriture se faisait moins tranchante, plus ronde :
Tu as un dragon sous la main, profite-en donc.
Tu ne m'as pas tout dit, Potter. J'admets volontiers qu'on ne raconte pas tous les détails d'une mission d'auror à un connard avec un serpent tatoué sur le bras mais si tu es capable de faire confiance à tes trépanés de Ste-Mangouste, tu n'en es plus à ça près avec moi. Je ferais le Serment inviolable, s'il n'y a que ça pour te rassurer.
Harry n'en croyait tout simplement pas ses yeux.
Je n'ai rien caché, du moins pas volontairement. Il n'y a rien de top secret dans cette histoire. Viens au square Grimmauld dans une heure, si tu veux.
Lorsque Draco se présenta dans le square à l'heure dite, Teddy était couché et Hermione hors de vue. Cela n'avait pas été difficile de la convaincre : Harry avait commencé à ressentir dans l'aine les douleurs annonciatrices qu'il ne connaissait que trop bien. Le temps pressait et s'ils n'avaient de recours que Draco Malfoy, qu'il en soit ainsi.
Le jeune homme laissa Harry lui servir un thé puis écouta attentivement ce récit qu'Harry avait l'impression d'avoir déjà fait mille fois. La maison d'apparence moldue en partie en ruine. Ses abords tellement envahis de mauvaises herbes qu'il avait fallu lancer un sort de découpe pour se frayer un chemin. Le silence. Les tags sur murs. Le vieil escalier aux pierres émoussées. L'étage inoffensif, la cave d'un noir d'encre avec ses pièces qui se succédaient. L'ombre assise qu'il avait aperçu l'espace d'une seconde et puis le déluge s'abattant sur lui, sans prévenir.
Draco l'écoutait avec une intense concentration, ses grands yeux sérieux fixés sur Harry, son visage à la fois neutre et impliqué, comme celui d'un soignant. Nulle trace de leur animosité passée ou de ces instants si puissants qu'ils avaient partagé dans les étages de cette même maison quelques jours plus tôt.
-Ah, dit soudain Harry, réalisant qu'il avait oublié un détail. Il y avait cette espèce de fumée aussi dans la cave. Invisible à l'œil nu mais je la voyais tournoyer autour de moi avec le lumos … Quoi ? s'étonna-t-il en voyant Draco se lever d'un bond, le visage blême.
-Ne bouge pas d'ici, Potter ! lui intima le jeune homme en le pointant du doigt.
-Où tu voudrais que j' … commença Harry mais c'était peine perdue car Malfoy avait déjà transplané sans demander son reste.
Incrédule, Harry mit bien une minute complète à se remettre de sa surprise avant de conjurer son patronus et de l'envoyer à Hermione pour lui faire savoir qu'elle pouvait descendre.
Elle non plus n'y comprit rien.
-Tu crois qu'il a eu un malaise ou quelque chose comme ça ?
-Je ne crois pas, il m'a juste dit de rester là.
Environ une demi-heure plus tard, un « crack ! » sonore les fit sursauter tous les deux.
Malfoy était de retour, les joues rouges et les cheveux en bataille. Il ne prêta pas la moindre attention à la présence d'Hermione et marcha droit vers Harry en lui tendant un flacon.
-Potter, bois ça, dit-il d'un ton très calme qui contrastait avec son état d'agitation générale.
-Harry, attends ! protesta Hermione. Qu'est-ce que …
Mais Harry avait plongé ses yeux dans le regard de Malfoy et il n'eut pas de doute. Il suivit ce regard tout comme, neuf ans plus tôt dans la salle sur Demande en feu, il avait suivi les directions données par la voix de cet homme qui avait essayé de le capturer quelques minutes plus tôt.
Il saisit le flacon que Malfoy lui tendait et le descendit d'une traite sous les protestations de sa meilleure amie.
Il n'eut le temps que d'entendre la voix calme et décidé du potioniste dire la jeune femme : « Préviens Ste-Mangouste, dis leur qu'on arrive ! » avant de sombrer dans une bienheureuse inconscience.
