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Une Tache de Peinture sur le Recto

Chapter 3: Paris

Summary:

Après le départ de l'homme, Maelle tendit timidement la main vers le perchoir de Verso, lui offrant ses mains en coupe. Il déploya ses ailes et sauta dedans, la laissant l'amener devant son visage pendant qu'elle s'asseyait.

Elle grogna, les larmes brillant au coin de son œil sain. Je suis désolée.

Notes:

Hello~

Voici un autre petit chapitre de tiny shoulder angel Verso !

J'espère que vous l'apprécierez 🎶

(See the end of the chapter for more notes.)

Chapter Text

Après le départ de l'homme, Maelle tendit timidement la main vers le perchoir de Verso, lui offrant ses mains en coupe. Il déploya ses ailes et sauta dedans, la laissant l'amener devant son visage pendant qu'elle s'asseyait.

 

Elle grogna, les larmes brillant au coin de son œil sain. Je suis désolée.

 

Verso se détourna, ayant besoin de temps pour maîtriser les expressions de son visage. Ses plumes hérissées refusaient de se réarranger. Il était en colère. Bien sûr qu'il était en colère. Il ne savait pas tout ce qui se passait, mais d'après ce qu'il avait compris, il était assez clair que les Écrivains pensaient que Maelle se joindrait à eux. 

 

Il ne lui en voulait pas d'avoir choisi un autre Art ; cela aurait été hypocrite de sa part, vu la place que la musique occupait dans son cœur. Mais cela lui semblait étrange de ne l'apprendre que maintenant. Cela lui semblait étrange de la voir continuer à se faire du mal en peignant, alors qu'elle s'était déjà tracé une autre voie. Elle avait un mentor, un endroit où elle pouvait se sentir à sa place. Elle n'avait pas besoin de la toile. Elle n'avait pas besoin de lui.

 

Le vrai Verso avait-il été au courant de son Premier Jet ?

 

Une partie de ses sentiments avait dû transparaître malgré son masque, car des doigts se refermèrent autour de lui dans une étreinte improvisée. Je suis désolée, Maelle grogna une seconde fois. Verso avait le sentiment qu'elle s'excusait pour la mauvaise raison.

 

Il posa une main sur la courbe de son doigt en signe de pardon et esquissa un sourire malgré le tumulte qui faisait encore rage dans sa poitrine. Ce groupe d'écrivains avait clairement eu tort de voler la toile et de kidnapper Maelle pour la forcer à les rejoindre, mais il doutait qu'ils aient eu beaucoup d'autres options pour la faire sortir. Après tout, ils étaient en pleine guerre.

 

Si elle choisissait les Écrivains... Si elle voulait rester, il ne la pousserait pas à retourner au manoir. 

 

Marcel Proust avait parlé de le tuer. L'écrivain qui l'avait convoqué pouvait probablement le dépeindre. Une fois qu'il serait parti, Maelle pourrait enfin se remettre de son long séjour dans la toile et passer à autre chose, en développant le métier qu'elle avait choisi.

 

Maelle eut un hoquet et posa la main qu'il tenait sur sa poitrine. Verso savait que cela signifiait Merci

 

Le petit espace entre sa poitrine et sa paume était sombre, mais chaud. Verso ne pensait pas pouvoir se détendre complètement en présence d'un Peintre après tout ce qui s'était passé, mais il se surprit à se laisser bercer par les battements réguliers. Dans cette position, le monde semblait lointain, caché à ses yeux comme s'il avait disparu. Ce n'était pas tout à fait l'oubli, mais Verso aimait cette sensation. Elle lui procurait une quasi-paix intérieure.

 

Autant qu’il voulait le nier, il avait autant besoin que Maelle de ce réconfort.

 

Tout comme la mort, ce n'était toutefois pas quelque chose qui était fait pour durer. Peu de temps après, il sentit une agitation familière remuer dans sa poitrine. Verso poussa le corps devant lui et ne put s'empêcher d'éprouver un pincement de soulagement lorsque Maelle le libéra de la cage de sa chair. Elle lui sourit, l'air plus détendu qu'elle ne l'avait été de toute la soirée, le contentement adoucissant ses traits.

 

Très vite, elle prit sa plume. « Rentrons au manoir. »

 

Verso la regarda avec surprise. Es-tu sûre ? Il essaya de lui demander avec son regard. 

 

Les Écrivains étaient prêts à lui offrir un accueil chaleureux en tant que protégée de Marcel Proust, même si elle était une Dessendre. Partir maintenant revenait à revendiquer son appartenance au camp des Peintres. Elle n’aurait alors à leur yeux qu’une valeur d’otage, perdant sa place au sein de la faction.

 

Le message dû passer, car elle acquiesça.

 

S'ils devaient partir, ils avaient d'abord besoin d'une issue. Verso s'envola vers la fenêtre. La nuit s'étendait lentement sur Paris, chaque bâtiment brillant comme une petite étoile dans l'obscurité tombante. S'ils voulaient s'échapper, c'était la seule option. Maelle le suivit. Elle était encore pâle, même si ses joues avaient repris un peu de couleur. Incidemment, la plupart des blessures de Verso étaient refermées, et son absorption du chroma de la Peintresse avait ralenti.

 

La facilité avec laquelle Maelle ouvrit la fenêtre rendait les efforts précédents de Verso vraiment pitoyables en comparaison. Il essaya de ne pas trop penser à l'impuissance du corps dans lequel il était piégé et s'envola dans l'air frais. Loin, très loin en dessous, des silhouettes floues se déplaçaient dans la cour intérieure. Des gardes, peut-être, ou des domestiques. Il leva les yeux. Une gouttière longeait le mur, et le toit se trouvait à environ un demi-étage.

 

Maelle suivit son regard et acquiesça. Sa silhouette élancée n'eut aucun mal à passer par la fenêtre pour se tenir debout sur le rebord. Verso sentit son cœur se serrer devant cette position précaire, mais la facilité avec laquelle elle se déplaçait suggérait qu'elle n'en était pas à son coup d'essai. Maelle avait été coursière à Lumière, se souvint-il. Ses mains agiles atteignirent rapidement le bord du toit. Il y eut un moment terrifiant où elle faillit tomber, ses bras trop faibles pour se propulser correctement au sommet du bâtiment, mais ses pieds trouvèrent prise sur une aspérité du mur et la poussèrent en avant. 

 

Elle s'effondra sur les tuiles rouges, haletante. Verso s'envola vers elle, inquiet. À en juger par le tremblement de ses membres, elle était loin d'être complètement remise. Elle ne le serait pas avant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, selon le temps qu'elle avait passé dans la toile et la quantité supplémentaire de chroma que Verso venait de lui voler. 

 

Ils étaient vulnérables, perchés sur le toit d'une maison d'Écrivain au milieu de Paris. Verso volait anxieusement entre Maelle, prostrée, et le bord du bâtiment, s'assurant que personne n'avait remarqué la disparition de leurs invités.

 

La nuit était aussi calme que Paris pouvait l'être.

 

Une fois que Maelle eut repris son souffle, ils se déplacèrent comme des ombres au-dessus de la ville. Dans cette partie du quartier, la plupart des toits étaient suffisamment proches les uns des autres pour qu'on puisse simplement sauter de l'un à l'autre, même si leur hauteur inégale et leurs tuiles glissantes représentaient un danger pour les chevilles. Le faire dans l'obscurité était plus qu'imprudent. Mais c'était leur meilleure issue, et Verso faisait confiance à la lueur malicieuse qui illuminait le visage de Maelle. Un tel parcours aurait dû être suicidaire pour la plus jeune fille de Peintres célèbres. Ce n'était qu'un lundi comme les autres pour une enfant des rues dans un monde en déclin.

 

Verso repérait les chemins les plus faciles à emprunter, les toits les plus proches qui les éloigneraient davantage de la maison des Écrivains. Maelle sautait après lui, volant presque à ses côtés, comme lorsqu'elle avait peint ses propres ailes sur la toile. Malgré son apparente grâce, sa respiration était haletante et ses jambes tremblaient plus que Verso ne l'aurait souhaité. Elle tint néanmoins bon. 

 

La nuit leur offrait une couverture parfaite pour leur escapade. Des bavardages s'élevaient souvent des immeubles qu'ils foulaient, venant d’amis se retrouvant autour d'un verre de vin ou bien de familles organisant leur dîner. Un respect nostalgique envahit Verso alors qu'il contemplait la ville dont il portait les souvenirs malgré n’y avoir jamais vécu. Paris était vivante d'une manière que Lumière n'avait jamais été, même après que Maelle l'eut restaurée.

 

Leur escapade s'acheva sur un toit bas, à plusieurs quartiers du point de départ de leur course. Verso se lova sur l'épaule de Maelle dès qu'elle sauta dans la ruelle en contrebas. Dans ce monde, il était une créature qui n'aurait pas dû être Peinte. Il ne pouvait être vu. 

 

Même à cette heure tardive, Maelle n'eut aucun mal à trouver un taxi disposé à la conduire près du domaine Dessendre. Les cheveux détachés pour couvrir la plupart de ses brûlures et l'obscurité, elle ressemblait à n'importe quelle jeune femme partie explorer des limites interdites pendant la nuit et cherchant à rentrer discrètement. Ses vêtements indiquaient clairement qu'elle était une noble, et l'homme fut ravi d'accepter le gage de la famille Dessendre et l'instruction de présenter sa note aux majordomes de la maison dans les jours à venir, à condition que ledit majordome paie.

 

Le trajet fut un peu cahoteux, mais sans incident. Maelle s'assit sur le siège passager, visiblement soulagée, et Verso ne put s'empêcher de partager son soulagement malgré la tension qui le maintenait encore en alerte. Il faillit s'assoupir, épuisé au-delà de toute mesure, mais fut chaque fois réveillé par les cheveux de Maelle qui lui chatouillaient la peau. Verso jura lorsque plusieurs mèches entrèrent dans sa bouche alors qu'il inspirait un peu trop fort par frustration. Son malheur ne lui valut que quelques rires de Maelle et une demi-étreinte alors qu'elle penchait la tête vers lui. Il soupira et se pencha en arrière, résigné à son sort de porte-cheveux pour le reste du trajet.

 

Le taxi s'arrêta juste devant l'imposant manoir Dessendre à Paris. Verso se raidit lorsque Maelle franchit le large portail délimitant sa maison. Il replia ses ailes contre son dos, comme si le fait de paraître encore plus petit pouvait le faire disparaître complètement dans l'épaule de Maelle. Le garde lui fit un signe de tête, reconnaissant d'un seul coup d'œil la cadette de la famille et ne remarquant absolument pas la créature qui entrait clandestinement avec elle. 

 

Ils traversèrent les jardins bien entretenus à un rythme certain. Bien trop vite, la porte du manoir s'étirait devant eux. Si Verso avait été celui qui marchait, il se serait figé sur place. Malgré ce que lui susurrait la douce-amère nostalgie l’envahissant, c’était la maison d'enfance d’un défunt, pas la sienne. Il n'avait pas sa place ici.

 

Il n'avait de place nulle part.

 

Même maintenant, il lui était difficile de résister à l'envie de s'enfuir, de se cacher dans l'une des crevasses du manoir jusqu'à ce qu'il puisse trouver Renoir ou Clea pour qu'ils le détruisent. Les doigts de Maelle se posèrent sur son dos, un ancrage réconfortant dans le tumulte de ses pensées.

 

Verso inspira, forçant sa colonne vertébrale à se redresser. Il était peut-être une copie imparfaite, mais ce n'était pas une raison pour courir se cacher comme un enfant désobéissant. Il ne pouvait pas se montrer comme une créature terrifiée face à ses créateurs. S'il y avait une chose qu'Aline lui avait implantée à partir du Verso original, c'était bien celle-là. 

 

Il pouvait mettre un masque.

Notes:

Et voici mon dernier chapitre stocké pour Tiny Shoulder Angel Verso ! Je voulais surtout donner vie au concept, et c'est chose faite :3.

Je vais probablement ajouter un quatrième chapitre sur leur arrivée au manoir, et après, je n'ai absolument aucune idée. Il est probable que leur arrivée au manoir prendra plus d'un chapitre de toute façon. Ensuite... certainement quelques one-shots indépendants sur l'avenir. Une intrigue complète ? Je ne sais pas encore...

(Je vais d'abord terminer l'arc narratif à moitié écrit qui se trouve au milieu de cette série XD. Et le poeter. Et m'occuper des nombreux échanges à venir. Et de la vie.)

Notes:

Une grande partie de mon inspiration et de mon envie de faire sortir le verso de la toile pour le transposer dans le « vrai Paris » m'est venue des ces merveilleuses fictions: Lendemain by Irisen and Une Vie à Vivre by Moonlit_Lilacs. N'hésitez pas à y jeter un coup d’oeil si le concept vous plaît, elles sont géniales !

N'hésitez pas à laisser un commentaire si vous avez aimé l'histoire !

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