Chapter Text
Si d'un œil extérieur, cette maison semblait calme et peu agitée, il en était bien différent à l'intérieur. Des cris se faisaient entendre depuis le bureau, que les oreilles les plus averties pouvaient entendre.
« Lirith calme toi, qu'est-ce qu'il se passe ?, s'enquit Lynkus.
– I-Il m'a dit qu'il méritait mieux qu'une… Une tête d'ours empaillée. »
Lirith pleurait à chaudes larmes, ses joues d'un pourpre qui ressortait par rapport à sa peau, pourtant rouge. Les sanglots qui la secouait étaient incontrôlables, et Penelope, Lynkus et Pok n'étaient pas d'un réconfort suffisant pour la calmer. De son côté, Elliott s'était isolé dans un coin du bureau, proche du placard, et semblait s'être calmé de sa colère. Maintenant, il affichait du remord sur son visage. Chance l'avait suivi, pour essayer de lui tirer les vers du nez.
« Qu'est-ce qui t'a pris ? Tu sais très bien que l'objet qui la représente a toujours été une corde sensible pour elle.
– J'étais énervé, j'ai dit ça sur le coup de l'émotion. Tu sais bien que ça n'a jamais été un problème pour moi qu'elle soit… Une tête d'ours. Je n'arrivais pas à lui faire comprendre qu'il fallait que notre relation s'arrête autrement. J'ai trop de mal à gérer la distance.
– Et pourquoi ne pas le lui avoir dit comme ça ?
– Elle l'aurait pas entendu. »
Dans la cuisine, le ton était plus calme, mais tout aussi agité. Jarek essayait de tenir Brik à distance de Perceval, qui discutait avec Freddy.
« Comment c'est possible d'avoir autant froid ? Tu ne trouves pas ça ironique ? Enfin toi, tu n'as pas l'air d'avoir ce problème.
– C'est vrai que je me conforte très bien de ma situation. Mais la tienne est plus étonnante, je dirais.
– Je sais. Personne ne saurait me l'expliquer. Depuis cette panne qu'il y a eu y'a quelques mois… J'ai toujours froid.
– Oui, on était tous très inquiets pour toi jusqu'à ce que tu sois réparé. Mais bon, ça tu le sais déjà. Tu devrais peut-être en parler avec Winnifred, c'est elle qui devrait avoir la réponse qu'il te faut. »
Perceval remercia Freddy, et retourna voir Jarek et Brik qui étaient en pleine conversation. Conversation qui sembla changer brutalement quand ils virent le jeune homme s'avancer vers eux. Quand il arriva à leur hauteur, ils parlaient avec beaucoup d'émotions de la trapinette, ce jeu de dés inventés par Jarek.
« Ah, Perceval. Tu as des pistes ?
– Pas plus qu'avec Dante. Mais il me conseille d'aller voir Winnifred.
– Quelle bonne idée. On pourra s'arrêter voir nos amis au passage, ça fait longtemps qu'on les a pas vu.
– Pok va m'en vouloir de ne pas être venu depuis aussi longtemps, sembla s'inquiéter Brik.
– Alors c'est décidé. En route. », s'exclama l'alcoolique notoire.
Le trio sortit de la cuisine, non sans bruit, l'attirail de Brik faisant un concert de métaux s'entrechoquant jusqu'au bureau. Il n'était pas dur de savoir où le gobelin se situait au sein de la maison. Jarek poussa la porte alors que Lirith séchait tant bien que mal ses larmes. Lynkus avait sa main sur son épaule droite, Pok se tenait à ses côtés, et Penelope attendait sur sa gauche avec une tasse d'une boisson chaude, qui semblait n'attendre que la tiefeline.
Brik regarda à tour de rôle le groupe entourant Lirith, puis Elliott et Chance, sans savoir où donner de la tête. Il se tourna légèrement vers ses deux comparses, sans quitter des yeux Lirith, et leur chuchota quelques mots.
« Qu'est-ce qui a bien pu se passer ici ?
– Aucune idée. Mais on va vite le découvrir. »
Sans que Perceval ou Brik puissent dire quoi que se soit, ni réaliser ce que la bouteille de whisky était en train de faire, Jarek s'avança vers la druide et lui donna deux tapes sur l'épaule gauche pour la saluer.
« T'as mauvaise mine, qu'est-ce qui nous vaut ce teint de cadavre ? Enfin, très rouge pour un cadavre. Un grand brûlé, peut-être.
– Jarek… », commença à gronder Lynkus.
Il n'eût pas le temps de finir car Lirith pleurait de nouveau, de grosses larmes coulant sur ses joues. Il se tourna vers elle pour la prendre dans ses bras, et Pok lança un regard qui risquait bien de tuer Jarek, s'il y mettait un peu plus d'intensité. Brik garda un œil sur Elliott, qui s'était tourné vers la druide en l'entendant pleurer.
Le bruit lourd des instruments de cuisine sur l'armure du gobelin reprit alors qu'il se dirigeait vers le couteau au fort caractère. Elliott baissa les yeux vers Brik pour le regarder. Il n'eût pas à baisser les yeux longtemps car le gobelin lui sauta dessus, pour l'attraper par le col.
« Pourquoi elle pleure, Lirith ? On a pas mieux à faire que de foutre une mauvaise ambiance, m'sieur Venhar ? »
L'homme balbutia un semblant de réponse, mais rien qui ne donnait une réponse claire. La créature à la peau verte savait être presque menaçant, malgré sa passoire sur la tête.
« On… Je l'ai quitté. On sort plus ensemble. »
Le gobelin arrêta de secouer l'homme, remit son col en place et descendit de la hauteur qu'il avait prise. Des traces de chaussures tâchaient le pantalon d'Elliott, de la taille de celles de Brik.
« Vous voyez m'sieur Venhar, quand vous voulez vous pouvez répondre et être d'une grande aide. Et je peux vous d'mander pourquoi, maintenant ? »
Elliott secoua la tête. Brik comprit qu'il n'aurait pas de plus amples détails pour l'instant.
Il retourna vers Perceval, qui était resté planter devant la porte encore ouverte du bureau. Ses yeux écarquillés interrogeaient Brik.
« Les deux tourtereaux sont plus ensemble. D'où les pleurs. Mais v'nez, m'sieur Ceval, on va aller avoir m'dame Winnifred. Y'a rien qui nous retient ici. »
Il commença à faire demi-tour vers là où était Elliott, devant la porte menant au placard dans lequel se trouvait le chauffe-eau, mais l'ensorceleur resta sur place.
« Brik, attends. J'aimerais bien y aller avec mon père. Et les autres aussi, si ils veulent. »
Le gobelin esquissa un sourire, et acquiesça d'un signe de la tête. Ils se tournèrent tous les deux vers le père du jeune homme, qui était en train de consoler la druide.
Malgré son air détaché et sa tendance à l'alcoolisme (dû en grande partie à sa condition de bouteille de whisky, sans aucun doute), il savait être réconfortant, d'une douceur inégalable, et également un bon père pour Perceval, même s'il lui a appris la boisson trop jeune.
Brik savait pourquoi Perceval voulait son père à ses côtés durant cette discussion. Si Winnifred n'avait pas de solution pour les problèmes de températures liés à sa pannes quelques mois auparavant, il ne serait plus jamais en capacité de ressentir la moindre chaleur. Il pouvait vivre malgré tout, mais était-ce seulement une vie, quand on ne peut pas remplir sa fonction première ? Pour un objet, rien n'est moins sûr.
Après de longues minutes à entendre des sanglots à travers la pièce, la tiefeline se calma. Jarek se releva.
« On était venu pour gérer le… Problème de Perceval. Remets-toi en place Lirith, on vous rejoint après pour fêter ça. »
Personne ne savait ce qu'il y avait à fêter, puisque Lirith et Elliott venaient de rompre et qu'on ne savait pas encore si une solution existait pour Perceval. Mais si aucune bonne nouvelle n'était à venir, il allait falloir boire pour noyer son chagrin. Quoi qu'il advienne, personne ne rejeta la proposition de Jarek. Brik resta avec Pok pour discuter, pendant que père et fils entrèrent dans la pièce où les attendait Winnifred.
Pendant leur absence, Chance rejoignit le petit groupe s'étant formé à côté de la bibliothèque croulant de livres, en la personne de Pok. Penelope retourna à ses affaires, soit-disant débordée. Brik et Pok commencèrent une partie en plusieurs rounds de trapinette, et Lirith tenta tant bien que mal de reprendre du poil de la bête en faisant la conversation au dé et à la figurine à ses côtés. Lynkus et Chance étaient une très bonne distraction face à sa réalité qu'elle avait tant de mal à admettre.
Quand la porte de la chaufferie s'ouvrit de nouveau, tout le monde se tut. Les quelques secondes qui passèrent avant que Jarek ne sorte de la pièce parurent une éternité. Perceval sortit de la pièce quelques instants après lui. Mais le sourire sous la moustache de l'homme retira tous les doutes.
« J'ai chaud. »
Cette simple phrase prononcée par Perceval (qui semblait quelque peu familière à Lirith, mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus), provoqua des explosions de joie dans toute la pièce. Le radiateur était réparé, et il produisait à présent cette douce chaleur que l'on attendait de lui. Pok se jeta sur lui pour le prendre dans ses bras, étreinte que l'ensorceleur finit par rendre, malgré son manque cruel d'affection. Ils finirent la soirée en buvant et s'amusant tous ensemble, avant de s'endormir au milieu du bureau.
Tous ? Non, Elliott manquait à l'appel. Il était retourné dans la cuisine au début des festivités, là où il était attendu. Il n'était pas d'humeur à la fête. Il aimait Lirith, oui, mais la distance qui les séparait, celle entre un couteau de cuisine et un objet de décoration, ne lui convenait pas. Il savait qu'ils ne pourraient pas faire durer éternellement cette histoire entre eux, et il avait préféré y couper court avant que se ne soit plus douloureux pour eux. Malheureusement, Elliott était des plus mauvais pour exprimer ses émotions, et il finit par faire encore plus mal à Lirith qu'il ne l'avait espéré.
Dans la matinée, il fut rejoint par Jarek, qui reprit sa place aux côtés de Beverly, et Brik, qui tenta d'en apprendre plus sur cette rupture, mais Elliott resta fermer à la discussion, et menaça de dévoiler la véritable identité de l'égouttoir à Jarek, pour être laissé tranquille.
Encore une journée intense dans cette belle maison. Quel dommage que personne ne puisse les entendre, les voir ni les côtoyer, si ce n'est eux-mêmes, entre objets. Personne ? Si seulement quelqu'un avec une paire de lunettes spéciales et un magnifique tee-shirt rouge avait été là…
