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Politiquement incorrect

Summary:

Ben Solo, un des plus jeunes et des plus doués homme politique du moment, participe à un débat télévisé pour présenter son nouveau projet de loi, très controversé, sur la sécurité. Alors qu'il pense avoir gagné la partie, les questions d'une jeune femme du public lui font inexplicablement perdre ses moyens. Sous les feux des projecteurs et des caméras de télévision, les téléspectateurs découvrent stupéfaits que peut-être, un cœur bat sous l'impressionnante poitrine de cet homme, qu'ils connaissent pourtant froid et hautain.

Notes:

En attendant l'épisode IX, voici ma troisième fic.
Je la dédie à Elopez7228 qui m'inspire et me pousse à me dépasser.
Cette histoire a été postée sur la plateforme d'autrices et auteurs amateurs en ligne Fyctia
dans le cadre d'un concours dont le thème était "Sous le feu des projecteurs". Je suis fière de vous dire que j'ai été sélectionnée parmi les 10 demi-finalistes (même si je ne suis pas en finale) !

J'espère que vous prendrez autant de plaisir à la lire que j'ai eu à l'écrire !

(See the end of the work for more notes.)

Chapter 1: Le débat

Chapter Text

Le débat

 

Le rire de la jeune femme résonnait sur le plateau. Elle se moquait ouvertement de lui.

Elle venait de lui renvoyer son argumentaire à la figure et de lui clouer le bec, et Ben Solo, un des plus jeunes députés de l’Assemblée, un des plus mordants d’habitude, ne savait pas quoi répondre. Il se contentait de la dévisager, soufflé par son audace et son aplomb. Étonnamment, il ne ressentait aucune colère envers elle, mais plutôt une grande curiosité et certainement aussi un peu d’admiration.

 

**********

 

La soirée s'était pourtant bien passée.

Il était venu sur ce plateau de télévision pour présenter le nouveau projet de loi de surveillance et de sécurité proposé par le Premier Ordre, parti dont il était un membre actif et reconnu.

Depuis son élection, ce trentenaire grand, massif et au charme singulier, détonnait parmi les vieux briscards de l’hémicycle. Il était rapidement devenu un phénomène politique dont les apparitions télévisuelles restaient rares mais qui fascinait les gens et les journalistes.

Au-delà de son physique atypique - ses épaules d’athlète et ses cheveux longs et très noirs, ainsi que la fine cicatrice qui lui barrait la joue droite et lui donnait comme un air de pirate - il avait une réputation de droiture, de dureté même, dans ses différents engagements, et un mystère entourait son histoire personnelle.

En effet, il travaillait pour le camp opposé à celui de ses parents, politiciens reconnus eux aussi. Son adhésion, puis sa candidature pour le parti du Premier Ordre des années auparavant avait fait couler énormément d’encre, entre ceux qui fustigeaient cette trahison envers son héritage familial de « politique sociale tournée vers les plus faibles et en faveur des sans-voix », et ceux qui soutenaient ce retournement vers un parti avec une ligne beaucoup plus ferme et rigide, y voyant la preuve que « le parti de la Résistance, celui de ses parents, n’avait pas réellement tenu ses promesses ».

Ni Han Solo, éloigné de la vie politique depuis un certain temps, ni Leia Organa, sénatrice encore en activité, n’avaient daigné commenter cet événement, ce qui laissait une large part aux fantasmes et aux théories les plus farfelues, participant ainsi à l’aura particulière de leur fils.

 

Lors du débat, il fit preuve d’une grande assurance et d’une telle connaissance du sujet qu’il contra tous les arguments de ses adversaires. Même le grand philosophe Lor San Tekka, farouchement opposé à la politique de son parti et grand défenseur de la liberté et du politiquement correct devant l’éternel, ne parvint pas à le déstabiliser.

Ben se sentait en pleine confiance, avec la certitude qu’il avait remporté la bataille. À chaque fois, ses opposants lui posaient la question de la liberté individuelle, bafouée si on accroissait la surveillance des citoyens, mais sa conviction intime de la pertinence de la proposition finissait toujours par balayer les doutes des gens qui l’écoutaient.

Pour la fin du débat, il était plus que prêt à répondre aux questions, parfois musclées, du public.

 

- Bonsoir, dit une voix claire pour lui poser la première question. Si j'ai bien compris tout ce que vous nous avez dit, vous croyez que la multiplication des caméras dans la rue, avec des drones à certains endroits, et le développement des logiciels de reconnaissance faciale, sont indispensables pour notre sécurité ?

 

Prêt à en découdre, il se tourna vers la spectatrice qui venait de l’interroger et ne put s’empêcher de remarquer à quel point elle était jolie. Pour la première fois depuis le début de la soirée, il se déconcentra un peu et l’observa attentivement pendant plusieurs secondes. Elle devait avoir vingt-cinq ans, une petite dizaine d’années de moins que lui peut-être. Elle portait une tunique beige avec une grosse ceinture qui marquait sa taille fine. Son chignon désordonné laissait s’échapper quelques mèches châtain foncé qui dessinaient comme un halo autour de son visage délicat, et surtout, ses yeux vert-noisette brillaient d’un éclat vif.

Vraiment une excellente soirée, pensa-t-il en resserrant un peu le nœud de sa cravate avant de lui répondre.

 

- C’est tout à fait ça ! Je suis persuadé qu’un meilleur système donnera à nos concitoyens une plus grande tranquillité, et pourra même dissuader des gens mal intentionnés de nuire.

- Mal intentionnés… ?

- Des cambrioleurs, des dealers de rue, des voleurs, des braqueurs de banque... Des terroristes potentiels aussi. Je peux malheureusement vous donner de nombreux exemples. Et si ces nouveaux moyens de vigilance ne parviennent pas à empêcher toutes les atteintes à la loi, ils permettront au moins de suivre et de retrouver les coupables beaucoup plus rapidement.

- Vous ne pensez pas qu’il faudrait faire des tests, avant d'installer un système si lourd à grande échelle ? Pour être sûr du fonctionnement et de l’efficacité de ce dispositif, parce que ça représente quand même un coût important, à la fois matériel et moral.

 

Elle a commencé en jouant l’innocente mais elle semble y avoir beaucoup réfléchi, se dit Ben en haussant légèrement les épaules. Il rebondit sur ses paroles :

- Un coût moral vous dites ?

- Oui, celui d’être filmé partout où nous allons, sans être averti et sans même notre consentement.

 

On y était ! Elle venait de lui faire comprendre, pas très subtilement d'ailleurs, qu’elle s’opposait tout à fait au projet. Elle le fixait d’un regard perçant et Ben se réjouit de ce nouveau challenge. Il adorait convaincre les récalcitrants !

- Consentement qui viendra quand la loi sera votée. Nous ne ferons rien avant ça bien sûr ! C’est vrai que ça peut sembler excessif, mais c’est un prix qui me semble justifié pour la sûreté de chacun. Vous-même, vous vivez peut-être dans un quartier éloigné du centre-ville, ou dans une zone plus rurale. Et bien je suis certain que vous seriez moins inquiète si des caméras fonctionnelles, solides et reliées à un central compétent et réactif assuraient votre sécurité.

- Je vous remercie de votre sollicitude, répondit la jeune femme d’un ton ironique, mais je peux tout à fait me débrouiller en cas de problème ! En fait, de nous tous ici, je pense que c’est vous qui avez le plus à craindre. Vous et vos collègues politiciens.

- Comment ça ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.

- Vous êtes des personnes publiques, avec des moyens souvent plus importants que ceux du citoyen de base, que tout le monde peut identifier. Les délinquants dont vous voulez nous protéger ont beaucoup plus de chances de s’attaquer à quelqu’un comme vous qu’à une passante lambda comme moi. Profiter de votre absence à cause d’un de vos engagements par exemple. Je me demandais si les élus de votre parti, et tous les autres aussi, seraient d’accord pour que ces nouvelles dispositions soient installées autour de leurs bureaux et devant leur domicile. Sans parler de se faire enregistrer par les logiciels que vous avez présentés.

 

Un murmure d'approbation s’éleva du public et Ben sentit que le vent tournait pour lui.

 

- C’est une proposition intéressante mais je ne suis pas certain que tous accepteront.

- Pourquoi ? C’est pour leur sécurité, rétorqua-t-elle, réutilisant les mots qu’il avait souvent répétés pendant le débat.

- Oui bien sûr, reprit-il en passant sa main dans ses cheveux, mais je ne crois pas que mes collègues aimeraient être suivis constamment. Après tout, même les personnalités politiques ont le droit à une vie privée.

 

Le visage de la jeune femme s’illumina en même temps qu’il réalisait son erreur. Elle se leva et le pointa du doigt.

- Donc vous reconnaissez que ce nouveau dispositif ne respecte pas la vie privée des gens !

- Ce n’est pas ce que …

- Ou alors vous être en train de dire que nos élus, spécialement ceux de votre parti, refuseraient de se soumettre aux mêmes règles que tout le monde ? Comment comptez-vous faire accepter une loi à la population si les députés eux-mêmes n’en veulent pas ? continua-t-elle en riant. À mon humble avis, ça ne passera jamais Monsieur Solo !

 

La salle entière réagit. Les adversaires de Ben Solo essayèrent de rebondir sur cet argument auquel ils n’avaient pas pensé, certaines personnes se levèrent en criant « Vive la liberté ! » ou encore « Résistance ! », tandis que d’autres se lançaient dans une discussion très animée avec leurs voisins, à grand renforts de gestes et d’éclats de voix. Les différentes caméras du plateau tournaient dans tous les sens et au milieu de ce brouhaha, le journaliste présentateur de la soirée tentait désespérément de retrouver un semblant de calme.

 

Ben avait perdu.

Il serait probablement sanctionné par son supérieur, mais au lieu d’y penser, il ne quittait pas des yeux la jeune femme. De toute évidence ravie de la tournure des événements, elle lui fit un grand sourire. Un sourire qui creusait d’adorables fossettes sur ses joues et lui donnait un air espiègle et irrésistible.

Le cœur de Ben manqua un battement, ou plusieurs, et il décida que, pour l’instant, elle était tout ce qui importait. Il voulait savoir qui elle était. Il devait la revoir !