Chapter Text
Il a des moments où Bilbo Baggins souhaite douloureusement pouvoir vivre dans un trou – des moments comme celui-ci, où il pleut des cordes, la cafetière est hors-service, et sa voiture en rade, ce qui signifie qu’il sera obligé de rentrer chez lui en bus. Cela après avoir terminé de noter sa dernière fournée de copies. Il y a une raison pour laquelle il a décidé de rester au travail un peu plus longtemps aujourd’hui, mais il ne pourrait pas s’en souvenir, même si sa vie en dépendait. Ah, oui, cela avait probablement à voir avec le fait qu’il s’était mis à tomber des trombes d’eau à la seconde où il avait annoncé la fin de son dernier cours.
Tapotant son stylo sur la table à un rythme qui tentait et échouait à être plus rapide que le claquement constant des gouttes de pluie, il expire âprement, fixant le fond de café dans sa tasse, et lutte avec une décision difficile – ou bien le finir tout de suite et se passer de café pour le reste de l’après-midi, ou bien le laisser refroidir, l’oublier, et se plaindre plus tard. …Oui, la vie serait décidément plus simple s’il vivait dans un trou.
Rien de miteux, pensez-vous, oh non – il en ferait le trou le plus douillet qui ait jamais existé, avec de nombreuses chambres, et de larges fauteuils moelleux, et, oui, définitivement, un garde-manger ; oh, et une vraie cheminée digne de ce nom, et des sols parquetés…il se ressaisit juste à temps, son stylo commençant à griffonner ses plans partout sur la dissertation de Becky Higgins. …Merveilleux, encore une sur Nos étoiles contraires. Combien cela en faisait-il – six jusqu’à présent, ce quart d’heure ? Il n’aurait jamais dû l’inclure dans la liste de lecture. Ou, mieux encore, tu n’aurais jamais dû opter pour enseigner la littérature, lui fait remarquer une petite voix lancinante qu’il ignore violemment, et il redresse ses lunettes à la place, se laisse aller contre le dossier de sa chaise et se plonge dans un énième compte-rendu sur comment John Green a changé une vie.
Il semble qu’au moins quelques choses vont en sa faveur, car il est bientôt interrompu par la sonnerie de son téléphone – il s’agit, assez curieusement, de la réceptionniste du bâtiment principal.
-Oui ?...
-Professeur Baggins ? Vous avez un visiteur.
-Ah ? Qui est-ce ?
-Il refuse de me le dire, lui dit la jeune femme - Janine, c’est ça ? – bien trop nerveusement au goût de Bilbo. Il dit qu’il est un ami. Et que c’est important.
-Eh bien, a-t-il l’air dangereux selon vous ?
-Non, je… eh bien, il est vieux. Genre, vraiment vieux, murmure la réceptionniste d’un ton de conspirateur. Très grand. Il porte un chapeau.
-Un chapeau.
-Oui ! Pouvez-vous venir maintenant, s’il vous plait ?
-Je suis là dans un instant, réplique Bilbo et adresse à son téléphone un froncement de sourcil une fois que la réceptionniste a raccroché.
Il ne parvient pas, malgré ses efforts, à trouver un seul vieil ami portant un chapeau, mais découvrir ce qu’il se passe chasse définitivement de son esprit son occupation actuelle.
Oh, et il y a une cafetière dans la petite cuisine du bâtiment principal, n’est-ce-pas ?...Eh bien, c’est décidé.
Les couloirs sont calmes vu que la grande majorité des cours sont terminés maintenant – cela fait presque plus d’un an désormais, mais Bilbo est toujours émerveillé par le fait qu’il soit à peine quatre heure passée et que tous les étudiants sont rentrés chez eux. Un lycée normal, se rappelle-t-il, tu es dans un lycée normal maintenant. Il n’est aucunement un snob mais il sait qu’il appréciait bien davantage l’atmosphère de son précédent lieu de travail, du moins jusqu’à un certain point…
-Bilbo Baggins ! Regardez-vous !
Complètement perdu dans ses pensées, Bilbo a atteint le vestibule du bâtiment principal quasiment sans s’en rendre compte, et l’homme attendant à la réception se lève du canapé en cuir et s’avance vers lui, la main tendue.
-…Oui, est-ce que je peux vous aider ? propose Bilbo, adressant un regard à la réceptionniste qui se contente de hausser les épaules.
-Cela reste à voir, dit l’homme en souriant et quand il ôte son chapeau, Bilbo le reconnaît finalement.
- …Gandalf ? C’est vraiment vous ?
…Et apparemment, c’est le cas – bien sûr que c’est le cas. Il rit chaleureusement et enveloppe les mains de Bilbo dans chacune des siennes, et, eh bien, cela fait si longtemps que Bilbo peut à peine le croire. Les souvenirs du pensionnat de Bree envahissent immédiatement sa tête, les bons tous datant du temps où Gandalf (devrait-il par respect l’appeler Professeur Grey ? Il rejette l’idée rapidement) était toujours principal.
-Que diable faites-vous ici ? demande-t-il, honnêtement ébahi, et Gandalf rit simplement davantage.
-Je devrais vous poser la même question ! Cet enfer est-il la seule école que vous avez pu avoir ? Sans vouloir vous offenser, mademoiselle.
Il agite la main en direction de la réceptionniste qui les regarde la bouche grande ouverte, assez incrédule.
-En réalité oui, marmonne Bilbo, et Gandalf fronce les sourcils, mais ne parvient qu’à retenir le pouffement de rire qu’un court instant, et Bilbo sourit.
-Me direz-vous ce que vous faites ici si je vous prépare une tasse de café ? propose-t-il.
-J’imagine que cette…belle et douillette petite institution n’a pas son propre café ? se demande à haute voix Gandalf, et Bilbo éclate de rire avant de pouvoir s’en empêcher.
-Non, j’en ai peur, dit-il. Venez avec moi.
Tandis que la cafetière vrombit joyeusement dans la cuisine heureusement déserte située près des laboratoires de chimie, Bilbo et Gandalf s’assoient à une table à côté de la fenêtre. La pluie n’a plus l’air si horrible désormais, se rend compte Bilbo alors qu’il sent croitre de nouveau l’excitation de revoir son ancien employeur et mentor.
-Vous savez, votre licenciement pour être…qu’était-ce ? « Trop rebelle » ?...ne signifie pas que vous devriez arrêter de l’être, fit remarquer Gandalf, cherchant quelque chose dans sa sacoche luisante.
Bilbo fronce les sourcils.
-Si vous insinuez que j’ai pris ce travail parce que j’en avais envie…
-Non, non, rien de cela. Je sais que Saroumane a mis un point d’honneur à ruiner vos chances d’avoir une carrière.
Gandalf le dit avec désinvolture, comme si c’était dans sa nature, et Bilbo est agréablement surpris par son propre manque d’amertume au sujet de toute cette histoire – savoir qu’il était dans le vrai en faisant ce qu’il avait fait durant ses derniers jours à Bree avait toujours été suffisant. D’une certaine manière, juste après la démission de Gandalf et l’arrivée de Saroumane, il avait su que les choses allaient aller de mal en pis à partir de ce point. Il était immensément navré de laisser derrière lui les étudiants de Bree, mais ils étaient à la fin la seule chose agréable dans toute cette sale affaire, et réellement, le combat qu’il aurait dû mener afin de rester, seulement pour eux, n’en aurait pas valu la peine…Il devrait vraiment l’écrire celle-là un de ces quatre et la lire avant d’aller au lit, les jours lugubres comme ceux-ci.
-Pourquoi êtes-vous là, Gandalf ? demande-t-il, peut-être un plus sévèrement qu’il en aurait eu l’intention, mais cela n’a pas l’air de déranger le vieil homme – il se contente de sourire brillamment et tire de son sac un épais classeur en cuir.
-Ah, nous y voilà, déclare-t-il, sortant un dossier et le faisant glisser sur la table vers Bilbo. Dites-moi, que savez-vous sur Erebor ?
-…Le pays ? marmonne Bilbo en ouvrant le dossier puis en le refermant la seconde suivante car il remarque les belles armoiries sur la couverture.
-Oui, le pays, réplique Gandalf, et quand Bilbo le regarde, il le fixe comme s’il attendait de lui quelque chose – plus tard, Bilbo se dira qu’il aurait dû la reconnaître alors, la bien trop dangereuse lueur d’excitation dans ses yeux.
-Oh, eh bien…dit-il en s’éclaircissant la gorge. C’est une monarchie d’Europe centrale, quelque part entre la Suisse et l’Italie, je crois ? C’est plutôt minuscule.
-En effet, approuve Gandal en hochant la tête. Ce serait environ aussi grand qu’une capitale américaine ordinaire s’il n’y avait pas les montagnes. Cela fait partie de l’union européenne, mais conserve sa monnaie historique – la couronne, je crois que cela s’appelle. En conséquence, son PIB est parmi les cinq plus hauts d’Europe. Le pays a subi un coup d’état plutôt mémorable, il y a dix ans, mais il a été parmi les états les plus stables politiquement depuis lors.
-Fascinant, déclare Bilbo, se levant pour préparer le café. Mais pourquoi me dites-vous tout ça ?...Vous prenez toujours deux sucres et pas de lait, n’est-ce-pas ?
-Tout à fait. Et je vous dis tout cela parce qu’il se pourrait qu’il y ait une offre d’emploi pour vous là-bas.
Bilbo rit, il ne peut pas s’en empêcher.
-En Erebor ? dit-il. Gandalf, vous savez que je suis toujours partant pour de nouvelles expériences, mais je ne suis pas sûr que je puisse laisser tomber toute ma vie ici et traverser la moitié du globe.
-Oh, je suis content de voir que vous avez toujours tendance à dramatiser, rit Gandalf. Puis-je vous rappeler que nous sommes en Angleterre ? Ce n’est qu’à trois heures de vol, tout au plus…Et je ne vous ai même pas dit de quel travail il s’agit.
Bilbo soupire profondément, pose deux tasses de café sur la table, puis croise ses bras sur son torse.
-Très bien, alors, dit-il complaisamment. Dites-moi de quel travail il s’agit.
-Le roi est à la recherche d’un précepteur pour son neveu, l’héritier du trône.
Durant quelques instants de silence, Bilbo se contente de le fixer en clignant des yeux.
-Bien, ce n’est…pas exactement dans mes cordes, remarque-t-il finalement.
-Oh, absurde. Lisez le dossier. Le garçon a treize ans et j’ai cru comprendre qu’il était assez charmant.
-Gandalf…
-Et entre vous et moi, cela paie plutôt bien. Je pense vraiment que ce serait une bonne opportunité à-
-Gandalf.
L’homme se tait et Bilbo réalise que le constant petit sourire sur ses lèvres est d’une certaine manière insupportable.
-…Pourquoi moi ? demande-t-il simplement. Pourquoi me proposez-vous cela à moi en particulier ?
-J’ai juste pensé qu’un peu…d’excitation vous ferait du bien, réplique Gandalf tout à fait innocemment
-J’ai bien assez d’excitation, croyez-moi.
-…Vraiment.
Le ton est trop familier et Bilbo se surprend à froncer les sourcils tandis qu’il se penche en arrière et croise ses bras un peu plus autour de son corps – il ne partage absolument pas l’opinion de Gandalf, pense-t-il.
-Je vous fais remarquer que je suis parfaitement heureux ici, marmonne-t-il, regardant par la fenêtre car il sait déjà que Gandalf est tout sauf convaincu. L’école est assez agréable, de même que la ville. Le…Le salaire n’est pas exorbitant, mais on s’enrichit difficilement en faisant ce métier. Et je l’aime. Ce travail. Donc…Donc en conclusion, je suis…je suis très content de vous revoir, Gandalf et votre offre est très…très généreuse, mais j’ai peur de ne pas être intéressé.
Quand il ose enfin regarder Gandalf, il voit que le vieil homme n’est ni en colère, ni amusé, ni quoi que ce soit d’aussi simple à gérer – non, il a seulement l’air déçu et oh, qu’a fait Bilbo pour mériter cela ?
-Eh bien, je vois que vous avez changé, Bilbo Baggins, et pas tout à fait en mieux, dit simplement Gandalf. Je me souviens d’une époque où vous ne demandiez rien de mieux que de laisser tomber toute votre vie et traverser la moitié du globe à la recherche de nouvelles expériences.
Bilbo grogne, mais apparemment, Gandalf n’en a pas terminé.
-Vous avez organisé une révolte étudiante dans une des dix meilleures écoles du pays, bon sang ! poursuit-il avec une ferveur qui rend Bilbo nauséeux. Vous avez géré une bibliothèque illégale dans votre bureau, vous vous souvenez ? Oh oui, je suis au courant pour ça, Saroumane a été très prolixe de ses plaintes.
-Oui, et Saroumane a également été celui qui m’a renvoyé après tout ça, et plus encore.
-Et plus encore !
-Gandalf, s’il vous plaît !
Le vieil homme hausse un sourcil, et Bilbo réalise qu’il s’est d’une manière ou d’une autre raidi et s’est penché en avant, ses mains en l’air pour expliciter son point de vue. Il bat rapidement en retraite, et Gandalf émet un son de désapprobation.
-Eh bien, je suis content de constater qu’il y a au moins toujours un peu de cran en vous, dit-il et Bilbo rougit, drapant davantage son large chandail autour de ses épaules, tandis que Gandalf sourit gentiment, presque tristement.
-Je détesterais voir tout cela être gâché.
Il tend la main vers le mystérieux dossier, le regard de Bilbo se pose dessus immédiatement, durant une impulsion passagère de le saisir et de la garder – il voit le sourire de Gandalf s’élargir, et se laisse retomber sur sa chaise, soupirant profondément, affichant une grimace en demi-teinte.
-Au moins, laissez-moi vous offrir un dîner, propose Gandalf, montrant l’extérieur du doigt par la fenêtre. Votre décision pourrait être influencée par le fait que j’ai une voiture. Vous détestez tellement la pluie.
Bilbo souffle avec dérision.
-…De toutes les choses mémorables à mon sujet.
Gandalf rit doucement et finit son café, et Bilbo ne regarde ostensiblement pas l’extrémité du dossier de papier brun et doux qui dépasse du sac, presque railleur.
-Vous savez, dit l’homme en se levant et enfilant son manteau. Il pleut de moins en moins en Erebor, et les températures sont infiniment moins changeantes qu’en-
-Arrêtez ça.
Et il arrête, de façon assez surprenante. Ils dégustent un merveilleux dîner au Dragon Vert, un des restaurants préférés de Bilbo, et ils passent la soirée à en révéler autant sur les années durant lesquelles ils ne se sont pas vu qu’ils peuvent sans se sentir mal à l’aise. Bilbo commence à réaliser le manque frappant de choses remarquables dans sa propre vie, tandis que Gandalf parle de visiter le Pérou, d’acheter un appartement à New York, à peine deux semaines avant d’apprendre l’ouverture d’un nouveau site de fouille à Athènes – ses anciens étudiants (et même des collègues, dont Bilbo) l’appelaient Indiana Jones Senior, et vraiment, on dirait que sa vie ne manque jamais d’événements excitants. Mais Bilbo n’est pas jaloux. Certainement pas – il est heureux. Partir à la découverte du monde est plutôt une sorte de…de plan quinquennal. De plan décimal. Quelque chose à quoi il se consacrera quand il aura plus de temps, plus d’argent, quand il aura pris ses marques à son poste. Quand il était à Bree, ses étudiants et lui partaient à l’étranger au moins deux fois dans l’année, mais on ne peut pas avoir tout, tout de suite, n’est-ce-pas ?
Et ainsi il est parfaitement heureux d’hocher la tête d’accord tandis que Gandalf déblatère ses histoires et lui fait affectueusement ses adieux sur le pas de sa porte.
-Combien de temps allez-vous rester en ville ?
-Très peu de temps, j’en ai peur, dit Gandalf. Je prends l’avion vendredi.
-Oh ? Vers où ? demande poliment Bilbo en scrutant l’allée de derrière à la recherche des chats des voisins qui tenteraient de s’introduire à l’intérieur quand il aurait le dos tourné pour s’abriter de la pluie.
-Erebor, répond Gandalf, et quand Bilbo tourne son regard vers lui, il sourit assez innocemment.
Bilbo déteste ça.
-…Vraiment ? déclare-t-il évasivement, puis, souriant nerveusement. Allez-vous prendre ce poste ?
-Ha, certainement pas, rit doucement l’homme. No, j’y vais pour les montagnes. Ils ont découvert il y a peu une toute nouvelle veine de mythril ainsi qu’un certain nombre de peintures rupestres. De toute évidence, je dois y jeter un œil.
-…De toute évidence, marmonne Bilbo, suspicieux.
Gandalf le regarde et Bilbo lui rend son regard. Bilbo plisse les yeux. Gandalf hausse les sourcils.
-Je…commence Bilbo.
-Bien alors, il faut que je file, l’interrompt Gandalf bien trop joyeusement, lui tendant sa main. C’était un immense plaisir de vous revoir, Bilbo ! Prenez soin de vous ! Prenez la peine de vire un peu !
Je…tente de nouveau Bilbo, fronçant davantage les sourcils.
Mais n’y a rien d’autre sur le visage de Gandalf qu’une gentillesse apparemment honnête, et Bilbo expire, hoche la tête et lui serre la main.
-Tout le plaisir était pour moi, déclare-t-il. Amusez…amusez-vous bien. J’espère vivement que nous nous reverrons bientôt !
-Certainement, certainement.
…Bilbo ne peut s’empêcher de regarder par-dessus son épaule alors qu’il entre dans sa maison, mais Gandalf monte déjà dans sa voiture, et Bilbo soupire en passant sa main dans ses cheveux. C’est idiot, bien entendu – il a demandé à Gandalf de laisser tomber cette histoire d’emploi à l’étranger, et il s’est exécuté. Les gens font ça. Ce n’est que de la politesse. Oui.
Il trouve l’épais et luxueux dossier marqué des armoiries bleues et argentées glissé entre les classeurs, dans sa sacoche, quelques dix minutes plus tard, et il réalise que cela fait très, très longtemps qu’il n’a pas senti le besoin urgent de donner un coup de pied dans quelque chose. Le fait qu’il contienne un insupportable post-it rose sur lequel était écrit « Vivez un peu » et que Gandalf réponde à son « Avez-vous foutu votre satané fichier dans mes affaires ??!! » (il sentait la nécessité de deux points d’interrogation et d’exclamation) par un simple « En effet » accompagné d’un smiley, n’aidant pas. Bilbo a les smileys en horreur.
Il le lit néanmoins. Il se trouve qu’il est impossible de ne pas le faire, bien qu’il soit juste là, sur la table, ne faisant absolument rien, tandis qu’il regarde les informations du soir. Il continue de lui lancer des regards jusqu’à ce que finalement, il cède en grognant et tend la main vers ses lunettes.
Il étudie les armoiries en premier lieu – c’est plutôt beau, un aigle noir et argenté sur un fond d’un bleu profond, et cela rappelle à Bilbo toutes ces obscures familles royales européennes auxquelles il prêtait si peu d’attention quand il était à l’université. …Quel était le nom de la famille royale d’Erebor, déjà …? Ah, les Durin, oui, c’est ça – lui rappelle la toute première page qu’il voit, contenant un bref compte rendu de l’histoire familiale, le tout dans une magnifique écriture. Il survole cela, se demandant ce qu’il a de si incroyablement difficile à comprendre dans cette offre d’emploi pour que l’on ressente le besoin de le lui décrire, et combien… ?
-C’est ridicule, marmonne-t-il tandis qu’il feuillette les pages, chacune soigneusement numérotée et portées au nombre de soixante-douze.
Mais il se rend rapidement compte de ce qu’il se passe – c’est le contrat en lui-même. Un authentique contrat et des plus indigeste de surcroît, en soixante-douze foutues pages, avec…oui, avec un espace destiné à une signature à la toute fin. Que diable Gandalf espère qu’il fasse de ça ?! Vraiment le signer ? Vaguement affligé, il jette tout bonnement le fichier au loin, envoie un « pas question que je signe ça, désolé » sec par sms et va se coucher, se sentant pour quelque raison agité cette nuit.
Le jour suivant est horrible, peu importe le nombre de fois où il tente de se convaincre du contraire. La moitié de la classe a « oublié » qu’ils devaient rendre leurs rédactions, ils ont l’audace d’essayer de la jouer « surchargés dans toutes les matières », ce qui a conduit Bilbo a être bien trop dur avec eux et à repartir en ayant l’impression d’être le méchant de l’histoire. Ensuite, une élève de première s’est mise à vomir au milieu de son cours sur Shakespeare, et il doit attendre l’infirmière de l’école avec elle, bien qu’il y ait vingt gamins laissés sans surveillance dans la salle de classe, et ses divers collègues continuent de passer et de lui offrir leur sympathie, et il regarde la pluie incessante derrière les fenêtres de l’infirmerie, et finalement, il se prend à se demander si c’est vraiment ce pourquoi il a étudié à Oxford.
Il n’a jamais réellement cru à la destiné, ou, ou…aux présages qui lui montreraient où sa vie était censée le mener. Faire ce que l’on aime – avec ça il était d’accord. Être bien dans sa peau, trouver un travail correct, aller au lit à une heure raisonnable. « Sois ton propre héros » disait sa mère, Dieu ait son âme. Elle ne croyait pas en l’ennui – c’était quelque chose causé par l’ignorance de ce que l’on voulait, lui disait Belladona. « Assure-toi toujours que tu fais ce que tu veux faire » rappelait-elle à Bilbo encore et encore à chaque fois qu’il passait prendre le thé. Elle était excellente pour donner des conseils généraux qu’on aurait pu trouver dans un livre de développement personnel, et elle adorait les donner ; et Bilbo l’aimait pour cela.
Elle était la première à qui il a fait son coming-out, il avait seize ans et était complètement terrifié, et durant les quelques premiers mois suivants, elle lui a rempli le crâne de tant de phrases passe-partout sur l’égalité et la bravoure et la beauté intérieure, qu’il s’est d’une façon ou d’une autre débrouillé pour arrêter de se sentir comme un marginal et a commencé à sentir que sa voix avait de l’importance. Elle s’est assurée qu’il garde cette idée en tête et se fraye un chemin jusqu’à la première place dans le domaine dans lequel il excellait, et elle l’a fait aisément, si bien que Bilbo a vraiment senti qu’il était juste son propre héros durant tout ce temps.
Le dernier succès de son fils que Belladona a vu est sa nomination à Bree, moins de deux ans après avoir obtenu son doctorat…Elle a succombé à son cancer peu après, et c’était probablement pour le mieux, pense amèrement Bilbo – au moins, elle n’a pas dû assister à sa chute du « oh oui, un si brillant avenir pour ce garçon » au « tout ce potentiel gâché, quel dommage ». Elle aurait probablement été mortifiée si elle avait su qu’ils l’avaient presque débouté, ici à Westfarthing High, pour cause d’être « surqualifié ».
Et si elle avait été là maintenant, à le regarder broyer du noir au-dessus d’une fournée fraîche de devoirs médiocres, elle lui frapperait l’arrière du crâne avec un torchon. Il en aurait bien besoin. Il en aurait vraiment bien besoin.
Il rentre chez lui complètement crevé ce jour-là, fatigué de la pluie, fatigué des gens, et par-dessus tout, fatigué de lui-même. Il oublie presque de vérifier sa boîte aux lettres, et jette simplement son contenu sur le canapé avant d’aller se préparer quelque chose pour le dîner. Le téléphone sonne et il se réserve une seconde pour décider s’il veut répondre ou pas alors que les œufs sont en train de frire si agréablement, puis il grogne quand il lit le nom sur le combiné et pense « bon, autant en être débarrassé ».
-…Bonjour, tante Lobelia.
-Bilbo, mon chéri ! Comment vas-tu ?
Sa voix est toujours aussi stridente, son ton manifestement indifférent, et Bilbo sait que s’il doit en supporter plus de deux minutes, il aura le droit à une migraine.
-Ça va, merci. Que puis-je faire pour toi ?
-Bien, j’appelle pour…Mais tu t’en souviens sans doute !
Bilbo, muet, regarde par la fenêtre en clignant des yeux.
-Pas du tout, excuse-moi, dit-il sèchement. De quoi est-il question, alors ?
-La fête d’anniversaire ! glousse Lobelia avec une intensité qui menace de faire exploser les tympans du pauvre Bilbo. Primula a quarante ans ! Ton autre tante ? Tu n’oublierais pas, n’est-ce-pas ?
Bilbo éloigne éhontément le téléphone de son oreille tandis que Lobelia le gratifie d’un autre éclat de ce qu’elle espère sûrement être un rire joyeux, mais qui ressemble plutôt pour Bilbo aux plaintes du matou du voisin quand il refuse de le laisser entrer.
-Oui, oui, bien sûr que je m’en souviens, marmonne Bilbo, en manœuvrant prudemment la poêle d’une seule main et faisant glisser les œufs dans une assiette.
-Excellent ! s’écrie Lobelia. Ce dimanche-ci ! Nous espérons tellement que tu viennes ! Nous ne t’avons pas vu depuis des années ! Des années !
-Oui, je suis au courant, ma tante, marmonne-t-il en se laissant tomber sur le canapé et en farfouillant dans la pile de lettres à côté de lui pour s’occuper jusqu’à que Lobelia ait fini.
-Eh bien, ça te tuerait d’avoir l’air au moins un peu enthousiaste, mon chéri ? poursuit-elle. Nous sommes ta famille, tu sais !
-Oui, oui, je suis désolé, c’est juste que ma journée n’a pas été particulièrement géniale et…tu comprendras…sûrement…
Mais il perd le fil de ce qu’il allait dire car il trouve une étrange enveloppe parmi les habituelles publicités et relevés de compte mensuels. Elle est longue et d’un blanc éclatant, sans le moindre mot qui signifierait qu’elle est en effet adressée à Bilbo. Il note vaguement que Lobelia a repris ses divagations sur les « valeurs familiales » et du « temps passé en famille », et il cherche dans le chaos général de la table un coupe-papier. Accordant à Lobelia une seconde d’attention, il apprend que ses petits cousins seraient enchantés de jouer du piano pour lui et il lui offre un évasif « oui, oui, adorable » et il dépose précautionneusement le téléphone sur la table, la voix de Lobelia tel le bourdonnement distant d’un insecte agaçant, et il se met à ouvrir avec soin l’enveloppe.
En glisse une longue bande d’un épais et luxueux papier plié en deux, et cela prend une seconde à Bilbo, mais ensuite…
-Oh, mais il se fout de moi ?
Le téléphone se tait, et il entend un « …Bilbo ?! » interrogatif. Il tâtonne jusqu’à lui, soudainement furieux.
-Je suis désolé, tante Lobelia, mais j’ai bien peur de devoir de rappeler plus tard. Ou, tu sais quoi ? Laisse tomber. Je te verrai dimanche. D’accord ? D’accord. À plus.
Et il raccroche avec un grognement furieux et commencer à taper un autre numéro. Apparemment, Gandalf est « actuellement en liaison avec un autre correspondant », et Bilbo commente cela par un ricanement aigu de colère et, à la place, tape un sms ardent.
-« Un billet d’avion ?! » s’exclame-t-il, lisant les mots qu’il tape à voix haute. « Vraiment ?! »
Il se contente de rester assis à le fixer durant ce qui pourrait être des minutes ou des heures, se souvenant à un moment des œufs et les engloutissant tout bonnement en une seule bouchée furieuse, jusqu’à ce que finalement, le téléphone sonne de nouveau.
-Gandalf ! crie-t-il tout bonnement.
-Bonjour, Bilbo, cher ami !
-Oh, ne me donnez pas du « cher ami » ! Vous avez mis un foutu billet d’avion dans ma boîte aux lettres !
-…J’ai fait ça ? rit doucement Gandalf.
-Oui, oui, vous avez fait ça ! Je l’ai sous les yeux en ce moment même ! Un aller simple pour Erebor, vendredi, à dix heures du matin ! Vendredi, Gandalf ! Nous sommes mardi, aujourd’hui ! Honnêtement, à quoi vous attendiez-vous ?!
-…Allez-vous venir ? demande simplement l’homme et Bilbo l’entend dans sa voix, le sourire rusé.
-Si je…Vous pensez vraiment que je ferais mes bagages et que je partirais dans deux jour pour aller Dieu sait où pour un obscur travail que vous me proposer, sorti de nulle part ?
-Eh bien, je le qualifierais difficilement d’obscur, vous travailleriez pour la famille royale, vous savez-
-Mais je ne le ferai pas ! Je ne travaillerai pas pour la famille royale, Gandalf ! crie Bilbo presque désespérément. Tout ça…c’est ridicule ! Je ne comprends pas vous êtes venu me voir pour commencer, moi en particulier ! Je ne sais pas ce qui vous a pris, mais je suis vraiment…Je ne suis pas le type d’homme qui abandonnerait impétueusement tout sur un coup de tête et irait vivre à l’autre bout du monde-
-Ce n’est qu’à quelques heures d’avion, je vous l’ai dit-
-Gandalf, arrêtez. Je vous en prie ! C’est allé trop loin ! Vous auriez dû aller voir ailleurs, et je suis désolé, vraiment, je le suis, mais…bonne journée !
Et avec cela, il raccroche résolument et jette tout bonnement le téléphone, rejette sa tête en arrière et pousse un grognement. Cela lui prend un bon gros moment, fumant d’une rage qu’il n’a pas senti depuis des années, avant de finalement se calmer, il pince l’arrête de son nez et décide qu’il est trop énervé pour aller se coucher avant un moment, et ainsi il ferait aussi bien d’essayer de remédier à tout cela avec une bonne tasse de thé.
C’est exaspérant, pense-t-il tandis que la bouilloire chauffe et qu’il entre dans son petit salon. C’est injuste que Gandalf apparaisse de nulle part et perturbe sa tranquillité comme cela ! Que pense-t-il, honnêtement ? Il se tient devant la fenêtre, ses mains nouées dans son dos, et regarde la pluie incessante cascader depuis le toit bas du garage de derrière, et sur les couvercles des poubelles ; il regarde deux chats errants se blottir l’un contre l’autre dans le seul coin au sec, près de l’escalier menant à la cave, et il se débrouille pour s’envelopper de pathos solennel avant que la bouilloire ne siffle.
De toute évidence, il n’en a pas besoin, se dit-il en allumant la télé et en s’emmitouflant dans une couverture supplémentaire pour se soustraire au froid, agrippant la tasse fumante près de son torse. De toute évidence. Il est heureux, il est rangé, il ne va nulle part. Il a ce machin en famille dimanche aussi, oui, bien sûr…
-Oh, c’est une blague, grogne-t-il.
Les informations du soir diffusent un reportage sur Erebor à propos des valeurs boursières ou quelque chose comme ça, juste devant ses yeux, il émet un son moqueur et tâtonne à la recherche de la télécommande, change prestement de chaîne et opte pour une émission de cuisine. …Cela dure environ dix secondes avant que ses yeux ne dérivent vers le billet d’avion sur la table, et le dossier en-dessous, et il décide qu’il n’y a aucun mal à…eh bien, regarder la télé, et il remet le reportage.
-« et la valeur de la couronne est supposée croître régulièrement durant le prochain trimestre. J’ai ici avec moi Eric Meyers, président de la branche londonienne de la Banque Royale d’Erebor – Monsieur Meyers, l’année passée a vu une croissance de la valeur des actions qui n’est rien de moins qu’incroyable. Certains disent qu’Erebor ne va plus conserver sa monnaie très longtemps, mais jusqu’à présent, il semblerait que la chose la plus logique à faire… »
Bilbo n’est que peu intéressé par la discussion sur la question financière, mais heureusement, elle est accompagnée par un enregistrement de ce qui doit être une sorte de déclaration officielle du roi, l’homme strictement vêtu s’adressant à un large parterre de politiciens et de journalistes.
« Le roi, Thorin II, s’est exprimé hier sur le besoin qu’a le pays de protéger son patrimoine historique, la monnaie datant du quinzième siècle en faisant partie. »
Il est très…bien, très royal, trouve Bilbo, sirotant prudemment son thé – un visage sévère et séduisant avec une barbe qui ne fait qu’accentuer davantage ses pommettes, des yeux d’une bleu perçant, frappant même sur l’enregistrement, et…Bilbo n’a d’autre choix que de rire de lui-même – visiblement un roi des plus séduisant n’est pas une raison suffisante pour juste se lever et partir pour Erebor. Il s’étire et baille. Oui. Il va aller se coucher maintenant, et tout sera oublié le lendemain matin. Oh, c’est vrai, le billet et le contrat…Réalisant qu’il ne sera pas obligé d’être au travail avant onze heure, il décide fermement qu’il se chargera de tout ça le lendemain matin, et s’il rêve d’un autre pays quelque part loin à l’est, avec des montagnes, des palais, et, et…une famille royale moderne cette nuit, on ne pourra pas vraiment le blâmer.
Rétrospectivement, il ne sera jamais capable de dire ce qui l’a poussé à se décider finalement. Peut-être était-il perdu au moment où il a décidé de ne pas jeter à la poubelle le billet d’avion et l’épais dossier et d’en être débarrassé. Peut-être, plus vraisemblablement, était-ce la pluie, ne s’arrêtant jamais, et les nombreuses flaques dans lesquels il s’est débrouillé pour marcher sur le chemin du travail ce jour-là. Ou peut-être était-ce entièrement de la faute de la principale, l’appelant dans son bureau et lui expliquant en long, en large et en travers pourquoi il serait plus sage pour lui de travailler à temps partiel à partir du prochain trimestre, puisqu’il n’enseigne « que la Littérature, après tout ».
Le coup de grâce pourrait bien avoir été l’article qu’il a lu le mercredi au moment de dîner, à propos de trois étudiants de Bree prisés pour leurs rédactions et supposés voyager en France avec leur professeur (poste de professeur que Bilbo a occupé) – il n’en a honnêtement aucune idée.
Ce qu’il sait en revanche, c’est que l’étrange mélange de peur, d’excitation et de colère têtue qu’il ressent alors qu’il avance vers le bureau de la principale le jeudi – sa lettre de démission dans sa main trop assurée – est quelque chose qu’il n’a pas ressenti depuis qu’il a tendu cette même lettre de démission à un tout autre principal, quelques années auparavant.
C’est le terrifiant sentiment de faire quelque chose de bien, et sachant qu’il n’y a aucun retour possible. C’est stupide, c’est imprudent et horrible. C’est libérateur. Il considère comme un fait avéré qu’il ne remettra plus jamais les pieds à Westfarthing High, et il sait qu’il ne sera pas à la fête d’anniversaire dimanche, et il sait qu’il ne sera pas là pour récupérer sa voiture chez le garagiste, la semaine prochaine, mais il s’en moque.
Oh, il se montre terriblement, terriblement égoïste, mais il combat chaque attaque de panique qui menace de le submerger cet après-midi en écoutant la radio de sa petite cuisine claironner des vieilleries et en mettant toutes ses affaires dans les deux seules valises qu’il a. Il se pourrait qu’il n’ait aucun costume assez bon pour les occasions qui pourraient arriver. Quasiment toutes ses cravates étaient à pois, tout comme beaucoup de ses chaussettes. Il n’est pas allé chez le coiffeur depuis des semaines, et il n’a que cette unique paire de lunettes démesurées, il n’y a pas moyen que tous ses livres tiennent dans ses bagages…Devrait-il prendre avec lui son mélange de thé favori ? Et les napperons de sa mère ? Oh, il doit absolument les prendre…
Il est bien minuit passé quand s’autorise enfin à s’effondrer sur le canapé, seulement pour sauter de nouveau sur ses pieds et aller chercher son téléphoner afin de réserver un taxi pour le lendemain matin…Voilà. C’est fait. Son sort est assez littéralement scellé, et il sent un mince tremblement gagner ses mains – il se glisse dans son lit, se sentant quelque peu faible, mais le sommeil le fuit durant des heures. Il est allongé sur son dos avec la couverture remontée jusqu’à son menton, il écoute la pluie qui tombe depuis des jours maintenant, et il réalise qu’il va très, très, très certainement le regretter sous très peu, mais pour le moment, au mépris du bon sens, il n’est rien de moins que scandaleusement euphorique.
Le manque de sommeil se révèle être une gêne lorsqu’il traîne ses valises jusqu’au taxi qui a klaxonné durant les dix dernières minutes, et il s’affaisse à l’intérieur, frissonnant de froid et sûr et certain qu’il a oublié au moins une douzaine de choses absolument essentielles.
-Hm ? marmonne-t-il, ses yeux rivés à la petite porte verte.
-J’ai dit, où allez-vous ? répète le conducteur de taxi avec impatience.
-Oh, oui, grommelle Bilbo, serrant sa sacoche contenant le billet d’avion, bien à l’abri. À l’aéroport, s’il vous plait.
…Bien sûr Gandalf le trouve juste après l’enregistrement, l’air pimpant avec son long manteau, son chapeau et sa lavallière assortie, et sa canne luisante dans ses mains – cela, et l’air bien trop jovial au goût de Bilbo.
-Je n’ai jamais été aussi content de voir quelqu’un de toute ma vie, Bilbo Baggins, dit-il gaiement, les conduisant vers leur porte d’embarquement, et Bilbo est à deux doigts de grogner.
-Économisez votre salive. Je n’ai dormi qu’environ vingt minutes, et honnêtement, je ne suis pas encore entièrement sûr de ce que je fais ici ! Vous m’avez manipulez pour que j’accepte !
-Je n’ai rien fait de tel, dit Gandalf en souriant. Venez maintenant, ce sera une aventure !
-Oh, oui, génial, soupire Bilbo, son seul souci pour le moment étant pour le moment de savoir combien de temps il devra attendre avant de s’enfoncer dans le confortable fauteuil d’avion et au moins tenter de dormir.
Cependant, la panique et le dégoût de soi pour avoir pris ces horribles décisions à la dernière minute ne l’a pas encore saisi, et donc il se frotte simplement les yeux et se hâte de calquer son pas sur les longues enjambées de Gandalf, parvenant à afficher un sourire forcé quand l’homme lui sourit.
-Vous allez très bien vous en sortir, vous allez voir, assure Gandalf. Vous allez vous amuser comme un fou !
Bilbo soupire, très profondément.
-D’accord, très bien, dit-il. Promettez-moi juste qu’il ne pleuvra pas en Erebor.
