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Category:
Fandom:
Relationships:
Characters:
Language:
Français
Stats:
Published:
2020-03-27
Completed:
2020-03-27
Words:
17,037
Chapters:
10/10
Comments:
2
Kudos:
5
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1
Hits:
243

Anima Animae Meae

Chapter 7: Love of my life

Chapter Text

C'est ici. Nous y sommes. Le moment-charnière. Maintenant, le ressort est bandé. Cela n'a plus qu'à se dérouler tout seul. Depuis le début de ce récit, nous vivons un drame. Un drame horrible, qui montre comme l'homme peut être vil, et cruel. Un drame où les personnages se débattent comme des forcenés, puis se laissent couler, quand leurs forces les abandonnent, mais sont toujours pris d'un dernier sursaut d'énergie qui leur fait reprendre une goulée d'air, juste à la fin, à la toute fin. C'est cette éternelle oscillation, entre abandon et lutte, entre amour et haine, entre espoir et désespoir.Car c'est bien de cela qu'il s'agit : d'espoir. C'est ce qui fait la différence - fondamentale - entre le drame, et la tragédie, l'espoir. Le sale espoir, comme le définissait Anouilh. Dans le drame, cela devient épouvantable de mourir, comme un accident. Dans le drame, on se débat parce qu'on espère en sortir. C'est ignoble, c'est utilitaire. Dans la tragédie, c'est propre. C'est reposant,. On sait qu'on est pris, enfin pris comme des rats, et qu'on n'a plus qu'à crier - pas à gémir, non, pas à pleurer- à gueuler à pleine voix ce qu'on avait à dire, qu'on avait jamais dit et qu'on ne savait peut-être même pas encore. Et pour rien : pour se le dire, à soi, pour se l'apprendre, soi.

Et c'est ici, à cet instant précis, à l'instant précis où je parle,à l'instant précis où vous lisez, à l'instant précis où vous prenez conscience de ces mots, à cet instant précis, ceci devient une tragédie. Car la dernière larme d'espoir est partie, et qu'il n'y a plus rien à tenter, enfin.

Jeudi 12 novembre. 19h. L'horloge sonna les sept coups comme on sonne un arrêt de mort.

Remus rentrait de son cours de runes anciennes. Tout s'était bien passé, ce jour-là, mais il avait depuis le matin une drôle de sensation au creux du ventre. Comme un pressentiment qu'il n'aurait pu expliquer.Il avait hâte de rentrer à la Salle-Sur-Demande et de retrouver Severus. Il avait hâte de le serrer dans ses bras, de se repaître de sa chaleur, de l'embrasser jusqu'à ce qu'ils n'aient plus de souffle, et encore bien après...

Il s'excusa auprès de Sirius, et le quitta après l'avoir embrassé sur la joue - c'était devenu rituélique entre eux - puis, il monta les trois étages qui le séparaient de son amour.

Dès qu'il passa la porte de la Salle-Sur-Demande, il sut que ses pressentiments étaient on ne peut plus fondés. La salle principale était vide et sombre ; quelques braises mourante luisaient encore dans l'âtre. Et partout le silence. Severus aurait dû être là. Remus poussa la porte de la chambre. Personne. Il tenta celle de la salle-de-bain. Fermée de l'intérieur. Une raie de lumière filtrait de sous la porte. Il poussa un soupir de soulagement et frappa un coup timide.

-Severus ?

-Une seconde.

Sa voix avait tremblé. Le Gryffondor était sûr d'avoir entendu sa voix trembler.

-Sev' ça va ?

Un bruit de verre qui s'écrase au sol. Un juron. « Pas normal, pensa Remus. Pas normal du tout »

-Laisse-moi rentrer, Sev', implora-t-il presque.

Un infime gémissement de douleur lui répondit. Le loup-garou déverrouilla la porte d'un alohomora. Son ventre se serra. Severus était appuyé contre le lavabo, face au miroir. Des bris de verre jonchaient le sol, mêlés à un liquide verdâtre. Un flacon de potion qui était tombé, probablement ce qui avait provoqué le bruit de verre. Mais ça, Remus ne le vit qu'après. Ce qu'il aperçut en premier, ce fut l'eau rouge dans l'évier, et le visage de Severus dans le miroir. Il avait une entaille à la lèvre inférieur, un œil au beurre noir, et une coupure assez profonde sur la pommette droite et à l'arcade sourcilière. Et il le fixait d'un regard de reproche.

-Par Merlin, qu'est-ce qui t'es arrivé ?

Le Serpentard se retourna vers le miroir et continua ce qu'il était en train de faire, c'est-à-dire appliquer un baume cicatrisant sur sa joue.

-Rien. Et je t'avais dit d'attendre, répondit-il d'un ton glacial avec lequel Remus n'aurait jamais imaginé qu'il s'adresserait un jour à lui.

-Il faut que tu ailles à l'infirmerie, Sev'.

-Non.

Le ton était encore une fois si tranchant qu'il n'osa pas protester. À la place, il se dirigea vers son amant, lui prit le baume des mains, le fit asseoir sur le rebord de la baignoire et commença à le lui appliquer sur le sourcil, avec toute la douceur possible. Severus resta impassible, mais son petit-ami vit ses pupilles se rétracter, signe de sa douleur. Ensuite, il prit un autre flacon dans l'armoire, et lui appliqua le contenu autour de l'œil et sur la lèvre. Une fois qu'il eut finit, il lança un recurvite sur le sol et l'évier pour enlever toutes les traces de sang. Ce faisant, il tourna le dos à Severus une minute, le temps de laisser son cœur se calmer. Il avait pu conserver un semblant de sang-froid pour le soigner, mais la vue de tout ce sang l'avait fait paniquer. Et puis, la manière dont Severus lui avait répondu... Il tenta de rationaliser en se disant que l'arcade sourcilière, ça saignait beaucoup, et puis que Severus avait juste paniqué.

Il se retourna ensuite, attrapa les mains de Severus, et l'emmena jusqu'au fauteuil du salon, où il le fit asseoir à côté de lui.Il fit redémarrer le feu dans la cheminée, et alluma les bougies, pour redonner un semblant de lumière et de chaleur à la pièce. Il fit toutes ses actions rapidement, mécaniquement, pour s'empêcher de penser trop avant. Enfin, il se retourna et fixa droit dans les yeux l'être qui lui était le plus cher au monde.

-Severus darling, qu'est-ce qui s'est passé ? S'il te plaît, répond-moi...

-Je suis juste tombé sur quelques gryffondors assez énervés, dans un couloir, répondit le Serpentard, les lèvres pincées.

Le visage de Remus se durcit instantanément. La colère l'envahit en une fraction de secondes, telle un poison mortel et glacial glissant dans les veines, inexorablement.

-Qui ? Demanda-t-il, sa voix prenant aussitôt des accents inflexibles.

-Je ne sais pas. Je n'ai pas vu leurs visages.

-Tu peux mentir à qui tu veux, Severus, mais pas à moi. Je croyais que c'était un fait établi.

Devant la détermination inébranlable de son petit-ami, le Serpentard céda.

-James et Peter.

Remus ferma les yeux. Il s'en doutait,  mais ça faisait si mal... Il avait cru que c'était fini, qu'ils allaient pouvoir être tranquille. Il avait eu de l'espoir. Ce sale espoir, qui le rongeait. Mais maintenant, c'était terminé. Il n'espérerait plus, jamais. L'espoir, c'était pour les faibles, les gens qui croyaient encore au bonheur. Il avait cru si longtemps qu'amour était synonyme de bonheur. Il réalisait maintenant ô combien il s'était trompé.

Quelque part au fin fond de lui, il savait, il avait toujours su que ça ne pouvait pas se terminer autrement. Il savait qu'il jouait ici son dernier acte. C'était la fin de la partie, et il comptait bien finir en beauté. Sans feu d'artifice, sans rien. Juste avec la bonne vieille haine, sans regrets et sans remords, avec seulement la vengeance et la haine pour lui tenir compagnie, pour l'empêcher de s'écrouler encore quelques minutes, quelques secondes. C'était son dernier acte. Il rouvrit les yeux.

-Il faut aller voir Dumbledore.

Sa voix n'avait pas tremblé.

S'en suivit la plus violente dispute qu'ils aient jamais eu, et qu'ils n'eurent jamais. Severus refusait d'aller voir le directeur, Remus y tenait absolument, et aucun des deux, dans l'état où ils étaient, ne lâcha une infime parcelle de terrain. Ils s'hurlèrent des choses qu'aucun des deux ne pensaient, des choses qui leur rongèrent le cœur. Ils se déchirèrent, et il n'y avait plus rien d'humain en eux. Ils étaient devenus les monstres qu'on voulait les faire devenir. Monstres, au sens antique du terme, au sens d'entités incomplètes, dont il manque une partie. Et il leur manquait bien une partie, c'était l'autre. Ils se sentaient s'éloigner de plus en plus, alors ils se jetèrent l'un contre l'autre et se lacérèrent, se déchirèrent, pour ne pas se perdre. Ils avaient tout oublié, en premier lieu l'objet de leur orage. Il n'était plus question de cela.

Ils auraient pu continuer longtemps, des années, des siècles. Le temps n'avait plus d'emprise sur eux. Ils auraient pu continuer jusqu'à mourir d'épuisement, l'un contre l'autre, à jamais. On ne les aurait peut-être jamais retrouvé. Ç'aurait été préférable. Une belle façon d'en finir, pas pire qu'une autre. Mais non. Ça n'était toujours pas le moment. Pas encore.

Remus s'arracha tout d'un coup ce destin qui se profilait. Il sortit de la Salle-Sur-Demande en courant, les larmes, ces traîtresses, dévalant ses joues. Il se dirigea sans le savoir vers la tour des gryffondors, là où tout avait commencé. Il était dans un brouillard, qui déroulait ses langues opaques autour de lui, qui enserrait de leur poigne de fer le morceau de son cœur qui restait.

Il se jeta dans les bras de Sirius. Et puis il n'eut plus conscience de rien. Juste de la main de Sirius qui traçait des cercles rassurant de son dos, du souffle de Sirius tout contre son oreille, du corps de Sirius pressé contre lui. Il s'apaisa. Son souffle à lui se calqua inconsciemment sur celui de Sirius.

Ses pensées se firent plus claires. Il s'assit sur le lit du dortoir, et fixa l'autre gryffondor droit dans les yeux. Le rythme de son cœur s'apaisa lui aussi, et il parvint à sourire à celui qui l'avait sauvé, une fois de plus. Cet ami si cher à son cœur. C'était son dernier soutien. Son tout dernier. Alors il lui raconta tout. Parce qu'il lui faisait confiance. Sirius ne pouvait pas le trahir lui aussi. Sirius l'aimait.

Quand il eut fini, son ami le serra dans ses bras, longtemps. Remus se sentait plus calme. Il se redressa un peu, et sourit à son meilleur ami.

-Merci Siri.

Ils se fixèrent dans les yeux, sans rien dire, pendant une seconde,pendant une éternité. Tout allait bien. Tout irait bien.

Puis Sirius se pencha vers lui, légèrement, et posa ses lèvres sur celles de Remus et commença à l'embrasser.

Il fallut quelques secondes à ce dernier pour comprendre ce qu'il se passait. Il repoussa Sirius, moins doucement qu'il ne l'aurait voulu.

-Sirius...Pourquoi t'as fait ça ?

L'interpellé le fixa, l'air confus.

-Je...je croyais que c'était ce que tu voulais...

-Oh Siri... Je suis désolé si je t'ai fait croire ça... Ce n'était pas intentionnel, je te jure !

L'autre changea alors d'expression. De confus, il passa à déterminé, et quelque chose dans son regard serra le ventre de Remus.

« Rem' après ce que Sna... Severus t'as fait subir, tu ne peux pas vouloir rester avec lui... Tu serais bien mieux avec moi... On serait si bien ensemble ! Et puis, j'ai plus d'influence que lui donc... on pourrait toujours retrouver un peu de popularité... Je t'aime, Remus, depuis si longtemps !

-Mais je me fiche de la popularité ! C'est Severus que j'aime ! Severus ! Je suis amoureux de lui, Sirius. Et tu ne pourras rien faire contre ça. Je t'aime beaucoup, Siri. Mais pas comme ça.

-Tu l'aimes vraiment ? Tu ne peux pas l'aimer !

L'expression de son visage changea encore. La rage déforma ses traits, et Remus eut peur. Il se leva brusquement et se dirigea vers la porte du dortoir.

-Je suis désolé, Sirius. Mais c'est lui que j'aime. »

Et il sortit

Il redescendit les escaliers menant au dortoir dans un état second. Il ne s'était vraiment pas attendu à ça en venant voir celui qu'il considérait seulement comme son meilleur ami. Tout était remis en question, maintenant. Il n'avait absolument aucune idée de comment réagir face à lui désormais.

Il débarqua dans la salle commune un peu dans le brouillard – encore. Lily était assise sur un fauteuil, un livre sur ses genoux, et ce fut donc tout naturellement qu'il se dirigea vers elle. Il lui sourit, mais elle détourna la tête. Remus s'approcha d'elle, hésitant. Avait-il fait quelque chose de mal ? Il n'en avait pas le souvenir.

-Lily ?

Aucune réponse.

-Lil', ça va ?

Devant son insistance, la jeune fille se leva et se planta devant lui. Elle paraissait forte et déterminée ainsi, avec les lames de feu de ses cheveux qui l'auréolaient, mais ses paumes tremblaient et ses iris transportaient une lueur indécise qui fit plus peur au gryffondorque tous les regards assurés du monde.

S'il avait bien apprit une chose pendant ces trois dernières semaines, c'était que les regards comptaient.

-Je...Je suis désolée, Remus. Mais... Tu sais que c'est compliqué, tout ça...

-Je suis bien placé pour le savoir, en effet, ricana maladroitement le concerné, cherchant le regard de la rousse.

-Enfin bref... Tu sais que je sors avec James... Et il... Il m'a demandé...Il m'a demandé de choisir. Entre toi et lui.

Elle avait le regard rivé au sol, résolue à ne pas rencontrer les yeux de Remus. Il se sentait mal.

-Et ?

-Et...

Elle releva la tête, et Remus comprit.

-Et c'est lui que j'ai choisi.

Et elle partit.

Elle aussi.

Encore.

Et Remus se retrouva seul. Seul avec ses pensées, ses pensées oppressantes. Il se rendit à la tour d'Astronomie, avec l'impression de traîner son âme derrière lui. Son cœur lui faisait mal, si mal. Mais le pire, le pire de tout, c'était que ça lui faisait moins mal qu'au début. C'était tout aussi douloureux, mais il s'était habitué en quelque sorte. Et c'était ça qui le terrifiait. C'était cette incroyable faculté d'adaptation qu'ont les Hommes. Et bien non. Il refusait. Il y avait des choses auxquelles il ne voulait pas s'habituer. Parce que c'était trop horrible, trop effrayant, trop absurde. Il ne voulait pas que ça devienne normal, que son cœur n'y soit pas plus sensible qu'à une brève déception ou un chagrin passager. Il refusait cette absurdité, tout simplement.

Il arriva à la tour mais, contrairement à son habitude, il ne monta pas sur le toit. Il se sentait trop fébrile. Il s'appuya contre la rambarde et fixa le ciel. À travers ses larmes, les étoiles semblaient des points flous à la lisière de son champ de vision. Rien n'allait plus. En l'espace de quelques minutes, il avait tout perdu. Ses amis, son petit-ami. Sa vie semblait ne plus avoir de sens, sans eux. Et le vide, les lames de brouillard tourbillonant autour de la tour l'attiraient. Il posa un pied sur le premier barreau de la rambarde. Et une main se posa sur son épaule.

-Remus.