Chapter Text
La pluie martèle le sol à l'en faire plier, comme le bâton de Moïse divisa la Mer Rouge pour faire fuir les hébreux. Le regard vide, je me tourne vers l'immensité vide de l'espace mort.
La sensation de brûlure s'apaise quand j'imagine le manque d'oxygène en gouttes d'eau qui s'évaporent, et quand finalement il ne reste plus rien, la sagesse des feuilles rappelle nos étreintes vespérales à mon bon souvenir.
Pourquoi ne puis-je pas me rappeler de ton visage, ombre nocturne ? Les souvenirs me fuient dans un rideau de larmes asséchées, un voile de deuil au grillage noir.
J'erre encore, arpentant les sentiers épineux de ma mémoire, à la recherche du spectre de ton visage.
Est-ce que c'est toi que j'aperçois, au fond de ce vaste océan, le visage blême, les lèvres bleues, le souffle éteint ? Las, le son de ma prière ne t'atteint pas et je puise à la source de mes rêves pour t'en envoyer un, juste un, à travers le sommeil porté par les flots tumultueux. Et j'espère vainement qu'il t'atteigne, que tu puisses me redécouvrir au détour d'un murmure, d'un songe, du son de ma voix.
Aide-moi ! Entends-moi ! promets-moi de nous cacher, de nous en aller ! La peur, la tristesse, résonne comme une infamie perdue dans les flammes du regret de chaque instant sans toi.
Ô songe abandonné, ai-je tort d'espérer ainsi nos retrouvailles ?
Et tu disparais, encore, loin de moi, et je reste seul, le vent hurlant autour de moi, comme autant de loups acharnés prêts à dévorer la chair du malheureux osant s'aventurer...
Il ne m'en a pas fallu davantage pour tomber dans le piège offert par tes yeux ; et pourtant, j'étais averti et tous les dieux de la terre et du ciel ne pourront pas me sauver car seul l'espoir d'un jour te revoir illumine ma raison d'être et les ténèbres du gouffre dans lequel ton absence m'a plongé.
Sans ta présence, j'ai froid, et mon cœur ne bat plus que comme une machine, mécanique, et sans passion.
Et sous la lune, et en hiver, on ne vivra plus que par procuration, dans l'attente de caresse imaginaires.
La lune illuminera mon chemin, vers l'infini et bien au-delà, dans les cendres des anciennes étoiles éteintes et des comètes enflammées, tout au bout de l'univers, où viennent mourir les comètes, où je viens boire le soleil à la coupe de tes lèvres charnues aux reflets d'or et d'argent semant une course d'étoiles dans le ciel de tes yeux brillant du feu de tous les soleils de l'univers.
Chaque étincelle est un berceau de vie dans la brume des nuits d'été oubliées.
Chaque étincelle est un fragment, un éclat de temps qui n'appartient qu'à nous.
