Work Text:
En fait, je crois que j’ai toujours su que je n’aurais jamais dû tomber amoureuse de toi.
Mon presque frère. Mon presque amant.
Elevés ensemble par la force des choses, seuls enfants encore dans cette tribu qui maintenant en accueille tant. Quand nous étions petits, les baisers que nous échangions faisaient rire les adultes, et je crois que nous aussi, ça nous amusait. Sauf qu’un jour, je me suis prise au jeu.
Et tu le sais. Et tu en joues. Et c’est pour ça que je t’en veux.
Tu entres dans la pièce et je sens mon cœur s’affoler. J’ai envie de lui crier de se calmer, mais c’est inutile, les images que ta présence conjure suffisent à l’emballer. Le bout de tes doigts sur ma peau, les palmiers s’agitant doucement dans le vent, tant d’images de ce que nous avons vécu ensemble. Tu me chantais des berceuses espagnoles avec la tristesse la plus douce dans les yeux.
Je me souviens comment, à Poudlard, tu attirais les filles sans rien faire. Certains disaient que ça tenait au turquoise de tes cheveux ou à tes dons de Métamorphomage, mais c’était ta solitude qui les attirait, je le sais dorénavant.
Tu as toujours eu avec toi cette aura mélancolique et solitaire. Est-ce que c’est parce que tu es orphelin ? Ou parce que tu es si singulier ? Je ne l’ai jamais su, mais comme les autres, je crois que je rêvais d’être celle qui te rendrait enfin heureux, qui t’apporterait le bonheur qui avait semblé te fuir. Celle qui te ferait oublier ton chagrin. Mais j’ai échoué. Parce que tout cela n’était que chimère et illusion. Quel intelligent piège.
Tout est fini maintenant, je le sais. On m’a dit que je devrais te détester. Et j’aimerais que ce soit aussi facile. J’aimerais être capable de te haïr, ça voudrait dire que j’ai été capable de renoncer. Capable de ne plus t’aimer.
Je n’ai jamais voulu te voir malheureux. Je pensais que tu voulais la même chose pour moi. Mais la façon dont toujours tu me regardes, la façon dont tu te comportes avec moi ne me permet pas de tirer un trait sur ce qui ne sera plus.
Il faut que je renonce maintenant, je le sais. Alors au revoir mon presque amant. Au revoir mon rêve sans espoir. J’essaie de ne plus penser à toi. Arrête de me cajoler, arrêter de faire comme si nous étions encore proches, encore amoureux, encore amis. Ne peux-tu pas me laisser ?
Adieu ma romance malchanceuse, je te tourne le dos. J’aurais dû savoir que tu ne m’apporterais qu’un cœur brisé. C’est ce que font toujours les presque amants.
Mais tu t’approches de moi et passes ton bras autour de mes épaules, me demandant nonchalamment comment se passe ma première année d’internat à Sainte Mangouste. Et tu sais très bien que tout cela fait revenir en moi des images. Des images de nous. D’autres temps où je croyais avoir mon bonheur entre mes mains.
Nous marchions dans une rue bondée et tu as pris ma main, et tu t’es mis à danser avec moi. Comme ça. Pour rien. Simplement pour se rappeler que nous étions vivants. Heureux. Ensemble.
Des images, c’est tout ce que c’est pour moi maintenant. Des images qui me font mal et me blessent chaque fois un peu plus.
Tu m’avais raccompagnée chez moi. Dans le petit appartement au-dessus du magasin d’Oncle George. Et quand tu étais parti, tu avais posé un baiser sur mes lèvres. Tu m’avais dit que tu n’oublierais pas ces instants.
Je ne sais même plus si j’étais stupide de le croire, ou si à ce moment-là, toi aussi tu pensais ce que tu disais. Je n’arrive plus à savoir.
Je n’ai jamais voulu te voir malheureux. Je pensais que tu voulais la même chose pour moi.
Je ne suis pas naïve au point de croire que tu n’as pas laissé quelques plumes dans notre histoire. Que tu n’as pas eu mal, toi aussi. Mais finalement, c’est de perdre ta famille qui te faisait peur, que tu craignais tellement plus que de me faire mal.
C’est peut-être même pour ça que tu continues à te jouer de moi. Pour leur faire croire que notre rupture n’est pas définitive, que tu as toujours un lien avec eux. Je ne sais plus.
Tout ce que je sais, c’est qu’il est temps pour moi de tirer un trait. Au revoir mon presque amant. Au revoir mon rêve sans espoir. J’essaie de ne plus penser à toi.
Je dois arrêter d’espérer que tu m’aimes. Je dois arrêter de me torturer en me disant que je ne t’ai pas suffi. En revivant chaque instant de cette relation en me demandant « Et si… » Adieu ma romance malchanceuse, je te tourne le dos. J’aurai dû savoir que tu ne m’apporterais qu’un cœur brisé. C’est ce que font toujours les presque amants.
Parfois, j’ai envie de hurler. De te repousser violemment et de te frapper. Juste pour faire sortir de moi cette colère, cette rage face à ce sentiment d’impuissance qui s’empare de moi quand tu es là. Je ne peux plus aller voir la mer. Plus me balader dans les rues la nuit. Plus me réveiller le matin sans penser à toi. Tu es parti, tu m’as laissée seule ramasser les bribes de ma vie et je suis hantée. Hantée par les souvenirs des moments heureux que j’ai cru passer.
Et je suis sûre que pour toi tout va bien. Est-ce que j’ai rendu ça tellement facile d’entrer et sortir de ma vie comme tu le fais ?
Je n’en peux plus d’être celle qui souffre. Celle qu’on regarde en coin en se demandant si elle va s’effondrer. Parce que si toi tu as choisi de ne rien voir, certains savent. Alors j’ai décidé de te laisser partir pour de bon, Teddy, je ne m’accrocherai plus aux fumerolles de mes souvenirs. Au revoir mon presque amant. Au revoir mon rêve sans espoir. J’essaie de ne plus penser à toi. Adieu ma romance malchanceuse, je te tourne le dos. J’aurai dû savoir que tu ne m’apporterais qu’un cœur brisé. C’est ce que font toujours les presque amants.
