Work Text:
Regarde un peu mon corps.
Regarde ce que je suis devenu sans toi, Lily.
Regarde mes mains.
Ce sont celles d’un vieillard, pas celles d’un homme de trente huit ans. Usées d’avoir commis tant d’erreurs, d’avoir pris les vies de tant d’innocents.
Il y a tant ici que je ne comprends pas.
Et tu n’es plus là pour me les expliquer comme lorsque nous étions enfants, lorsque tout nous semblait encore possible.
J’ai cru à nouveau que tout serait possible lorsque Dumbledore m’a enfin cru. Qu’il m’a dit avoir fait en sorte de te protéger des ténèbres que j’avais déchaînées contre toi. Et pourtant, tu es morte.
J’ai senti mon cœur se déchirer dans ma poitrine quand il me l’a appris. Et malgré tout, malgré moi, j’ai promis de protéger ton fils. Le fils que tu as eu avec un autre homme. Le fils qui aurait peut-être pu être le mien si je n’avais pas tout gâché. J’ai promis de veiller sur lui.
Et pourtant, ses promesses pour me sauver la face, j’ai beau les chuchoter comme des prières, je n’en ai pas besoin. Je sais au fond de moi ce que je n’ose m’avouer : je ne veux pas le protéger.
Je veux que tu me reviennes. Je le donnerai cent fois, si seulement cela voulait dire te revoir ne serait-ce qu’un instant.
Mais toi, tu as tiré un trait sur moi il y a longtemps, tu ne voulais plus entendre parler de moi. Tout ça pour ce mot malheureux, qui a jailli inconsidérément. Tu n’as pas voulu entendre mes regrets, mes remords.
Pourtant tu étais la seule à savoir pourquoi j’étais et suis comme ça. J’ai tellement été méprisé, Lily. Tellement été trahi. Si longtemps été trahi. Comme si je devenais impalpable. Inexistant. Ethéré. Je n’existais plus aux yeux de personne, si ce n’est dans les tiens.
Alors, j’ai remplacé la douleur par la morgue, la froideur et l’indifférence. Le mépris aime le silence. Il fleurit dans l’obscurité, et je m’y complaisais. Ces ténèbres, cette noirceur puissante qui pour la première fois m’apportaient le pouvoir, le sentiment de me fondre en quelque chose, d’exister…
Mes tous ces liens étaient factices. Les rangs de l’armée de Voldemort n’ont jamais apporté aucun réconfort. Ils étaient tels de fines attaches qui s’enroulent autour du cœur pour l’étrangler.
Les Mangemorts susurrent des promesses pour adoucir les coups. Et comme je l’avais connu depuis mon plus jeune âge, je n’ai encore trouvé que trahison. Tellement été trahi. Si longtemps été trahi. Comme si je devenais impalpable.
Et je n’avais plus tes yeux pour exister.
Pour tenir mes fausses promesses et protéger ce qu’il restait de toi, j’ai suivi les plans de Dumbledore, me suis enfoncé dans la noirceur la plus pure. Arrachant à mon âme mutilée le peu de lumière qu’il lui restait…
Lily. Lily, j’ai tant besoin de toi. J'ai besoin de l’obscurité, de la douceur, de la tristesse, de la faiblesse. Oh, j'en ai tellement besoin. Je ne peux plus, ne veux plus maintenant me passer de la chaleur que tu m’apportais. J’aimerai tant te rejoindre…
Te souviens-tu quand nous nous retrouvions, ces étés là, dans le parc, non loin de Spinner’s end ? Nous sortions en douce de chez nous, et nous retrouvions pour regarder les étoiles, chuchotant des secrets d’enfants, main dans la main. Et parfois tu chantonnais, me menant vers ce sommeil paisible que je ne trouvais qu’auprès de toi.
J'ai besoin d'une berceuse, d’un baiser pour m’endormir… Lily, mon ange, doux amour de ma vie.
Oh j'en ai besoin. Tellement besoin. Sans toi, ma Lily(1), je suis comme la fleur dont tu portes le nom, me fanant lentement dans la froideur de ma solitude.
J’ai besoin de ta chaleur, Lily. Est-ce que tu te souviens de la façon dont tu me touchais avant ? Avant tout cela ? Avant tout ce qui nous a séparés ?
Toute la douceur tremblante que j'aimais et j'adorais. L’incertitude et la fébrilité des mouvements dont tu devais penser que je n’appréciai pas de les recevoir…. Mais j’étais heureux du simple fait de ta présence, si bien que le simple contact de ta main dans la mienne faisait s’emballer mon cœur. Et je me jurais que nous serions ensemble pour l’éternité.
Comme je quitte enfin ce monde, je sais que je n’irai pas te rejoindre au firmament, là où les âmes en paix se reposent éternellement. J’irai droit vers l’Enfer, s’il existe, pour qu’on me fasse payer les errements de mon âme. Mais j’emporterai en moi le souvenir de la seule chose qui n’ait jamais eu de valeur et dans le souvenir de ton regard, nous serons ensemble pour l’éternité.
-Regardez-…moi, murmura-t-il.
Les yeux verts d’Harry croisèrent les yeux noirs de Snape mais un instant plus tard, quelque chose sembla s’éteindre au fond du regard sombre qui devint fixe, terne, vide. La main qui tenait encore Harry retomba avec un bruit sourd et Snape ne bougea plus.
