Work Text:
J’ai froid.
J’entends le ressac.
L’air humide et salé de ma cellule colle à ma peau.
La mer semble étrangement loin, et pourtant je sais qu’elle est si proche, juste au pied de la colonne de pierre qui me tient captif.
J’approche de la meurtrière, creusée à même la roche et fixe les flots déchaînés, hypnotisé par leur violence métronomique.
Les tempêtes, les aubes, les accalmies et les crépuscules se succèdent sans que jamais rien ne change. J’ai depuis longtemps abandonné l’espoir de les compter, d’égrainer ce temps qui semble filer sans moi.
Je sens l’aura du Détraqueur qui passe devant la porte de ma cellule, et frissonne à nouveau, presque malgré moi, alors qu’il fait naître en moi ce sentiment de vide intense, de désespoir, comme si plus rien, jamais, ne pourrait me rendre heureux.
Et pourtant, je persiste et me raccroche à la seule chose que ces créatures ne pourront jamais me prendre : mon innocence. C’est la seule chose dont je sois encore certain.
J’ai tempêté, j’ai hurlé. J’ai vociféré mon innocence à m’en déchirer les poumons. Avec seulement le silence des Détraqueurs et le fracas des vagues pour témoins.
Je soupire et tire un peu plus sur moi le linge crasseux que les officiels du Ministère appellent pompeusement notre couverture.
Je suis sale. Tellement sale.
Mes cheveux sont longs, emmêlés. Ça doit faire longtemps que je suis là. Je ne sais pas, je ne sais plus…
Parfois, quand je reste longtemps sous ma forme animale, mon esprit, hors d’atteinte de l’influence des Détraqueurs, s’empare de bribes de souvenirs d’une autre époque. Des souvenirs de ce que j’ai pu être avant. Avant…
Il y a quelques temps, je me suis souvenu avoir dit à James qu’un jour j’aurai les cheveux plus long que Stubby Boardman. Et fut aussitôt assailli par l’amère ironie d’y être parvenu…
Je n’arrive plus à me souvenir de l’époque où c’était bien. Tous ces moments de bonheur éludés. Tout cela m’échappe, j’ai peut-être mal compris, tout ce que nous avions, l’amitié, la lutte, la vie… Nos vies ne faisaient que commencer. Pourquoi tout cela est-il parti en fumée ?
Lily… James…
Oui, me raccrocher au souvenir de James.
Mon ami, mon frère.
Plus rien n’est clair, mes souvenirs s’entremêlent… Et je les perds, je crois que je ne les retrouverai jamais.
Ils s’éloignent et s’effacent, alors que je tente de désespérément de les retenir.
James et moi, dans la barque qui nous menait vers Poudlard...
Nos maraudes nocturnes, évitant Rusard grâce à la Carte du Maraudeur.
Les caleçons des Serpentards teints en rose et accrochés dans la Grande Salle…
Tout cela, tout se perd dans le néant des tourments des Détraqueurs.
J’oublie toutes les choses imprudentes que l’on a faites.
Et tout l’amour que nous avons abandonné… Tout ça à cause d’un choix vers lequel j’ai obstinément poussé James. Si seulement…
J’ai senti mon monde, ma vie s’écrouler. J’ai senti mon âme s’effondrer… Disparaître. Disparaître avec toi, James. Tout aurait été tellement mieux si j’avais été le Gardien de ton Secret et si j’étais mort plutôt que de le livrer, ou même si j’étais mort à tes côtés en combattant pour l’Ordre. Mais tu ne devais pas mourir. Et encore moins par ma faute.
Quand je parviens à vraiment me souvenir de nous, des Maraudeurs, j’essaye de rester éveillé, pour continuer à chasser ce rêve, me raccrochant à la chaleur de notre amitié, essayant de revenir vers toi, inspirant l’air que tu respires. Et à cet instant, je crois que je ne vais rien oublier, je me promets de te garder tout près de moi.
Et soudain, le rêve se brise, je vois tous mes fantasmes se putréfier. Et je suis à nouveau seul, dans ma cellule, à Azkaban, gardé par plusieurs dizaines des créatures les plus infâmes du Monde Sorcier.
Plus rien ne sera jamais comme avant. Tu es mort, James. J’ai vu ton corps. Celui de Lily aussi.Votre amour ainsi gaspillé. Tous les espoirs que nous avions portés se sont flétris.
Alors que j’émerge brusquement de la chaleur fragile de mes souvenirs. Je ne peux plus respirer, je sens mon monde s’écrouler, ma vie s’effondrer, mon âme s’éparpiller. J’aimerai tellement disparaitre. Disparaître. Disparaître avec toi.
Si j’avais su… Tout l’amour que nous avons gaspillé, tous ces flash-backs qui s’entremêlent… Des souvenirs que je ne retrouverai jamais. Des souvenirs que je ne retrouverai jamais.
Jamais.

