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J’ai toujours dit que ce n’était pas pour moi. Evidemment, j’ai eu des petites amies, des flirts, mais je savais - ou croyais savoir - que je ne connaîtrai jamais ce qu’avaient James et Lily. Je n’ai jamais été constitué du matériau dont on fait les maris et les pères. Trop impulsif, trop volatile, trop rancunier… Trop.
Et ça m’allait bien. Une liaison deci delà suffisait à me satisfaire, pas d’attaches, pas de complications, pas de comptes à rendre. Ma famille, c’était mes amis, et je n’avais besoin de rien d’autre.
Je sais exactement ce qu’il se passerait s’ils étaient là maintenant, s’ils me voyaient avec elle : James rirait ouvertement, se moquant de moi, et Lily me ferait un de ses regards qui dirait « je te l’avais bien dit ». Mais sans suffisance aucune. Juste parce que c’était Lily.
La vérité, c’est que je n’ai rien vu venir. Je pensais que ce qui m’attendait n’était qu’une vie de combats, de batailles, de lutte contre Voldemort. Et je m’en contentais. Surtout après Azkaban.
Racheter les errements de ma famille et laisser la lignée de Black s’éteindre avec moi n’était pas vraiment pour me déplaire… Dans un sens, c’est ce que j’ai obtenu. Un duel. Un maléfice. Bellatrix puis le Voile. C’était fini.
Ça aurait été la fin si elle n’avait pas été elle. A l’époque, après mon évasion, je n’avais pas vraiment fait attention à elle. Une amie de Harry. Maligne, mais arrogante et têtue, et infiniment bavarde. Voilà comment je me souvenais d’elle.
Quand elle m’a ramené de derrière le Voile, plus de dix ans s’étaient écoulés depuis ma « mort », elle était une autre personne. Elle avait perdu les quelques illusions qui étaient encore siennes avant ma mort. La guerre et tout ce par quoi Ron, Harry et elle étaient passés, avaient eu raison des dernières traces de son enfance. Mais toute l’amertume du monde ne pourrait détruire sa capacité à aimer.
Après ce que les médias ont appelé ma « résurrection », elle a été là pour moi, à chaque instant. Pour me raconter ce qui s’était passé, pour me soutenir alors que je faisais le deuil de ceux qui avaient perdu la vie, pour m’empêcher de me détruire, pour m’empêcher de me consumer de colère et de rancœur envers eux, envers moi.
C’est elle qui m’a fait réaliser que, malgré tout, il restait tant de choses à vivre, tant de bonheur à partager. Elle m’a présenté Teddy, qui ressemble tellement plus à son père que ne le laissent croire ses cheveux turquoise. Elle était là quand Harry m’a présenté son fils, James Sirius, pour la première fois. Toujours à mes côtés, comme un phare dans la nuit, comme une étoile qui aurait guidé mon errance, elle m’a ramené à la vie. Et quand je le lui ai dit, elle s’est contenté d’un sourire, posant sa main sur ma joue et m’a murmuré : « Je ne t’ai pas ramené à la vie, Sirius, j’étais juste là pendant que tu renaissais. Tu ne dois ton bonheur qu’à toi. » Mais je sais que c’est faux. C’est en elle que j’ai puisé mes forces. Dans son affection, dans son amitié d’abord, puis dans son amour.
Evidemment, ce que nous partageons n’a tout d’abord pas été bien vu. Si le Voile m’a permis de ne pas vieillir durant dix ans, il n’en reste pas moins que je suis né dix-neuf années avant elle. Et il y a tous ceux que nous connaissions, les inquiets, les bien-pensants, qui se disaient que je confondais amour et reconnaissance ou qu’elle avait été si blessée par sa rupture avec Ron qu’elle s’était consolée dans les bras du premier venu…
Mais, alors que nous nous tenons debout dans le noir, nos mains posées sur le cœur de l’autre, rien d’autre que nous n’existe. Le monde disparait et nous ne prononçons pas un mot. Les loups peuvent hurler, les autres peuvent dire et penser ce qu’ils veulent, je ne vois qu’elle et, quand elle m’aime, ça me rappelle que je peux ressentir de l’amour. Nous dormons et partageons le même rêve. Rien d’autre n’a d’importance à mes yeux.
J’ai tant de fois abandonné, cédé, donné et repris, que maintenant que nous sommes à l’abri du froid qui règne dehors, nos jours me semblent faits d’or. Et je ne laisserai rien ni personne venir les menacer. Ce que j’ai vécu ne peut pas être changé, mais ce que nous avons perdu, cet éclat dans ses yeux, mes années de jeunesse, nos innocences, peut toujours être retrouvé, et je ne la décevrai pas. Je lui rendrai au centuple le bonheur qu’elle me donne.
Parce qu’elle m’aime, ça me rappelle que je peux ressentir de l’amour. Parce que nous nous aimons.
