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Fandom:
Character:
Additional Tags:
Language:
Français
Series:
Part 25 of Elayan's Bradbury Project 2021
Stats:
Published:
2021-07-16
Words:
1,717
Chapters:
1/1
Comments:
1
Kudos:
2
Hits:
48

En chasse

Summary:

Un petit morceau de vie d'un homme, avant que l'Homme Civilisé n'existe.

Notes:

[Projet Bradbury #25] Cette nouvelle a été écrite en une semaine seulement, et relue une seule fois avant publication.
Cette semaine, c'était expérimental... très expérimental. La forme est un peu étrange et m'a vraiment mis en difficulté. Du coup, c'est clairement pas ma production préférée de l'année xD

Work Text:

Ito était fort. Il était le plus fort. Il le savait. Tous ceux qui avaient dit le contraire, il leur avait montré. Il les avait écrasés. Car il était le plus fort. Il avait la meilleure place dans la caverne. Un grand coin bien sec. Il avait le meilleur cheval. Fort et endurant. Il mangeait ce qu'il voulait manger. Il prenait ce qu'il voulait prendre. Mais Ito n'avait pas femme. Les femmes de son clan ne lui plaisaient pas. Elles étaient laides. Elles parlaient beaucoup et sentaient fort.

Alors Ito avait pris une décision. Il s'était peint le visage. Des traits de boue et de charbon. Il avait pris ses lances. Il avait pris son cheval. Il s'était paré comme pour la chasse. Mais il n'allait pas chasser pour manger. Il allait chasser une femme. Il irait voir en bas de la montagne. Il irait voir les autres clans. Il cherchait la plus belle femme. Il la prendrait. Elle se plaindrait sans doute. Mais Ito la mettrait dans son coin de caverne. Son grand coin bien sec. Elle aimerait cet endroit. Elle le réchaufferait. Ce serait une bonne chasse. C'était un bon plan. Ito était confiant.

Il descendit en bas de la montagne. Le ciel était bleu. Le soleil était chaud. C'était bien. C'était mieux que l'hiver. Ito n'aimait pas la neige. Il était content qu'il n'y ait plus de neige. Il pouvait visiter la vallée tranquillement. Son cheval le portait toute la journée. Le soir, Ito le laissait près de la rivière. Il revenait avec un lapin ou un oiseau. Il faisait un feu et le mangeait. Il dormait sur l'herbe au bord de l'eau. C'était bien.

Ito trouva d'autres clans. Il restait loin. Il restait caché. Il les regardait. Un clan était de petites personnes. Les hommes étaient très poilus. Ils portaient leurs armes tout le temps. Ils accompagnaient les femmes à la cueillette. Ils surveillaient. Ito se demandait ce qu'ils craignaient. Les femmes étaient laides. Elles se tenaient comme des crapauds. Elles bougeaient lentement. Ito ne resta pas longtemps. Un autre clan était des vieilles personnes. Ito ne comprenait comment c'était possible. Ils étaient tous ridés. Ils avaient tous les poils blancs. Même les enfants. Ito se dit qu'ils naissaient vieux. Ito se dit qu'ils étaient tous faibles. Il ne voulait pas d'une femme faible. Il ne la voulait pas trop forte, évidemment. Mais il voulait une femme forte. Il la voulait comme son cheval. Il voulait qu'elle se défende si on venait la lui prendre.

Ito trouva sa femme un matin. Il longeait la rivière à cheval. Il entendit des bruits. Des voix. Des voix aiguës. Il laissa son cheval pour aller voir de plus près. Il se cacha dans un buisson. Des femmes se trouvaient au bord de la rivière. Deux femmes se baignaient. Deux autres étaient assises au bord de l'eau. D'autres étaient un peu plus loin. Elles avaient toutes des paniers. Des jolis paniers en herbe. Elles les remplissaient de fruits. Ito se concentra longtemps sur les fruits. Il n'arrivait pas à se concentrer sur les femmes. Elles étaient toutes belles. Il n'avait pas imaginé qu'il trouverait un clan de femmes belles. Elles avaient de beaux cheveux. Légers. Clairs. Brillants. Pas comme ceux des femmes de son clan à lui.

Ito trouva facilement la femme qu'il voulait. Il l'avait repérée. Il ne voyait plus qu'elle. Elle marchait avec de grands pas. Elle riait fort. Un rire éclatant. Elle portait un panier plein. Elle ne se plaignait pas du poids. Elle avait des cheveux jaunes. Des cheveux comme le soleil. Celui d'été, celui qui est chaud. Ito devait être patient, maintenant. Il devait attendre. Il devait être un bon chasseur. Il devait attendre le bon moment.

Le bon moment arriva. La femme qu'il voulait se trouvait à l'écart. Elle avait pris un panier vide. Elle avait montré aux autres un arbre. Un arbre proche d'Ito. Elle n'avait pas vu Ito. Il était trop bien caché. Elle avait vu les fruits jaunes. Elle avait posé son panier dans l'herbe. Elle avait tendu les bras en haut. Ito l'attrapa. Il la souleva. Elle cria fort. Elle se débattait. Mais Ito la tenait bien. Il était plus fort. Il se dépêcha de la mettre sur son cheval. Elle essaya de s'échapper. Ito la frappa. Elle cria encore plus fort. Il la tenait bien. Le cheval était très rapide. Personne ne rattraperait Ito. Personne ne reprendrait sa femme.

Ito laissa faire son cheval. Il voulait partir loin. Le cheval courut toute la journée. Il s'arrêta fatigué. Le soleil se couchait. La femme avait crié longtemps. Et puis elle n'avait plus rien dit. Il la posa par terre. Elle n'essaya pas de s'échapper. Elle restait là, debout. Il la regarda. Il regarda ses jambes. Il regarda ses bras. Elle ne tremblait pas. Elle avait un vêtement de peaux. Plusieurs peaux, attachées ensemble. Il ne savait pas comment. Il regarda son visage. Elle le regardait aussi. Elle n'avait pas peur. Ito fut fier. Elle était vraiment très bien. Il se frappa la poitrine avec force.

- Ito, dit-il.

Elle grimaça. Il répéta. Elle secoua la tête. Elle croisa les bras.

- Ra, dit-elle.

Ito sourit. Un nom facile. Une voix claire. Il aimait ça. Elle ne semblait pas contente.

- Ma famille, dit-elle.

- Famille, répéta-t-il.

- Ma famille, insista-t-elle.

Ito haussa les épaules. Elle soupira. Elle soupira encore. Et puis encore. Et puis elle se tourna. Elle alla vers le cheval. Ito la laissa faire. Elle n'irait nulle part. La nuit pouvait être dangereuse. Il partit chasser.

Ra soupira longuement. Elle avait été enlevée par un imbécile. Une grande carcasse musculeuse surmontée d'une tête vide. Elle savait que quelques clans étaient encore, disons, simples dans leur mode de vie. Mais celui-ci, cet Ito, devait venir du pire d'entre eux. Quel manque de chance. Elle était loin de chez elle, à présent. Elle ne savait même pas quel chemin prendre pour rentrer. Non, en fait… elle savait qu'elle ne rentrerait jamais. Les enlèvements n'étaient pas rares. Sa propre mère avait été enlevée à son clan de naissance. C'était dans l'ordre des choses.

Elle caressa le dos du cheval. Le poil gris était rêche et poussiéreux, mais l'animal semblait en parfaite santé. Peut-être qu'Ito avait de la chance. Ra choisit de croire qu'il prenait soin de ses possessions. Elle préférait choisir l'optimisme, sinon elle partirait en courant dans la nuit dès maintenant. Elle s'agenouilla près de la rivière et plongea les mains dans l'eau. Elle était fraîche et agréable. Et puisqu'elle ne savait pas quand Ito reviendrait, Ra se figura qu'elle avait du temps. Elle se mit donc à creuser un petit trou dans la glaise. Bientôt, elle eut à sa disposition une petite cuvette remplie de boue vaseuse. Elle ramassa cette mélasse dans le creux de sa main et commença à l'étaler dans ses cheveux. Elle entortillait de grosses mèches pour en mettre bien partout.

Soudain, Ra fut violemment tirée en arrière. Le visage furieux d'Ito apparut au-dessus d'elle, grognant et criant de colère. Ra était tétanisée. Il revenait à peine et elle n'était pas partie. Pourquoi était-il en colère ? Ra se mit à crier à son tour, juste parce qu'elle n'aimait pas son ton. Elle essaya de se relever, mais il la poussa à nouveau au sol. Il lui coinça le bras avec un genou. Ra le frappa de ses petits poings, ce qui n'eut que peu d'effet sur Ito. Celui-ci lança ses deux grandes paluches en direction du crâne de la femme. Il lui agrippa les cheveux et se mit à tirer. Ra écarquilla les yeux en réalisant qu'il tirait sans réelle intention d'arracher. Il n'aurait eu aucun mal à le faire. Au lieu de ça, ses doigts se prenaient dans les mèches boueuses dans des gestes confus. Ses cris colériques étaient devenus couinements et grognements confus.

Alors Ra cessa de se débattre. Elle lui tapota les bras jusqu'à ce qu'il porte son attention sur son visage et plus sur ses cheveux. Il lui lança un regard étrange, vexé, frustré et, d'une certaine manière, triste. Ra n'avait qu'un seul bras libre, mais c'était suffisant. Elle attrapa une mèche de ses propres cheveux et la pressa pour en faire tomber la boue. Elle la démêla rapidement du bout des doigts. Elle montra à Ito comme la boue n'était pas vouée à rester. Ito fronçait les sourcils. Il semblait curieux, mais peu convaincu. Ra se redressa et le repoussa gentiment. Elle lui trouvait l'attitude d'un enfant buté. Elle lui tendit la main et insista quand Ito la repoussa avec un grognement frustré. Elle sourit quand il la prit enfin, et elle put voir sa surprise sur son visage.

Elle l'entraîna jusqu'au bord de l'eau et le fit asseoir à côté de son trou boueux. Là, elle le lâcha enfin. Avec des murmures rassurants, elle toucha le cuir chevelu du chasseur. Ses cheveux à lui étaient rêches comme les poils du cheval et ils formaient une épaisseur comme ceux des moutons. Ra ne se demanda pas si c'était normal. Elle supposa que c'était la texture habituelle des cheveux du clan d'Ito. Mais elle supposa que comme lui aussi était humain, lui aussi pourrait apprécier qu'on prenne soin de lui.

Ra s'agenouilla à côté de lui. Prenant l'eau dans le creux de sa paume, elle mouilla petit à petit les cheveux crépus d'Ito. De temps en temps, elle observait son visage. Il continuait à froncer les sourcils. Ses yeux roulaient de curiosité et d'incompréhension. Mais il voulait se montrer fort et il ne protestait pas, même quand par accident elle lui tirait un poil du crâne.

Ito se sentait bizarre. Il n'était pas en colère. Il n'avait pas peur. Il était content ? Peut-être. Mais pas content comme d'habitude. Ra faisait des choses bizarres. Elle avait mouillé toute sa tête. Maintenant, elle touillait la vase. Elle en prit dans les mains. Elle observa de près. Elle s'en mit sur sa tête. Et en mit sur la tête d'Ito. Elle frottait sa tête. Elle frottait la tête d'Ito. C'était bizarre. C'était… agréable ? Ito regarda Ra. Sa bouche était fermée, mais elle faisait des sons. Des sons aigus. Des sons graves. Des sons longs. Des sons courts. Elle était concentrée. Ces bruits n'avaient pas de sens. C'était bizarre et agréable. Ito se sentait bizarre. Et c'était agréable.

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