Chapter Text
Le Roi de Bretagne observait ses soldats se battrent à en perdre haleine depuis des heures, dans une vaine tentative de repousser les saxons qui essayaient d’envahir leurs terres. Ses yeux marron scrutaient les armures métalliques dans l’espoir d’apercevoir un de ses chevaliers. L’éclat des armures sur lesquelles se reflétait le soleil lui brûlait les rétines, mais il n’arrivait pas à détacher ses yeux de la danse mortelle qui se jouait en contre bas.
Les épées s’entrechoquaient, les hommes se battaient et esquivaient les attaques ennemies en laissant échapper des cris qui se mêlaient au brouas ambiant du fer qui se croise.
Des corps tombaient au sol, aplatissant l’herbe de leurs poids tout en imprégnant la terre de sang frais. Le liquide rouge et morbide coulait beaucoup trop abondamment au goût d’Arthur et provenait le plus souvent de ses hommes, en d’autres termes, ils étaient en train de se prendre une grosse dérouillée, pas que cela change réellement de d’habitude.
Le Roi commença à mordiller nerveusement sa lèvre inférieure, s’il ne prononçait pas une retraite maintenant, il pouvait dire adieu aux peu de soldats qu’il lui restait, mais il ne voulait pas rentrer une nouvelle fois à Kaamelott avec le goût amer et familier (trop familier) d’une défaite dans la bouche, impossible à faire partir, s’accrochant à ses papilles malgré toutes ses tentatives pour la faire disparaître.
Tournant légèrement la tête sur sa gauche, il observa rapidement son enchanteur sans grande conviction.
-Dites, par le plus grand des hasards, vous n’auriez rien pour tenter de sauver le coup ?
-Euh… J’aurais bien un sort de puissance, répondit Merlin tout en se redressant.
-Vous êtes en train de me dire que ça fait trois heures que vous regardez mes hommes tomber les uns après les autres comme des mouches sans rien faire, alors que vous auriez déjà pu intervenir ? Vous vous foutez de moi j’espère ?!
Les yeux d’Arthur lançaient des éclairs, sa voix avait augmenté de quelques octaves et Merlin savait qu’il était sur le point de s’en prendre plein la tronche.
-Pour être honnête j'osais pas trop m'faire remarquer, j’avais peur de m’en manger une après avoir raté ma boule de feu…
-C’est maintenant que vous allez en manger une espèce de con ! On a perdu les trois quarts de nos soldats parce que vous aviez peur de vous faire gronder. Vous avez quel âge ? Cinq ans ?
Le druide se tortillait maladroitement sur place, visiblement mal à l’aise et n’osa rien répliquer. Arthur, lui, se pinçait l’arrête du nez en soupirant.
-Balancez-moi ce sort et magnez-vous le tronc, j’en ai plus qu’assez de vos conneries !
À peine les paroles du souverain breton avaient-elles quitté ses lèvres que Merlin se précipitait devant lui sans se faire prier.
Il plaça ses mains devant lui et ferma les yeux. Il expira et inspira lentement quelques fois, laissant l’air frais s’engouffrer dans ses poumons et gonfler sa poitrine. Faisant le vide dans sa tête, il se concentra sur son sort de puissance, l’imaginant prendre vie entre ses doigts, il sentit de l’énergie traverser son corps et diffuser une chaleur familière sur la peau de ses mains. Une boule de lumière dorée naquit entre celles-ci, faisant glisser ses doigts sur l’orbe, il la fit croître avant de la lançait en direction des soldats en contrebas.
Sans savoir pourquoi, Arthur retint sa respiration.
Il regarda le sort atteindre ses hommes et les englober d’une lueur dorée, mais rien ne se produisit.
Soudain, quelques secondes plus tard, alors qu’il croyait que le sort avait échoué, un pleur d’enfant, puissant, déchira le champ de bataille. Les pleurs étaient si forts et inattendus, que tous les soldats arrêtèrent de se battre.
Un silence des plus total s’installa dans la clairière, seuls résonnaient les pleurs tonitruants de ce mystérieux enfant.
-Mais c’est pas possible ! Qu’est-ce que vous avez encore foutu ?!
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Sur le champ de bataille, plusieurs chevaliers de la table ronde avaient laissé place dans un nuage de fumée à une version enfant d’eux même.
Au milieu d’un tas de vêtements verts beaucoup trop grand pour lui, se trouvait un petit garçon aux cheveux bouclés qui pleurait à plein poumon, ses larmes dévalant ses joues rouges et rebondies. Le jeune Seigneur Bohort était tétanisé par la peur, tout ce qui se trouvait autour de lui le terrifiait, tout était trop grand et menaçant de son point de vue d’enfant. Les soldats qui l’entouraient, dégoulinant de sueur et de sang, les corps déformés par de lourdes armures en métal et les traits durcis par les combats lui semblaient être des monstres tout droit sortis des enfers. Il ne comprenait pas ce qu’il faisait là, alors, sans pouvoir le contrôler il se mit à pleurer bruyamment espérant que quelqu’un vienne le sauver du cauchemar au milieu duquel il se trouvait.
À côté de lui, un Seigneur Léodagan haut d’à peine 3 pied 3 pouces ne semblait pas du tout ébranlé par la situation. Il regarda autour de lui, et au lieu de se mettre à pleurer comme le faisait son collègue, se releva sur ses petites jambes et s’avança difficilement vers son épée, le voyage rendu difficile par ses vêtements beaucoup trop grands qui lui entravait le chemin. Une fois arrivé, non sans effort, à côté de son arme, il essaya de la prendre dans ses mains. Seulement l’épée était presque deux fois plus grande que son petit corps et ses mains d’enfants n’arrivaient pas totalement à se refermer autour de la poignée. Le jeune enfant, loin de se laisser démonter, réunis toute la force que son corps pouvait lui fournir et tenta de soulever l’objet de sa convoitise. Ses yeux rendus dorés par le soleil couchant brûlés de détermination, sa transformation en enfant n’ayant visiblement pas fait changer son caractère pour autant.
Ses traits durcis par l’effort et son air certain, était comique sur son visage devenu potelé et lisse de toutes rides.
Dans un dernier effort, il réussit à soulever l’épée de quelques millimètres, avant de la lâcher brusquement et de basculer en avant, écrasant son visage dans la terre.
Au même moment, un éclat de rire rejoignit les pleurs de Bohort, il était fort et spontané, et provenait du Seigneur Calogrenant, toujours adulte, qui se payait royalement la tête du Roi de Carmélide. Essayant d’avancer vers celui-ci pour l’aider à se relever, il s’arrêtait tous les deux pas, plier en deux pas la force de son fou rire, des larmes perlants aux coins de ses yeux.
Le rire sonore du Roi de Calédonie avait semblé sortir les soldats de leur transe, brisant l’atmosphère presque surréaliste de ce qu’il venait de se passer. Les saxons furent les premiers à réagir, se remettant en position, ils attaquèrent l’armée du roi Arthur n’attendant pas que celle-ci reprenne ses esprits. Ils venaient de perdre plusieurs chevaliers expérimentés et venir à bout des derniers hommes encore debout ne serait pas une tâche très ardue.
Calogrenant, dont la reprise du combat avait semblé suffire pour le dégriser rapidement, s’empressa d’attraper Léodagan dans un bras, et se mit à courir en sens inverse du champ de bataille pour rejoindre le commandement qui se trouvait légèrement plus haut.
En passant et sans arrêter sa course, il saisit le Seigneur Bohort par le col de son vêtement et le cala dans son bras libre. Trois autres soldats avaient eu le bon sens d’imiter le roi de Calédonie et courraient comme des dératés derrière lui, tenant chacun deux chevaliers dans les bras.
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Arthur était désespéré par la situation et contemplait avec envie l’idée de se jeter du haut d’une falaise une fois rentré à Kaamelott. Perdu dans ses pensées alléchantes de repos éternel, il n’entendait pas Merlin qui tentait désespérément de se justifier en arrière-plan. Après plus de 15 ans à la tête de la Bretagne, il avait appris à maîtriser l’art d’ignorer les personnes incompétentes qui venaient de commettre une boulette et qui, par malchance, se trouvaient à côté de lui. Cette compétence, qu’il avait peaufiné au fil des années, était devenue vitale, elle lui permettait de ne pas sombrer un peu plus dans la dépression jour après jour et avait réussi à sauver la vie à la quasi-totalité de son gouvernement.
Il fut délogé du brouillard réconfortant de ses pensées, par les cris perçants de l’enfant qui semblait se rapprocher. Secouant doucement la tête pour faire disparaître le voile que son esprit avait construit autour de lui, il fixa d’un regard dur le champ de bataille, cherchant le bruit peu accommodant qui était de plus en plus proche.
Il ne lui fallut pas longtemps avant de voir quatre silhouettes se dessiner, fuyant les combats et se dirigeant tout droit sur lui.
-SIRE ! SIRE !
Arthur reconnut la voix comme étant celle du Roi de Calédonie. En plissant les yeux pour essayer de mieux voir, il reconnut le crâne chauve de son chevalier, qui ouvrait la marche et qui tenait quelque chose dans ses bras.
-ET BEN ? QU’EST-CE QU’IL SE PASSE ? POURQUOI VOUS COUREZ COMME UN DÉBILE ?
Le Roi de Bretagne qui était déjà passablement énervé par le manque de compétence légendaire de son enchanteur, commençait à perdre patience et sentait son sang froid s’épuiser à chaque seconde qui passait, le rapprochant de plus en plus de la spirale infernale qu’était la colère.
Déjà que le sort avait foiré si en plus ses derniers soldats se mettaient à fuir c’était terminé, autant offrir le territoire aux saxons entouré d’un joli ruban et d’une lettre de bienvenue.
-ATTENDEZ…. C’EST PAS VOUS QUI PLEUREZ COMME ÇA QUAND MÊME SI ?
Le Roi attendit une réponse qui ne vint jamais, et au lieu de s’énerver, préféra préserver sa voix et ne pas s’égosiller à en cracher ses poumons. Il patienta quelques minutes, le temps que le Seigneur Calogrenant finisse sa course et se présente face à lui. En le voyant, enfin surtout en voyant ce qu’il avait dans les bras, il sentit ses yeux s’arrondir à la manière d’un Hibou et une veine commencer à pulser sur sa tempe.
-Mais qu’est ce vous foutez avec des gosses vous ? Vous n’êtes pas nourrice à ce que je sache ! Et qu’est-ce qu’il foutait en plein milieu des combats ?!
-Sire, voici le Seigneur Leodagan" il désigna d’un coup de menton le jeune garçon qu’il tenait de son bras droit et dont le visage était noir, souillés par la terre "et voici le Seigneur Bohort" qu’il indiqua de nouveau par un coup de menton en direction de son bras gauche.
Arthur était partagé entre l’envie (nerveuse) de rire de l’absurdité de la situation et l’envie de se mettre à distribuer des claques, car il détestait la sensation de se faire prendre pour un con.
-Non mais ne me prenez pas pour un bleu, la dernière fois que j’ai vérifié ils étaient tous les deux adultes et en train de se prendre la tête.
-Je suis désolé sire, mais c’est la vérité, je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais pouf, il se sont transformés en enfant.
La réalisation soudaine que son imbécile d’enchanteur venait une nouvelle fois de se foirer en beauté le frappa de plein fouet, et sa colère disparue quelques secondes avant de revenir au galop encore plus violente et prête à s’écraser sur Merlin à la manière des vagues sur une falaise un jour de tempête. Il se tourna lentement vers le druide aux cheveux argentés, sa mâchoire était serrée, verrouillée, et ses yeux étaient si noirs et brûlant de rage que ce fut très étonnant qu’aucun des arbres qui les entourent ne prennent feu.
Le druide déglutit, et se recula de quelques pas, priant tous les dieux possibles et inimaginables de le sauver de la colère écrasante de son protégé. Malheureusement pour lui aucune intervention divine n’empêcha Arthur de se jeter sur lui, et il se retrouva par terre, une bosse se formant à l’arrière de son crâne et les mains du souverain autour de son cou.
-Vous êtes un pignouf ! Un zéro de première catégorie ! Aboya le roi de Bretagne, délaissant le cou de l’enchanteur pour s’attaquer à ses cheveux. "Depuis le temps, je savais que vous n’étiez pas une flèche, hein, je ne me faisais pas trop d’illusions, mais alors là, je crois qu’on a atteint le fond du panier ! Vous avez décroché la médaille du plus grand glandu du continent, et ça veut quand même dire quelque chose vu les loustics que je me tape dans ce pays de débiles ! " il s’arrêta le temps de reprendre sa respiration et en profita pour diriger une de ses mains vers le front du druide et cogner dessus comme pour voir si sa boîte crânienne possédait un cerveau." De toutes les conneries que vous avez faites, celle-ci est la plus belle, sans déconner je ne sais même pas comment vous vous êtes démerdé pour passer d’un sort de puissance à un sort de rajeunissement ou je ne sais quelle connerie !"
-Je… je ne sais pas ce qu’il s’est passé ! Je suis même pas sûr que ça existe les sorts de rajeunissement… Je ne comprends pas je m’étais concentré en plus, j’avais tout bien préparé ! Répondit difficilement le druide qui se faisait secouer comme un prunier.
-Et ben ça valait le coup ! Je me demande ce qu’il se serait passé si vous ne vous étiez pas concentré ! Tous mes chevaliers y seraient passés j’imagine ?!
-Alors justement Sire… Intervint prudemment le Calédonien, qui avait pris soin de ne pas s’immiscer dans la conversation jusque-là.
Arthur se retourna brusquement, le fixant d’un regard fou, entraînant une nouvelle vague de pleurs chez Bohort qui s’accrocha un peu plus à Calogrenant.
-Quoi "Justement Sire"?!
-Et bien… je n’ai pas eu le temps de finir de m’expliquer, vous vous êtes directement jeté sur Merlin." Il fit signe aux trois soldats derrière lui de s’avancer et Arthur faillit faire une crise cardiaque en les voyant." Les seigneurs Bohort et Léodagan ne sont pas les seuls… " tenta d’expliquer le roi de Calédonie en désignant tous les enfants.
-Vous êtes en train de me dire que tous mes chevaliers se sont transformés en bambins sachant à peine tenir une cuillère ?
-J’ai bien peur que oui Sire.
Arthur se releva, abandonnant un Merlin à moitié sonné et honteux par terre. Il s’approcha de la brochette d’enfants, et les observa un instant. Il y en avait huit et sur le coup, il ne les reconnut pas, leurs visages bien trop doux et enfantins. Leurs joues étaient potelées, leurs rides (de vieillesses pour le plus vieux et de soucis pour les autres) avaient été effacées, ils avaient tous l’air si purs, c’était déstabilisant pour le roi de Bretagne qui n’avait jamais pensé qu’il utiliserait un jour ces qualificatifs pour ses chevaliers, tous entraînés au combat et qu’il avait vu affronter des monstres trois fois plus larges qu’eux.
Après les avoir dévisagés pendant quelques minutes, il en vint à la conclusion que les chevaliers qui se trouvaient en face de lui étaient : Perceval dont les grands yeux bleus l’observait avec curiosité et admiration, Karadoc qui mâchouillait un bout de vêtement, Yvain et Gauvain qui se tenaient la main et ressemblaient plus à des siamois qu’autre chose collés l’un à l’autre, Lancelot qui observait tout ce qui se trouvait autour de lui semblant ne pas pouvoir se concentrer sur une chose plus de cinq secondes, Galessin qui regardait le souverain droit dans les yeux, mais dont les bouclettes sombres qui retombaient sur son front le rendait peu crédible, Bohort dont les yeux noirs étaient noyés de larmes et Léodagan avec sa tignasse de cheveux bouclés qui se tortillait dans tous les sens pour se libérer de la prison que formait le bras de Calogrenant autour de lui.
-Non mais non mais c’est pas possible ! Qu'est-ce que je vais faire avec eux moi ? J’ai besoin de mes ministres, pas d’enfants de quatre ans.
Pour seule réponse, le Calédonien haussa les épaules, ne sachant quoi dire. Arthur, lui, se prit la tête dans les mains, semblant faire le point, avant de tendre un doigt accusateur en direction de Merlin.
-Je vais battre en retraite, puis on va rentrer à Kaamelott et une fois là-bas vous allez me trouver une solution pour inverser le processus et me rendre mes chevaliers, est ce que je suis bien clair ?
Le druide hocha rapidement la tête, mais n’osa pas ouvrir la bouche toujours en train de se remettre de l’attaque du roi à son encontre. Si la douleur grandissante à l’arrière de son crâne et ses cheveux qui ressemblaient plus à un nid d’oiseau qu’autre chose avec des brindilles et des feuilles coincées à l’intérieur lui indiquaient quelque chose, c’est qu’une nouvelle attaque n’était pas à exclure et s’il voulait l’éviter, faire profil bas était la meilleure des solutions.
-Seigneur Calogrenant est ce que vous auriez l’amabilité de galoper jusqu’au village ou la ville la plus proche et me trouver une diligence je vous prie ? Parce que mettre les… "enfants" dans une charrette entre les armes et les rouleaux magiques ne me semble pas être la meilleure des idées… Surtout connaissant mon beau-père.
-Bien entendu Sire. Répondit Le roi de Calédonie tout en déposant Bohort et Léodagan dans les bras du roi de Bretagne qui ne s’y attendait pas et faillit lâcher les deux jeunes garçons sous le coup de l’étonnement.
-Attende… Arthur n’eut pas le temps de protester que Calogrenant avait déjà enfourché sa jument et filait à toute vitesse à travers les arbres, s’éloignant sur le chemin.
En soupirant il baissa les yeux, et regarda les deux petits dans ses bras, l’un blotti contre lui, fatigué d’avoir pleuré, les yeux commençant à papillonner, luttant pour rester ouvert et l’autre parfaitement réveillé, qui avait cessé de lutter pour se libérer, mais qui faisait la moue, les bras croisés sur sa petite poitrine.
Il poussa un autre soupir, bien plus fort cette fois-ci et ferma les yeux de désespoir. Il allait vraiment finir par tuer cet enchanteur.
