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Valinor, l'illusion du bonheur ?

Summary:

Glorfindel se rend finalement à Valinor après la guerre de l’anneau et est réuni avec son ancien amant, Ecthelion, tous deux séparés par leurs morts durant la chute de Gondolin. Cependant, renouer s’avère plus compliqué que prévu, surtout quand on ne s’est pas vu depuis quelques millénaires. Les camps adverses se rencontrent, les vieilles rancunes sont difficiles à oublier, des secrets sont révélés au grand jour qui les ravivent.

On dit que Valinor est la destination ultime des Elfes où ceux-ci peuvent guérir de tous les maux dans un monde gouverné par les humains qui ne leur correspond plus, et trouver la paix. Mais tout cela n’est-il qu’une illusion ?

(Une traduction en anglais sera disponible dès que possible. Autres tags à venir.)

Notes:

C'est la première histoire que je publie sur ce site. Elle ne suit pas NoME, ou du moins pas entièrement (j'avais commencé à l'écrire bien avant que les extraits sortent). Les tags sont susceptibles d'être modifiés plus tard.

(See the end of the work for more notes.)

Chapter 1: La longue route pour l'inconnu et le récit de Glorfindel

Chapter Text

Le navire voguait à travers les vagues, toujours plus en avant, vers un avenir auquel personne ne pouvait plus échapper. Le soleil berçait les occupants de ses derniers rayons chauds et réconfortants. La nuit allait bientôt tomber et Lorien se glisserait dans les songes des dormeurs en quête de réponses face à leurs nombreuses appréhensions. Ce n’était pas tant le Valinor qui les effrayait, mais plutôt le fait de devoir reconstruire toute une vie dans un lieu étranger, dont ils n’avaient entendu que des rumeurs. Beaucoup ignoraient encore ce qui allait advenir d’eux, une fois le pied posé sur Tol Eressëa. Resteraient-ils sur l’île Solitaire ou rejoindraient-ils les douces côtes de la Baie d’Eldamar ? Combien de temps leur faudrait-il avant d’être complètement intégrés ? Les habitants parlaient-ils la même langue qu’eux ? Cette ultime crainte s’appliquait surtout aux Sindar et aux Sylvestres, qui n’apprenaient généralement le quenya qu’en lisant des textes anciens, ou pour avoir affaires avec les Noldor, qui maintenant s’exprimaient plus en sindarin. Ils parvenaient tout de même à le comprendre sans grande difficulté. Cependant, le quenya de la Terre du Milieu avait évolué et s’était transformé au cours des âges. Ressemblait-il à celui employé en Aman ? Aussi, comment réussiraient-ils à subvenir à leurs besoins une fois là-bas ?

Un elfe se tenait sur le pont, les coudes appuyés sur la rambarde, pensif, regardant au loin, espérant peut-être apercevoir les blancs rivages. Ses longs cheveux d’or voletaient au vent, éclairés par la lueur faiblissante du crépuscule. Il restait immobile tandis que le jour déclinait peu à peu autour de lui, jusqu’à ce que l’obscurité s’installe. L’air s’était bien rafraîchi et tout le monde, ou presque, avait rejoint sa cabine. Pourtant, il demeurait, depuis ce matin. Qu’attendait-il ? Une silhouette l’observait du couloir, tapie dans le noir. Elle soupira puis se dirigea vers lui. C’était un autre quendi, aux yeux d’obsidienne, enveloppé d’une cape d’un violet très sombre. La pâleur de sa peau lisse contrastait avec les ténèbres environnantes. Il posa une main aux doigts fins sur son bras et fixa, lui aussi, un point imaginaire. Le ciel et la mer qui les entouraient de toutes parts donnaient au premier l’impression d’étouffer tant l’angoisse lui était insupportable. Il s’était senti fébrile dès qu’il s’était engagé dans ce voyage final et ce sentiment ne l’avait pas quitté de la totalité de la traversée.
Le second tourna la tête vers lui et le contempla un moment avant de parler :
_Que redoutes-tu qui te tient éveillé en ces temps de tranquillité, mon ami ? Toi qui étais si heureux à l’idée de partir ?
_Je ne peux l’expliquer. Parfois la peur n’a rien de rationnel. Ou l’est-ce ? Je ne sais pas.
_Que veux-tu dire, Glorfindel ?
Le dénommé Glorfindel haussa les épaules.
_Bien des histoires qui le méritent ne sont guère racontées, mon cher Erestor. La mienne est tragique. Désires-tu l’entendre ?
_Je t’écoute, répondit-il.
_Ecthelion et moi nous sommes rencontrés sur le Helcaraxë grâce à Turgon, commença l’ancien Seigneur de la Fleur d’Or. Nous n’étions que des enfants à l’époque. Mon père, un Noldo de la Maison de Fingon, m’avait emmené contre la volonté de ma mère, une Vanya des palais d’Ingwë où j’ai grandi. Je ne comprenais pas ce qui se passait… Je l’ai vu tuer des Teleri innocents, comme s’il était pris d’une rage folle…
Il inspira un coup, serra la mâchoire et continua :
_Puis il est mort. La glace s’est brisée sous ses pas et il a disparu à jamais. Ce furent-là mes premières expériences avec la mort. Je ne comprenais rien. Turgon m’a ensuite confié à la famille d’Ecthelion, qui elle aussi, a subi le même sort. Après cela, nous nous sommes jurés de rester ensemble quoi qu’il arrive, nous ne pourrions pas survivre seuls. Environ un an plus tard, Egalmoth nous a rejoint. Contrairement à nous, ses parents avaient choisi de rester en Valinor mais l’avaient exhorté à partir. « Va et rends-nous fiers » lui avaient-ils dit.
Erestor fronça les sourcils.
_De cruels mots pour quelqu’un de si jeune.
Glorfindel acquiesça :
_En effet, murmura-t-il gravement. Je crois qu’ils s’étaient ruinés aux jeux…
_Vraiment ? s’écria son compagnon. Je croyais que ces activités étaient prohibées !
_Les Valar n’en n’ont jamais eu connaissance. J’en entendais souvent parler quand je me faufilais dans des tavernes avec des cousins.
Il esquissa un sourire puis reprit :
_Egalmoth était notre aîné, nous nous sommes donc reposés sur lui. Il nous a gardés en sécurité jusqu’à notre arrivée à Lammoth. Des Orques nous ont assaillis si bien que nous avons dû nous battre, à l’aveugle, sans expérience. Je parvenais à peine à tenir une épée. A un moment, nous avons été éloignés de notre camp. Je ne me souviens plus de ce qui s’est passé à cet instant mais il nous a sorti de là. Les cadavres jonchaient le sol, une odeur putride flottait dans l’air, des gens pleuraient, d’autres hurlaient des noms. Le calme est revenu et Turgon m’a sommé de m’occuper de sa fille, Idril, pendant qu’ils identifiaient les corps. Le lendemain, nous nous mîmes en route sous sa bannière vers le Nevrast qui allait devenir notre royaume pour un temps. Le conte se fait plus joyeux maintenant.

Il s’assit par terre et intima Erestor de l’imiter. Autour d’eux, le silence. Les étoiles brillaient, Arien avait laissé place à Tilion qui déversait sa lumière laiteuse sur l’eau qui s’étendait à perte de vue. Glorfindel caressa distraitement son pendentif. Il représentait une célandine en or parsemée de gouttes d’eau en cristal, retenue par une fine chaîne d’argent.
_Quand j’ai atteint ma majorité, j’ai pris mes fonctions de Seigneur de la Fleur d’Or, un titre qui appartenait auparavant à mon père mais que je n’avais pu assumer à son décès, étant trop jeune. A Vinyamar, la capitale, j’ai lié connaissance avec beaucoup de monde. Ecthelion et moi allions souvent dans une petite clairière où il jouait de sa flûte bien qu’il préférât les fontaines des jardins du palais où l’eau claire scintillait comme si des milliers de diamants s’y trouvaient. Il avait beaucoup changé, ce n’était plus le jeune garçon qui frissonnait de froid dans ses légers habits trempés réduits en lambeaux, le regard hanté par la terreur, les mains couvertes de cloques et les pieds en sang. A la place, j’avais devant moi celui que l’on appellera à Ondolindë le « plus beau des Noldoli », son allure était noble, celle d’un Haut Elfe. A mes yeux, rien n’égalait sa prestance. Ce jour-là, il m’offrit cela.
Il montra son collier et soupira :
_ « Pour que tu ressentes ma présence même quand je ne serai plus à tes côtés », avait-il déclaré d’un ton sérieux dont je ne lui avais guère tenu rigueur à l’époque. J’aurais dû. Au lieu de cela, je l’ai entraîné avec moi à Gondolin…
Son ami l’interrompit en secouant la tête :
_Sa mort n’est pas ta faute. Personne n’aurait imaginé un tel massacre hormis Morgoth et ses sbires. Ne te laisse pas dévorer par le regret et la culpabilité, surtout quand il s’agit du destin qui est par essence inévitable. Même les Valar n’y peuvent rien. Illuvatar planifie soigneusement le sort de chaque être sur Arda, ils n’en voient que les images qu’ils essayent eux aussi de comprendre. Si sa vie devait prendre fin, alors aller contre la volonté d’Eru n’aurait-il pas contribué à le condamner à un tourment pire encore ?
_Je saisis ce que tu veux dire, commenta Glorfindel. Mais mon avis diffère. Tu l’as énoncé toi-même, interpréter les signes qui nous sont envoyés est une tâche ardue. Il est très facile de commettre des erreurs. Quelques années avant la chute de la cité, Ecthelion m’a confié souffrir de cauchemars qui se répétaient, l’empêchant parfois de dormir pendant des semaines. Toujours du feu au début, puis l’eau qui le piégeait. C’était sûrement un avertissement.
_Ce qui ne change rien, finalement, ce qui doit arriver finit par se produire, contra Erestor. A part s’y préparer, il n’y avait aucune issue possible. Il a accompli son devoir avec bravoure et a permis à d’autres d’être sauvés, comme toi d’ailleurs. Le regrettes-tu ?
Le blond se tourna dans sa direction et lui lança un regard interrogateur.
_Regretter quoi ?
_De t’être mesuré au Balrog.
_Non ! Honnêtement, je ne pensais à rien avant de le confronter, j’étais juste terrifié, seulement il fallait bien que quelqu’un s’en charge ou nous péririons tous.
_Et crois-tu que ce ne serait pas son cas ? Gothmog aurait commis encore plus d’atrocités sans son sacrifice.
_Tu as raison, avoua Glorfindel en contemplant l’océan. Merci pour tout, encore une fois.
Erestor acquiesça en signe de reconnaissance et se dirigea vers le couloir menant aux cabines, l’entraînant à sa suite. Il lui pressa gentiment l’épaule.
_Il est tard, nous devrions nous reposer. Ne t’inquiète pas trop, d’accord ?