Chapter Text
Palawan, 367 jours après le braquage de la Fabrique Nationale de la monnaie et du timbre d'Espagne.
« Je l'avais prévu, elle est enfin venue... » Se répétait-il sans pour autant y croire. « Elle est là. » Il la suivit du regard et celui-ci fixait sa chevelure brune. Il lui était juste impossible de dévier ses yeux. Elle avançait d'un pas décidé mais ralentit à la hauteur du kiosque. Elle regarda une nouvelle fois son téléphone portable pour vérifier si elle se trouvait au bon endroit et releva la tête en montant les quelques marches. Elle entendit et vit l'oiseau passer au-dessus de la barque qui voguait sur l'eau écarlate. Elle sentit l'air chaud mais doux sur son visage, emportant quelques mèches sur son passage. Elle n'en croyait pas ses yeux. Pourtant elle se trouvait bel et bien à Palawan. L'endroit que Sergio, enfin Salva à l'époque, avait choisi avant qu'elle ne se rende compte de la supercherie. Elle lui en avait voulu mais à ce moment-là, elle le remerciait. Pendant ce temps, il ne la quittait pas des yeux et se demandait si elle allait venir à lui ou s'il fallait qu'il la rejoigne. Elle observa à nouveau son smartphone puis d'un air déçu, se tourna et s'approcha du bar. L'homme en blanc avait finalement détourné le regard et tentait de dissimuler son visage.
- Excuse me? Do you have a charger ? A charger, please, for the phone ? Battery... Demanda-t-elle, anxieuse.
Le barman fit « non » de la tête et la femme abaissa ses épaules, atterrée. Elle se sentit vaincue. Ses chances de le trouver venaient de retomber à zéro comme à sa fuite, un an auparavant. Cependant, cette sensation désagréable se dissipa rapidement quand elle entendit sa voix.
- Si c'est important, vous pouvez utiliser le mien.
Jusqu'à maintenant, il était resté muet, en retrait, attendant patiemment le meilleur moment pour intervenir. Il se tourna lentement en déposant son chapeau sur le bar. Tout en parlant, il dirigea ses yeux vers les siens. Elle semblait soulagée et lui ne put éviter de rire devant cet air de déjà-vu mais cette fois, ce serait un nouveau commencement, sans secret. Plus jamais.
Ils restèrent ainsi, à se fixer, sans ciller, durant ce que l'on aurait pu appeler une éternité car maintenant qu'ils se revoyaient, chacun pensait à un rêve. Aucun ne voulait s'approcher de peur qu'il ne s'efface et qu'il ne disparaisse. Pourtant, c'était réel. Doucement, sans le quitter des yeux, elle descendit son sac à dos sur son épaule droite, l'ouvrit et y rangea le téléphone éteint.
- Hum... Non merci... Cela ira. Répondit-elle avec un petit sourire en coin.
Elle prit les devants et contourna très lentement le pilier du bar, le souffle coupé, accompagné d'un tambour dans la poitrine, battant la mesure.
- Ah... J'en déduis que ce n'était pas très important alors... Remarqua-t-il l'air faussement déçu.
Il se tourna complètement, toujours assis sur le tabouret, sans oser regarder autre chose que ses yeux café.
- Disons que je pensais retrouver quelqu'un dans le petit kiosque là-bas. Une personne avec qui j'aurais pu admirer la vue mais on dirait que cette personne m'a oubliée. Répliqua-t-elle, rentrant dans son jeu.
Elle aperçut des verres à pied, remplis de vin rouge en face de cet homme à lunettes.
- Et vous, vous attendez quelqu'un ou vous vous faites la conversation à vous-même ? Continua-t-elle en désignant les coupes sur le bar.
Il commençait à se sentir de plus en plus nerveux en voyant qu'il ne restait plus qu'un mètre en eux. Il dévia très vite le regard dans la direction qu'elle indiquait et sourit. Il remonta ses lunettes avec l'aide de son pouce et de son index. « Comme à son habitude » pensa-t-elle. Il revint à elle qui se trouvait plus qu'à soixante centimètres environ.
- En effet, j'attends quelqu'un mais je pense que cette personne m'a posé un lapin. Enfin plutôt 351 pour être précis. Dit-il en avalant sa salive pendant que Raquel prit place sur le tabouret à sa droite sans le lâcher du regard.
- Et vous l'attendez toujours ?! Vous êtes un têtu, non ? Ironisa-t-elle, feignant d'être surprise.
Elle sourit en se demandant si vraiment il avait espéré son arrivée depuis tout ce temps. Mais cela ne faisait aucun doute, réchauffant son cœur pour la énième fois depuis ces quelques dernières minutes.
- Oui, je suis... tenace, disons... Mais bon je crains qu'elle ne se montre jamais alors que c'est mon premier diner avec quelqu'un depuis 370 jours. Enfin, plus ou moins.
- Comment cela ? S'empressa-t-elle de le questionner, méfiante, avec une once de jalousie dans la voix. Elle s'en voulut aussitôt. Il rit nerveusement et lui adressa son plus beau sourire.
- Mon dernier rendez-vous remonte à 370 jours. La rassura-t-il. Mais en fait, on s'était arrêté à l'apéritif. On ne peut pas appeler cela réellement un diner.
- En effet. Elle se détendit en se remémorant ce moment où elle avait coupé court à la discussion en pointant un pistolet sous la table, revisitant à sa manière la scène de Basic Instinct.
Puis, elle reprit :
- Mais cette personne que vous attendez depuis ces 350 jo-...
- 351 jours. La coupa-t-il.
- Oui pardon. Depuis 351 jours. Elle vous intéresse un peu ? Ou vous êtes content que je sois apparue ? Cela vous évitera de repartir seul, ivre de ces verres-ci et peut-être d'autres. Demanda-t-elle en pointant le vin rouge qui n'avait toujours pas été bu.
- Hum... Elle ne m'intéresse plus maintenant que vous êtes là. Fit-il avec un sourire se voulant provocateur.
Il attrapa les verres par les pieds et lui en tendit un, doucement. Ils se sentirent rougir et rirent ensemble de leur nervosité. Elle acquiesça et prit délicatement la coupe tendue, effleurant sa main. Ce contact les fit frémir. Elle le remerciera de manière à peine audible et lui, lui rendit un sourire rempli de chaleur.
- Oh, pardonnez-moi. Je ne suis pas très poli. Reprit-il. Je m'appelle Sergio Marquina. Enchanté de vous connaitre. Il lui tendit la main, sérieux mais toujours aussi nerveux. Elle le regarda, l'air désabusé. « A quel jeu jouait-il encore ? » Pensa-t-elle.
Elle le dévisagea et abaissa ses yeux vers sa main, incrédule. Il lui apporta la réponse.
- Comme je l'ai dit il y a de cela 368 jours, je veux être honnête. Je ne veux plus de mensonge. Ainsi, je me présente devant vous aujourd'hui. Je m'appelle Sergio Marquina. Je suis né à San Sebastian en Espagne et quarante ans après, j'ai organisé le plus gros braquage réalisé, en hommage à mon père. Depuis, je vis ici et j'attends désespérément que mon futur s'embellisse, comme j'ai cru l'entrevoir il y a 369 jours maintenant.
Sa main resta suspendue entre eux. Il sentit une larme monter mais la retint.
- Je rêve ou vous venez d'avouer être le plus grand braqueur de tous les temps et le plus recherché au monde ? Vous êtes le Professeur, n'est-ce pas ? Répliqua-t-elle sérieuse. Vous savez que je pourrais vous passer les menottes ou vous faire arrêter ici et maintenant, dans cet endroit paradisiaque ?!
- Faites de moi ce que vous voulez. Je vous laisse choisir. Mon destin est entre vos mains.
- Eh bien...C'est un dilemme... Enfin, peut-être que 365 jours auparavant, je vous aurais envoyé en prison pour plusieurs vies. Mais là, je ne peux plus. Plus d'arme, plus d'insigne, plus de menottes. Plus rien...
- Alors recommençons de zéro ? Proposa-t-il gentiment, avec un demi-sourire.
Elle fixa sa main, toujours tendue et la serra. Elle voulait lui rendre une poigne ferme mais tous deux virent leur propre main trembler au contact de l'autre. Elle leva sa tête et rencontra ses yeux. Même derrière ses lunettes, l'intensité de son regard la déstabilisait.
- Enchantée, monsieur Marquina. Je suis Raquel Murillo, ex-inspectrice, mère et femme libre de quarante ans. Ah, et, je porte une robe blanche au cas où vous vouliez me le demander. Je pense que c'est suffisant pour le moment, non ?
Elle rit en passant son autre main derrière sa nuque.
- Enchanté, Raquel. Fit-il avec un grand sourire qui la faisait craquer.
Leurs mains étaient toujours jointes. Leurs yeux ne se quittaient plus. Ils savaient tous deux qu'ils venaient de sceller une nouvelle promesse d'avenir. Mais cette fois, sans aucun mensonge. Tout reprendrait de zéro. Enfin. Ou du moins, c'était ce qu'ils pensaient...
A suivre...
