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Fandoms:
Character:
Additional Tags:
Language:
Français
Series:
Part 31 of Elayan's Bradbury Project 2021
Stats:
Published:
2021-07-30
Words:
1,334
Chapters:
1/1
Hits:
9

Laissez-moi vous parler d'elle

Summary:

Alors que la fillette sur laquelle il veille depuis des semaines passe devant un tribunal, Zaclen s'exprime pour sa défense.

Notes:

[Projet Bradbury #30] Cette nouvelle a été écrite en une semaine seulement, et relue une seule fois avant publication.
Une semaine bien chargée pour mon Sparring Partner et moi-même, on a donc décidé de se mettre au défi d'un petit "speedrun" d'écriture, avec un maximum de 2000 mots ou de deux heures, selon quelle limite est atteinte en premier (si l'info vous intéresse, j'ai terminé en 1h10 ;) )
Et puisque j'en ai déjà parlé pour la 27e semaine, revenir sur Zaclen et cette session de jeu absolument haletante m'a fait rudement plaisir, ça m'a permis de mettre au propre mon plaidoyer peut-être un peu trop improvisé sur l'instant haha

Work Text:

« C'est une bien grande salle dans laquelle vous nous avez rassemblés. Vous nous avez forcés à nous rendre ici de notre plein gré. Vous avez prétendu qu'il ne s'agissait que d'une formalité à traiter rapidement. Vous ne nous avez rien dit, rien expliqué. Il fallait juste qu'on vienne. Ce n'est pas une formalité. Ce n'est pas une broutille. Enfin, peut-être que ce n'est qu'une broutille pour vous puisque, de toute évidence, ce tribunal a été improvisé à la façon d'un décor de théâtre de troupe ambulante… Vous êtes une trentaine à vous présenter comme l'Accusation, mais vous ne cherchez même pas à dissimuler les espaces creusés par les absents. C'est un de ces espaces vides que vous avez alloué à la Défense, je me trompe ? Vous aviez raison, nous ne sommes pas venus nombreux, nous n'avons pas besoin de beaucoup de place, surtout lorsque vous insistez pour placer cette petite fille, votre Accusée, toute seule au milieu de ce gigantesque amphithéâtre. Si nous avions su, si nous avions mesuré l'ampleur de vos accusations, des risques que vous faites peser sur elle, peut-être serions-nous venus plus nombreux. Mais peu importe, il est trop tard et je présume que vous pensez avoir mieux à faire que d'ajourner la séance.

« Vous avez longtemps parlé, Gardiens de l'Horizon, mais pas une seule fois je ne vous ai entendu prononcer son nom. Vous parlez d'entité monstrueuse, vous montrez cette image absurde d'une créature qu'on ne saurait seulement imaginer, vous lui donnez ce nom que je ne parviens même pas à retenir… J'entends vos paroles mais elles ne m'atteignent pas. Je ne suis pas un érudit, vos mots compliqués ne m'effraient pas car je ne les comprends pas. Ce qui m'effraie en revanche, c'est votre capacité à parler de cette enfant comme si elle n'était pas là, comme si vous étiez assis si haut et si loin que vous ne pouviez pas la voir telle qu'elle est.

«  Tilly… Je ne connais pas de monstre. Je ne connais que Tilly. Alors c'est de cette petite fille dont je vais vous parler. Et pour que vous compreniez bien comment je perçois Tilly, je vais d'abord devoir vous parler de moi.

« Ça ne vous aura pas échappé, je suis à moitié orc. Je suis né chez les orcs, misérable bâtard auquel on a jeté le mot - l'insulte ! - "Zaclen" en guise de nom. Je baragouinais à peine quelques mots de Commun quand je me suis retrouvé dans les rues souillées d'une cité portuaire. Un gamin des rues - un rat de caniveau, comme on les appelle à Port-Hector. Un voleur, un filou, un menteur : toute la panoplie de talents nécessaires à survivre quand on est rien. Et je n'avais pas le luxe d'être personne ! Regardez-moi, mesdames et messieurs. On a tendance à dire que seule une mère peut aimer ce genre de visage, pourtant, vous devrez me croire sur parole, ma mère ne l'a pas aimé. Impossible de cacher mes origines, impossible de cacher mon identité et impossible d'avoir l'air innocent. Un orc n'est jamais innocent, le sang vert bout de la Colère de Gruumsh et les semi-orcs n'y échappent pas. J'ai l'air de ce que je suis, mesdames et messieurs : une grosse brute.

« Et pourtant on m'a laissé vivre. Si j'ai déjà visité l'intérieur d'une cellule plus d'une fois, je n'y suis jamais resté bien longtemps. Les punitions et les remontrances pleuvent, mais on a l'air de croire que je suis capable de progresser. On me donne la chance de m'éduquer, de gagner mes propres pièces sans violence. Je vois la surprise dans les regards, parfois la moquerie, mais jamais on ne m'a empêché d'être barde.

«  Tilly… Je venais de retrouver un camarade des rues de Port-Hector. Un autre gamin un peu trop reconnaissable, un autre gamin qui a fini avec un instrument dans les mains… un autre gamin qui boit trop vite son argent. Il fallait bien célébrer ce hasard, ce village était si reculé ! Et c'est d'ailleurs ce qui nous a posé problème, nous n'avions plus rien pour payer un voyage jusqu'à la ville la plus proche. Alors nous avons pris cette mission sans vraiment y réfléchir : pour peu qu'on ait un peu de chance, ça valait son pesant d'or. Et cette chance, on l'a eue ! On a trouvé la petite fille perdue ! Imaginez-vous la scène, imaginez-vous cette gamine minuscule, cette halfeline de treize ans pas plus haute ni plus épaisse qu'une petite humaine de huit ans, avec des feuilles plein les cheveux et des égratignures plein les bras. Ce n'était rien de plus qu'une fillette terrorisée.

« Mais ce n'est pas de nous dont elle avait peur. Les orcs, les démons… elle s'en fichait de tout ça. Elle avait peur de la forêt, des créatures de la grande forêt de l'ouest, et, surtout, elle avait peur de rentrer chez elle. J'ai grandi entouré d'orphelins qui rêveraient de seulement avoir des parents. Tilly avait des parents qui réclamaient sa présence, qui la faisaient chercher à grand renfort de missions dispersées dans la région, et malgré cela elle avait peur d'y retourner.

« Ça vous surprendra peut-être de la part de quelqu'un comme moi, mais j'ai un point faible pour les enfants. Je ne peux pas supporter qu'on puisse leur vouloir du mal, ça hérisse tous mes instincts dans une volonté protectrice. Ça me surprend moi-même, pour tout dire, au point que je n'ai jamais vraiment cherché à m'occuper d'enfants. J'ai toujours eu peur… peur de leur faire peur.

« Mais Tilly n'avait pas peur. Pas de moi. C'était une évidence. Et la conséquence de ça, c'était que je pouvais l'aider. Je voulais l'aider.

« J'admet qu'on a pas fait que de bonnes actions. Ce n'étaient pas ses parents qui voulaient la récupérer. C'était vous, les Gardiens de l'Horizon. Nous n'avions aucune idée de qui vous étiez et Tilly avait tellement peur de mourir une fois entre vos mains… Qu'auriez-vous fait à notre place ? Qu'auriez-vous fait à la mienne ? On a fui. On a manigancé. On a fait comme on faisait d'habitude et on a embarqué Tilly dans nos histoires en la convainquant à chaque fois que c'était la meilleure chose à faire. Elle nous a cru, pourquoi pas, après tout, elle devait nous croire les seuls à ne pas la vouloir morte.

« Je ne peux pas prétendre comprendre vos craintes. Je ne sais pas ce que vos livres disent sur les créatures comme celle dont vous parlez. J'ai vu Tilly utiliser des pouvoirs magiques, c'est vrai. Elle sait se protéger elle-même, elle protège les gens qui l'entourent et pourquoi pas le convoi qui nous transporte et la ville qui nous héberge. Les kobolds et les orcs causent bien plus de dégâts, et pourtant ils ne savent pas faire de magie. Combien de vieux érudits ont causé de grandes catastrophes par le passé ? Qui leur a reproché un sort mal contrôlé ? Tilly fait au mieux de ses moyens, le peu de moyens que vous lui laissez. Elle essaye de faire du bien autour d'elle, malgré les assassins qui la poursuivent.

« Qu'attendez-vous d'elle ? Que vous imaginez-vous d'elle ? Ce n'est qu'une enfant ! Elle apprend et progresse, comme n'importe qui d'autre. Chaque jour qui passe ses choix sont meilleurs que ceux de la veille. Et tout ça par elle-même. Elle progresse plus vite que moi qui ait deux fois son âge. Elle est une meilleure personne que moi. Elle fait de moi une meilleure personne. 

« Je ne peux pas vous laisser ne pas lui donner une chance quand le monde entier en distribue à tous les malfrats de la plus petite bassesse.

« Je ne peux pas vous laisser commettre l'injustice de donner un traitement différent à cette situation similaire à tant d'autres. 

« Je ne peux pas vous laisser punir une fillette pour les fautes d'un passé qui ne ressemble en rien à son présent.

« Je ne peux pas vous laisser faire du mal à une enfant dont tous les instincts la poussent à faire de bons choix.

« Je ne peux pas vous laisser me la prendre…

« Je ne peux pas…  »

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