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Category:
Fandom:
Character:
Additional Tags:
Language:
Français
Series:
Part 30 of Elayan's Bradbury Project 2021
Stats:
Published:
2021-07-23
Words:
3,246
Chapters:
1/1
Hits:
5

La Limite du Monde

Summary:

Simon a rassemblé une équipe pour partir en exploration de l'autre côté du Mur de l'Antarctique

Notes:

[Projet Bradbury #29] Cette nouvelle a été écrite en une semaine seulement, et relue une seule fois avant publication.
On a beaucoup parlé complot avec mon Sparring Partner, il nous est apparu évident de nous y coller. J'ai choisi d'y aller à fond et ça m'a assez plu, je dois dire ! ^^

Work Text:

Sobakov laissa éclater un rire dément avant de se pencher dans l'encadrement de la porte. Son arme automatique cracha un feu d'artifice de lumière blanche et secoua son corps entier, mais pas un son ne parvint aux oreilles des autres tant les hurlements de la tempête étaient puissants. Simon s'arc-bouta sur le gouvernail avec une grimace de douleur. Le vent et les vagues poussaient le bateau sur bâbord et ce n'était qu'au prix du bois qui s'enfonçait dans son épaule qu'il parvenait à maintenir leur cap. Yarina s'était carrément encordée à la table à cartes. Les yeux écarquillés par la terreur, elle fixait l'écran de l'ordinateur satellite qu'elle avait vissé au mur. Ses doigts tapaient frénétiquement sur le clavier, vérifiant en même temps les informations fournies par les différents radars et leurs propres coordonnées géographiques.

- Soba ! hurla-t-elle tout à coup. Soba !

Des mots en russe s'échappèrent de sa bouche, cris de banshee qui peinaient à traverser les quelques mètres qui la séparaient de son frère, lequel continuait à disperser des balles aux quatre vents. Sobakov lui lança une grimace d'incompréhension. Elle cria encore, jusqu'à ce qu'il secoua la tête avec impuissance. Il n'entendait pas assez pour comprendre. Il recula et la porte du poste de pilotage se ferma sur lui, certes avec la violence des bourrasques, mais comme si elle avait poliment attendu jusque là qu'il soit hors de l'encadrement.

Simon haletait sous l'effort et l'angoisse. Ses yeux clairs étaient rivés sur l'immense silhouette de Sobakov, improbablement calme, impossiblement stable sur ses appuis. Il s'approcha de sa sœur en balançant son arme à bout de bras. Yarina parlait vite, sa voix tremblante et suraiguë d'excitation. Sobakov se pencha par-dessus elle tandis qu'elle pointait son index sur son écran. Il eut un sourire satisfait. Il lui fourra son arme entre les bras, ce qui la surprit clairement, et se dirigea vers Simon qui semblait se tasser petit à petit sous la pression du volant.

- On vire de bord, annonça-t-il de sa voix tonitruante chargée d'un fort accent.

- Si on vire, ils vont nous rattraper, gémit Simon.

Il grimaça en réalisant comme sa propre voix était faible comparée à celle de Sobakov. La porte était fermée, mais la pluie continuait à battre sur toutes les parois, les vagues à frapper les flancs du navire, le tonnerre à gronder férocement et le vent à mugir dans tous les orifices.

- Plus maintenant, gronda Sobakov alors que Simon se demandait s'il avait pu l'entendre. On a dépassé la Limite.

Simon écarquilla les yeux et entrouvrit la bouche. Distrait, il ne remarqua pas tout de suite que le bateau roulait dangereusement vers bâbord. Le bois creusa encore plus fort dans la chair de son épaule et il dérapa soudain sur le sol trempé de la cabine. Il aurait probablement été assommé par les poignées du gouvernail si Sobakov n'avait pas mis les mains dessus au même instant. Heureusement, il était simplement sonné par la rencontre frontale un peu abrupte avec le sol. Au-dessus de lui, Sobakov retenait le volant, empêchant leur navire de virer encore plus de bord par la seule force de ses bras. Simon se dépêcha de se redresser et poussa de son côté, tandis que le russe braillait quelque chose dans sa langue maternelle. Sa sœur lui répondit, hurlant par-dessus la tempête, faisant de grands gestes vers bâbord.

Le cœur battant, Simon s'en remit à Sobakov. Il écoutait les instructions de Yarina et les transmettait à Simon. Il coordonnait leurs efforts de sa voix rauque, car il fallait bien l'union de leurs forces pour lutter contre la violence du vent et la puissance des vagues. Ils avaient dépassé la Limite , se répétait Simon comme un mantra empreint d'une stupeur sourde. Ils avaient dépassé la Limite . Les navires militaires ne les suivraient pas, Sobakov n'aurait plus à utiliser ses armes pour les maintenir à distance. Ils ne pouvaient pas les suivre. Leurs coordonnées de navigation seraient une preuve de cet énorme mensonge que le monde entier croyait dur comme fer. En effet, comment l'administration mondiale pourrait expliquer ces coordonnées impossibles ? Ces coordonnées extra-terrestres ? Ces coordonnées hors des cartes du monde pourtant admis comme complet ?

Simon lâcha un gloussement. Un éclat de rire un peu idiot, comme le tintement d'une joyeuse clochette, qui parvint à percer le brouhaha qui remplissait la cabine et fit froncer les sourcils à Yarina. Elle aussi rirait nerveusement, sans aucun doute, lorsqu'elle réaliserait… Sobakov rirait aussi, ainsi que tous les autres membres d'équipage. Ils avaient toujours eu raison. On leur avait dit et répété de nombreuses fois qu'ils étaient stupides et ignorants, mais ils avaient eu raison.

La Terre était plate.

Et il y avait plus encore de Terre de l'autre côté du mur antarctique.

 

La tempête avait cessé. Les nuages se dispersaient mollement et l'air était encore chargé d'humidité, mais le pire était loin derrière. Simon était accoudé au bastingage, un sourire rêveur accroché aux lèvres. Il regardait le mur blanc, dressé à l'horizon. Il n'en revenait toujours pas, ils étaient de l'autre côté du bord du monde ! Il sentait la fatigue de ses muscles et la tension de son enthousiasme se disputer le futur de son corps. Il voulait faire une sieste de plusieurs jours. Il voulait explorer et cartographier tout et maintenant.

Yarina vint s'installer à côté de lui. Il lui jeta un coup d'œil curieux. La jeune femme était extraordinaire avec les machines, elle avait hacké tous les systèmes du monde pour croiser un maximum d'information et calculer leur route. Elle était la clé de voûte de leur expédition. Elle ne parlait que le russe, cependant. Simon remarqua qu'elle ne portait plus son éternel bonnet de laine grise. Ses cheveux blonds étaient encore humides. Ils frisottaient dans l'air marin.

- Comment ça va, Yarina ? demanda-t-il malgré la barrière de la langue.

Yarina eut un sourire. Elle n'avait pas même les bases nécessaires à se figurer des questions aussi simples, mais elle avait entendu son prénom et un peu de logique faisait le reste. Elle hocha la tête et lui retourna une brève question en russe. Simon acquiesça à son tour. Yarina sourit et leva un pouce en l'air. Puis elle porta son regard sur le mur antarctique. Son expression était un mélange de fierté, de satisfaction, d'enthousiasme et d'excitation. Simon comprenait ça, il devait arborer la même sur son propre visage.

- Yari, appela une voix derrière eux.

L'accent et la rugosité du timbre ne laissait aucun doute : Sobakov interpellait sa sœur. Simon se tourna poliment, en même temps que Yarina. Ils échangèrent quelques mots, puis la jeune femme roula les yeux au ciel. Elle marmonna quelque chose qui ne devait pas être un compliment à son frère, puis jeta un regard à Simon, lequel indiquait dans le langage international des familles que les grands frères sont décidément tous insupportables, avant de retourner dans la cabine.

- Yarina a bien mérité du repos, dit Simon à l'intention du grand russe. On a tous mérité une pause. On est tranquilles, maintenant, on peut prendre le temps d'admirer le mur depuis l'autre côté du bord du monde.

- Nos rations sont pour deux semaines, répliqua sombrement Sobakov.

Simon hocha lentement la tête. Sous son bonnet de laine bleue, similaire à celui de sa sœur, Sobakov avait le crâne rasé de si près qu'il était difficile de dire si ses cheveux étaient blonds ou blancs. Son visage était constamment fermé, comme si son état par défaut était l'agacement, mais Simon avait rapidement appris que son vrai visage colérique était bien plus effrayant. Non pas que Sobakov n'aimait pas abuser de son apparence menaçante, loin de là. Mais à cet instant, il était calme et serein. Il n'avait même pas son éternelle arme automatique sur lui ! Il fouilla dans sa poche de sa veste et en tira une poche à tabac. Il vint s'installer là où se trouvait Yarina quelques instants plus tôt pour tranquillement se rouler une cigarette.

- Tu apprécies ma sœur, marmonna-t-il en rangeant le tabac à sa place.

Simon haussa des sourcils surpris. Il observa Sobakov avec attention, mais celui-ci regardait la mer en faisant tinter son briquet.

- Je ne sais pas ce que tu attends comme réponse, répondit prudemment Simon. Elle a fait un super boulot jusque là et elle a l'air sympathique… mais honnêtement, Sobakov, je la connais pas plus que ça. Je parle pas russe.

L'œil clair de Sobakov scintilla sous son épaisse arcade lorsqu'il posa son regard sur le petit français.

- C'est toi qui organise tout ça, dit-il ensuite en agitant la main pour désigner l'ensemble de l'expédition. Tu as pris des gens compétents, des gens qui ne croient pas aux mensonges. Des gens qui ont mis beaucoup d'espoir sur le voyage et sur toi.

Simon fronça les sourcils. Il avait orchestré cette mission, c'était vrai. Il avait brassé des énergies sur la toile internationale, trié les profils et contacté des gens à travers le monde. Son anglais était modeste, mais suffisant. Il avait hérité d'une grosse somme d'argent et c'était la meilleure utilisation qu'il avait pu imaginer. Il avait bien sûr mis en place des donations quand les budgets avaient explosé - et les gens avaient participé, en masse et en monnaie ! Ils étaient des millions ! Il était fier de cette communauté, et il était encore plus fier d'être le fer de lance de cette expédition.

- Sobakov, dit soudain Simon avec gravité. Est-ce que tu as peur que je séduise Yarina ?

- C'est ce que tu fais, répondit vaguement l'intéressé en haussant les épaules.

- Non, non, non, le corrigea Simon. Je fais de la pédagogie, pas de la séduction. Je veux qu'on écoute mes arguments, c'est tout. Je veux que les gens arrêtent de croire les mensonges des gouvernements, c'est tout.

Sobakov acquiesça. Clairement, pour lui, c'était la même chose. Simon roula des yeux. Il n'avait pas envie de perdre son temps avec des disputes stériles, il préférait jouer cartes sur table. De toutes manières, ça avait toujours été sa méthode.

- Je suis gay, Sobakov.

Ce fut au tour du russe de hausser un sourcil.

- Tu n'as pas l'air, commenta-t-il.

- Il faut un air pour ça ? pouffa Simon. Je te le prouverais bien, mais je ne saurais pas comment, tu vas devoir me croire.

Il lui adressa un sourire amical. Il lui tapota l'épaule en ajoutant :

- Ne t'inquiète pas pour ta sœur, elle n'a pas l'air d'être du genre à se laisser faire. Et puis, elle a son grand frère qui veille sur elle.

Sobakov grogna, mais Simon vit les commissures de ses lèvres qui s'étiraient sur un léger, très léger, sourire.

- Terre ! Terre ! hurla quelqu'un.

Toutes les têtes se levèrent. Simon se redressa tout entier. Son cœur battait soudain comme un tambour dans sa cage thoracique. Il y eut un instant de flottement. Puis, comme un seul homme, toutes les personnes présentes à bord se ruèrent à l'avant du pont. Instinctivement, Simon chercha d'abord le mur antarctique. Il était toujours là, à bâbord, s'étirant sur une très longue portion d'horizon. Mais ce que tout le monde regardait, c'était la masse sombre droit devant. Un relief. Une île .

- Est-ce que c'est Pandora ? demanda une femme.

Elle s'adressait à Simon. Celui-ci pâlit. Sa langue était lourde et engourdie, tout à coup. Il se rengorgea avec difficulté.

- Je ne sais pas, admit-il. Personne ne sait. Personne n'a jamais franchi la Limite… Personne n'a jamais franchi le mur…

- Mais les cartes… 

- On ne m'a jamais présenté de carte qui ne soit pas une illustration d'un possible, tempéra Simon en levant les mains.

Son anxiété refluait. Expliquer des choses, avec calme et patience, c'était ce qu'il faisait de mieux. Il était dans son élément. Il se rangeait volontiers dans les rangs des Complotistes quand ça le démarquait clairement des moutons qui avalaient les couleuvres institutionnelles sans y réfléchir à deux fois. Cependant, il ne faisait pas partie de ces nombreux - et bruyants ! - extrêmistes qui, à l'instar des moutons, propageaient les théories les plus farfelues. Ceux-là faisaient du mal à leur communauté.

- Qu'est-ce qu'on fait, alors ? demanda Sobakov.

Simon regarda la masse de terre au loin. Elle était comme une pyramide qui se serait érodée au fil des siècles. Le sommet le plus haut était peut-être un volcan. Les reliefs les plus bas leur offrirait très probablement une plage propice à accoster.

- Nous devrions jeter l'ancre à proximité et attendre quelques jours, proposa-t-il après de longues minutes de réflexion. Il y a peut-être des autochtones. Les rencontrer serait formidable, mais il ne faut pas les brusquer. Eux non plus n'ont jamais passé le mur, il y a des chances pour qu'eux non plus ne soient pas au courant de notre existence.

L'équipage approuva. Il ne leur fallu que quelques heures pour atteindre l'île. Ils jetèrent l'ancre à une distance qu'ils jugèrent raisonnable et qui leur permettait d'effectuer quelques observations. La plage était de sable blanc. Après quelques mètres, le sable devenait terre, juste avant de disparaître sous les nombreux troncs d'une forêt dense. Le botaniste de l'équipage pointa de nombreuses similitudes avec la flore connue, sans parvenir à nommer précisément les espèces qui formaient le sous-bois. On vit des oiseaux, des poissons et même un sanglier rayé de rouge. Le naturaliste livra des conclusions similaires au botaniste. Il y avait une racine commune à l'évolution de ces espèces, mais elles devaient avoir suivi leur propre chemin depuis quelques millénaires.

La nuit tomba bientôt et Simon proposa des tours de garde. Il ne craignait pas d'être attaqué : les armées intergouvernementales les attendraient sans aucun doute pour les intercepter sur le chemin retour, mais il ne pensait pas qu'elles viendraient les chercher jusqu'ici. D'une part, c'était trop d'efforts pour une poignée d'illuminés qui s'aventuraient sur des territoires inconnus et peut-être dangereux. D'autre part, et Simon n'en parlerait jamais aux autres membres de son groupe, il avait beaucoup de mal à imaginer une possibilité que les autorités mondiales les laissent retourner à leurs vies… Non, ce qu'il espérait de ces tours de garde, c'était qu'on aperçoive des gens. Des humains d'une tribu locale, d'un village, d'une société et d'une culture éloignée de la leur depuis des millénaires !

 

Simon se croyait trop excité pour dormir. Il sentait son coeur battre fort en lui, il se sentait agité, à la fois physiquement et psychologiquement. Pourtant, dès qu'il s'était allongé sur l'un des lits pourtant très inconfortables, il s'était immédiatement endormi.

Et il avait dormi d'une traite, sans rêve, jusqu'à ce qu'on le secoue vivement.

- Simon ! Simon !

L'interpellé grogna et grimaça en roulant sur le côté. Il avait des courbatures partout. Il avait l'impression qu'il pouvait dormir encore une dizaine d'heures. Mais il reconnaissait la voix - ou plutôt l'accent. Yarina, comme son frère, faisait sonner le "n" final de son prénom.

- Qu'est-ce qui se passe ? gémit-il en se frottant les yeux.

Yarina babilla une réponse qu'il ne comprit évidemment pas, puisqu'elle parlait dans sa langue maternelle. Un sourire étrange déformait ses traits. De l'hystérie ? De la peur ? Simon s'efforça de se redresser en ignorant les plaintes de ses vertèbres. Il n'était pas encore un vieil homme, mais il n'avait décidément plus vingt ans. Il grogna à nouveau en se mettant debout. Puis, tout en se frottant les yeux, il se laissa entraîner par Yarina qui le tirait par le poignet.

Elle l'amena jusqu'au pont, où une bonne moitié de l'équipage se trouvait déjà. Ils regardaient tous en direction de l'île. Le soleil se levait à peine, éclairant les reliefs à l'est de l'île d'une lumière blanche. Yarina réclama qu'on les laisse passer, ce que tout le monde fit sans avoir besoin de comprendre le sens exact de ses paroles. Elle avait Simon avec elle, c'était suffisant. Elle poussa Simon jusqu'au bastingage et pointa du doigt non pas l'île, mais la mer entre l'île et eux. Une petite embarcation approchait.

Les derniers nuages de sommeil se dissipèrent instantanément. Il y a avait des gens ! Et ils venaient à leur rencontre ! Maintenant !

- On a pas de linguiste ! s'exclama-t-il à voix haute.

Il jeta un regard éperdu aux personnes qui l'entouraient. Il avait négligé ce détail. Il se sentait idiot. Il pensa pendant un instant aux compétences de Yarina, mais un logiciel ne s'improvisait pas comme ça. Et puis, ils n'avaient pas d'accès internet ici, autant dire qu'ils n'avaient pas de référence linguistique sur laquelle s'appuyer.

- Concertez-vous, tous, lança-t-il un peu au hasard. Comptons ensemble combien de langues nous parlons, même juste un peu. On trouvera un moyen de communiquer. On trouvera.

Il acquiesça pour lui-même, pour se convaincre. Il avisa du regard Sobakov qui se tenait en retrait. Cet homme parlait au moins trois langues couramment, peut-être avait-il au moins des notions dans d'autres. Simon se tourna à nouveau vers leurs invités impromptus. Ils étaient trois, vêtus de tuniques simples qui révélait une large portion de leur peau qui tirait sur le bleu. Un homme et une femme, tous deux solidement battis, ramaient à l'aviron. Entre eux se tenait une femme, nettement plus petite que les deux autres. Elle se tenait debout, visiblement peu gênée par le roulement de la barque ou les mouvements de traction des rameurs. Un voile léger était posé sur de longs cheveux vert olive. Sitôt que le regard de Simon accrocha le sien, elle lui décocha un large sourire qui dévoila des dents à l'émail rosé. Elle agita le bras vers lui et Simon lui répondit sans y penser, machinalement, absorbé qu'il était par son observation qui tenait de l'admiration.

- L'échelle, lâcha-t-il soudain. Il faut leur dérouler l'échelle !

Il se précipita au travers de la petite foule, un peu plus dense que tout à l'heure, tout aussi pétrifiée que lui par l'apparence étrange des autochtones. Il trouva l'échelle mais dut s'y reprendre à plusieurs fois avant de réussir à la détacher et à la laisser tomber le long de la coque. La petite femme voulut monter en première, mais la rameuse l'en dissuada d'un geste et escalada avant elle.

Simon recula de quelques pas et s'assura que tout l'équipage en faisait autant. La grande femme qui mit le pied sur le pont décocha un regard acéré autour d'elle. Silencieuse, elle croisa les bras sur sa poitrine et les toisa, un par un. Sa méfiance était évidente. Mais Simon la comprenait tout à fait. L'autre femme suivait de près. Elle avait visiblement moins de réticences, elle souriait de toutes ses dents et semblait hésiter ou se retenir à adresser la parole à tous ces inconnus. Le temps que l'autre rameur ne pose pied sur le navire, elle avait déjà craqué. Elle ouvrit les bras en grand et déclama une longue phrase avec grandiloquence. Elle avait l'air si fière et si heureuse, Simon en eut presque mal au cœur de devoir lui faire comprendre que la communication serait difficile.

- Bonjour, dit-il en avançant d'un pas vers elle. Nous sommes des explorateurs pacifiques. Nous venons de l'autre côté du Mur.

A mesure qu'il parlait, il la vit se décomposer sous ses yeux. Elle était déçue. Simon ne se laissa cependant pas démonter. Il conserva un sourire chaleureux et pointa du doigt le mur antarctique qu'on pouvait toujours voir, au loin.

- Le Mur, répéta-t-il.

Puis il indiqua leur expédition, le bateau et son équipage, d'un grand geste des bras qui les englobait tous. Il pointa à nouveau le Mur et traça un pont imaginaire par-dessus ce lointain mur.

- Nous venons de l'autre côté, dit-il. La Terre.

La femme à la peau bleue hocha la tête. Ses yeux roulèrent un instant dans toutes les directions, puis elle pointa l'île avant de déclarer à l'intention de Simon :

- Atlantis.

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