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Fandoms:
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Language:
Français
Series:
Part 33 of Elayan's Bradbury Project 2021
Stats:
Published:
2021-08-13
Words:
2,968
Chapters:
1/1
Hits:
8

Gynevra

Summary:

Alors que le monde se meurt, Gynnie va devoir faire face à sa vie construite sur le mensonge.

Notes:

[Projet Bradbury #32] Cette nouvelle a été écrite en une semaine seulement, et relue une seule fois avant publication.
En ce moment, je fais beaucoup de JdR, et Gynnie est l'un de mes personnages. Ceci n'est pas canon dans son background, mais c'est un développement que j'aurais trouvé intéressant, donc j'en ai fait le sujet de la nouvelle de cette semaine :)

Work Text:

Le lointain n'était que blancheur. Des crêtes blanches à peine discernables du ciel blanc. Un tapis d'arbres blancs troué de sillons blancs. Le Dernier Hiver progressait inexorablement. Hier encore, les premiers troncs à l'orée de la forêt étaient noirs. Aujourd'hui, une fine couche de givre en grisait l'écorce. Demain, ils disparaîtraient sans doute, indiscernables de leurs congénères glacés.

Un nuage de condensation, presque bleuté en comparaison des neiges éternelles qui s'étendaient à perte de vue, se posa sur la fenêtre et se dissipa avant que Gynnie ait fini de le soupirer. Elle resserra la fourrure autour de ses épaules, sans pourtant parvenir à réduire ses tremblements. Bien qu'elle essaye de se convaincre du contraire, elle ne tremblait pas de froid. Tout comme le Dernier Hiver prenait possession du monde, l'angoisse s'étendait en elle. Elle n'avait pas froid, elle était terrorisée.

- Maîtresse ?

Gynnie se raidit d'un coup, par réflexe, avant de se détendre à nouveau en reconnaissant Igor. Le petit homme vérifia soigneusement que personne ne le suivait dans l'étroit couloir, avant de refermer la porte derrière lui. Il se redressa du mieux que lui permettait sa colonne vertébrale déformée et s'éclaircit la gorge avec solennité.

- Maître Tiantus est prêt à vous recevoir.

Gynnie sourit. Elle était Gynevra Mortys Walterrissya, Grande Sorcière Royale, depuis presque sept ans déjà. Mais Igor connaissait la Gynnie d'avant, la débrouillarde à grande gueule, la fille qui mentait comme elle respirait, qui inventait des histoires crédibles plus vite que n'importe qui d'autre. Celle qui jouait des tours, exécutait des acrobaties, faisait de la prestidigitation. Celle qui ne restait pas plus de quelques jours au même endroit. Celle qui pouvait toujours compter sur Igor, aussi rapide et efficace qu'il se montrait loyal et dévoué à celle qu'il adulait comme une déesse incarnée sur terre.

Igor avait été rejeté par sa famille. Malformé, laid et idiot, il n'aurait sans doute pas été assez utile à la ferme pour ce qu'il aurait coûté à nourrir. Des raisons cruelles, mais des raisons tout de même. Gynnie ne pouvait pas en dire autant, elle avait été rejetée parce qu'elle gênait, tout simplement. Mais elle s'en fichait. Elle avait continué de gêner, farouchement. Elle avait volé, menti et triché, elle avait abusé des gens et des systèmes, et Igor avait toujours été avec elle.

Il avait été le premier à dire tout haut ce qu'elle n'osait même pas penser tout bas : que ce n'était pas comme ça qu'elle voulait vivre toute sa vie. Igor était un être simple, mais sa simplicité lui faisait formuler les évidences que tout le monde avait ignorées. Néanmoins, elle avait d'abord nié. Plus de vingt ans à vivre de cette façon et ils étaient encore en vie, c'était un succès, proclamait-elle. Igor avait haussé les épaules. Oui, être en vie, c'était bien. Mais ce qu'ils faisaient pour ça, c'était mal. Gynnie se souvenait encore s'être emportée, s'être mise à hurler et à piétiner. C'était tout ce qu'elle savait faire et elle le faisait bien ! Le visage asymétrique d'Igor s'était encore plus déformé sous l'incompréhension. Il avait alors répété la phrase qu'il lui répétait souvent, ce que Gynnie avait toujours pris pour un gentil compliment innocent.

Tu as des yeux de fée, Gynnie.

C'était ainsi qu'il parlait de ses pupilles violettes. Pour lui, de tels yeux était la marque de la magie. Toutes les sorcières, toutes les magiciennes, toutes les druidesses… Toutes avaient des yeux violets, car c'était des yeux de fée que venait la magie. Toutes celles qui n'en avaient pas étaient des menteuses. A moins qu'elles ne préfèrent les cacher pour ne pas qu'on leur vole ? Igor n'avait pas toutes les réponses, mais il avait cette conviction tenace. Il était incapable d'expliquer pourquoi il en était certain. Il savait qu'il avait raison. Il refusait tout argument contraire.

C'était tellement curieux, tellement étrange, tellement différent du Igor malléable et influençable que Gynnie connaissait qu'elle s'était elle-même laissée convaincre. Après tout, elle avait appris à lire et à écrire par elle-même, ainsi qu'à jouer de la guitare, jongler avec à peu près tout et n'importe quoi et défaire des nœuds très près du corps sans que la personne à qui appartienne la peau concernée ne s'en rende compte. Pourquoi ne pourrait-elle pas apprendre la magie ?

Igor et Gynnie avaient volé et triché encore un peu, mais leur but était différent. C'était pour amasser du matériel et des connaissances. Igor était ravi de ce changement. Il était petit mais solide et fort comme un âne de bât : il portait autant sur son dos qu'un animal dédié à cette tâche et se vantait par là-dessus d'être plus intelligent qu'un cheval. Leur dernier mensonge avait été de présenter au Roi un faux diplôme de l'Académie de Magie, au nom de Gynevra Mortys Walterrissya. Le vieux sorcier venait tout juste de mourir et la chance avait voulu qu'ils l'apprennent avant l'annonce officielle. Gynnie avait bondi sur l'occasion. Le Roi avait été impressionné et l'avait embauchée sur le champ, elle et son petit serviteur.

Pendant cinq ans, Gynevra avait offert une illusion parfaite. Elle était la Grande Sorcière Royale et personne n'avait eu le moindre doute du contraire. Elle répondait à toutes les requêtes, usant du bon passage dans un livre ancien, de la bonne potion médicinale, du bon objet magique. Et, bien sûr, si un sort simple permettait de résoudre le problème, elle le faisait de façon très voyante. Car oui, elle avait rapidement pu faire un peu de magie ! Il s'avérait que tout le monde possédait au moins un peu de magie en lui. La canaliser et s'en servir pour de vrai était une autre paire de manches, qui demandait des connaissances théoriques et techniques poussées dispensées exclusivement à l'Académie. Mais la débrouillardise de Gynnie lui avait permis de trouver sa propre manière de faire et ça avait été suffisant pour Gynevra.

Jusqu'à ce qu'un autre sorcier se présente au Roi. Tiantus Bon-Shim était un sorcier renommé - un vrai magicien. Il était porteur d'une terrible nouvelle qui concernait, purement et simplement, la fin du monde d'ici deux ans. Une glaciation d'origine magique qui progressait inexorablement et dont le point d'émission était inaccessible sans geler sur pied avant de l'atteindre. Tiantus avait besoin de tous les praticiens magiques disponibles afin d'atteindre la Racine de l'Hiver le plus vite possible, avant qu'il ne soit trop tard.

Contre toute attente, le Roi avait refusé de lui céder Gynevra. Cette dernière, pour la première fois de sa vie, était muette de stupeur. La décision du Roi lui paraissait folle, mais le plan de Tiantus l'était aussi et, en vérité, est-ce que ses maigres capacités pouvaient réellement faire une différence ? Tiantus n'avait pas insisté. Il n'en avait pas le temps. Il lui avait simplement fait toucher une boule de verre pour "lui emprunter un peu d'énergie", puis il était parti. Gynevra était restée, incapable de dire si elle préférait être ici ou là-bas.

- Gynnie, ça va ?

Gynnie sursauta, abruptement tirée de ses souvenirs par la petite main d'Igor qui tirait sur sa manche. Elle secoua la tête et inspira un bon bol d'air présent qui chassa le passé de ses pensées. Deux ans s'étaient écoulés depuis la visite de Tiantus Bon-Shim au Roi et beaucoup de choses avaient changé. Le Roi était mort. L'Hiver avait presque dévoré le monde entier. Il ne restait qu'un carré de terre au bout du monde, avant l'Océan Noir, où une centaine de survivants s'étaient rassemblés, dans les ruines d'un palais antique. On se prétendait fort ensemble, mais on attendait que le froid nous emporte enfin.

- T'es toute pâle, insista Igor.

Gynnie acquiesça. Elle secoua la tête et se frotta les joues. Un peu de chaleur remonta sur ses pommettes. Ses prunelles mauve tombèrent sur son ami.

- J'ai l'air bien ? lui demanda-t-elle.

Il fronça les sourcils, surpris par la question.

- Comme d'habitude, répondit-il comme une évidence.

Gynnie gloussa. Il ne doutait jamais de rien à son sujet, et ce n'était jamais négatif.

- Merci, Igor, souffla-t-elle.

Il haussa les épaules, l'air de se demander ce qui pouvait encore bien se passer dans la tête de cette fille. Gynnie raidit son dos et leva dignement le menton.

- Allons à la rencontre de Maître Tiantus, annonça-t-elle.

Gynevra traversa les ruines du palais à grands pas, suivie du claquement rapide des talons d'Igor. Elle était arrivée peu après Tiantus et s'était volontairement installée le plus loin possible de lui. Elle craignait ses reproches, ses réprimandes, ses critiques. Alors qu'ils approchaient de la grande pièce qu'il s'était attribué pour ses expériences, elle sentit son anxiété la pétrifier de l'intérieur. Son estomac devenait pierre. Son cœur devenait roche. Son sang devenait sable.

Igor souleva le rideau pour elle, lui permettant d'entrer comme une reine dans un capharnaüm de runes et d'objets de toutes les formes et toutes les couleurs. Gynevra se figea un instant. C'était à peine différent de ses propres quartiers : elle ne comprenait pas à quoi servait le tiers de ces choses et un autre tiers lui paraissait tout droit sorti de l'imagination d'un dément.

- Maitresse Walterrissya, vous voilà enfin !

Gynevra écarquilla les yeux de stupeur, à l'instant même où une silhouette virevoltante faite de cape et de parchemins passait telle une tornade juste devant elle. Tiantus s'arrêta devant une table déjà bien encombrée, maugréa quelque chose dans sa barbe, avant de déposer malgré tout sa pile de parchemin par-dessus le tas de bric-à-brac. Il avait anormalement vieilli en deux ans, remarqua Gynnie. Il était visiblement plus ridé, ses cheveux gris s'étaient clairsemés et sa barbe avait considérablement blanchi.

- J'espère que je ne vous aurais pas trop fait attendre, répondit poliment Gynevra.

- Oh, non, pas du tout, non, marmonna Tiantus, l'air de penser complètement à autre chose. En fait, je ne suis pas tout à fait prêt moi-même… mais restez, reprit-il en plongeant soudain son regard clair dans celui de Gynevra, je n'en ai plus que pour quelques instants, j'aurais besoin de vous !

Gynevra sentit son estomac se retourner. Elle ravala un soupir d'angoisse et réalisa soudain qu'elle se triturait les doigts de nervosité. Elle se dépêcha de cacher ses mains dans son dos.

- Puis-je vous assister d'une quelconque manière avant ça ? demanda-t-elle.

Sa voix ne trahissait pas la moindre ombre. Si elle n'avait pas été consumée par son désir de disparaître dans l'instant, elle en aurait souri de fierté. Elle sonnait assurée et professionnelle.

- Oh, non, je crains que vous ne puissiez rien, répondit Tiantus en disparaissant au pas de course derrière une pile de livres.

Gynevra s'empourpra soudain. Leur brève entrevue, deux ans auparavant, aurait suffi à ce brillant magicien pour se rendre compte de son incompétence ? Il savait qu'elle lui était inutile, qu'elle ne pouvait rien comprendre à son travail, dont la complexité était bien au-dessus d'une néophyte qui n'avait seulement…

- C'est qu'il s'agit là de l'œuvre de ma vie, voyez-vous, lança la voix de Tiantus quelque part derrière le bazar, interrompant du même coup le flot de pensées de Gynevra. Les portes, les portails, les transports… c'est un vaste sujet malheureusement très peu étudié. A moins de s'y être spécifiquement intéressé… Non, plusieurs années ne suffiraient pas pour comprendre mes théories partielles et mes études morcelées. C'est que je suis d'un désordonné, par-dessus le marché !

Une centaine de questions se pressèrent aux lèvres de la sorcière. Il parlait d'un domaine de magie presque inconnu et Gynevra était piquée de curiosité. Mais Gynnie avisa le grand cadre de bois peint de runes minuscules, posé contre un mur nu. En fait, un large espace autour de ce cadre avait été gardé dégagé. C'était fatalement le centre d'intérêt de toute cette agitation.

- Vous avez parlé de porte ? demanda-t-elle alors.

Le visage de Tiantus apparut au-dessus d'une série d'alambics. Il la regardait au travers d'un monocle grossissant. Il souriait.

- Finement observé, complimenta-t-il.

Il disparut à nouveau, mais Gynevra pouvait le suivre au son de ses pas. Il se précipitait vers le cadre de bois, un pinceau à la main. Il se planta devant le cadre, paupières plissées, puis soudain se pencha en avant et traça une minuscule rune dans un tout petit espace qui avait encore la couleur du bois.

- Ce monde ne sera bientôt plus, Maîtresse Walterrissya, vous le savez tout comme moi, articula-t-il. Hors, voilà des décennies que j'étudie les mondes - vous m'entendez bien, Maîtresse Walterrissya, les mondes ! Et, en étudiant ces mondes, j'étudie le moyen de m'y rendre.

Gynnie balbutia quelques syllabes inintelligibles. Gynevra fronça les sourcils et leva une main inquisitrice.

- Se rendre dans un autre monde ? répéta-t-elle, abasourdie.

- Oui ! hurla Tiantus, incapable de retenir son excitation. Un portail, une porte… ça . On la passe comme une porte et on change de monde comme on change de pièce.

Gynevra resta bouche bée. Elle s'était convaincue qu'elle mourrait bientôt, d'ici quelques jours sans doute. Le monde était mort, tous ses habitants étaient morts. Et ce magicien grandiose avait une solution  ! C'était incroyable ! Il avait un plan et il avait besoin d'elle, parmi tous les autres, pour le mener à bien ! C'était incroyable ! C'était…

La réalité la frappa soudain en plein visage. Il avait besoin d'elle .

- Vous avez besoin de Gynevra Mortys Walterrissya, articula-t-elle dans un souffle.

Elle se sentait sur le point de défaillir. Elle tituba si violemment qu'Igor, qui n'était décidément jamais bien loin, se précipita pour lui prendre le coude. Il l'interrogea d'un regard inquiet.

- Maîtresse Walterrissya, déclara Tiantus, tout est prêt, vous pouvez me rejoindre.

Gynnie lança un long regard de détresse à Igor. Ce dernier avait les sourcils arqués, ses grands yeux irréguliers plein d'inquiétude et d'encouragement. Gynnie hocha la tête. C'était le moment ou jamais d'avouer qu'elle n'était pas une sorcière… et que le monde était perdu par sa faute.

- Maître Tiantus, vous ne devriez pas utiliser ce titre pour…

- Balivernes, la coupa-t-il en agitant la main à la fois pour la faire taire et pour la faire venir plus vite.

- Non, vraiment…

- Si vous y tenez, Gynevra, soupira-t-il, mais ce n'est vraiment pas le moment de parler conventions sociales.

Elle s'arrêta près de lui, le regard bas. Elle était d'accord avec lui sur ce point, bien que ce ne soit bien évidemment pas le sujet de sa remarque.

- J'ai besoin de votre magie, Gynevra, expliqua Tiantus. Puisque nous sommes les deux seuls sorciers encore vivants, nous sommes au moins certains que les courants manéiques sont à notre entière disposition - mais vous vous doutez bien que je ne peux pas canaliser une telle quantité à moi tout seul.

Il gloussa comme s'il avait été auteur d'une bonne blague qui échappait totalement à Gynnie. Elle n'était même pas sûre de bien savoir ce qu'était un courant manéique… 

- Justement, Maître, à propos de magie, je… murmura-t-elle.

Elle serra les dents. Elle avait menti toute sa vie et aujourd'hui qu'elle voulait dire la vérité, elle se rendait compte que c'était difficile et qu'elle n'était pas certaine d'y arriver. Elle opta pour une technique directe, qui consistait à dire ce qu'on avait à dire très vite et très fort :

- JENESUISPASUNEVRAIESORCIERE.

Il y eut un silence. Gynnie leva timidement les yeux vers le visage de Tiantus et le vit ciller avec incompréhension.

- Je ne suis pas une vraie sorcière, répéta-t-elle plus lentement.

- Mais qu'est-ce que vous racontez ?

Le ton de voix du sorcier, qui tenait du fermier agacé par les mensonges d'un diseur de bonne aventure, la fit hésiter. Gynnie toussota et ne chercha même pas à lutter contre ses doigts qui voulaient se tordre dans tous les sens.

- Je ne suis pas une vraie sorcière, répéta-t-elle encore. Je ne suis jamais allée à l'Académie. Je n'ai jamais été formée, je… J'ai menti au Roi, j'ai fabriqué un faux diplôme. C'est un rôle, tout ça, je ne m'appelle même pas Gynevra, je… Je suis juste Gynnie.

Un autre silence emplit la salle. Puis, Tiantus prit la main de Gynnie et la serra entre ses deux paumes.

- Et c'est une chance, Gynevra, articula-t-il gravement.

Gynnie releva si vite la tête que ses cervicales craquèrent.

- L'Académie forme des magiciens même si ce sont des incapables, poursuivit Tiantus. L'Académie fournit des règles et des outils si précis et calibrés que tous les sorciers fonctionnent exactement de la même manière, et tant pis si c'est à leur détriment. Ne me demandez pas combien de sorciers ne sont pas capables de simplement transférer de la magie dans un objet, vous n'y croiriez pas.

Gynnie ouvrait et fermait la bouche comme un poisson hors de l'eau. Ses sourcils ondulaient, se fronçant et se relevant alternativement. Tiantus tapota gentiment sa main.

- Je me doutais que vous étiez une autodidacte, continua-t-il. Quand nous nous sommes rencontrés, je vous ai demandé de me prêter un peu de magie et vous avez rempli le réceptacle en un instant, sans même y penser.

- Je ne savais même pas ce que c'était… gémit Gynnie.

- Justement ! triompha Tiantus. N'importe quel académicien aurait immédiatement reconnu ces objets surutilisés pour les examens de qualité magique. N'importe quel académicien, cadré par le carcan scolaire, aurait eu des sueurs froides à l'idée de devoir charger un réceptacle. Ça lui aurait pris plusieurs minutes, au moins, et ça l'aurait fatigué… Non, c'est de quelqu'un comme vous dont j'ai besoin maintenant. Il va falloir transférer énormément de magie d'un coup dans mon catalyseur et la dernière chose dont j'ai besoin c'est un académicien qui risquerait de tourner de l'œil sous l'effort parce qu'il essaye de contrôler quelque chose qui n'a pas besoin d'être contrôlé !

Alors qu'il parlait, il entraînait Gynnie avec lui. Il lui fit poser les mains sur une grosse boule de verre teinté de bleu.

- Maintenant, Gynevra, si vous le voulez bien, invita-il avec un sourire.

Gynnie acquiesça dans une semie-conscience. Tiantus prononça une longue formule magique, puis il lui fit un signe et, ensemble, ils canalisèrent l'énergie magique qui restait dans leur monde avec l'intention d'ouvrir une porte vers un autre monde qui les accueillerait peut-être.

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