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Retrouvailles

Summary:

Tendô Satori est heureux de son métier et de sa vie en France : il est reconnu de ses clients, de ses patrons, de ses collègues. Il travaille beaucoup et voit que ça lui réussit. Néanmoins, il ne peut s'empêcher de penser à sa famille et à ses amis au Japon ou même n'importe où à travers le monde. Et bien évidemment, il pense surtout à Ushijima, pour qui il a un crush depuis des années, sans même l'avoir une seule fois avouer au principal concerné.
Pendant une journée de travail, une surprise l'attend à sa caisse. L'ambiance de Noël et les sorties à deux rapprocheront-ils les deux jeunes adultes, si loin de chez eux ?

Notes:

C'est la première fois que j'écris un UshiTen, c'était plutôt sympa. J'espère ne pas avoir trop dénaturé les personnages...

Work Text:

Tendô Satori n’a jamais regretté d’être venu à Paris pour sa formation puis son métier. Quel autre pays, que celui de la gastronomie, pouvait lui permettre de développer ses compétences de chocolatier ? Certes, il aurait pu aller en Belgique, ou même en Suisse, mais la France avait finalement attiré son coeur, et il avait aussi trouvé un employeur. On ne dirait pas comme ça, mais ça aide à se décider. Il est chez un très bon chocolatier de la capitale française, et il aime ce qu’il fait. Ses journées semblent parfois interminables, mais son travail et son engagement rendent fiers ses patrons, et surtout ses clients, qui aiment se régaler avec ses préparations. Il commence même à travailler sur des recettes bien plus personnelles, et bien évidemment, il veut apporter une pointe japonaise. Il y travaille encore pour être certain que son maître chocolatier accepte l’idée, mais il sait que le yuzu et le matcha, ou même l’anko, plairont forcément aux palais gourmands des parisiens, ou même des japonais en visite. 

Il a toujours été sociable, et il a le contact facile avec les clients, quel que soit le pays. Il est vraiment dans son univers, sa vie lui plaît, et il ne changerait pour rien au monde. Bien que, parfois, son pays, mais surtout ses amis, lui manquent. Il suit les matchs de la V. League souvent en décalé, parfois en direct, pour voir ses anciens camarades de Shiratorizawa jouer dans leurs équipes respectives, et bien évidemment, il suit particulièrement la carrière d’un joueur : Ushijima Wakatoshi.

Il a toujours un petit (non, soyons francs, un vrai gros) crush pour son meilleur ami, mais jamais il ne l’aurait avoué. Il le voit de temps en temps, néanmoins c’était toujours difficile entre son travail et la carrière du volleyeur, et surtout la distance. Mais ils n’ont jamais perdu contact, et c’est bien le plus important.

En attendant, c’est la grande période de rush : le mois de décembre. Tendô a bien compris que, même s’ils ne fêtaient pas le jour de Noël de la même façon, les pâtisseries et autres chocolats sont indispensables aussi bien dans son pays d’origine que dans son pays d’accueil. Il enchaîne les grosses journées, passant même parfois à la caisse lorsqu’il a fini sa fournée et qu’il y a un monde fou en salle, ou alors qu’un compatriote arrivait, perdu devant les multiples goûts et dégradés de blancs et marrons de la vitrine. Il sait très bien encourager à l’achat, surtout que ces touristes étaient bien trop heureux d’être aidés par un compatriote pourtant si loin de chez eux. 

Ce jour-là, les ventes s’enchaînent, mais les vendeuses et vendeurs s’en sortent très bien tout seuls. Tendô soupire de soulagement en se disant qu’il allait peut-être rentrer à une heure raisonnable aujourd’hui : il est là depuis 7 heures du matin, après de nombreuses aventures dans les métros parisiens alors qu’il est obligé de traverser une partie de la capitale pour rejoindre son lieu de travail. Il est 14 heures, et il est censé pouvoir partir dans une petite heure. 

Enfin, c’est ce qu’il pensait.

Alors qu’il commence à nettoyer son plan de travail pour pouvoir partir assez vite et passer à la salle de sport tant qu’elle était vide (habitude qu’il a gardé de son passé de lycéen sportif, et qui lui permettait de se défouler), il se fait appeler par une jeune vendeuse intérimaire embauchée pour le mois pour gonfler les effectifs. La jeune fille, brune aux yeux verts, de taille moyenne, lui signale qu’un étrange japonais est présent dans la boutique et qu’il ne semble pas bien comprendre l’anglais et encore moins le français. Tendô pousse un léger soupir, avant d’arborer à nouveau son plus grand sourire en arrivant derrière le comptoir… Tout ça pour le perdre de surprise en voyant l’immense joueur japonais devant lui.

 

- Wakatoshi ???

- Yo.

- Mais qu’est-ce que tu fais là ?

- Je suis venu te voir.

- Nan nan nan nan, c’est pas ce que je veux dire, répond le chocolatier en bougeant sa main en rythme devant lui. 

- Je suis en congés quelques jours, et les gars m’ont dit que ça te ferait plaisir une visite surprise comme tu ne peux pas rentrer pour la fin de l’année. 

- Les gars?

- L’équipe nationale.

- Je suis sûr que Shôyo et Atsumu sont dans le coup.

- Oui.

- Qu’ils sont bêtes. Et toi aussi, tu parles très bien anglais que je sache.

- C’est drôle de faire semblant.

- Mais qu’avez-vous fait de Wakatoshi, monsieur ?

 

Le joueur sourit légèrement face aux yeux exorbités et la tête légèrement sur le côté de son meilleur ami.

 

- Bref, choisis quelque chose à manger et à boire, le temps que je termine ma journée. J’en ai plus pour longtemps. Tu veux quoi ?

- Un thé Darjeeling et mets-moi trois sortes de chocolat praliné.

- Tout de suite Monsieur.

 

Après avoir choisi les chocolats et demandé à sa collègue de préparer le thé, Tendô retourne en cuisine, un grand sourire aux lèvres, ce qui n’échappe pas à ses collègues. Pour une fois, le chocolatier compte les minutes sur la pendule. Il se doute que son ami n’est pas là pour longtemps, mais comme il travaille surtout le matin en décembre, il est heureux : il pourra traîner avec lui dans un Paris illuminé pour les fêtes, sortir dans un bar, aller au restaurant… La vie parisienne qu’il aime et dont il ne profite pas toujours seul.

A 15 heures précises, il a déjà enlevé son tablier et mis ses vêtements de ville, mais même son patron ne lui en tient pas rigueur : après tout, il est en général le dernier à partir, et cumule les heures supplémentaires comme personne pour s’améliorer et aider. Pour une fois, il a bien le droit de partir tôt et de profiter de la vie. 

Tendô retrouve son meilleur ami dans la partie salon de thé de la chocolaterie. Ce dernier traîne sur son téléphone en jouant avec un morceau de chocolat dans la bouche.

 

- Wakatoshi, respecte donc mes chocolats s’il te plait.

- C’est toi qui as fait celui-là ?

- J’en sais rien, on était deux sur cette recette aujourd’hui.

- Donc ça se trouve je ne respecte pas celui de ton collègue.

- Ne sois pas si terre à terre, je t’en supplie. On y va ? Tu veux qu’on passe par chez moi pour déposer ton sac ?

 

Le joueur approuve d’un signe de tête, avant d’avaler avec un léger sourire le dernier chocolat noir praliné noisette. Ce petit rictus saute aux yeux du chocolatier, qui sourit en retour. Rendre les gens heureux grâce au chocolat, voilà bien quelque chose qu’il appréciait. 

Alors qu’il se dirige vers le métro, les deux jeunes adultes discutent de tout et de rien. Tendô apprend ainsi qu’Ushijima arrivait directement de l’aéroport sans passer par la moindre étape entre Charles de Gaulle et la chocolaterie en plein coeur de la capitale, et qu’il aimerait rester les 4 jours chez son ami, qui s’en réjouit fortement. 

Après un passage par le métro qui n’a jamais semblé aussi court pour le chocolatier, ils arrivent dans le petit appartement au sixième étage sans ascenseur de Tendô. C’était un studio de presque 20 m², bien suffisant pour lui tout seul, et surtout, c’était le seul appartement qu’il pouvait se payer avec sa paie de chocolatier débutant dans une ville aussi chère. Il avait réussi à en faire un véritable havre de détente, nécessaire après ses grosses journées : il avait investi dans un immense canapé-lit bleu nuit, assez grand pour accueillir le jeune homme d’un mètre 90, suffisamment confortable et orné de nombreux coussins. Il avait fait venir un petit kotatsu, pour le simple plaisir d’en avoir un, et il s’en servait comme table basse toute l’année, devant un petit meuble télé. Une bibliothèque remplie de livres de cuisine mais aussi de mangas en japonais et en français ainsi que de photos de sa famille et de ses anciens coéquipiers décorait un coin de la pièce. Enfin, la petite kitchenette, relativement bien aménagée par rapport à d’autres appartements qu’il avait visités, avec meubles hauts, four, micro-ondes et frigos intégrés, prenait à peu près un demi-mur. Sa fenêtre donnait sur cour, et il jouissait d’une certaine paisibilité malgré l’emplacement proche d’une avenue. Il y avait des cactus un peu partout : non pas qu’il déteste les autres plantes, mais il n’a pas la main verte et a tendance à oublier de les arroser. Au moins, les cactus peuvent vivre en attendant que Satori se rappelle de leur existence. 

Tendô et Ushijima décidèrent de prendre une douche chacun leur tour avant de faire quoi que ce soit : l’un cumulait plusieurs heures de travail et sentait le chocolat à des kilomètres, et l’autre avait fait 12 heures d’avion et quelques heures de métro et RER. C’était donc indispensable pour les deux hommes de passer par la petite salle de bain. Tant pis s’ils ne sortaient pas beaucoup ou pas loin aujourd’hui. Ca faisait bien un an qu’il ne s’était pas vu, rien que rester l’un avec l’autre les rendait heureux. Les sentiments de Tendô, pourtant bien enfouis la majorité du temps, ressortent clairement. Il est tellement heureux de la surprise, même si c’est avec l’aide des monstres de l’équipe japonaise, qu’il en oublie tout ce qu’il s’est déjà dit sur une relation longue distance avec Ushijima. Et il ne peut s’empêcher d’y penser pendant que son meilleur ami prend sa douche en premier. 

Il est bien 18 heures quand Satori s’assoit aux côtés de Wakatoshi, une serviette autour de son cou : même s’il a à présent les cheveux très courts, il a gardé cette habitude. Le joueur a un manga en français entre les mains, et tente de lire cette langue aux lettres muettes et aux sons parfois improbables, un air bien plus sérieux qu’à l’accoutumée sur le visage. Tendô ne peut s’empêcher de rire : son meilleur ami est certes peu expressif, mais lui sait lire en lui comme dans un livre ouvert. Il a appris à le comprendre pendant leurs années d’internat dans la même chambre, pendant leurs entraînements. Ils avaient chacun de leur côté quelque chose qui pouvait effrayer les autres, mais à travers le volley, eux qui sont pourtant si différents se complétaient parfaitement, aussi bien sur le terrain que dans leur vie de lycéen. Et ça manque parfois à Satori. Mais en même temps, il est heureux de voir que son ami si stoïque s’intègre dans toutes les équipes qu’il côtoie. 

Ushijima repose le livre, un peu vexé, sous l'œil légèrement moqueur de Satori.

 

- S’il n’y a que ça pour te faire plaisir, je peux t’apprendre le français, Wakatatoshi.

- Ça me servira peut-être un jour, ce ne serait pas une mauvaise idée.

- Oh, tu vises un club ?

- Pas forcément, on verra bien comment ça évolue. 

- Et bien je suis prêt à être ton prof de français personnel si ça arrive !

 

Ils discutent de tout et de rien, avant que Tendô ne décide de sortir vers 20 heures pour aller manger dans un restaurant indien où il a ses habitudes. Ils discutent toujours autour du repas, enfin, surtout, le chocolatier parle et le joueur place quelques mots de temps en temps, mais c’est comme ça qu’ils aiment leur relation. Ils traînent ensuite un peu dans le quartier, profitant des décorations de Noël, du froid ambiant, achetant un vin chaud à une petite échoppe pour entrer dans l’ambiance des fêtes à la française. Ils ne tardent malgré tout pas à rentrer, Ushijima fatigué de son voyage et Tendô de sa journée, et ce dernier promet d’emmener le premier dans des endroits bien plus intéressants à cette période de l’année. 

    Et c’est ce qu’il fait. Après sa douche en revenant du travail, il traîne Ushijima dans les beaux quartiers parisiens, avant d’arriver sur les Champs Elysées à la nuit tombée. Et encore une fois, même si c’est imperceptible aux yeux des autres, Tendô voit les yeux du jeune homme s’illuminer face aux nombreuses lumières de cette avenue connue dans le monde entier. Il en sort même son portable pour prendre une photo, chose suffisamment rare pour le souligner. Et ce regard ne rend pas insensible le chocolatier : il a envie de l’enlacer, de lui sauter dans les bras, de lui tenir la main, mais c’est impossible. Ils traînent devant les vitrines des magasins de l’avenue, toutes aussi décorées les unes que les autres, et presque toutes avec des prix frôlant l’indécence. Ils se dirigent ensuite vers les grands magasins, tout en prenant des cornets de châtaignes chaudes sur la route, une découverte pour le joueur qui n’est jusque-là venu qu’en été. Et même si le froncement de ses sourcils a fait comprendre à Satori qu’il se brûlait les mains, la chaleur et la douceur de la chair fondante dans sa bouche illumine à nouveau ses yeux, et provoque même un petit rictus. 

    Ils restent longtemps devant les vitrines des grands magasins parisiens. Déjà, parce qu’il y a un monde fou, et que malgré leur taille, s’ils voulaient voir chaque détail, ce que semblait désirer le joueur, il devait absolument se rapprocher. Les marionnettes sont hypnotiques pour les deux jeunes hommes. Chaque mouvement, chaque interaction provoqués par ces fils presque transparents, donnent le sourire. Les peluches semblent se faire des câlins, des petits trains électriques tournent autour, il y a même de fausses averses de neige dans certaines vitrines… Tendô semble retrouver son âme d’enfant, et ne peut retenir son grand sourire, s’amusant même avec des enfants qui regardent le même spectacle qu’eux. Ushijima a les joues légèrement rosées ce spectacle, et ce n’est pas uniquement à cause de la température ambiante.

 

- T’as vu Wakatoshi ? J’ai l’impression d’être un gosse, c’est trop beau.

- C’est vrai. 

 

Ils finissent par s’arrêter dans le premier bistrot à proximité, malgré le prix bien trop important pour le chocolatier. Le joueur s’en rend compte avant même la fin du repas, et paie dans le dos. “Pour te remercier de ton accueil”, a-t-il expliqué, sans pour autant convaincre le jeune homme qui l’observe, un sourcil relevé. Néanmoins, il se fait à cette attention et décide de juste s’accrocher au bras de Wakatoshi dans la rue pour rentrer chez lui. 

En arrivant, le chocalatier prépare deux chocolats chauds avec du chocolat de sa boutique et du lait d’amande, y ajoute quelques petits marshmallows (et il réfléchit après au régime que doit suivre le joueur, puis merde, il est en vacances chez un chocolatier, le régime c’est surfait), et les pose sur le kotetsu, allumé pour la soirée après avoir marché longtemps dans les rues froides de Paris la nuit. 

 

- A moi de te faire une surprise Wakatoshi !

- Mmmh ?

- J’ai réussi à décaler mon jour de congé exceptionnellement, parce que je suis un employé extraordinaire, vois-tu. Et j’ai aussi réussi à avoir des places pour Disneyland Paris, et je sais que tu ne l’avoueras jamais, mais t’en rêvais. Donc je suis avec toi demain et je serai aussi à l’aéroport après-demain ! 

 

Ushijima ne répond pas, mais les rougeurs sur ses joues et ses yeux rieurs parlent pour lui, au grand plaisir de Tendô, bien trop fier de son coup. Et imaginant toutes les photos qu’il pourrait faire de son meilleur ami le lendemain, et qu’il enverrait avec plaisir à Goshiki juste pour le rendre fou. A moins qu’il ne les garde que pour lui… Ils se régalent autour du kotatsu, tout en regardant des rediffusions de matchs de volley internationaux. 

 

- Wakatoshi.

- Mmh?

- Merci d’être passé en surprise.

- De rien, tu n’es pas venu depuis un moment, et tu me manquais.

- Ne balance pas tes sentiments comme ça, j’ai pas l’habitude. C’est le contact de Bokuto, Atsumu et Shôyo qui te transforment ?

- Mmh, réagit-il seulement, une moue boudeuse se dessinant sur son visage.

- Heureusement qu’il y a Kageyama, j’aime tellement vos sourires francs et absolument pas forcés sur les photos officielles.

- Je sais que tu te moques de moi, Satori.

- Oups. Enfin c’est pas totalement faux, merci de me faire rire à chaque fois.

- Mmmh.

 

Et même si la tête légèrement boudeuse tout en buvant son chocolat chaud amuse le chocolatier, il ne ment pas. Il aime voir ces photos, il les enregistre systématiquement sur son téléphone, et parfois il finit même en fond d’écran. Par chance, il a eu le temps de changer avant de retrouver Ushijima la veille : il est toujours hors de question qu’il lui dise les sentiments qu’il traîne depuis le lycée. 

Le lendemain, Tendô est réveillé à 6 heures du matin par le réveil d’Ushijima. Il jette un coup d'œil vers le jeune homme à ses côtés, qui se lève doucement. Il décide de ne pas réagir, observant juste le jeune sportif mettre un jogging, un t-shirt, une veste et ses baskets. Alors comme ça, même sans trop connaître le quartier - après tout, ce n’est pas la première fois qu’il vient chez Tendô -, et malgré la fatigue qu’il doit accumuler avec le décalage horaire, il continue de maintenir son corps en forme. A moins que ce soit pour perdre le chocolat chaud de la veille… Quand Ushijima ferme la porte, Tendô s’étire, et décide de se lever pour préparer un vrai petit déjeuner pour une fois. Après tout, avec ses horaires, il mange très rapidement le matin, et souvent du pain, à la française. Là, il décide de préparer du riz, une soupe miso et une omelette, et de sortir quelques pousses de soja et tsukemono de légumes qu’il avait préparés la semaine précédente. Tout est prêt quand le joueur revient, et ils se posent autour du kotatsu pour prendre des forces pour cette journée.

Après moults péripéties dans les transports parisiens, comme bien souvent, les deux jeunes adultes arrivent à Disney. Et Tendô ne peut se retenir de sourire en voyant les joues du joueur rosir et ses yeux s’élargir légèrement. Encore une fois, c’est très discret, mais Satori voit tout chez Wakatoshi. Et il se sent toujours un peu privilégié de profiter de ce spectacle, loin de leurs anciens coéquipiers. Goshiki tuerait pour voir la même chose. 

 

- Wakatoshiiiii, on va faire le Rock’n’Roller Coster ? 

- Satori, je sais pas…

- Allez, c’est que Disneyland, ça peut pas te faire peur. Puis après on fera l’HyperSpace Mountain, le Train de la Mine et Indiana Jones !!

 

Wakatoshi, dans un soupir, finit par accepter malgré ses réticences des manèges à sensation. Lui voulait juste profiter des mascottes, de l’ambiance de Noël, voir la parade… Bref, il voulait rester tranquille avec Satori pour son dernier jour entier. Mais c’est malgré tout lui qui a payé les places, donc pour lui faire plaisir, il le suit. Bien évidemment, il se sent mal à chaque fois. Et bien évidemment, ça ne se voit jamais sur les photos. Et Tendô en achète plusieurs : il peut être un véritable pigeon quand il y a son meilleur ami. Et même si ce dernier gardait son visage impassible tandis que Satori avait les bras en l’air et un grand sourire. Vraiment le jour et la nuit. 

Après avoir enchaîné les manèges, ils décident de calmer un peu le jeu en se baladant dans le parc tout en grignotant. Satori s’accroche innocemment (ou presque) au bras de Wakatoshi, qui sort son téléphone dès qu’il croise une mascotte Disney, les yeux pétillants et légèrement plus ouverts que d’habitude. Ils s’amusent ensemble dans les magasins, le chocolatier met des chapeaux de tous les genres sur la tête de son ami, prenant toujours une photo dans la foulée, sous le regard médusé des autres touristes présents ce jour : ce n’est pas fréquent de croiser deux japonais d’un mètre 90 jouer dans les boutiques, surtout lorsque l’un agit comme un enfant et l’autre semble blasé aux yeux des autres. 

La journée passe extrêmement vite, et il fait déjà nuit. Wakatoshi reprend des photos des illuminations, et Tendô ne peut s’empêcher de prendre Ushijima en photo. Le joueur a un si doux sourire qu’il ne peut s’empêcher d’être illuminé par cette douceur, cette aura autour de lui. Et pendant qu’il prend ses photos, Ushijima tourne la tête, remarquant son ami.

 

- Satori ?

- Pardon, pardon, Wakatoshi, mais entre ton regard et les illuminations, j’ai pas pu m’en empêcher.

- Mmh.

 

Il n’a pas le temps de réagir plus qu’ils sont poussés par la sécurité pour préparer la parade de Noël. Les deux jeunes gens se posent près des barrières, et attendent patiemment. Et la magie de Noël fait à nouveau effet, même si ce n’est pas encore vraiment le 25 décembre. Le spectacle, les musiques, les personnes autour, rendent le duo heureux, un peu euphorique même. Et l’ambiance est à son apogée lors du feu d’artifice. Cette fois-ci, c’est Tendô qui ne peut détacher les yeux du spectacle : il aime ces couleurs qui pétillent, explosent. Après tout, c’est ce qu’il cherche à provoquer chez ses clients. Il sent malgré tout un regard appuyé sur lui. Il tourne doucement la tête, et fait face à un visage qu’il n’a jamais connu chez son meilleur ami : il semble doux, passionné par quelque chose, mais il n’arrive pas à mettre un mot sur cette émotion. Il le voit alors s’approcher tout en tenant son menton de cette si forte main gauche dont il est si fier, et Ushijima pose ses lèvres sur celles de Tendô. Ce dernier ne peut réagir : ça fait tellement longtemps qu’il attend ça, qu’il n’y croyait plus. Il finit par sourire de toutes ses dents, tout en faisant face au doux sourire de son meilleur ami - enfin, peuvent-ils encore s’appeler comme ça ? -, sourire qu’il ne connaissait pas jusqu’à présent. 

 

    Voilà, c’est ça. C’est ça, ce mot qu’il ne trouvait pas. Ushijima semble amoureux. 

 

Ils rentrent chez le chocolatier, main dans la main, le sourire aux lèvres. La nuit n’est pas reposante, elle est chaude, passionnée, exaltant les sentiments que l’un et l’autre développent depuis bien trop longtemps sans avoir osé l’exprimer. Ils s’endorment tard dans la nuit, l’un dans les bras de l’autre, profitant de leurs derniers instants ensemble avant le départ de Wakatoshi. 


- T’es sûr de ne rien avoir oublié, Wakatoshi ?

- J’ai vérifié, et je ne pense pas. 

- Et bien c’est parti alors !

 

Il est 13 heures, l’avion du volleyeur est en début de soirée. Il arrivera à 15 heures au Japon le lendemain, et il ira directement au gymnase s’entraîner, jusqu’aux mondiaux de février. Dans le RER, le chocolatier ne peut s’empêcher d’aborder la question qui fâche, celle qu’ils ont magnifiquement ignorée depuis la veille au soir.

 

- Wakatoshi, comment on doit appeler notre relation ?

- Tu es et resteras toujours mon meilleur ami.

- Ouais, mais cette nuit, on a clairement été plus que des meilleurs amis, Wakatoshi.

- Certes. 

- Mais je suis d’accord, se dire en couple alors qu’on est à 15.000 km de distance, ça me semble compliqué.

- Tu ne penses pas revenir ?

- Ce n’est pas dans mes projets immédiats.

- Alors attends-moi, je trouverai un club en Europe pour la saison prochaine.

 

Tendô écarquille les yeux. Pour lui, les propos de Wakatoshi sont dignes d’une demande en mariage. Il éclate de rire.

 

- Ok, mais ne choisis que le meilleur.

- Il n’en est pas autrement.

- Alors j’attendrai. Je t’aime, Wakatoshi.

 

Il ne s’attend à aucune réponse, mais le petit sourire que lui adresse son amoureux - il peut l’appeler comme ça, non? - veut tout dire. 

 

- Mais on dirait rien aux gars.

- Lesquels ?

- Tous, Wakatoshi ! Ni ton club, ni l’équipe japonaise, ni nos anciens coéquipiers. Pas tout de suite en tout cas. On les mettra devant le fait accompli, ce sera bien plus drôle de voir leurs têtes.

- D’accord. 

- Ah, on arrive.

 

Ils sortent du RER, et se dirigent vers l’aéroport. Ils attendent tout en discutant et en se tenant la main en redoutant l’appel pour le vol du joueur japonais. Il finit par retentir.

 

- Faut que tu y ailles, Wakatoshi.

- Je sais, mais c’est plus dur que ce que je pensais de te laisser maintenant.

- Faut assumer ses erreurs, réagit Tendô, un grand sourire aux lèvres et un regard moqueur dirigé vers son…. son… bref, vous avez compris.

- Si seulement tu me disais quand on peut se revoir.

- Au plus tard en février.

- Hein ?

- Tu crois que je vais rater les mondiaux de volley alors que vous serez en Europe ? J’ai déjà posé mes congés, t’as intérêt d’aller loin.

 

Comme seule réponse, il a les bras forts d’Ushijima qui entourent son cou. Il reste quelques instants comme ça, avant de relever la tête, d’embrasser Tendô et de se préparer à partir. 

 

- Attends, petit cadeau de Noël !

 

Ushijima prend le petit paquet dans ses mains, et en sort un porte-clef à l’effigie de Charlie et la Chocolaterie.

 

- Tu penseras à moi comme ça.

- J’osais pas te donner quelque chose quand je suis arrivée, tiens.

 

Il fouille dans la poche intérieur de son manteau, et sort un petit porte-clefs à l’effigie de la mascotte des Schweiden Adlers.

 

- Tu m’as dit que tu l’avais perdu.

- Géniiiiiiaaal, merci Wakatoshi !! Enfin si tu changes de club prochainement, c’est peut-être dépassé.

- En attendant, non.

- Je sais Wakatoshi, soupira-t-il avant d’embrasser Ushijima. Allez, pars. On se revoit prochainement.

 

Ushijima s’éloigne pendant que Tendô remue les bras dans tous les sens pour lui dire au revoir. Il va vraiment falloir qu’il fasse un effort pour revenir au moins une fois au Japon dans les prochains mois, maintenant. Il a attendu pendant des années, et maintenant, il a l’impression qu’il ne peut plus se passer d’Ushijima. Il soupire, puis sort de l’aéroport. Il a bien trop de travail dans les prochains jours, au moins, ça lui occupera l’esprit.