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Redemptus

Summary:

Désormais de retour sur le trône, Arthur Pendragon réfléchissait beaucoup. À elle, à lui, à eux. Il doit se repentir, il doit se faire pardonner autrement il ne pourra plus être « Arthur le juste »

Notes:

C’est ma première fic j’espère qu’il vous plaira
Merci à ma bêta @milymargot pour sa relecture

Chapter Text

Arthur réfléchissait beaucoup. D’ordinaire il passait son temps à trouver des solutions et à supporter les comportements de gens qui composaient sa cour. Il ne sait toujours pas comment il a pu s’entourer de personnes pareils (oui il sait c’est pour le Graal) mais son cerveau ne pouvait s’empêcher d’être en ébullition.
Alors il réfléchissait. Aux pistes pour le Graal, à comment faire comprendre à ses hommes l’importance de ce dernier, à faire plaisir à sa mère, même s’il sait que c’est perdu d’avance, à échapper aux différents complots qui peuvent être monté contre lui. Bref une vie de roi quoi.

S’il y a une chose qui ne l’avait pas manqué durant son exil c’était bien cet aspect-là. Il sait qu’il ne devrait pas dire cela mais une vie d’esclave c’est quand même la simplicité. Bon il est vrai qu’il était plutôt bien tombé avec Damanian comme maître, mais quand même. Une vie rythmée par les mêmes gestes, sans arrêt, en boucle, manger et dormir. La fatigue l’empêchant de réfléchir et de profiter de son environnement, ses journées passaient à une vitesse qu’il n’arrivait pas à compter les jours. C’est ainsi qu’il a pu tenir dix ans sans réfléchir, ne pensant à rien (si une fois à ce qu’il allait manger le soir).

Arthur ne s’était pas senti aussi libre et libéré depuis longtemps. À vrai dire il n’a pas souvenir d’avoir ressenti ça depuis qu’il est venu au monde. Promis à un destin dès son plus jeune âge ; envoyé dans l’armée romaine pour fuir l’oppression de son père puis roi du royaume de ce dernier (l’ironie). Non, la liberté il ne l’a jamais connu. Maintenant qu’il y a goûté, il sait désormais que ce n’est pas celle-ci qui l’a conduit à se battre contre l’esclavage. Ce n’est pas pour la liberté qu’il a œuvré toute sa vie contre ces personnes enchainées pour des raisons qui ne font pas sens. Ce n’est non plus par pur empathie ou par amour comme pour Shedda. Non s’il a fait tout ça c’est pour que ces personnes ne deviennent pas des pantins comme lui. Qu’ils puissent être maître de leur vie. Oui, c’est pour que le monde ne soit pas régi par des règles, des croyances qui vont à l’encontre du bonheur humain.

Maintenant qu’il est revenu, il en est sûr. Mais surtout sur d’une chose : qu’il a échoué lamentablement. Toute sa vie il s’est battu contre l’injustice mais il n’a pas su la faire régner au sein de son cercle intime. Lui qui est allé même jusqu’à tuer un bourreau, il l’était devenu pour quelqu’un d’autre. Pour une personne qui n’a jamais rien demandé, une personne à qui on n’a guère laissé le choix et qui durant des années à souffert en silence. Il y a des blessures qui ne guérissent pas, les blessures mentales en font partie. Comment a-t-il pu être égoïste au point de ne rien voir.

Du coup Arthur avait recommencé à réfléchir mais cette fois-ci par choix. Tout comme il avait choisit de partir il y a dix ans, il fait le choix désormais de cogiter. Non pas pour le Graal ou pour le royaume mais pour cette personne. Cette personne, qui à cause de son destin s’est vu retirer tout choix dans sa vie. Et elle n’est autre que Genièvre, son épouse, enfin ex-épouse. Allongé dans son lit en Carmelide, il repensait à tout ce qui s’était passé ces derniers jours. Il ne trouvait pas le sommeil de toute façon. Dix ans à dormir sur un lit de paille il ressentait un sentiment étrange à se trouver dans un lit bien trop grand pour une seule personne. Alors il décida de penser à elle et à ce qu’il avait ressenti en apprenant son enfermement dans la tour. A sa couronne de fleurs.

Une boule se forma dans son ventre à l’évocation de celle-ci. Le symbole de leur union préservé depuis plus de vingt ans par une personne qu’il avait rendue malheureuse. Une personne ignorée, trompée, humiliée et il en passe. Oui il avait conscience de tout cela, il l’avait toujours su mais préférait l’ignorer tant que ça pouvait justifier son mal être. Mais il ne pouvait plus désormais, pas après tout ce qui s’est passé. Lui qui pensait la libérer d’un mariage malheureux n’a fait qu’empirer la situation. Peu importe ce qu’il pensait d’elle durant son règne et toutes les choses qu’il lui a dites, au fond de lui il n’a jamais voulu la blesser réellement. Elle ne méritait pas ce sort, pas après ce qu’elle a subi avec lui.

L’embrasser en haut de cette tour était un moyen pour lui de lui rendre l’espoir, non pas avec lui mais de la vie en général. Tout comme il l’avait fait avec Shedda il voulait être son libérateur. Voir son prétendant échouer l’avait travaillé. Il tenta tant bien que mal de ne pas le montrer, plus exaspéré par son retour forcé. Mais l’évocation de sa couronne de fleurs a fait tomber toutes les barrières qu’il s’était mis vis à vis d’elle.
Et depuis il ne savait pas comment se comporter. Doit il faire comme si rien ne s’était passé? Ou au contraire mettre les choses au clair avec elle?
Difficile de répondre à ces questions, d’autant qu’il a appris plus tard qu’ils ne sont plus mariés. Sans le vouloir il a embrassé une femme mariée une nouvelle fois, et celle de Karadoc par dessus le marché. Décidément il n’était pas doué. Mais ce qui le gênait le plus c’est ce sentiment dont il n’arrive pas à s’en défaire : la honte
Honte de l’avoir malmenée, de l’avoir abandonnée durant son exil, de l’avoir échangée (surtout après avoir vu le début de folie de Lancelot).

Alors il l’évitait du mieux qu’il pouvait. Surtout depuis sa tentative de suicide. Il ne pense pas qu’elle soit au courant, du moins c’est ce qu’il espère. Il faisait de nouveau l’hypocrite. C’est plus fort que lui, sa dépression est plus forte que lui.

Finalement après un long moment à réfléchir il décida d’aller prendre l’air pour soulager son cerveau en ébullition. Connaissant Leodagan, il a du instaurer un couvre feu mis a part pour les gardes afin de renforcer la surveillance. Aucune chance qu’on ne vienne le déranger du coup. Enfilant son manteau de fourrure et s’équipant d’une torche il s’aventura dans les couloirs en direction des jardins. Un sourire se fait visible sur son visage. Jamais il n’aurait cru son beau père, enfin ex-beau père se lancer dans l’agriculture. Lui qui faisait tout pour éviter les séances de doléances et perdait patience face à Ropartz et Guetenoc s’est trouvé à jardiner. Quelle ironie.

Arrivant dans les dits jardins, il inhala un grand bol d’air frais, sentant son corps se détendre petit à petit. Repérant un banc derrière une parcelle de choux il commença à s’avancer quand il aperçut une silhouette féminine assise sur le banc qu’il visait. La personne était de dos mais il reconnaîtrait cette chevelure a des kilomètres: Guenievre.
Mince. Comment l’objet de ses tourments pouvait il se présenter devant lui comme ça alors qu’il n’a aucun moyen d’échappatoire. Il n’était pas prêt. Clairement pas. Il devait faire demi tour sans se faire repérer. Alors le plus silencieux possible il rebroussa chemin jusqu’à ce qu’il marche sur une branche d’arbre et tombe à plat ventre sur les choux.
« Qui va là ? »
Cette fois c’est sûr, il aurait dû respecter le couvre feu.
Bonjour

Chapter 2: Chapitre 2

Chapter Text

Tout en se relevant Arthur ne put s’empêcher de râler. Non seulement il s’est fait démasquer mais en plus il s’est ridiculisé. Tu parles d’un roi.
« C’est moi », répondit il en essuyant les traces de terre sur sa fourrure. « Pardon je ne voulais pas vous surprendre ». Il se tourna complément vers la princesse de Carmélide, d’un air gêné.
« Ce n’est rien ». Elle lui lance un petit sourire timide. « vous non plus vous n’arrivez pas à dormir? »
Il s’avance d’un pas lent, ne sachant pas s’il devait s’approcher ou pas.
« disons que j’ai perdu l’habitude de dormir dans un vrai lit, encore moins dans un château ».
« rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul. Je vous en prie, venez-vous asseoir ». Elle tapote le banc sur lequel elle est assise. « ce n’est pas en restant debout que vous allez trouver le sommeil ». Cette fois elle lui lance un sourire rempli de tendresse.

La boule dans son ventre se manifesta de nouveau et son cœur se mit à battre plus fort. il devrait être interdit de faire de tels sourires. Il resta quelques instants sur place, ne bougeant pas d’un centimètre jusqu’à ce que la voix de Guenièvre se fasse entendre de nouveau.
« vous ne voulez pas? » Cette fois elle lui lance un regard inquiet.
« non, non, bien sûr que si »
Il vint s’asseoir à côté d’elle, en prenant soin de garder une distance correcte entre eux. Après tout, ils ne sont plus époux. Puis le silence s’installa.

Elle avait sûrement replongé dans ses pensées avant qu’il ne l’interrompe. Ne sachant pas trop quoi faire, il se mit à observer autour de lui.
Il faisait nuit mais quelques torches étaient resté allumées permettant de voir assez. Sans doute oubliées par les servants. Durant son règne il n’avait visité la Carmélide qu’à de rares occasions, ne prenant pas trop le temps d’apprécier son environnement .
Il faut dire qu’à l’époque de un le château n’existait pas et de deux la Carmélide était plutôt connue pour ses terres agricoles, pas vraiment une station balnéaire. De toute façon tout ce qui était relié à sa femme et sa belle famille ne l’intéressait guère. Il les voyait comme des pécores. Terrible erreur. Le roi et la reine de Carmélide étaient ce qu’ils étaient (des assoiffés de pouvoir) mais ils lui ont toujours été fidèles, même après les avoir abandonnés. Là aussi terrible erreur de jugement. Ce n’est pas qu’à Genièvre qu’il devra des excuses, mais à toute sa famille.

Il prit le temps de regarder le jardin pour la première fois depuis qu’il s’est installé dans le château. Ils se trouvaient derrière le potager. Tout l’arrière abritait des arbustes en tout genre plantés dans une symétrie parfaite. Difficile de distinguer précisément les variétés mais il devina quelques rosiers ainsi que des magnolias grâce aux fleurs. La saison s’y prêtait parfaitement, après tout c’est le printemps.
Un parfum de menthe flottait dans l’air, sûrement par la présence de ce dernier autour d’eux. Planté au milieu de cette verdure, un bassin avec une fontaine rappelant ceux qu’il voyait à Rome. On pouvait entendre l’eau couler, un fond sonore assez apaisant dans ce silence frustrant, du moins pour lui. Le tout donnait au jardin un certain décor romantique, loin d’égaler ceux de Kaamelott et encore moins de Rome mais ce n’est pas pour lui déplaire. Il avait toujours été attiré par la mode romaine.
Par contre ça ne correspondait pas aux maîtres du lieu. Les gens changent pensa t’il. Mais ce qui attira son intention c’est l’arbre au loin, un grand arbre aux branchages majestueux et le petit banc a son pied.

« c’est marrant, cet arbre me rappelle celui de Kaamelott ». Il ne put s’empêcher de sourire un peu, en repassant à ce fameux arbre où lui et Leodagan se sont disputés pour finalement s’y asseoir tous les deux et casser la croûte.
« oui je pense que mon père est nostalgique. Il avait beau râler, on finit par s’attacher après tant d’années ». Elle désigne de tête un point devant eux. « Tenez ce décor ne vous rappelle pas le jardin de Kaamelott ? » Poursuivit elle
« carrément ! Et dire que mis à part Bohort, je n’ai eu droit qu’à des critiques pour le jardin. Soit disant que c’est trop neuneu » répond-il en levant les yeux au ciel.
« je pense surtout que c’est par fierté » Elle sourit «Apres je ne sais pas si vous l’aviez remarqué mais bon nombre d’entre nous utilisions les jardins pour se promener. J’ai déjà surpris mes parents au détour d’une haie »
Il ne put s’empêcher de lui lancer un regard incrédule
« vous rigolez?!»
Cette fois elle rit de bon cœur
« si si je vous assure, et plus d’une fois »

En l’entendant rire, son cœur se serra légèrement. Il ne pensait pas que son rire lui manquait. Alors il la regarda vraiment depuis qu’il l’avait rejoint sur ce banc.
Sur elle aussi les marques du temps étaient visibles, forcément, mais contrairement à lui, cela lui donnait une certaine maturité à la fois douce et affirmée.
Ses cheveux attachés en une simple tresse d’où s’échappaient quelques mèches lui faisait penser à leur première nuit ensemble. Habillée d’une robe de nuit et portant une fourrure pour se protéger de l’air frais, elle était attirante. La simplicité lui allait à merveille, depuis toujours. Elle n’avait jamais été laide, même s’il lui avait fait croire le contraire pendant toutes ces années, la privant de confiance en elle.
Guenièvre fait partie de ces femmes dont la beauté s’exprime plutôt dans les expressions et attitudes. Une femme douce mais au caractère bien trempé à l’image de ses origines. On se sent naturellement attiré, pour peu qu’on prenne le temps de s’intéresser à elle. Ce qu’il ne fit pas.

Se sentant se perdre dans des pensées douloureuses, il tenta de se reprendre en fixant la fontaine en face d’eux. Après un instant il poursuivit, avec une pointe de mélancolie dans sa voix
« ils se sont en réalité bien trouvé vos parents »
« ils se sont surtout choisis. Ça aide en général »

Aie. Comment pouvait il plomber l’ambiance aussi rapidement, Arthur n’en avait aucune idée. Mais l’air devenait soudainement plus lourd. Ou c’est parce qu’il avait soudainement du mal à respirer.
Il lança un regard furtif en sa direction. Son expression n’avait pas changée, elle semblait toujours absorbée par un point fixe, affichant plus un air fatigué que douloureux.
Ne sachant pas quoi répondre, il se contenta de regarder le sol. Apercevant un bout de branche, il le ramasse et se mit à faire des dessins pour se calmer et surtout pour organiser ses pensées. Mais rien ne lui vint à l’esprit. Il n’était décidément pas prêt à lui parler, lui qui appréciait leur conversation, cette simplicité qu’il y a eu entre eux à discuter. Il n’a pas souvenir d’avoir eu un tel échange avec elle.

Faux. Il se souvient de cette fois où il était rentré sans enfants et qu’elle s’est occupé de lui. Un échange certes déplaisant au vue du contexte à l’époque mais si naturel. Comme un vrai couple. Comme ça aurait dû être durant leur mariage.

Mais le roi de Bretagne est un idiot qui ne sait pas parler à son ex femme.

« mais je vous en veux pas » reprit elle. Cette fois elle se tourne vers lui avec un sourire désolé. « Vous n’avez pas eu le choix à notre mariage, l’avenir du royaume en dépendait ».
« oui mais j’ai fait le choix de me comporter comme un connard envers vous ». Lui répond il. Levant ses yeux vers elle, leur regard se croisent. Noisette croisant un marron ténébreux. Un échange lent et profond pour les deux ex conjoints. Le premier depuis qu’ils sont revenus de la tour. Le premier depuis qu’il l’a embrassé. Il a atteint un point de non retour, Arthur ne peux plus faire marche arrière.
« j’ai fait le choix d’ignorer notre mariage, politique ou pas. Les Dieux ne m’ont jamais dit de vous malmener, je l’ai fait pour préserver une promesse qui au fond je savais injuste et injustifiée car je voulais me raccrocher à un espoir ». Il s’arrêta un court instant, cherchant ses mots « L’espoir de retrouver une personne qui avait clairement fait le choix de passer à autre chose »
Genièvre, ne tenant plus son regard, détourna le sien mais Arthur eu le temps de voir ses yeux briller. Elle retenait ses larmes. Alors prit d’un élan de courage, il poursuivi

« j’ai été un égoïste fini durant notre mariage, je ne vous ai jamais laissé une chance dans ma vie. Nous aurions pu trouver une harmonie à défaut de s’aimer comme des amants et au lieu de ça je vous ai enfermé dans un mariage tortueux. À vous non plus on n’a pas laissé le choix, tout comme vous m’avez été imposé je vous ai été imposé. Et le pire c’est qu’en sachant tout cela, j’ai fait le choix de vous abandonner ensuite.
Cet abandon a duré dix ans mais il aurait pu être plus long si on ne m’avait pas fait revenir. Je n’aurais jamais du partir sans vous, ou sans vous le dire. J’aurais du vous laisser le choix de me suivre ou non.
Vous étiez ma femme et à ce titre vous méritiez de le savoir, à ce titre j’aurais du vous protéger, à ce titre j’aurais du vous en libérer.
Je sais que tout ce que je dirais n’effacera pas la peine que je vous ai causé mais je tenais à vous le dire le plus sincèrement du monde : je suis désolé Guenièvre. »

A ces paroles, elle s’effondra, ne retenant plus ses larmes.

Chapter 3: Chapitre 3

Notes:

Voilà j’ai eu tout juste le temps de finir ce chapitre avant de tomber malade 🤧
Il était prêt depuis mais j’avais pas la force de le publier, trop ko
La ça va un peu mieux alors voici

J’espère qu’il vous plaira et encore une fois merci à me bêta @milymargot

Bonne lecture

Chapter Text

Elle s’était effondrée, ne tenant plus en écoutant ses paroles. Les larmes coulaient à flots, son corps tremblait en tentant de refréner ses pleurs, mais en vain. Il restait là, impuissant, ne sachant pas quoi faire. Il n’osait pas se rapprocher et encore moins la prendre dans ses bras, préférant lui laisser le temps et l’espace nécessaire pour encaisser. De toute façon il ne savait pas quoi dire pour la rassurer. Rien de ce qu’il dira allègera la douleur qu’il a causé.

Alors il patienta, jetant de temps à autre un regard en sa direction. Il essaya de se concentrer sur le bruit d’eau de la fontaine pour calmer sa culpabilité, mais plus facile à dire qu’à faire.
Il n’avait jamais aimé voir une femme pleurer, même quand il était à l’origine de ces pleurs. Il y avait quelque chose de déplaisant à les voir pleurer. Cela lui laissait un goût amer, depuis tout petit sans doute grâce aux enseignements reçus d’Anton. Défendre les plus faibles.
Il aurait aimé trouver les mots justes pour la blesser le moins possible mais ils sortirent de sa bouche sans qu’il ne puisse les arrêter ou contrôler. Il est beau le souverain de Bretagne.

Après quelques minutes, qui lui semblait une éternité, ses sanglots se calmèrent et sa respiration repris un rythme normal.
Elle essuya les quelques larmes qui continuaient de couler. Ses joues avaient tourné vers le rose profond et ses yeux, d’ordinaire d’un noisette clair étaient à présent d’un châtain foncé. On pouvait y apercevoir une petite lueur, intensifiée par les torches allumées autour d’eux. Soutenir son regard était difficile alors pris de honte, il baissa ses yeux pour contempler ses pieds.

« Merci » murmura t-elle « C’est la première fois que quelqu’un me présente des excuses »

« Vous n’avez pas à me remercier » chuchota-t-il à son tour « …. C’est un dû »

« Mais quand même, j’avais peur que vous m’en vouliez »

Surpris il lui jeta un regard stupéfait
« Vous en vouloir ? Mais pour quoi faire ? »

« Ben… comment dire »
Cette fois, c’est elle qui baissa le regard, trouvant soudainement la couture de sa robe plus qu’intéressante
« Après ce qui s’est passé…. Ce qui s’est passé à la tour, ben après que vous m’ayez… ben vous savez quoi »

« Après notre baiser » répondit-il sans gêne

« Oui après ça, vous sembliez m’éviter alors je pensais que… que déjà que vous ne vouliez pas vraiment revenir et que je vous avais obligé à faire une chose que vous détestez à mon égard »
Elle prit une grande inspiration comme pour se donner du courage avant de poursuivre
« Donc oui merci, parce que finalement vous n’êtes plus obligé de me supporter à présent »

Arthur n’en croyait pas ses oreilles. Comment pouvait-elle penser ça ? C’est vrai qu’il l’avait évité mais c’était uniquement parce qu’il avait honte de son comportement passé. Parce qu’il cherchait un moyen de se faire pardonner.
Il est un idiot. Il pensait avoir été discret mais pas du tout.
Il se tourna complètement vers elle, toute trace de honte oublié et se lança de son air le plus sérieux
« Guenièvre regardez-moi »
Hésitation

« Guenièvre, s’il vous plaît, regardez-moi »

Après quelques secondes, ses yeux se levèrent lentement pour rencontrer les siens timidement

« D’un, si je vous ai embrassé dans cette tour ce n’est absolument pas par obligation. Je n’ai pas pour habitude d’embrasser des femmes sans en avoir envie est-ce clair ? »

Elle hocha lentement
« Parfait. Et de deux si je vous ai blessé en vous évitant sachez que ce n’était pas du tout mon intention »

« C’était quoi alors ? »

Ce fut à son tour de rougir
« Ben… en fait… j’avais honte »

« Honte ? »

« Oui honte. J’avais honte voilà » il croisa ses bras, comme un enfant qui boude

« Mais je ne comprends pas » poursuivit Guenièvre « De quoi aviez-vous honte ? Ses yeux s’agrandissent soudainement, la panique visible, sa voix prenant une tonalité plus aiguë « Vous aviez honte de m’avoir embrassé c’est ça ? »

« Mais pas du tout, ce n’est pas ça du tout, j’ai aimé vous embrasser au contraire ! » Il s’exclama, se levant du banc comme pour accentuer ses propos avant de réaliser ce qu’il venait de dire.

« Ah bon ? »

Mince
Il venait sérieusement de dire ça ?
Il sentait la panique monter. Faut vraiment qu’il arrête de parler.

« Euh… ben… disons que. C’était pas désagréable quoi… Oui voilà c’était pas désagréable »
Le roi de Bretagne affichait à présent un visage tout rouge
En voyant cela, Guenièvre vira elle aussi au rouge, le rejoignant dans ce moment de gêne. Ils restèrent quelques instants sans s’adresser la parole jusqu’à ce qu’il se rassoie en se raclant la gorge, une mécanique de défense sans doute.
« Bon voilà en tout cas, ce n’est pas pour ça que j’ai eu honte. Non c’est plus lié à mon attitude envers vous durant notre mariage »
Elle resta silencieuse et il prit ça comme un signe pour continuer

« Vous voir en haut de cette tour m’a rappelé à quel point la vie pouvait être injuste, que je n’ai pas pu protéger les personnes qui en avaient le plus besoin. »

Un vent se leva brusquement, les obligeant à ajuster leur manteau. Il serait temps de regagner leurs chambres pensa t-il
«Alors j’ai eu envie de vous donner ce que vous méritez d’avoir »

Guenièvre ne disait toujours rien, sans doute réfléchissait-elle, il ne le savait pas. Il n’osa pas la regarder

« Pardonnez-moi si ce n’est pas très clair pour vous, à vrai dire pour moi non plus ce n’est pas très clair. Je n’avais pas prévu de vous croiser cette nuit » chuchota t-il.

« Non ne vous inquiétez pas, c’est clair pour moi. Et permettez-moi d’ajouter ceci, contrairement à ce que vous pensez, vous êtes un bon roi. Vous venez de me le prouver »

Elle passa sa main sur la sienne, la caressant lentement du pouce. Un geste de consolation qu’il trouva étrangement agréable. Cela faisait bien trop longtemps qu’il n’avait pas été touché de manière aussi affectueuse. Ça lui avait manqué. Il l’observa sans rien dire, profitant de ce moment unique. Elle avait la main froide mais le contraste avec sa peau restait réconfortant. Puis elle la retira et il regretta instantanément le manque de contact.
Un nouveau vent plus fort que le précédant se manifesta, faisant voler quelques feuilles au sol.

Guenièvre se leva, s’enveloppant entièrement dans son manteau et vint se planter devant lui, tendant de nouveau sa main
Il l’a regarda quelques secondes avant de l’accepter pour se lever à son tour.
Ils se trouvèrent désormais l’un en face de l’autre, une proximité qu’ils n’avaient pas connu depuis le baiser. Leur regard se croisèrent, se perdant dans un souvenir lointain mais proche à la fois. Un souvenir d’une douceur nouvelle pour elle et d’une fraîcheur retrouvée pour lui. Il avait peu ressenti le manque corporel durant sa période d’esclave, trop occupé et fatigué pour laisser son esprit errer vers des pensées impures. Il a suffit qu’il l’embrasse pour que son corps se réveille, se souvienne de cette soif qui ne disparait pas vraiment et qu’il faut assouvir. Un besoin d’autant plus intense quand on sait qu’il était très actif pendant son règne.

Il pouvait sentir son parfum, une odeur de rose qu’il avait décrété détester à l’époque mais qui aujourd’hui lui semblait si attirante, familière et étonnamment naturelle. Une odeur qu’il n’avait plus senti depuis dix ans. Elle semblait le détailler, scrutant chaque parcelle de son visage comme pour mémoriser un tableau qu’on aurait peur d’oublier.
Ses grands yeux noisette, innocents mais déterminés qui pendant des années ont cherché les siens. Son petit nez fin et légèrement pointu qu’elle grattait quand elle était gênée.
Ses lèvres, petites et fines, légèrement rose qu’elle mordait quand elle était énervée, le plus souvent contre lui. Ces lèvres qu’il avait caressé des siennes, mordues et léchées. Ces lèvres qu’il avait envie de sentir à nouveau. En avait-il le droit ? Comment le prendrait-elle ? Après tout, il n’a à aucun moment déclaré sa flamme. Cette attraction qu’il ressent est peut-être juste liée à son abstinence et sa culpabilité. Pouvait-il profiter de la situation alors qu’elle attend certainement autre chose de sa part ? Désirait-elle même quelque chose ? Les questions fusaient dans sa tête mais Arthur ne put s’empêcher d’approcher son visage du sien, comme magnétisé par son regard. Il voulait seulement goûter ces lèvres qu’il avait trouvé si délicieuses.

Tout à coup, un autre vent accompagné de pluie les surpris. Ils sortirent immédiatement de leur état de transe. La pluie s’intensifiait à chaque seconde, leur laissant pas le temps de maudire la météo. Couvrant leur tête avec leur manteau, ils se mirent à courir en direction du château, ne faisant pas attention aux plantations sur leur chemin. Arrivé dans le hall d’entrée, ils reprirent leur souffle. Ils n’avaient pas couru aussi vite depuis la fameuse attaque à Kaamelott pour échapper aux Saxons.
Tout en tentant d’essuyer les gouttes d’eau sur son visage, Arthur maudissait le temps breton. Il n’y ferait jamais. En voyant cela, Guenièvre rigola légèrement, se souvenant de son caractère grognon. Certaines choses ne changent jamais.

« Bon ben, je crois que je vais vous laisser » lui annonce-t-elle. « Vous devriez essayer de dormir aussi, vous allez certainement être sollicité de bonne heure demain »

« A qui le dites-vous, j’ai tellement hâte » souffla t’il en en levant les yeux au ciel. « Vous voulez que je vous raccompagne à votre chambre ? » poursuivit-il dans un chuchotement

« Ça ira merci. Ma chambre est dans l’aile opposée » indiqua-t-elle de sa main

Il tenta de ne pas montrer sa déception mais n’insista pas. La nuit fut assez intense comme ça.

« Alors du coup bonne nuit Sire » lança-t-elle timidement

Il releva le Sire. Jamais elle ne l’avait appelé ainsi, même quand ils étaient froids. Pour une raison qu’il ignore, il trouvait que ça sonnait faux. Elle n’a pas à l’appeler comme ça. Comment alors ? lui demanda son inconscient.
Il s’aperçut qu’elle attendait un retour de sa part

« Bonne nuit Guenièvre »
Puis il la regarda partir, jusqu’à disparaître dans la pénombre du couloir.

 

 

Guenièvre resta collée derrière sa porte. Elle n’arrivait pas à contrôler ses émotions. Il lui a présenté des excuses, Arthur Pendragon.
Jamais elle n’aurait cru vivre un tel moment, surtout avec lui. Elle ne le montra pas mais elle avait été profondément touchée. Il semblait si sincère. Elle était rassurée, elle qui avait peur de l’avoir fait fuir avec son histoire de couronne, bien au contraire. Il a déclaré avoir eu honte.
Guenièvre n’est pas le genre de personne à rechercher la justice, mais elle reconnait que ça fait du bien d’être reconnue à sa juste valeur. Elle avait longtemps oublié l’idée d’être intéressante aux yeux de quelqu’un, même auprès de ses parents. La seule personne avec qui elle partageait une complicité était son frère Yvain mais il a disparu on ne sait où.

Elle avait prié pendant longtemps pour le bien être de son ex-époux. Même si celui-ci l’avait abandonné, elle savait qu’il n’allait pas bien. Elle s’était rendue compte qu’il n’aimait pas être roi, sa dépression remonte bien avant cette histoire avec Lancelot. Elle l’avait vu mais resta impuissante, tant il ne la supportait pas.
Alors le voir en vie et en forme, enfin à part son épaule avait été un si grand soulagement qu’elle en oubliait sa condition.
Quand il avait retiré Excalibur et qu’elle avait arrêté de flamboyer, elle eut peur. Peur que les Dieux l’ait abandonné. Il devait être protégé, c’est le libérateur du peuple et personne d’autre. Elle se souvint alors qu’elle avait laissé sa couronne de fleurs dans la tour de Roi Ban. Elle devait la récupérer.
Elle ne s’attendait pas à ce qu’il l’accompagne et encore moins au baiser. Son premier du haut de ses quarante ans. Elle avait été touchée. Le baiser était merveilleux, le moment parfait, comme dans ces histoires qu’elle lisait enfant.
Puis il l’évita et elle comprit qu’il n’avait aucune intention particulière à son égard. Elle pensait ne plus rien ressentir mais cela lui brisa le cœur. Le voir éviter son regard, parler avec les gens autour pour ne pas avoir à lui parler à elle. Mais le plus douloureux dans tout ça c’est qu’elle ne sait pas combien de temps il restera avec eux.
Oui elle savait
Elle savait ce qu’il avait tenté de faire dans le château en ruine. La petite de Karadoc en avait parlé à sa sœur et elle les avait surpris dans le couloir.
Il n’était pas guéri. Ces dix ans d’absence n’ont pas permis à Arthur Pendragon de remonter la pente. Ou alors le fait de revenir ici à rouvert des vieilles blessures.

Inspirant et expirant, main contre sa poitrine, elle tenta de calmer son cœur qui battait la chamade. Se débarrassant de son manteau qu’elle posa sur le portant à coté de la porte, elle se dirigea vers son lit pour s’y asseoir.
Elle avait toujours apprécié sa chambre en Carmélide. Elle pouvait se remémorer ses rêves d’enfant et les moments de complicité avec Yvain. Les soirées qu’ils passaient à écrire des histoires ou à se raconter leur histoire d’amour idéale. Une naïveté d’enfance qu’elle conserva son mariage durant, tant personne prenait le temps de la former à la vie.

Elle s’allongea dans son lit pour se réchauffer. Dans le confort de son cocon, ses pensées dérivèrent vers lui, une fois de plus. C’est comme ça tous les soirs depuis dix ans. Non, depuis plus de vingt ans. Depuis ce premier soir où ils partagèrent leur couche pour la première fois. La fois où il décida de ne jamais la toucher.
Elle avait lu ses mémoires car elle voulait savoir, comprendre ce qui a poussé cet homme à finir ainsi.
Anton, Manilus, César. Tant d’hommes qui ont influencé sa vie, une vie dictée par les autres. Sa vie non plus n’a pas été simple. Elle s’était prise d’affection pour ce jeune homme obligé de combattre la vie au fil qu’elle avançait dans sa lecture. Elle entrevoyait sa fragilité, l’amour qu’il portait pour autrui, un amour dont on l’a privé pour accomplir un destin incroyable. Il n’a jamais pu être avec les siens et ça avait fendu le cœur à Guenièvre. Il aurait pu être heureux si les Dieux ne l’avait pas choisi. Il aurait pu être heureux s’il avait été avec elle, cette femme romaine à l’origine de son cœur brisé.

Aconia
Elle avait lu, et relu les histoires la concernant de nombreuses fois, mémorisant à force les passages. Elle s’était effondrée en larmes la première fois. Non pas de tristesse mais de soulagement.
Pendant longtemps elle avait cru que le problème venait d’elle, qu’elle était repoussante physiquement. Il avait passé son temps à le lui faire comprendre, à tel point qu’elle perdit petit à petit confiance en elle. Elle essaya même des choses qui allait à l’encontre de sa morale comme coucher avec deux femmes en même temps. Elle était prête à céder ainsi sa virginité tant que ça lui permettait de consommer son mariage, d’être plus proche de lui, qu’il la regarde enfin. Mais il la repoussait encore et encore.
Comment ne pas se remettre en question ?
Alors oui il a eu raison de s’excuser car elle les mérite ces excuses. Elle mérite qu’on reconnaisse que ce n’est pas elle le problème, c’est tombé sur elle comme ça aurait pu tomber sur une autre.
Il l’a très bien dit, il n’était pas obligé d’être odieux avec elle. Ils auraient pu être amis à défaut de s’aimer.
Et puis cette femme a fait promettre une chose tellement égoïste à Arthur que très vite les larmes de soulagement laissèrent place à la colère. Quand on aime une personne, on ne la laisse pas partir ou sinon on l’en libère. Savait-elle seulement à quel point elle l’avait fait souffrir ?
Non, quand on est amoureux on devient égoïste. Certains vont même jusqu’à enfermer leur bien aimé pendant dix ans dans une tour hantée.
Avec le temps, à force de lire ses mémoires, c’est avec tristesse qu’elle conclu ses pensées. Elle avait mal pour lui et l’inquiétude la gagna, chaque soir, en pensant à cet homme qui a tout perdu. Lancelot, le seul qu’il considérait comme un véritable ami depuis Rome, l’a abandonné aussi et devint fou. Fou pour le Graal. Les Dieux, encore et toujours les Dieux. Mais elle refusa de croire que tout ce qu’il sacrifia était en vain. Que les projets des Dieux était de tourmenter un seul homme. Alors elle priait, tous les soirs pour s’assurer qu’il aille bien, où qu’il soit. Il avait peut-être retrouvé sa première épouse à Rome. Elle était prête à accepter cette idée tant qu’il allait bien.
Apprendre qu’il avait été vendu comme esclave fut un choc.

La fatigue commençait à gagner Guenièvre. Elle avait tellement de choses à penser. Cette inquiétude qu’elle ressentait dans la tour grandissait chaque jour. Il n’allait pas bien, elle le voyait bien. Il n’y avait plus cette lueur dans ces yeux lorsqu’il parlait. Les cernes se creusaient de jour en jour. Elle le voyait mais ne savait pas quoi faire. Que pouvait-elle faire ? Elle n’est plus son épouse et même du temps où elle l’avait été, elle n’avait rien pu faire.
Sa mère n’arrêtait pas de la bassiner avec son mariage, qu’il fallait qu’elle reprenne sa place de reine avant qu’une autre se pointe. Que la concurrence est rude maintenant qu’elle n’est plus dans la fleur de l’âge. Ca ne l’intéressait guère. Tout ce qu’elle veut est qu’il aille bien et ce n’est pas gagné.

Sur ces pensées, elle sombra dans les bras de Morphée, espérant que la nuit porte conseil.

Chapter 4: chapitre 4

Notes:

Je suis désolée de publier ce chapitre aussi tard, j'ai chopé ce satané virus du coup une semaine clouée au lit, sans compter la reprise qui fut intense.
le prochain sera certainement publié en février (j'ai bcp de travail en ce moment mais je ne vous oublie pas)

en attendant enjoy

Chapter Text

Guenièvre était épuisée. Voilà maintenant une demi-heure que son père tentait de lui expliquer les rudiments de la culture des choux et des blettes sans susciter un grand intérêt de sa part. Ce matin, elle l’avait entendu crier du haut de sa chambre en découvrant le potager saccagé. Il avait toujours eu la voix portante mais quand celui-ci se mettait à hurler vous pouviez être sûr de l’entendre au-delà de la forêt.  Se sentant coupable, après tout, c’est elle et Arthur qui avaient marché sur la culture hier soir en tentant d’échapper à la pluie, mais ça elle ne le dira à personne, elle décida de lui proposer son aide pour sauver les cultures restantes. Elle ne s’était pas imaginée voir cette lueur dans les yeux de son père, aperçu dans les rares moments d’excitation quand il parlait d’armes de jet. Sa mère et Maclou avait pris soin de s’éclipser juste avant, elle comprit à présent pourquoi.  Mais elle prit son mal en patience, après tout qu’avait-elle à faire ?

« Dites, si je vous emmerde vous n’avez qu’à le dire hein ? » lui demanda son père d’un air agacé.

« Oui non pardon, excusez-moi, c’est que je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit » répondit elle un peu gênée

« Comment ça ? »

« Ce n’est rien, ne vous inquiétez pas »

Léodagan prit le temps de l’observer, comme pour vérifier ses propos. Ils étaient rares les moments où il montrait un quelconque intérêt pour sa fille. La dernière fois, c’était quand elle était revenue de chez Lancelot et il ne s’était pas gêné pour la réprimander, insistant sur le fait que c’était impardonnable qu’une reine abandonne le trône ainsi. Elle avait eu honte ce jour-là, ne pensant pas que cela puisse l’affecter autant, ou était-ce à cause de sa réputation ? Dans tous les cas, ses actes avaient eu des conséquences car sa mère ne la lâchait pas d’une semelle non plus. Pour éviter qu’elle ne fasse une nouvelle connerie avait-elle décriée.

Mais elle trouvait son père beaucoup plus détendu à présent. Il gueulait rarement et parlait peu des armes de guerre. Sans doute lié à l’âge, on dit que l’homme s’assagit avec le temps. Elle ne pensait pas qu’il puisse être concerné par cela, au vu de son fort tempérament mais le temps a eu raison de lui finalement (ou était-ce lié à sa résignation face à Lancelot ?). C’était un peu étrange mais pas désagréable.  Du coup quand il l’observa, elle était un peu mal à l’aise.

Finalement après quelques instants il lui tourna le dos et repris comme si de rien n’était.

« Si vous faites des cauchemars, je peux vous trouver une potion pour aider à dormir »

« Ah mais je ne fais de cauchemars »

Léodagan leva les yeux au ciel, oubliant qu’elle ne pouvait pas le voir

« Mais bien sûr, prenez-moi pour une bille »

« Je vous assure » insista-elle

« Vous êtes encore plus têtue que votre mère ma parole. Ça m’apprendra à faire des enfants avec une Picte tiens » il se baissa et arracha une poignée de blettes avant de lui tendre

« Tenez, allez apporter ça à l’autre pignouf d’Elias »

« Mais vous ne voulez pas de mon aide pour les cultures ? » demanda-t-elle intriguée mais soulagée intérieurement.

« Je n’ai pas besoin d’une insomniaque qui risque de s’endormir à tout moment. Maintenant filez » et il la poussa vers l’entrée.

Voyant qu’il ne servait à rien d’insister, elle se résigna et entra dans le hall avant de se rappeler qu’elle n’avait aucune idée où se trouvait le fameux enchanteur. Il faut dire qu’elle n’avait pas encore pris tous ses repères dans ce château. Il est bien moins grand que Kaamelott mais sa superficie n’avait rien à envier aux autres châteaux de Bretagne. Connaissant ses parents, ils avaient dû y construire de nombreuses pièces secrètes pour des raisons qu’elle ne préfère même pas évoquer. Elle les adore mais avait parfois du mal avec leur conception de la vie. N’ayant de toute façon rien d’autre à faire, elle se dit que ce serait sans doute le moment de découvrir sa nouvelle résidence. Si on lui avait dit il y a vingt ans qu’elle retournerait vivre chez ses parents à l’âge de quarante ans, elle aurait probablement ri. Bon peut-être pas. Elle sait à présent que la vie ne nous laisse pas faire ce qu’on veut.

Bon, allons chercher ce cher Elias, pensa-t-elle

 Elle décida d’aller en direction de la salle de réception, espérant y trouver quelqu’un qui serait susceptible de l’aider quand elle entendit des voix sur sa gauche. Elle se retourna et vit Arthur ainsi que Perceval qui semblait énervé. Il gesticulait dans tous les sens en parlant.

« Si je vous assure Sire, c’est un gros con ! »

« Mais non Perceval, il a juste perdu l’habitude de recevoir des ordres c’est tout. Vous prenez tout ceci trop à coeur » souffla ce dernier.

Il semblait encore plus fatigué qu’hier, pensa Guenièvre.

« Ecoutez, j’adorerais vous aider mais là tout de suite je dois... » il s’arrêta net.

« Mais Sire, pourquoi vous arrêtez vous ? ah ma reine vous allez bien ? » demanda Perceval, en l’apercevant.

« Juste Guenièvre ça ira Perceval et oui je vais bien merci. Bonjour Sire » elle leur lança un petit sourire

« Ah non, vous êtes la reine, je ne veux pas être malpoilé ma reine »

« Malpolie vous voulez dire » elle ne put s’empêcher de rire. Perceval et ses mots créatifs.

« Comment vous voulez dire ? »

« Zut » cria Arthur.

« Mais dis donc, il a le droit de poser des questions quand même ! » s’énerva-t-elle subitement. Elle ne supportait plus qu’une personne puisse être laissée dans l’ignorance, ayant été trop souvent victime dans le passé.

Arthur semblait tout à coup gêné.

« Oui non c’est juste que si vous vous lancez dans des explications vous n’allez pas vous en sortir avec celui-là » répondit-il, en passant sa main derrière sa nuque.

« Ah bon, d’accord, mais laissez-moi en être le juge vous voulez bien ? » Sa colère s’évapora aussi vite qu’elle est venue. Elle ne voulait pas paraître désagréable non plus.

« Oui oui bien sûr, vous avez raison » lança Arthur tout à coup timide. Ils se regardèrent dans les yeux. La soirée de la veille lui revint en mémoire. Elle ne lui a pas dit mais elle avait énormément apprécié leur échange. Elle avait particulièrement aimé sa déclaration, même si elle était encore inquiète pour lui, savoir qu’il s'était ouvert à elle fut un vrai soulagement dans son cœur. Certaines choses prennent du temps, pensa-t-elle.

En parlant de temps, elle se rappela de la raison de sa présence dans ce couloir.

« Dites, vous ne sauriez pas où je pourrais trouver Elias par hasard ? »

« Elias ? dans son laboratoire pourquoi ? » demanda Arthur

« Je dois lui apporter ceci » répondit elle en lui montrant les blettes dans ses bras.

« Ah c’est pour faire un pot-pourri ? » demanda Perceval à son tour

« Mais qu’est-ce que vous nous chantez avec votre pot-pourri la ? » lança Arthur, clairement exaspéré par son compagnon

« Ben quoi, vous n’allez quand même pas manger ça si ? franchement c’est pas nourrissant » répliqua Perceval

Guenièvre, perdue, lança un regard désespéré à Arthur. Elle n’était pas sûre de vouloir se lancer dans des explications finalement, et puis le roi avait sûrement d’autres obligations. Elle ne voulait pas les retarder davantage.

« Non je fais une commission pour mon père, rien de plus, A vrai dire je ne sais même pas à quoi vont servir ces blettes »

« Si vous voulez, je peux vous y accompagner, au laboratoire d’Elias ? » Arthur lui présenta un petit sourire

« Ah non ça ira, je ne voudrais pas vous soustraire à vos obligations » elle était hésitante. D’un côté, passer ne serait-ce quelques minutes avec lui semblait alléchant, d’un autre, elle ne voulait pas le surcharger de travail. D’autant qu’avant de la croiser, ils semblaient aller quelque part tous les deux. 

« Puisque je vous le propose » insista Arthur « Allez venez » il prit sans demander les blettes de ses bras et d’un coup de main l'entraîna avec lui dans la direction d’où il venait avec Perceval. Elle le suivit, confuse en lançant un regard vers Perceval, qui resta sur place sans rien comprendre.

« Mais et le seigneur Perceval ? » lui demanda-t-elle quand ils s’aventurèrent dans le long couloir qui menait vers l’arrière du château.

« Ne vous inquiétez pas, il a passé dix ans à m’attendre, il peut bien patienter une demi-heure de plus »

« Oui mais quand même, ce n’est pas très poli de le planter comme ça »

« Justement, l’un des avantages d’être Roi c’est que je peux justement planter les gens sans avoir à me justifier. Vous devriez essayer vous aussi »

« Mais je ne suis plus reine »

« Ah oui c’est vrai »

Et merde, pensa Arthur, décidément il n’avait pas encore enregistré le fait qu’ils n’étaient plus mariés. De toute façon, il ne prenait plus la peine d’enregistrer quoi que ce soit depuis son retour. Il était plus emmerdé qu’autre chose. La seule raison qui faisait qu’il ne s’enfuyait pas c’est parce qu’il souhaitait réparer ses conneries. Que ce soit pour le peuple ou pour Guenièvre. Mais essayer d’être quelqu’un de bien est tout aussi épuisant qu’être un connard. La seule différence c’est qu’on dort la conscience tranquille dans le dernier cas.

Il était néanmoins content d’être tombé sur elle. Il n’avait aucune envie d’aller s’entretenir avec les figures de la résistance. Ils étaient pleins de bonnes volontés mais passer son temps à expliquer pourquoi on ne pouvait plus utiliser les tunnels depuis son retour au trône est épuisant. Trop peu pour lui, alors s’il pouvait s’échapper quelques instants il n’allait pas s’en priver. 

L’autre raison est qu’il commençait à apprécier la présence de Guenièvre, elle avait un côté apaisant qu’il avait longtemps ignoré. Il ne saurait l’expliquer mais sa présence le calmait étrangement. Elle avait toujours été douce, jamais dans la précipitation à l’inverse de lui. Maintenant qu’il a pris de l’âge, il trouve ça pas désagréable. Il ne pensait pas ressentir cela un jour, pas depuis Aconia du moins.  Les femmes calmes et apaisées l’avaient toujours attiré. Alors il n’avait pas hésité à l’aider, surtout si ça lui permettait d’échapper quelques instants à sa dure réalité.

En parlant d’aide, il lui avait dit savoir où se trouvait Elias mais il n’en savait rien en fait. Il n’avait pas croisé l’enchanteur de toute la journée, ni lui ni Merlin au passage. De toute façon ils n’étaient jamais très loin, il suffisait de trouver l’un pour trouver l’autre. Ils étaient vraiment comme chien et chat à se chamailler sans arrêt mais semblaient s’attirer mutuellement comme des aimants. Comme des amants. Comme lui et Guenièvre, à part pour la dernière partie.

Ils marchèrent à présent dans le quartier le moins animé du château, celui de l’arrière-cour. L’endroit, certes isolé, possédait néanmoins un certain charme, du moins pour lui. Un chemin fait de gravats menait tout droit vers le bâtiment où Elias pratiquait sa magie. Sur le côté se trouvait des pots immenses, certains vides, d’autres avec des arbustes.  L’endroit avait l’avantage d’être calme car peu visité, même les quelques servants qui servaient le roi et la reine de Carmélide s’y aventuraient rarement. Surement car personne n’aimait être près du laboratoire d’un magicien. On n’est jamais à l’abri d’une expérience qui rate. Ça lui rappela la fois où avec Léodagan ils s’étaient pris un sort par accident et s’étaient retrouvés avec des yeux fluorescents.  Pendant une semaine durant, il avait dû supporter les moqueries en tout genre, sans compter les missions qu’il ne pouvait faire. Il avait dû rester au château et s’occuper de la paperasse pendant que les autres partaient en mission. Ce n’était vraiment pas une bonne idée d’avoir fait installer Merlin aussi près du quartier résidentiel. Au moins Léodagan avait retenu la leçon. A noter pour la reconstruction du prochain château. Les enchanteurs, loin derrière.

Pendant tout le long du chemin, aucun d’eux ne parla. Pour sa part, car il ne savait pas quoi dire, ce n’était pourtant pas les sujets de conversation qui manquaient après dix ans d’absence. C’est peut-être pour ça qu’il ne savait pas quoi dire. Il s’était excusé auprès d’elle la veille et maintenant qu’ils pouvaient repartir sur de nouvelles bases il ne savait pas comment s’y prendre. A vrai dire il ne savait pas quoi faire de leur relation. Ils n’ont jamais vraiment été amis et encore moins des amants. Mais une chose était sûre, il la voulait dans sa vie. Il ne veut plus l’ignorer, pas après ce qu’elle a subi par sa faute. Il avait aussi besoin de confirmer ces choses qu’il ressentait en sa présence, ce qu’il a ressenti en l’embrassant dans la tour. Pas facile cependant quand on est autant demandé.

Finalement, ils arrivèrent devant le bâtiment. A force de cogiter, il n’avait pas vu le temps passer. Fallait vraiment qu’il arrête de réfléchir. Il espérait juste qu’il serait vide, ça lui permettrait de prolonger son moment avec elle, même s’il ne savait toujours pas quoi lui dire.

Guenièvre ouvrit la porte et entra dans le laboratoire sans attendre. Il était vide. Arthur rentra à son tour et posa les blettes sur la table qui se trouvait au milieu.

« Je suis désolé, je pensais qu’il serait là » lui dit-il.

« Ce n’est pas grave, je ne pense pas que ce soit urgent. Il doit bien savoir quoi en faire Elias de ces blettes à mon avis » lui répondit-elle avec un petit sourire.

Ils se tenaient à présent l’un à côté de l’autre, dans cette pièce inconnue. Ils prirent le temps d’observer autour d’eux, tous les deux curieux, ils n’y avaient pas encore foutu les pieds. Le laboratoire est bien plus grand que celui de Merlin à l’époque. Il flottait dans l’air un parfum d’épices et de bois moisi qui rappelle la forêt. Des étagères en bois se trouvaient dans chaque angle remplis de bouquins ainsi que des bocaux aux contenances douteuses, du moins de leur point de vue. Non pas qu’ils voulaient en découvrir la nature. La table du milieu où Arthur avait posé les blettes contenait des parchemins, une énorme boule en cristal et quelques fioles. Deux grandes fenêtres illuminaient la pièce, la rendant moins glauque. Tout était parfaitement rangé, Elias avait toujours été bien organisé comparé à son confrère. Guenièvre se déplaçait dans la pièce en observant chaque élément qu’elle trouvait. Elle semblait fascinée par ce qu’elle voyait. Il ne put détacher son regard d’elle, ayant rarement le temps de la contempler ainsi. Non pas qu’il en trouvait à l’époque. C’est peut-être le moment de lui dire quelque chose, mais ce silence n’était pas désagréable, une fois de plus. Après tout, pourquoi se presser ?

« Vous avez pu bien dormir alors » lui demande-t-elle soudainement en contemplant les étagères.

« Disons que la nuit fut courte. J’ai dû me lever aux aurores pour me rendre au village voisin rencontrer les paysans. » il se rapprocha de la table et toucha délicatement la boule de cristal. « Ils semblaient contents de me voir mais j’ai bien vu le doute dans leurs yeux sur la suite des choses, d’autant que Lancelot court toujours. Je pense qu’ils ne sont pas tout à fait rassurés »

« C’est normal, ils ont été oppressés pendant dix ans, il faut leur laisser le temps. Je suis sûre que vous y arriverez. Vous l’avez bien fait il y a vingt ans » elle avait toujours le dos tourné vers lui, s’intéressant à un livre dans la bibliothèque.

« J’espère que vous avez raison sinon je ne sais pas comment tenir le coup » répondit-il tout en soufflant.  Il attendit quelques minutes avant de poursuivre « Dites, je peux vous poser une question ? »

Cette fois, elle se retourna pour lui faire face

« Oui bien sûr, allez-y »

Il était mal à l’aise, n’osant pas la regarder dans les yeux

« C’est un peu délicat », il passa sa main derrière sa tête pour montrer sa gêne.

Elle lui sourit

« Vous pouvez tout me dire » lui répond-elle. Elle semblait être amusée par la situation.

« Comment avez-vous fait pour ne pas... vous savez, dans la tour pour ne pas... craquer ? »

Elle ne s’attendait pas à cette question car ses yeux s’ouvrirent en grand et sa bouche forma un petit « oh ». Elle n’a jamais été douée pour cacher ses émotions après tout. Il voulait lui poser cette question depuis l’instant où il l’avait libérée. Il pensait retrouver une femme apeurée, distante et froide et fut surpris de voir le contraire. Elle était même retournée à son ancienne geôle pour lui. Il fallait posséder une force hors du commun pour faire ça. Alors il était devenu curieux, lui qui avait lutté pendant des années contre sa dépression et s’était laissé aller à deux reprises, il voulait savoir comment elle avait fait toutes ces années pour rester aussi forte. Surtout après tout ce qu’il lui avait fait subir.

 Guenièvre ne répondit pas tout de suite, semblant réfléchir à une réponse. Après de longues minutes, elle s’approcha de la table à son tour et attrapa la boule de cristal qu’il caressait et se mit à la contempler en long et en large. Pendant un moment Arthur cru avoir dépassé la limite et qu’elle n’allait pas lui répondre car son visage affichait un air grave qu’il ne lui connaissait pas jusqu’à ce qu’elle se mette à parler.

« A vrai dire, je ne pensais pas y arriver. Pour être honnête je n’avais plus mes esprits. Après votre tentative de suicide, je ne trouvais plus le sommeil comme je vous disais »

Il s’en souvient, c’était sur son lit de mort qu’elle lui avait confié faire des cauchemars. Il tenta d’ignorer la douleur dans sa poitrine.

« Les premières semaines, je ne cessais de pleurer. J’avais lu vos mémoires et tout semblait prendre sens. » elle reposa la boule et aventura sa main sur la table, touchant chaque objet qu’elle trouvait, toujours sans le regarder. « C’était dur car je venais de comprendre que je ne pourrais jamais être aimé de vous. » Sa main s’arrêta sur un parchemin qu’elle prit pour lire mais le reposa, c’était en écriture druique. « Puis elle est arrivée »

« Nessa » la coupa-t-il.  Ce n’était pas une question.

Elle lui jeta un regard, avant de regarder la table à nouveau.

« On a eu du mal à cohabiter au début puis avec le temps on a compris qu’il fallait qu’on soit solidaires. Qu’on allait certainement rester là pour très longtemps. Elle a été merveilleuse. Je n’ai jamais été aussi proche de quelqu’un. Elle a une force mentale hors du commun et malgré ce qu’elle dégage elle est très futée. »

Oui il s’en souvient. Elle avait compris à l’époque qu’il voulait se séparer de Mevawni. Très perspicace la petite.

« Elle m’a fait comprendre que cela ne servait à rien d’être triste ou en colère, que si vous êtes partie ce n’était pas contre moi mais que vous deviez avoir de bonnes raisons. Plus tard, j’ai compris que Lancelot voulait votre mise à mort. Alors j’ai mis mes sentiments de côté et j’ai commencé à prier pour vous, et pour tous ceux qui se trouvaient dehors sous son joug. »

Elle s’arrêta un instant avant de reprendre

« Il y a des épreuves qu’on ne peut traverser seul » poursuivit-elle « mais il faut s’entourer des bonnes personnes pour ça »

L’entourage. Il n’avait jamais vu les choses ainsi, mais ça prenait sens. Comment aspirer à une vie heureuse si on est mal entouré ? Il avait beau vivre sur le territoire breton depuis des années, il se rend compte que l’éducation romaine a bien plus influencé sa vie qu’il le pensait. Les romains avaient certes dominé une grande partie du monde mais à quel prix ? La trahison et la manipulation étaient monnaie courante, on apprenait même aux jeunes filles à empoisonner pour s’assurer un avenir qui était au final éphémère. L’espérance de vie était courte, surtout dans la classe politique et non pas pour des questions d’hygiène, même si ça jouait. Il fallait se méfier de tout le monde. C’est peut-être pour ça qu’il a eu du mal à déléguer, au fond de lui il n’a jamais pu faire confiance aux gens qui l’entouraient. Les rares personnes en qui il avait réellement confiance l’avaient abandonnée. Et pourtant elle, Guenièvre lui avait répété sans cesse, de ne pas tout assumer seul. Il avait prétexté le faire car ils en étaient incapables mais ce n’était pas que pour ça. Il n’a jamais voulu qu’ils soient indépendants car il ne leur faisait pas confiance.

« En parlant de Nessa, je ne l’ai pas vu depuis notre victoire »

« Elle est retournée dans son village pour se recueillir sur la tombe de sa famille. Les Saxons ont attaqué son village il y a trois ans »

« Ah, je suis désolé pour elle » encore un dommage collatéral pensa-t-il

« Moi aussi » répondit Guenièvre « j’ai voulu aller avec elle pour la soutenir comme elle l’a fait pour moi mais mes parents refusent que je quitte le château »

« Il faut les comprendre. Ils ne vous ont pas vu pendant dix ans et Lancelot court toujours, sans compter Mevawni. Moi non plus je ne vous laisserai pas sortir dehors. »

« En fait, il ne faut pas être votre épouse mais votre sujet pour que vous vous inquiétez c’est ça ? » elle rit mais il sentit une pointe de douleur dans sa voix.

Il n’aimait pas ça, pas ça du tout. Il contourna la table et vint se positionner à côté d’elle.

« Écoutez Guenièvre, les choses que je vous ai dit hier je les pensais vraiment. J’ai promis de vous protéger et je le ferai. Vous plus que les autres le méritez, non pas parce que Lancelot est dehors, pas uniquement mais parce que vous méritez cette liberté qu’on vous a si longtemps refusée. J’y tiens. »

Les yeux de Guenièvre se mirent à briller, elle tenta de ne pas laisser couler les larmes. Elle n’était décidément pas habituée à ces paroles. Il s’en voulait. A ce moment-là, il décida de les lui répéter jusqu’à ce qu’elle comprenne qu’elle a le droit de les entendre.

« Mais j’ai peur » murmura-t-elle

« Peur ? De quoi ? » demanda-t-il

« Qui va vous protéger vous ? »

« Me protéger ? Qu’est-ce que vous me chantez ? Je fais partie des meilleurs combattants de l’île sans compter que j’ai Excalibur avec moi, que voulez-vous qu’il m’arrive ? »

« Vous protégez de vous. Je parle de vous protéger de vous-même ? »

Arthur était perdu. Il ne comprenait pas où elle voulait en venir. Elle le regarda dans les yeux. Il n’aimait pas ce regard, c’est comme si elle savait quelque chose. Puis il répéta ses mots dans sa tête et soudain il comprit.

« Qui vous protégera de votre dépression ? »

Chapter 5: 5

Notes:

Me voici de retour pour la suite
Dsl pour cet absence j’ai été dans l’incapacité de me focus sur cette fic pendant un moment mais c’est bon je la reprend tout doucement
J’espère que vous allez aimer
Enjoy

Chapter Text

« Qui vous protégera de votre dépression ? »

Cette phrase tournait en boucle dans sa tête depuis ce jour. Guenièvre savait et il en était malade. Sur le moment il ne pensait à rien si ce n’est se libérer de ce mal-être qui le rongeait depuis des années. C’est seulement après ce fameux soir dans le jardin qu’il prit conscience de son désir pour elle et l’éventualité qu’elle apprendra un jour ce qu’il avait fait sur cette table, sans parler des conséquences. Il espérait au fond de lui que ce ne soit pas le cas mais il avait assez d’expérience pour savoir qu’il ne faut rien négliger dans la vie.

Sur le moment il ne savait pas quoi dire, trop honteux pour prononcer quoi que ce soit. Il avait préféré regarder ses pieds, évitant son regard le plus possible. L’arrivée brusque d’Elias et Merlin le sauva. Elle avait néanmoins saisi son malaise et préféré se concentrer sur les deux enchanteurs, non pas sans un regard triste envers lui. Il s’était enfuit comme le lâche qu’il était.

Depuis il l’évitait. Une fois de plus.

Lui qui avait promis de la protéger, il méritait des baffes. Il n’a jamais été doué pour reconnaitre ses torts, déjà à l’époque elle le traitait de mauvaise foi et là aussi il le niait. Pourtant ce n’est pas l’envie qui lui manque, il veut vraiment se rapprocher d’elle mais comment faire quand on a passé une moitié de sa vie à repousser cette même personne ?

Il était prêt à parler de tout sauf de ça. il ne voulait pas lui infliger sa dépression, sans doute parce qu’il a du mal à l’accepter lui même. Elle venait de passer dix ans enfermée dans une tour, c’est sûrement la dernière personne à qui il peut se plaindre.
C’est d’elle dont il doit s’en occuper, pas l’inverse. Elle a suffisamment fait pour lui ces dernières années, c’est à son tour de prendre soin d’elle maintenant.

Difficile à faire quand on évite la personne.

Même maintenant, alors qu’il déjeunait avec elle et ses parents, il faisait de son mieux pour ne pas la regarder. Elle ne mangeait pas avec lui habituellement, préférant la tranquillité du jardin depuis la départ de sa suivante Nessa. Mais le temps s’est rafraîchi ces derniers jours alors ses parents l’avaient sans doute obligée à manger avec eux.

Au fond de lui il était content de la voir, elle lui avait manqué.

Si Séli et Léodagan avaient remarqué , ils n’en faisaient rien.
Dieu merci, pensa-t-il, il n’avait vraiment pas envie de leur expliquer quoi que ce soit, non pas qu’il ait des comptes à leur rendre et qu’il l’a déjà fait.

D’ailleurs, ils étaient bien silencieux les deux souverains. Il jeta un coup d’œil furtif à sa droite où Léodagan grignotait un bout de jambon tranquillement puis à sa gauche où Séli découpait du pain pour le mettre dans le panier dédié. Rien d’anormal si ce n’est le calme. Il leva ensuite discrètement les yeux devant lui pour regarder Guenièvre. Elle jouait avec sa fourchette sans vraiment manger.

Elle était nerveuse.

Cette fois, il veut vraiment se coller des baffes. Bien sûr qu’elle est nerveuse, comment ne pas l’être après l’avoir fui ? Elle doit le prendre pour un beau parleur. Il aimerait bien lui dire quelque chose mais avec ses beaux-parents, enfin ex beaux-parents présents l’idée lui semblait moyen. Ça ne fera qu’accroitre son mal-être.

Soudainement, Léodagan et Séli se levèrent.
« Bon c’est pas tout mais ces Burgondes ne vont pas s’occuper tout seul » lança Léodagan

« Oui et les bonniches depuis quelque temps doivent être secouées et je suppose que ni l’un ni l’autre vous ne voulait vous en charger hein » répondit Séli

Ils disparurent aussitôt laissant le couple seul.

Arthur ne savait pas si les Dieux étaient de son côté mais à présent il n’avait plus d’excuses pour ne pas briser la glace. Devait-il se lancer ?
Elle semblait vouloir déguerpir, doit-il en faire de même et se cacher jusqu’à la fin de sa vie ? Avec le temps elle finira peut-être pas oublier.
Non il ne doit pas pousser sa chance comme ça, elle a déjà fait preuve d’une miséricorde et patience incroyable à son sujet, clairement pas mérité, il ne faut pas abuser de sa gentillesse.
Allez je me lance, pensa-t-il

« Vous... »

« Vous… »

Pendant qu’il débattait avec lui-même, il n’avait pas remarqué qu’elle avait arrêté de jouer avec son assiette et prendre une grande inspiration.

« Pardon, je ne voulais pas vous couper » dit-il nerveusement

« Ce n’est rien »

Elle lui sourit gentiment. Il rougit un peu et racla sa gorge

« Je vous en prie, à vous l’honneur » il reposa sa fourchette pour lui prêter toute son attention, plus que ravie de la tournure des choses.

« Comment allez-vous aujourd’hui ? »

Sa question le prit de court

« Euh, comment voulez-vous dire ? ben je vais bien, enfin comme d’habitude »

« Vous savez très bien de quoi je parle Sire »

Voilà qu’elle recommence avec le Sire. Il n’aimait pas l’entendre de sa bouche

« Écoutez Guenièvre, je n’ai vraiment pas envie de parler de ça maintenant » dit il sur un ton sec

« Oui je comprends sauf que si c’est pas maintenant ce ne sera jamais vu que vous avez décidé de m’éviter une fois de plus malgré votre promesse. Ou est-ce seulement me concernant que vous êtes incapable de les tenir ? »

Son ton s’était durci et cette petite lumière qu’il avait l’habitude de voir dans ses yeux n’était plus là.

Il s’était trompé.

Elle n’était pas nerveuse, mais en colère et il n’avait aucun doute sur l’origine de cette dernière.

Sans même lui laisser le temps de répondre, elle reprit

« Avant que vous disiez quoi que ce soit, j’ai réussi à convaincre mes parents de nous laisser seuls un moment, en prétextant vouloir vous faire la cour, ce qui évidemment ne sera pas le cas, afin de terminer notre conversation de la dernière fois.
Je sais que vous êtes mon roi mais au vu de notre relation passée et tout ce que vous m’avez fait subir et surtout promis récemment, je suis en droit de vous exiger une réponse. »

Elle ne le lâcha pas du regard, déterminée à le faire craquer. Elle savait lui tenir tête. Bras croisé, elle dégagea une présence majestueuse dans sa robe bleu lavande. Ses cheveux étaient tirés en une longue natte parcourant son épaule droite pour continuer sous la table, laissant l’autre légèrement dénudée. Malgré son visage fâché, elle était ravissante. La colère lui allait bien.

Si Arthur était mal à l’aise tout à l’heure, rien n’est comparable à ce qu’il ressent en ce moment. C’est bien la première fois qu’il la voit ainsi. Un sentiment étrange naissait en lui pendant qu’elle parlait, laissant son esprit vagabonder vers un territoire bien trop dangereux au vu de la situation. Il devait se ressaisir.

Alors il prit son visage entre ses mains et poussa un long soupir. A quoi bon mentir ? A quoi bon fuir ?

Il était bien trop fatigué de toute façon pour lutter continuellement contre lui, contre tout le monde et surtout contre elle. Il ne dormait presque pas et prenait sur lui pour ne pas fuir à chaque fois qu’un de ses chevaliers faisait une connerie. Il se souvient encore du regard que les paysans portèrent sur lui lorsqu’il dut se rendre dans un village pour constater les dégâts.

Le doute.

Il est certes de retour mais le souvenir de son abandon est encore bien présent et tant qu’il n’apportera pas de résultats, ce doute persisterait.
Alors c’est dans un murmure plein de lassitude qu’il lui répondit

« Je n’y arrive pas Guenièvre »

Il ne pouvait plus la regarder et n’osa pas. Ce sentiment de honte qu’il éprouva dans le laboratoire refit surface mais il est trop tard pour faire machine arrière. Il resta quelques instants dans cette position attendant qu’elle dise quelque chose.

Rien

« Je n’y arrive pas » répéta-il plus fermement « C’est le brouillard dans ma tête, j’ai l’impression que tout va exploser d’un moment à un autre »

Il reposa ses mains pour attraper son verre de vin à moitié remplie. Il fallait qu’il boive un coup.

« Mais je n’ai pas envie de vous embêter avec mes problèmes »

« Et si je vous le demande ? »

Elle ne le quittait pas des yeux mais il refusait toujours de la regarder.

« Si je vous demande justement de m’embêter avec vos problèmes, me feriez-vous confiance ? » son ton s’était adouci mais il percevait une pointe de fermeté

Cette fois il porta son regard vers le sien.

« Pourquoi ? » il marqua un arrêt « Pourquoi tenez-vous autant à supporter mes problèmes après tout ce que je vous ai fait subir ? Je n’ai même pas su tenir ma promesse et vous ai fui toute la semaine… »

« Parce que je sais désormais que je n’ai pas été seule dans mon malheur »

Il ne savait plus quoi répondre. Il n’avait pas encore assimilé le fait qu’elle ait lu ses mémoires et savait donc tout de sa vie passée. Cette partie de sa vie qu’il cacha pendant de nombreuses années tomba entre les mains de la seule personne qui méritait de la connaitre mais qu’il évita de lui en faire part.

« Je sais aussi que vous n’êtes pas familier avec le concept d’aide, après tout je vous connais, mais comme je l’ai dit il y a des épreuves qu’on ne peut traverser seul. La dépression en fait partie »

« Et comment savez-vous ça ? » il ne voulait pas être désagréable mais c’était sorti tout seul

« Parce que contrairement à ce que vous semblez vous obstiner à croire, il m’arrive de lire et de m’informer. Je le faisais déjà sous votre règne vu que je ne vous intéressais pas et je l’ai fait sous Lancelot vu que je n’avais rien d’autre à faire. C’est bien la seule chose que vous avez eu en commun, me faire lire »

Elle était de nouveau énervée mais Arthur ne releva pas, plus agacé par le fait qu’elle a pu le comparer à Lancelot.

Il allait répliquer quand une servante rentra dans la salle pour débarrasser le repas. Tous les deux la regardèrent faire sans un mot. La pauvre sentit que l’ambiance était tendue et se dépêcha de tout poser sur un plateau avant de déguerpir aussi vite qu’elle est venue.

« Bon je vais faire abstraction de cette comparaison avec Lancelot… »

« Comparaison justifiée et méritée » coupa-t-elle

« Et répéter que mes problèmes ne sont pas importants. Ce qui compte c’est vous »

« Et moi ce qui compte c’est vous. Comment on fait ? »

Ils tournaient en rond et ça commençait à l’exacerber. Guenièvre n’avait rien perdu de son entêtement et vu comment elle s’était arrangée pour se retrouver seul avec lui, si jamais il partait le risque de se la mettre à dos pour de bon était élevé et aucun dieu ne pourra le sauver. Même elle devait avoir ses limites.
Il fut néanmoins touché, une fois de plus, par son inquiétude. Alors il se résigna, encore.

« Ces idées noires sont dans ma tête depuis que je suis roi et mon exil n’a rien changé. Comment pensez-vous y arriver ? »

Elle lui offrit un sourire d’une telle beauté que son bas ventre se contracta.

« Voilà la réponse que j’attendais » il revit la petite lueur dans ses yeux. Elle claqua des mains, toute heureuse du déroulement des choses. Elle m’a bien eu pensa-t-il

« Je pensais qu’on pourrait se retrouver genre une fois par semaine pendant une heure et discuter de votre semaine. De cette façon si vous avez des plaintes ou de la colère à évacuer, ben vous pourriez vous lâcher sans que ça ne crée d’incident diplomatique »

« Ah parce que vous penser que je vais réussir à trouver une heure de libre par semaine vous » soit elle était devenue amnésique et oubliée la situation actuelle du pays soit son optimisme lui faisait perdre le sens de la réalité.

« Je savais que vous diriez ça »

Il leva les yeux au ciel, toujours une réponse à tout celle là

« Du coup ce que je vous propose est de nous retrouver pour diner un soir par semaine. Je m’organiserai avec mes parents comme aujourd’hui pour qu’on nous laisse tranquille et vous n’aurez pas à culpabiliser d’abandonner le royaume pendant une heure puisqu’il faut bien que vous mangiez. Bon je dis propose mais pour tout vous dire j’ai déjà tout organisé »

La petite fouine. Décidément il ne s’y attendait pas. Elle avait donc bien préparé son coup. Si ses chevaliers étaient aussi rusés qu’elle les choses iraient drôlement plus vite.

« Donc si j’ai bien compris je n’ai pas mon mot à dire ?

« C’est exactement ça »

Elle sembla bien contente d’elle la petite maligne mais il ne pouvait pas lui en vouloir. Il se contenta de lui offrir un petit sourire, fier d’elle. Elle l’avait dans la main.

« Bon maintenant il faut juste que le seigneur Karadoc ne l’apprenne pas »

« Qu’est ce que le seigneur Karadoc à avoir ici ? » demanda-t-il interloqué

« Vous semblez oublier que c’est légalement mon mari et que ça fait plusieurs jours qu’il me court après pour que je le rejoigne dans les sous terrains »

« Quoi ! C’est une blague ?! »

« Je pensais que vous étiez au courant. Remarquez, vous m’évitiez tellement que ça ne m’étonne qu’à moitié »

« Oui bon, on peut oublier cet épisode s’il vous plait » il prit une gorgé de son vin que la servante avait laissé pour cacher sa gêne

Elle éclata de rire

« Je ne vous en veux pas rassurez-vous. Mais oui, que soi-disant maintenant que je suis libre que je dois être auprès de lui. »

« Bon c’est vrai qu’il n’a pas complètement tort... »

Elle lui jeta un regard craintif, il poursuivit quand même

« Mais cette histoire mérite d’être éclairci car si vous êtes lié au seigneur Karadoc alors ça vaudrait dire que je le suis encore à dame Mewvani, à moins que j’aie loupé un truc »

A la prononciation de son nom il vit sa mine s’assombrir avant qu’elle ne baisse les yeux. Le sujet était encore douloureux pour elle.
Il eut alors une idée

« Voilà ce que je vous propose »

Elle ne leva pas son visage

« Je fais cette thérapie avec vous chaque semaine et moi en échange je m’occupe de vous libérer de ce mariage avec Karadoc et vous consacre une demi-heure sur mon heure de thérapie à la vôtre »

Sa mine se décomposa

« Ma thérapie ? je ne comprends pas ? »

« J’aimerais qu’on fasse notre thérapie ensemble »

Cette fois ci c’est lui qui la surprit. Elle resta bouche bée, sa bouche formant un petit oh.

« Vous et moi pendant une heure, on oublie tout et on vide nos sacs. Cela me ferait énormément plaisir Guenièvre »

Il le pensait réellement. Même si elle soutenait le contraire, elle ne pouvait pas aller complètement bien. Sans parler de son enfermement, il devait parler de leur mariage si elle voulait qu’il aille mieux. Elle ne le savait certainement pas mais son attitude envers elle n’a pas arrangé son état mental. S’il devait parler de lui, ça viendrait sur le tapis et il voulait être sur qu’elle est d’accord pour en parler.

Elle était en pleine réflexion, mordant sur sa petite lèvre charnue. Sans se rendre compte il resserra sa main sur son verre. Le doute le saisi.
Et si elle refusait ? non il fallait qu’elle dise oui, pour lui et pour elle, elle le devait.

Après ce qui semblait une éternité mais qui était réellement que des secondes, elle ouvrit la bouche

« C’est d’accord. Faisons la ensemble »