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Il faisait bon, en cette petite après-midi d’avril. D’innombrables nuages duveteux parsemaient le ciel londonien, le soleil brillait et une légère brise agitait délicatement les premières feuilles des arbres. C’était doux, c’était Pâques et les rues animées fleuraient bon les pâtisseries. Même la plus vieille librairie de Soho était embaumée de délicieuses odeurs de croissants. Un jeune hispano-américain d’une vingtaine d’années y flânait à la recherche d’une surprise pour son prince. Il arpentait les rayonnages d’un air pensif et s’aventura sans s’en rendre compte vers l’arrière-boutique. Il sentit alors une odeur de chocolat étrangement prégnante. Trop prégnante, s’il tenait compte de la distance qui le séparait désormais de la porte et des effluves pâtissières.
Intrigué, il contourna un empilement quelque peu désordonné d’ouvrages anciens et trébucha soudainement, en faisant tomber plusieurs dans un nuage de poussière. Gêné, Alex ramassa les livres et, tandis que la poussière retombait autour de lui, retint son souffle, attentif au moindre bruit, craignant de se retrouver nez à nez avec un libraire furieux, mais il n’entendit rien. Soulagé, il soupira puis se figea. Un bruissement venait de le faire tressaillir, comme quelque chose de lourd qu’on aurait traîné… ou qui se serait traîné par terre…
Ses yeux glissèrent vers la zone de pénombre qui s’étendait entre des rayonnages et un vieux bureau recouvert de cuir. Il se sentait désagréablement observé et dans un réflexe, baissa la tête vers la pile qui l’avait fait trébucher.
Il n’y avait rien.
Cette fois, Alex commença à transpirer. Il ne s’était pas pris les pieds dans une pile de livre. Ce qu’il avait percuté était ferme et compact… et surtout plus là.
Il fouilla l’obscurité des yeux, n’osant même pas bouger. L’odeur de chocolat était de plus en plus forte, comme s’il était en train de chauffer doucement, mais il n’y avait ni feu, ni cuisinière.
Alors, Alex le vit. Son énorme tête était tournée vers lui et ses yeux reptiliens le dévisageaient avec une extrême intensité. Ses monstrueux anneaux noirs enserraient une dizaine de grands lapins de Pâques en chocolat et la chaleur de leurs muscles avait commencé à les faire fondre. C’était un serpent. Un serpent gigantesque dont la trachée émit soudain un grondement sourd et menaçant.
C’était un bruit horrible, comme il n’en n’avait jamais entendu. Terrifié, il recula, trébucha à nouveau et ce fut comme un coup de fouet. Il se retourna dans une secousse et détala vers la porte ouverte, mais juste avant qu’il ne l’atteigne, il sentit une légère poussée dans le creux de ses reins qui l’envoya tête la première sur le trottoir et eut tout juste le temps de se retourner pour voir l’énorme tête du serpent disparaitre et la porte se refermer.
Choqué, il se releva en jetant des coups d’œil alentour, mais personne n’avait réagi. Il n’avait tout de même pas rêvé ?
Dans l’obscurité de la librairie, Crowley retourna s’enrouler autour de ses lapins et soupira d’aise. Personne ne se mettrait entre sa surprise pour Aziraphale et lui. Personne.
