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Une affaire de boutons (Thrawn version)

Summary:

"L'esprit de Thrawn était telle une bibliothèque diligemment ordonnée.
Il était maître de cette bibliothèque, de cet esprit complet et fascinant, et cette maîtrise avait toujours été parfaitement contrôlée.
Jusqu'à lui. Jusqu'à Eli Vanto."

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Work Text:

L'esprit de Thrawn était telle une bibliothèque diligemment ordonnée. Les rangées de livres s'étendaient à des kilomètres, de couleurs et d'origines diverses, mais tous rangés selon un code bien précis connu seulement du Chiss. Ce dernier était toujours près à puiser dans ces sources inépuisables de savoir, accumulées tout du long de sa vie, de par son expérience ou par des recherches avides sur quelconque sujet avait attiré son attention ou avait nécessité qu'il s'y intéresse.

Il était maître de cette bibliothèque, de cet esprit complet et fascinant, et cette maîtrise avait toujours été parfaitement contrôlée.

Jusqu'à lui. Jusqu'à Eli Vanto.

D'abord un aspirant sans grande ambition, Thrawn avait décidé de le garder près de lui pour satisfaire sa curiosité. Mais les années s'écoulant, les deux avaient fini par se lier d'amitié, une véritable confiance s'étant construit entre eux, lui faisant l'effet d'une légère brise d'été, soudaine et silencieuse. Thrawn avait accueilli ce lien chaleureusement, l'avait nourri, même. Et il ne le regrettait pas, car il était plus que fier de l'homme qu'Eli était devenu à ses côtés, et plus encore, il était heureux de la personne que lui-même était devenu grâce à Eli.

Ces pensées étaient innocentes, mais – Thrawn le savait – amenaient toujours dans leur sillage des songes plus intimes et scandaleux. Or, ce n'était pas le moment de se laisser distraire. Et surtout pas par la délicieuse odeur qui émanait de la tunique du lieutenant-colonel, pendu à son coude. Le Chiss se tenait droit, comme à son habitude, mais ses muscles étaient bandés et raidis par l'embarras que lui provoquaient ses sentiments. Dans un geste presque mécanique, il porta le poing gauche à sa bouche et toussota, comme si ce geste pouvait suffire à stopper le chaos qui détruisait l'ordre de son esprit, cette bibliothèque habituellement si ordonnée, et en cet instant en proie au désastre. Ces phénomènes – chaleur corporelle en augmentation, pensées désordonnées, sens de la réalité légèrement incohérent, entre d'autres symptômes – avaient commencés il y a quelques moins, et devenaient problématiques, d'autant qu'elles survenaient parfois durant les plus cruciales et dangereuses missions, comme celle-ci.

Thrawn avait promit à Eli qu'il serait rapide, et il ne mentait pas. Il allait faire son travail aussi efficacement et diligemment qu'il le faisait toujours, et plus encore. Car au dehors, c'était Eli qui avait rejoint les insurgés et leur chef, qui sans nul doute était Nighstwan, et il ne supportait pas de l'y savoir seul.

Le non-humain connaissait les règles du guerrier, il savait qu'il devait faire preuve de bon sens et de confiance envers ses subordonnés. De fait, déléguer les tâches desquelles il ne pouvait vraisemblablement pas se charger aurait dû être évident. Et cela l'était, vraiment ; seulement pas lorsqu'il s'agissait d'Eli.

L'amiral s'était déjà penché sur les nombreuses raisons qui le poussaient à réagir ainsi – il avait dores et déjà réfuté l'idée qu'un parasite ait pu infiltrer son organisme –, et il en était venu à la conclusion que ses sentiments pour son lieutenant-colonel étaient légèrement plus intenses que de la simple camaraderie. Ce n'était pas compliqué à reconnaître, pas lorsque son esprit construisait de telles fantaisies inavouables et que son corps réagissait à chacune d'elles. N'avait-il pas par exemple pris en main de déboutonner la tunique d'Eli dans le simple but de réduire à néant la distance entre eux et sentir son corps plus proche du sien ? N'avait-il pas discrètement respiré son odeur et désiré ardemment poser ses lèvres sur sa nuque découverte ? Et bien sûr, plus que tout, il l'avait observé, avait absorbé son image comme une drogue. Silencieusement. Fixement. Comme il aimait tant le faire. Eli rougissait énormément, avait-il remarqué dès leurs premiers temps ensembles. Mais ces rougissements avaient évolués, autant leur intensité que leur cause. Si sa position en tant qu'aspirant, et son manque d'ambition le gênait autrefois, il détenait aujourd'hui une grande confiance et une aura de leader immanquable. De fait, il se trouvait bien moins gêné en présence de supérieurs autres que Thrawn, ou d'individus provenant des hautes sphères élitistes. Mais en présence de son amiral, ces phénomènes physiques se multipliaient. Et le Chiss, qui avait également fait ses recherches sur le corps humain, en était arrivé à la conclusion que, peut-être, Eli ressentait les mêmes sentiments que lui à son égard. Une autre hypothèse concernait une maladie incurable provenant d'une planète de l'Espace Inconnu, mais Thrawn doutait que son lieutenant-colonel y soit déjà allé. La suggestion de sentiments intimes partagés entre subordonné et supérieur avait fait chanter le cœur du Chiss, mais l'avait également inquiété. Il n'était évidement pas correcte pour un amiral de nourrir de telles émotions pour son lieutenant, d'autant qu'Eli faisait déjà l'objet de beaucoup de railleries du fait de leur proximité. Il n'était pas dans les projets de Thrawn d'envenimer la situation, quand bien même Eli était aussi sincère que lui. En tant que supérieur, il était de son devoir de soutenir ses subordonnées jusqu'au succès, et le succès d'Eli ne résidait pas auprès de Thrawn.

Si ce songe lui fit l'effet d'un coup de poignard, le Chiss n'en démontra rien. Il se redressa plus encore, ses muscles devenus douloureux du fait de leur raideur, et il accueillit cette douleur avec joie. Tout pour le distraire, tout pour lui faire oublier que les adieux ne tarderaient pas, qu'au bout du tunnel, il demanderait à Eli de partir sans se retourner. L'idée, tout d'abord, lui avait semblé bonne. Son lieutenant-colonel avait des compétences qui seraient utiles à l'Ascendance Chiss. Mais une partie de lui, une sorte d'entité obscure et dévoreuse, lui soufflait de garder Eli à ses côtés, de ne jamais le laisser s'éloigner.

Mais, Thrawn n'était pas une prison. Il avait évidemment conscience de son propre égoïsme, et le repoussait passionnément. Comme il lui avait si souvent répété, Eli était libre de partir lorsqu'il le voudrait, et cela, quand bien même Thrawn aurait aimé ne jamais avoir à s'en séparer. C'est pour quoi il ne pouvait pas compliquer la situation, ne pouvait pas laisser cette affection le submerger et noyer la bibliothèque de son esprit. Ce serait trop injuste pour Eli Vanto, pour son avenir qui se présentait brillant.

Rassuré par la conclusion de ses pensées, aidé par la promesse qu'il s'offrait de ne jamais agir selon ses sentiments – tantôt si doux, tantôt violents, instable pour sûr –, Thrawn décida enfin de mettre son plan en route : préparer une embuscade et sortir Eli de là, vivant de préférence.

 

Alors qu'il se mettait au travail, le Chiss évita évidemment de songer au fait que cette promesse il se l'était répétée soixante six fois ces dernières semaines, et qu'à chaque fois, il avait tout de même succombé au désir de s'approcher de son lieutenant-colonel, de le tenir, de le sentir, de l'observer. D'imaginer ce que ce serait de l'aimer librement.

Notes:

Au départ je voulais simplement réécrire la même scène que la partie 1 (avec le PDV d'Eli), mais je me suis dit qu'il serait préférable de développer les sentiments de Thrawn après qu'il ait quitté le cockpit ; je trouve que ça ajoute un peu de profondeur à la scène et aux sentiments que j'ai essayé de décrire dans mes textes !

J'ai conscience que mes textes n'ont pas de plot à proprement parlé, outre le fait de donner l'occasion à nos deux tourtereaux d'exprimer leurs sentiments, comme sur un manuscrit vierge. De fait, j'essaierai d'écrire quelque chose de plus conséquent la prochaine fois, juste pour changer !

Merci pour toutes vos lectures, kudos et commentaires, déjà écris ou à venir ! C'est un plaisir d'écrire sur ces 2 amoureux, et je suis contente de pouvoir partager mes écrits avec vous. <3

PS : dans la partie une je parlais de contrebandiers, mais le terme approprié aurait été insurgés ; toutes mes excuses pour cette petite erreur.

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