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Il lui tend sa tunique, et Eli sait – oui il sait qu'il ne devrait pas se laisser distraire par l'odeur qui émane d'elle, mais l'idée de porter son uniforme, emprunt de son parfum, lui fait légèrement tourner la tête. Ses joues ont pris cette couleur rosée qu'elles connaissaient bien, et le jeune homme sait pertinemment que Thrawn lit en lui comme un livre ouvert, et qu'il ne se gênera aucunement de lui en faire la remarque.
"Êtes-vous mal à l'aise à l'idée de porter ma tunique, lieutenant-colonel ?" demanda le Chiss, sa voix calme et posée, comme à l'accoutumée. "Je vous assure que vous ne dérogez à aucune règle en portant l'uniforme d'un supérieur qui vous le demande. J'ai besoin que vous le fassiez, pour le bien de la mission."
Eli souffla, mi-rassuré, mi-amusé. Il était toujours réjouissant d'observer Thrawn se tromper sur toute la ligne, bien que cela fut rare. Malgré son esprit sans pareil et son bon sens aiguisé, il n'avait jamais su tout à fait mettre le doigt sur les raisons de l'embarras constant d'Eli. Il voyait de l'obéissance et de la soumission là où Eli ressentait de l'affection et du désir. Et ce dernier en était bien heureux ; il n’envisageait pas un instant exister près du Chiss si celui-ci apprenait que les sentiments que son lieutenant-colonel éprouvait pour lui dépassait ceux d'un subordonné pour son supérieur.
"Très bien", soupira Eli en acceptant le vêtement qu'il fusillait du regard. Elle était tellement grande ! Il lui fit remarquer, mais Thrawn trouva tous les bons arguments pour le convaincre. A vrai dire, Eli se fichait bien que les contrebandiers puissent remarquer cette différence de taille. Il trouvait juste impressionnant cette différence corporelle entre eux, cette soudaine épiphanie réchauffant son corps aux meilleurs endroits, emplissant son esprit d'une passion inavouable.
"Je prendrai soin de la votre en attendant", ajouta Thrawn, ses yeux rouges toujours fixés sur son collègue. Si vous voulez bien me la confier.
La dernière phrase tenait davantage d'une commande que d'une question, et Eli comprit brusquement que son supérieur attendait qu'il se déshabille. Réagissant trop rapidement pour ne pas en être embarrassé, ce dernier s'empressa d'attaquer les boutons de son propre uniforme. Son esprit était en ébullition, et à sa plus grande damnation, ses mains trop tremblantes pour espérer déboutonner son vêtement effectivement. Risquant un regard vers le visage supérieur, il ne put y lire aucune trace d'impatience, bien qu'il savait pertinemment que le temps leur était compté. Au dehors, les contrebandiers l'attendaient, et eux étaient sans aucun doute impatients.
Inspirant et expirant profondément pour calmer les rouages de son esprit, Eli baissa une nouvelle fois les yeux sur ses boutons, qu'il réussit en parti à défaire avant que le comlink du vaisseau ne s'active.
"On va encore devoir attendre longtemps ?" cracha la voix lasse du contrebandier.
Eli sursauta. Il s'attendait évidemment à une réaction à cette attente inattendue, mais il était bien trop obnubilé par son amiral qui était encore face à lui, à attendre patiemment qu'il se dévêtisse. Eli se détourna pour répondre une nouvelle fois à son interlocuteur, lui assurant sa prompte arrivée. Le comlink de nouveau éteint, il soupira un grand coup et tourna les talons pour rejoindre Thrawn – qu'il percuta de plein fouet, son front tapant contre les muscles féroces de son torse. Il n'en fallut pas plus pour qu'un nouveau vertige s’empare du corps frêle du lieutenant-colonel, qui eu l'impression de danser dans un océan d'étoiles, perdu entre réalité et imagination. Il détestait cette façon qu'il avait de perdre ses moyens à chaque contact entre eux, comme un pré-adolescent incapable de retenir ses pulsions amoureuses, et à chaque seconde trahit par son esprit ambitieux. Oui, il rêvait de prendre l'homme devant lui dans ses bras, d'embrasser ses lèvres, goûter sa peau, mais cela n'était pas correcte. Absolument pas correcte. Alors il taisait ces sentiments, car c'était tout ce qu'il pouvait faire. Il se laissait parfois allé à imaginer une lueur chaleureuse dans le regard rougeoyant de son amiral, une familiarité plus intime que celle que l'on réserve à un ami, habillée tantôt d'une tendresse inédite et tantôt d'une soif animale. Mais c'était tout là le problème : Eli Vanto avait toujours été trop ancré dans ses propres songes, ce monde fantasmé qu'il aimait appelé sa forteresse. Alors il savait que rien de tout cela n'était réel – cette lueur, cette familiarité – tout n'était qu'imagination.
"Besoin d'aide, lieutenant-colonel ?" interrogea subitement le Chiss, sa voix réduit à un simple soupire qui sonna comme une berceuse aux oreilles d'Eli ; celle du genre à vous tenir éveillé toute la nuit plutôt que de vous endormir. "Pa- Pardon ?"
Et voilà qu'il balbutiait ! Quel idiot il faisait, à être désemparé par une proximité qui n'avait rien de très inhabituel en fin de compte, et qui n'avait surtout rien d'intime.
L'amiral ouvrit la bouche, comme pour dire quelque chose, mais ses lèvres se refermèrent presque instantanément, un petit sourire s'y dessinant avec délice. Eli aurait voulu prendre une photo de ce visage à cet instant même, afin de sauvegarder la beauté de cette expression qui lui était offerte. Et comme il se perdait une fois encore dans ses songes les plus inavouables, il sentit soudainement deux mains s'emparer de sa tunique pour finir de la déboutonner, délicatement, rapidement, et il ne put baisser une demi-seconde les yeux vers elle, trop occupé à tenir le regard ardent de son amiral, qui n'avait pas cessé leur contact visuel pour s'atteler à sa nouvelle tâche, dont il se défit rapidement et efficacement.
Rapide et efficace. C'était ce qu'était Thrawn, ainsi que toute personne l'ayant rencontré pouvait le définir. Il était comme un éclair, éblouissant, éphémère, puissant. Il choisissait parfois de causer des dégâts, et parfois d'être clément. Il pouvait rugir, mais ne le faisait pas souvent. Et plus que tout, il disparaissait toujours vers d'autres horizons, laissant derrières les traces de son passage, inoubliables et légendaires. Eli avait eu la chance de tomber droit sur lui, et de se trouver aujourd'hui encore sur la même route. Mais il redoutait le jour inéluctable où ils auraient à se dire au revoir, à se séparer. L'idée lui froissa le cœur, et ses yeux lui piquèrent instantanément.
Il s'écarta comme il baissait le regard, incapable de faire face une seconde de plus à ce non-humain impressionnant qu'il avait apprit à aimer.
"Voilà pour vous."
Il avait tenté d'assourdir la douleur dans sa voix, mais elle était encore trop présente, suffisamment du moins pour que Thrawn la perçoive. Cependant, il n'en montra rien. Il se contenta de prendre la tunique de son subordonné silencieusement, et de lui tendre la sienne de nouveau.
"Où serez-vous ?" Demanda le jeune homme alors que le silence s'éternisait entre eux, rependant une distance avec il n'était plus habitué.
"Je préparerai notre fuite. En attendant, essayez d'en apprendre un maximum."
Son ton était posé, comme toujours, mais il y avait quelque chose qui le chiffonnait, une amertume qui ne ressemblait pas au Chiss. Eli passa une nouvelle fois la scène qui avait transparu entre eux, tentant de trouver le moment précis où il avait pu agacer son supérieur. Avait-il été trop long ? Pas suffisamment réactif ? Sans doute, mais Thrawn était habitué. Se lassait-il de ce qu'il était ; un simple humain à l'intelligence limitée et au cœur trop sensible, tellement qu'il avait finit par tomber amoureux ? Cette idée lui fit l'effet d'un poignard planté dans la poitrine. Il s'empressa de répondre, impatient de quitter la pièce.
"Bien. N'oubliez pas que je ne pourrai pas jouer ce rôle éternellement."
Leur regard se croisèrent de nouveau, comme attiré l'un par l'autre par la force de l'attraction. Comme Eli adorait ces yeux rouges !
"Je ferai aussi vite que possible", promit Thrawn, une tendresse dans la voix.
Une seconde s'écoula entre eux, pareille à une éternité. Durant ce court laps de temps, Eli pria toutes les divinités du monde pour que la seconde n'ait jamais à prendre fin, pour qu'il n'ait jamais à quitter ce vaisseau et à laisser Thrawn quitter le cockpit. Mais la seconde s'écoula, et Thrawn quitta bien la pièce, laissant Eli livré à lui-même, l'esprit plein d'espoirs fous et d'un amour qu'il n'aurait jamais du cultiver.
