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Le soleil inondait la plage de ses rayons rasants, couvrant d’or toutes les surfaces qu’il honorait de sa caresse. Assis sur le sable, deux amoureux faisaient face au ponant tandis qu’un chien gambadait joyeusement dans le ressac. Ils étaient seuls sur le sable fin et savouraient cette intimité inespérée avec délectation. Seuls les jappements ravis du beagle brisaient le rythme lent du chant des vagues, bien que quelques rares goélands volent encore au large.
Ivres de bonheur, Alex et Henry s’appuyèrent l’un contre l’autre. Cela faisait un an qu’ils étaient mariés. Un an qu’ils partageaient patronymes et titres et, même si leurs noms complets avaient désormais de quoi terroriser n’importe quel créateur de formulaires, ils ressentaient un plaisir ineffable à chaque fois qu’ils y pensaient.
La main d’Henry s’égara sur la joue d’Alex et ils échangèrent un regard complice. Nul besoin de paroles pour exprimer ce qu’ils avaient en tête. En une seconde, leurs sourires se firent mutins et les lèvres du prince vinrent s’emparer de celles de son mari. De la langue, il les écarta et vint caresser celle qu’on lui offrait. Le ronronnement de bonheur pur qui échappa alors à Alex valait toutes les symphonies du monde.
Tandis qu’Henry levait les mains pour emprisonner les joues d’Alex et offrir au baiser la profondeur qu’il méritait, un violent choc le projeta au sol. Son épaule heurta le sable en même temps que la tête d’Alex. David se contorsionna pour s’extraire du carambolage, bondit en prenant appui sur le bras du brun et dérapa, y laissant une marque visible de griffes.
« Aïe ! Stupide cabot !
― Bon sang, David ! »
Indifférent au désastre qu’il avait provoqué, le beagle galopa vers les vagues avant de revenir et de foncer sur eux comme une flèche, la gueule ouverte dans un sourire dément, sa langue rose ballotant contre sa joue au rythme de sa course. Ils eurent tout juste le temps de s’écarter avant qu’il ne fende leur serviette. Excédé, Alex lui jeta une conque qui le manqua de plusieurs mètres.
La folie passagère du chien céda la place à une frénésie fouisseuse et il se mit à creuser une tranchée dans le sable mouillé, avec une telle ardeur que, bientôt, seule sa queue demeura visible. Elle remuait joyeusement en s’enfonçant graduellement derrière le sable.
Interdits, Alex et Henry attendirent prudemment, puis, jugeant le danger passé, soupirèrent de concert, à la fois soulagés et foncièrement irrités. Alex laissa alors tomber sa tête sur l’épaule d’Henry et, une main sur sa griffure, émit un petit gémissement plaintif.
« Mon pauvre petit mari, le taquina gentiment Henry.
― Ce chien aura ma peau… » grommela l’Américain.
Henry étouffa un rire et se contorsionna pour l’embrasser. Loin d’être prude, le baiser se voulait passionné et prometteur, mais quand Alex bougea pour entourer de ses bras le cou d’Henry, une grosse gerbe de sable le frappa en pleine figure.
« David, nom d’un chien ! »
Le beagle, ravi, redoubla d’efforts, les noyant littéralement sous le sable et les obligeant à se lever pour lui échapper.
