Chapter Text
La silhouette remonta la ruelle obscure puis tourna à droite. Son pas nonchalant la mena à une petite porte ornée d'une cloche qui fut tirée sans hésitation. Sur le côté un écriteau indiquait Pension Tokatlia. Au « I'm coming » étouffé qui parvint de l'intérieur, un demi-sourire apparut sur le visage de l'homme qui se tenait maintenant dos à la porte, profitant de l'attente pour admirer une dernière fois la ville.
La pension Tokatlia était située sur les hauteurs d'Istanbul et on y jouissait d'une vue incomparable sur la ville. C'était une des raisons qui avaient poussé l'homme à y réserver une chambre pour la durée de son séjour. Il aimait la photographie et avait déjà pu faire de magnifiques clichés des ruelles qui s'étiraient plus bas.
Une clé dans la serrure, l'homme se retourna face à la porte qui s'ouvrait. Une femme assez âgée jetait un œil avec précaution. Son visage s'éclaira lorsqu'elle reconnut l'arrivant et elle ouvrit plus largement la porte.
« Monsieur le Détective ! Comment s'est passée votre journée ?
— Bien, merci. Et vous-même, Madame Aydin ? »
L'homme entra dans la chaude lumière de la pension. Il retira ses gants et son chapeau brun, qu'il posa sur le comptoir de l'entrée à côté de son appareil photo, et entreprit de déboutonner son pardessus. Le froid de ce mois de janvier rendait nécessaire une superposition de couches qu'il n'était pas mécontent de quitter une fois à l'intérieur. Il accrocha son pardessus au grand porte-manteau en bois qui trônait dans l'entrée, déjà chargé des manteaux des autres occupants de la pension, et se dirigea tranquillement vers la salle à manger. Il était dix-neuf heures, le dîner n'allait pas tarder à être servi.
Le détective, comme le nommait Madame Aydin avec le plus grand des respects, était arrivé deux jours auparavant. Il avait indiqué vouloir une chambre pour une semaine, n'avait pas jugé bon visiter avant, et avait tout payé d'avance. Madame Aydin avait apprécié. Ajoutant à cela qu'il était toujours très poli et agréable, qu'il ne faisait pas de bruit et n'avait pas de demandes incongrues, Madame Aydin l'avait instantanément adopté.
Elle l'avait pris sous son aile comme elle avait aussi décidé de prendre soin du jeune instituteur lorsqu'il était arrivé en septembre. Tous deux étaient de charmants garçons, bien sous tous rapports, au physique agréable. Madame Aydin ne comprenait pas comment ils pouvaient encore être célibataires. Elle aurait aimé que sa fille rencontre quelqu'un comme eux, au lieu d'épouser le vaurien qu'elle avait choisi avec l'accord de feu Monsieur Aydin et de partir un jour avec lui parcourir le monde, laissant Madame Aydin éduquer tant bien que mal Mehmet, son petit-fils de 5 ans.
Elle soupira à ce souvenir, entrant dans la salle à manger à la suite du détective. Ce dernier, après s'être lavé les mains au petit lavabo, alla directement s'installer à sa place habituelle près de la fenêtre.
Il n'aimait pas se joindre aux autres résidents pour manger, préférant rester seul à une table et écrire sitôt qu'il avait une minute. Madame Aydin se demandait bien ce qu'il écrivait, dans ce gros cahier à couverture rouge. Elle ignorait presque tout de son deuxième client préféré, si ce n'est le fait qu'il était détective, c'était ce qu'il avait inscrit comme occupation sur la fiche à son arrivée. Et comme nom, c'était V. Une simple lettre. Son prénom n'en avait guère plus, trois lettres, mais elle ne l'avait pas retenu lorsqu'elle avait jeté un rapide coup d’œil à ses papiers. « Monsieur le Détective V » lui convenait très bien.
Il se tenait déjà penché sur son cahier rouge, occupé à griffonner, et Madame Aydin ne put s'empêcher de remarquer une fois de plus combien il était beau.
Sa posture était élégante, à l'image de ses costumes parfaitement coupés bien qu'un peu classiques. Penché ainsi sur sa table, on ne pouvait qu'admirer son profil parfait. Des mèches couleur chocolat lui tombaient dans les yeux mais il ne semblait pas y prendre garde. Il était plus grand que la moyenne, fin, et se déplaçait toujours avec une aisance qui pouvait passer pour de la langueur. Il posait son regard sur le monde en toute tranquillité mais ses yeux bruns ne perdaient pas un détail de ce qui se passait autour de lui. Tout était vu, tout était enregistré, mais rien ne semblait l'atteindre. Sa mine était toujours impassible et, s'il savait sourire poliment, ses yeux gardaient une absence qui pouvait perturber au premier abord.
Sa voix, chaude, grave, ne se faisait entendre que rarement et il se livrait peu, au grand dam de Madame Aydin qui aurait aimé en savoir plus sur lui.
La seule personne avec laquelle le détective semblait se relâcher, c'était avec l'instituteur, Park Jimin. Madame Aydin n'avait pas manqué d'observer que le détective ne quittait pas des yeux le jeune instituteur dès qu'il était dans la pièce. Ils ne se parlaient que peu mais les yeux du détective semblaient s'adoucir dès qu'ils se posaient sur lui. Un peu comme ils le faisaient lorsqu'il regardait Mehmet, qui entrait justement en tourbillonnant dans le salon.
« Monsieur Jimin ! » lança Mehmet en se jetant dans les bras de l'instituteur, assis à une table sous une montagne de papiers.
Celui-ci le souleva en riant et lui fit faire l'avion, au beau milieu de la salle à manger et de la fragile vaisselle. Madame Aydin avait cessé depuis longtemps d'essayer de les raisonner, que ce soit son petit-fils ou son protégé. Elle se contenta d'un « Mehmet, n'embête pas Monsieur Jimin » habituel, auquel l'instituteur répondit par un « Ne vous inquiétez pas, il ne m'embête pas du tout » également habituel.
Comme tout le monde, le détective avait observé la scène avant de se remettre à écrire mais un sourire ornait maintenant ses lèvres.
Mercredi 27 janvier 1932, 19h03, Istanbul
Troisième jour de mon séjour touristique ici.
Suis allé explorer le quartier ouest de la ville, ai pris plusieurs photographies.
Le midi, déjeuner avec M. Yilmaz, chef de la Police d'Istanbul. M'a parlé d'une affaire qui le perturbe grandement. L'ai accompagné sur les lieux, ai demandé à revoir deux témoins. Rencontres fixées pour demain matin, 10 h. Si mon intuition est bonne, l'affaire sera résolue avant midi.
Compte me faire inviter au célèbre restaurant « Grand Istanbul » comme remerciement. Demain soir si possible.
Penser à demander à M. Yilmaz s'il peut m'obtenir un billet pour le match de boxe dont tout le monde parle.
La pension Tokatlia est agréable, je ne regrette pas mon choix. La vue est inégalée. Les autres résidents sont discrets, bien qu'inintéressants. Le seul qui sorte un peu du lot est cet instituteur, son enthousiasme et sa naïveté sur la bonté humaine sont dignes d'étude. Il m'a dit être à Istanbul depuis bientôt cinq mois et enseigner dans une petite école privée de la ville. Il passe ses soirées à préparer les activités du lendemain pour ses élèves, j'ai rarement vu un tel dévouement pour son travail. Il semble aimer sincèrement les enfants.
Il cessa un instant d'écrire et releva la tête vers le jeune homme, toujours occupé avec Mehmet à quelques tables de lui. Il lui faisait peindre quelque chose, le petit garçon semblait beaucoup s'amuser.
Le détective se perdit dans la contemplation de l'instituteur qui se tenait droit assis à la table. Il avait ôté sa veste de costume noire, l'uniforme des enseignants de l'école certainement, et la simple chemise blanche faisait ressortir son maintien gracieux malgré la simplicité des vêtements bon marché. Les cheveux bruns étaient coiffés sagement, la montre au poignet était discrète, les chaussures noires banales bien que bien cirées. De petites lunettes. Rien ne sortait du lot chez ce Park Jimin et pourtant, tout sortait du lot. Une grâce, une passion quand il parlait de l'enseignement ou des enfants. Le détective, à l'instar des autres résidents de la pension Tokatlia, était sous le charme de l'instituteur.
Mais, contrairement aux autres résidents de la pension, il ne pouvait se permettre de se laisser prendre à ce charme. À un quelconque charme.
Il se pencha de nouveau sur son journal et allait se remettre à écrire quand un éclat de rire lui fit relever la tête. L'instituteur et l'enfant riaient ensemble et ce spectacle était des plus charmants, le détective ne pouvait le nier.
Sa main attrapa instinctivement son appareil photo, posé à côté de lui sur la chaise, et le cliché fut pris. Un enfant, riant de la peinture qu'il venait de se mettre sur les joues, et un autre enfant, plus grand celui-là, qui rejetait la tête en arrière et riait à gorge déployée face à la menace du pinceau. Finalement Mehmet réussit à laisser un trait de peinture rouge sur la joue de l'instituteur, sans que celui-ci paraisse en être importuné.
« Clic » Une nouvelle photo fut prise, en gros plan sur le visage de l'instituteur. Nostalgie. Cette fois-ci ce dernier avait entendu le déclic et il se tourna vers le détective, l’œil interrogateur. V abaissa l'appareil photo, prêt pour une fausse explication, lorsque la voix horrifiée de Madame Aydin se fit entendre :
« Mehmet ! Qu'est-ce que tu as fait ! Qu'est-ce que notre nouveau résident va penser ? »
Elle se tenait sur le pas de la porte de la salle à manger, accompagnée par un nouvel arrivant. Un homme pas très grand mais à la posture royale, vêtu d'un uniforme militaire. Colonel, indiquaient les décorations. Ses cheveux bruns étaient un peu trop longs, étrangement pour l'armée, et ses yeux de chat se posaient successivement sur les différents éléments de la pièce, analysant l'espace et ses occupants avec un sérieux méthodique. Le détective réprima un sourire, il devait rester stoïque, mais ses yeux brillaient.
Il se retourna à un bruit dérangeant sur sa droite. L'instituteur était debout, sans un regard pour la chaise renversée, les mains agrippées à la table. La bouche légèrement ouverte, les joues en feu, son corps entier tendait vers le nouvel arrivant qu'il ne quittait pas des yeux. Le détective sentit un pincement au cœur à cette démonstration d'émotion brute. Il tourna son regard vers le colonel. Celui-ci avait quelque peu perdu son air impassible, il regardait l'instituteur, le regard embué, les lèvres pincées comme pour empêcher des mots de sortir malgré lui.
V amena son appareil photo devant ses yeux, il voulait immortaliser cet instant, il devait le faire.
Mais Mehmet renversa tout à coup son gobelet d'eau sur la table, il se mit à pleurer, Madame Aydin s'élança vers lui et le charme fut rompu.
Sans plus un regard pour le nouvel arrivant, l'instituteur se pencha avec empressement vers Mehmet. Il lui dit quelques mots rassurants tandis qu'il s'efforçait d'éponger l'eau avec sa serviette. Madame Aydin arrivait à la rescousse.
Le détective se tourna vers le colonel, toujours debout à la porte. Ses yeux étaient toujours fixés sur l'instituteur, il paraissait ne pouvoir sortir de sa contemplation et avait perdu toute contenance. Finalement, il sembla s'apercevoir qu'il était observé et son regard rencontra celui du détective. Ses sourcils se froncèrent et il retrouva son air autoritaire, avant de tourner les talons et de sortir de la pièce.
*****
Vendredi 29 janvier 1932, 10h37, Istanbul
Le coupable était bien le directeur de la banque.
Monsieur Yilmaz était ravi, il m'a volontiers invité au Grand Istanbul pour me remercier. La réputation de cet endroit est méritée. J'y ai par contre fait une rencontre peu agréable, un certain Monsieur Rackett qui voulait absolument un entretien. Ses manières autoritaires et dénuées de politesse m'ont refroidi et j'ai décliné. Il était en rage.
Monsieur Yilmaz m'a non seulement obtenu un billet pour le match de boxe du soir, il m'y a également accompagné. Nous étions aux premières loges grâce à lui, le spectacle était fascinant. La fièvre de ce boxeur est peu commune.
Le détective cessa d'écrire un instant. Devait-il consigner cela ? Devait-il consigner la suite ?
La rencontre qui a suivi était peu commune.
Il hésita à barrer cette dernière phrase. La raison le lui dictait. Pourtant, il la laissa. La seule concession avant le nécessaire oubli.
Le détective se secoua et ferma le cahier rouge d'un coup sec. Il était seul dans la salle à manger, son petit déjeuner pris bien plus tard que de coutume. Un rapide passage par sa chambre puis il enfila son pardessus, mit son chapeau et ses gants et attrapa son appareil photo. Il devait sortir pour cesser de penser à la nuit.
Ses pas le portèrent vers le port, la puissance de l'air marin lui fit du bien. Quelques photos et il se sentait déjà mieux. Il allait presque oublier son erreur de cette nuit.
Mais était-ce réellement une erreur ? Ses pensées le portèrent malgré lui à cette salle bondée où il avait passé la fin de soirée. Les cris. Les odeurs de sueur et de cigarette. Monsieur Yilmaz à ses côtés qui encourageait l'un des boxeurs. Le short rouge. Le short rouge et les tatouages, sur tout le bras. Il avait été surpris.
Et la fièvre. La fièvre de ce regard qui défiait l'autre boxeur, les yeux noirs comme possédés. Les coups qui pleuvaient. V aurait voulu se lever et se mettre face à lui. Retenir ses coups. Les recevoir.
Quand l'autre boxeur avait été mis KO, la clameur avait éclaté. Et il avait hurlé à l'unisson, à genoux sur le ring, les poings ancrés sur le sol et le regard levé vers le ciel. Un appel qui avait déchiré le cœur de V.
Il avait émis l'envie de rencontrer le boxeur et Monsieur Yilmaz s'était empressé de rendre son souhait possible.
Lorsqu'ils étaient arrivés tous les deux dans le vestiaire, le jeune combattant était toujours en short rouge, ses tatouages toujours flagrants. Assis sur une chaise, serviette autour du cou. Ses yeux un peu moins fiévreux mais perçants face à l'intrusion. Monsieur Yilmaz ne s'était pas senti à l'aise, l'hostilité emplissait la pièce. Il s'était éclipsé, « quelqu'un à voir ».
V était resté seul face au regard brûlant. Un regard qui l'observait dans les moindre détails.
Et, parce qu'il savait, parce qu'il se souvenait, il avait fait quelques pas et s'était penché sur les lèvres de l'homme, sans les toucher. La stupeur de ce dernier face à l'audace de l'inconnu s'était traduite par un raidissement et des mains qui s'appuyaient sur son torse comme pour le rejeter. V était resté là, immobile, yeux fermés, attendant. L'odeur de sueur qui se mêlait à la sienne, la respiration courte, le souffle contre les lèvres.
Imperceptiblement les mains avaient cessé de forcer contre lui, les muscles s'étaient relâchés. V avait rouvert les yeux et avait croisé le regard face à lui. Un regard beaucoup moins hostile, interrogateur. Il avait souri et s'était penché encore plus, ses lèvres frôlant maintenant celles du jeune homme. Qui s'était avancé en retour, fermant les yeux et adoucissant pour un instant sa fièvre en un baiser.
Mais la fièvre était revenue, intense, douloureuse, fascinante, lorsqu'ils s'étaient retrouvés peu après dans la petite chambre où logeait le boxeur. Peu de mots avaient été échangés, encore moins des noms. Mais des baisers, des caresses, des griffures et des morsures. Des corps mêlés au plus intime, du plaisir, des larmes même. De la rage face à l'absence. De la fièvre face à l'impuissance. Leurs deux intensités, leurs deux douleurs s'étaient trouvées, s'étaient heurtées, réconfortées, s'étaient nourries l'une de l'autre.
Lorsqu'ils s'étaient quittés aux premières lueurs du jour, le boxeur avait ce regard immense, perdu, après le miracle de la nuit, qui avait fait immédiatement regretter son acte à V. Mais le détective avait simplement remercié, avait dit adieu et s'était éloigné de son pas nonchalant. Il avait senti le regard de l'autre jusqu'à son retour à la pension.
Le détective se redressa et s'éloigna du parapet sur lequel il s'était appuyé pour admirer le port. Il devait oublier. Il espérait juste que cette erreur, ce débordement n'aurait pas de conséquences pour la suite.
Reprenant sa promenade, il finit par arriver au palais de Topkapi, un de ses endroits préférés dans la ville. Il l'avait déjà visité mais il avait envie de le revoir, de se perdre à nouveau dans sa beauté. Reprendre des photos était un bon prétexte.
Le palais était presque désert à cette heure-ci, la plupart des gens déjeunaient. Il se dirigea vers le harem, impatient de revoir la magnifique salle à carreaux bleus. Il entra dans la salle et s'apprêtait à prendre son appareil photo pour immortaliser un détail du mur lorsque son attention fut attirée par deux silhouettes, à moitié cachées derrière un pilier. Elles ne semblaient pas l'avoir vu arriver et le détective allait se retirer en toute discrétion lorsqu'il reconnut les décorations sur l'uniforme. A ses côtés, la silhouette gracieuse lui était familière.
Le détective ne put s'empêcher de regarder lorsque l'instituteur s'avança vers le colonel et joua machinalement avec les décorations de son uniforme. Il souriait et regardait le militaire avec tant de tendresse que le détective se sentit honteux d'être là. Pourtant, il ne pouvait détacher son regard. Le colonel était lui perdu dans les yeux de l'instituteur, il fit un geste pour l'attirer contre lui. Ce dernier se raidit et jeta un rapide coup d’œil autour d'eux. Il ne sembla pas voir le détective, à demi caché dans l'ombre. Rassuré, il se laissa aller à l'étreinte, posant sa joue contre l'épaule du militaire et laissant son regard errer le long des murs de la pièce.
« Comme c'est beau ! Je voudrais... Comme je voudrais...
— Quoi donc ? avait murmuré le colonel, les yeux perdus dans le vague.
— Je voudrais pouvoir en jouir pleinement. Pouvoir apprécier toutes ces beautés sans... »
Le colonel n'avait pas répondu tout de suite, resserrant son bras autour de l'instituteur. Sa mâchoire s'était crispée et il avait eu ce regard plein d'amertume.
« Je donnerais tout au monde pour que vous soyez en dehors de tout cela.
— Taisez-vous. S'il vous plaît, taisez-vous. Vous savez où est ma place. »
Le colonel soupira. Il allait répliquer lorsqu'un petit groupe fit irruption dans la pièce, s'exclamant lourdement devant la beauté des lieux.
Le détective s'empressa de sortir de la salle, le colonel et l'instituteur avaient disparu.
18h54
Ai rencontré le colonel Min Yoongi et l'instituteur Park Jimin au palais Topkapi. Semblent apprécier passer du temps ensemble et avoir acquis un certain degré d'intimité, malgré l'indifférence qu'ils montrent à la pension.
*****
Park Jimin allait partir en voyage le lendemain et le détective ne savait qui, de Mehmet ou de Madame Aydin, était le plus désespéré. Ce n'étaient que lamentations face à l'absence de quelques semaines qui s'annonçait, l'instituteur rentrant dans sa famille à Londres.
« Je vais revenir, ne vous inquiétez pas ! » avait-il beau répéter joyeusement en câlinant Mehmet et en tapotant l'épaule de Madame Aydin. Son regard n'indiquait pourtant que sa propre détresse.
Dimanche 31 janvier 1932, 18h56, Istanbul
Park Jimin part pour Londres par le train Orient-Express de demain. Le colonel prend également ce train mais il m'a dit s'arrêter à Genève, pour rendre visite à son frère. Quant à moi j'ai encore deux jours à Istanbul, puis je partirai pour la Grèce continuer mon périple photographique. J'espère que j'y trouverai une enquête au passage, l'oisiveté commence à me peser. Je pense trop, mais de la mauvaise manière et commence à m’apitoyer sur mon sort.. Oserai-je dire que j'ai appelé Monsieur Yilmaz ? Il n'avait malheureusement aucune enquête à me proposer.
21h08:
Les Dieux ont entendu mon appel. Je viens de recevoir un télégramme m'appelant à Londres pour une enquête urgente. Je prendrai l'Orient-Express de demain, Monsieur Yilmaz a réussi (avec difficultés m'a-t-il dit) à me trouver une place.
Le Parthénon attendra.
