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Au bout du centième – bon, d’accord, quatrième – seigneur ! soufflé par John entre deux gloussements, Sherlock, n’y tenant plus, bondit de son fauteuil comme si une guêpe l’avait piqué et fondit sur son colocataire tout ricanant.
« Qu’est-ce qu’il y a de si drôle, John ? » s’enquit-il impérieusement après l’avoir fait sursauter comme un enfant coupable.
Évidemment, il n’avait pas attendu l’autorisation de son compère pour lire l’intégralité de la page et fronça fortement les sourcils tandis que John gloussait comme une ado de série américaine.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? À quel moment on a… Quoi ?! Mais ça ne s’est absolument pas passé comme ça ! Et d’abord, Bluebell était verte, pas bleue ! Mais comment on est passé de Bluebell au lit cassé ? Et… quoi ?! Non ! Je serais jamais un bottom ! » s’offusqua-t-il en découvrant la teneur de la définition.
John, qui avait eu de plus en plus de mal à se retenir pendant la découverte de Sherlock se mit à rire franchement. Il riait tellement qu’il dut reculer sa chaise et se pencher en avant tandis que son camarade vociférait contre lui et contre cet article complètement ahurissant qui, non content de mélanger leurs différentes affaires comme s’il s’agissait d’une seule, faisait de lui un fichu bottom ! Sherlock n’en revenait pas et John était littéralement à deux doigts de s’étrangler de rire.
« Et toi, tu trouves ça drôle ?! »
Hilare, John hoqueta un « oui » haché entre deux accès de fou rire, ce qui eut pour effet de fâcher encore plus le détective qui se mit à faire les cent pas dans le séjour, son peignoir flottant derrière lui comme une cape.
Se calmer demanda à John un effort surhumain, mais il parvint à reprendre son souffle et essuya les larmes qui avaient mouillé ses joues rougies par l'hilarité. Inspirant profondément, il se réinstalla devant l’ordinateur et rouvrit l’onglet avec le fameux « article ».
« Ce n’est pas un article, Sherlock.
― Si tu te servais de tes yeux, John, tu verrais qu’il y a écrit Archive en haut de la page.
― Oui, et si toi, tu te servais de ton cerveau, tu aurais vu que c’était suivi d’une série de tags, d’un résumé et de notes d’auteur. »
Vexé, Sherlock s’arrêta et le dévisagea.
« Comme un article.
― Ce n’est pas un article, Sherlock, répéta John en détachant les syllabes, c’est une fanfiction. »
Les yeux en amande du détective s’étrécirent.
« Une fanfiction ? Une… fiction… de fan… »
John le regarda comme s’il était profondément stupide.
« Oh, bravo, Sherlock. Tu as trouvé ça tout seul ?
― Quel fan, le fan de qui ? insista-t-il en l’ignorant.
― Le tien. Le mien. Nous sommes ses personnages.
― Nous ne sommes pas des personnages, John, ce que nous vivons est réel.
― Sans blague. Assieds-toi. »
Suspicieux, Sherlock n’obtempéra pas.
« Pourquoi ?
Assis. »
Il obéit mais ne mit qu’une demi-fesse sur l’accoudoir du fauteuil.
« Il y a 63 606 fanfictions sur nous deux. Ou plutôt, il y en a 63 606 qui font de nous un couple. »
Le détective tomba à la renverse.
John sourit.
« Je t’avais dit de t’asseoir. »
