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Summary:

"I wish that I could be like the cool kids, cause all the cool kids, they seem to fit in"

C'est ce que Bai s'évertuait à penser et tout ce que Sigrún s'évertua à ne pas penser.

Notes:

Ca fait longtemps que j'avais envie d'écrire. C'est les vacances d'été, donc j'écris.

(le rating pourrait augmenter)

MERCI A MON ANOUK D'AMOUR POUR LA BETA-LECTURE !!!

Chapter 1: Bai & Sigrún

Notes:

L'été m'ennuit donc j'écris.

(See the end of the chapter for more notes.)

Chapter Text

J'enfonçai la clé dans la serrure, tourné deux fois sur la gauche et ouvert la porte, faisant claquer les portes-clés contre, puis la refermai une fois entrée. Je posai mon sac sur le meuble dans l'entrée, retirai mes chaussures que je rangeai dans le placard et me dirigeai vers la cuisine où je bus un grand verre d'eau et rinçai ensuite du riz à cuire pour ce soir. Pumpa vint se frotter paresseusement contre mes mollets en guise de salutations. Je lui grattai la tête et vérifiai qu'il avait encore de quoi boire et manger.

Je trouvai des poivrons, des concombres et de petits filets de poulet dans le frigo. J'épluchai les concombres que je découpai avec les poivrons et les filets. Je jetai un œil à la vieille horloge du salon : dix-huit heures quarante huit. Elle n'allait pas tarder à rentrer, d'ici vingt minutes peut-être. Je fis une salade avec les concombres en y ajoutant de l'ail et du basilic et balançai les poivrons sur une poêle. En attendant qu'ils cuisent, j'allais dans la chambre pour me changer en des vêtements plus confortables : un sweat à capuche et un legging noir.

J'étais dans le couloir pour retourner dans la cuisine quand j'entendis la porte d'entrée se refermer, ce qui me fit trottiner jusqu'au dit-lieu. Bai retirait ses chaussures et me salua avec un sourire en relevant la tête vers moi.

« Salut.
- Salut la belle. »

Je la pris dans mes bras et la soulevai du sol ce qui lui provoqua un rire étranglé par la surprise, semblable à un gros grognement d'animal paniqué – elle ne s'y attendait jamais à ces étreintes là.

« Tu es de bonne humeur, remarqua-t-elle quand je la relâchais et m'attardai dans ses bras en me nichant dans son cou.
- La journée a été longue. Ça fait du bien de te voir. »

Elle me caressa la tête et la nuque et je ronronnai de plaisir. Puis je la laissai retirer son manteau et se débarrasser de ses affaires et retournai à la cuisine. Les poivrons étaient parfaits : je les plaçai dans une assiette à part et fis cuire les morceaux de poulet. Bai me rejoignit dans la cuisine après s'être changée à son tour et sortit deux assiettes creuses, des couverts et deux verres.

« Tu veux manger ici ou au salon ?
- Peu importe ! »

Elle sortit un plateau, m'indiquant donc que nous mangerions au salon. Le cuiseur à riz bipa tandis qu'elle sortait la salade de concombres du réfrigérateur. Je secouai la poêle pour que le poulet blanchisse bien uniformément. J'ajoutai du lait de coco et du curry. Elle remplit les assiettes de riz et divisa les poivrons dans chacune d'elle. Elle remplit la carafe d'eau, nous servit des verres, elle vida le sien. Cette petite danse quotidienne dans la cuisine lors de la préparation des repas accentuait toujours la sympathie dans mon cœur, surtout après de longues journées où à un certain point je ne travaillais que pour pouvoir en terminer rapidement et rentrer à la maison. Le poulet me semblait cuit. Je dispatchai les morceaux dans nos assiettes et mis la poêle vide dans l'évier où je la fis tremper.

« Je crois qu'on est bon !
- Il me semble oui : à taaaable. »

L'enthousiasme de Bai nous porta au salon, plateau dans les mains, moi sur ses talons. J'allumai la télévision, les informations en fond que nous écoutâmes à peine en réalité, préférant discuter de nos journées respectives et nous confortant parfois dans le silence que sollicitait un bon repas chaud fait maison. Le week-end approchait, du beau temps était prévu et nous voulions profiter des beaux jours de la fin mai : nous parlâmes donc de faire quelque chose de différent au lieu de rester à la maison ou en ville.

« Et siiii... on allait au lac ?
- Oh !! C'est une très bonne idée ! On pourrait partir en fin de matinée et manger là bas et après aller marcher en forêt !
- Et prendre des photos ! Ça va être l'ébullition des odeurs aussi, à cette époque de l'année...
- Et on devrait prendre nos carnets.
- Faudra que je note un max de choses. »

Les observations en pleine nature étaient toujours la quête d'inspirations nouvelles. Bai et moi avions sans cesse besoin de renouveler nos imageries et d'apprendre, souvent par nous-mêmes, des choses, qu'elles fussent utiles au quotidien ou non. De cette façon, nous n'avions pas l'impression que nos esprits tournaient sur eux-mêmes dans notre boîte crânienne et pourrissaient dans le jus de connaissances et de perspectives limitées. De nouvelles fleurs, de nouveaux parfums, de nouveaux textes, de nouveaux airs, de nouveaux regards à croiser. Ce sont des choses que nous aurions aimé faire quand nous étions encore jeunes, si nous avions su que cela nous sauverait de l'anxiété et des tourments intérieurs.

L'idée de passer le samedi à l'extérieur nous rendit fougueuses et pleines d'entrain et je finis par avoir un fou rire incontrôlable et je bafouillai des excuses comme quoi c'était mes nerfs qui lâchaient à cause de la pression subie dans la journée. Mais Bai savait que c'était vrai, je ne pouvais pas la leurrer et d'ailleurs, je ne cherchais pas à la leurrer. Je ne pouvais pas moins me soucier de ce qu'elle pensait de moi : elle savait tout ce qu'il y avait à savoir. On ne refait pas une décennie d'amitié, encore moins des années de vie commune à prendre soin l'une de l'autre.

Après avoir fini de manger, nous avons regardé un film. Je faisais des scoubidous, parce que ça faisait passer le temps, même si je ne savais jamais trop quoi en faire ensuite (souvent je les donnais aux gosses du centre aéré) et Bai se limait les ongles en écoutant distraitement le film. Au bout d'un moment, elle poussa sur ma cuisse avec son pied en m'appelant.

« Sigrún.
- Hm ?
- Siiiigrúúúún, fit-elle encore en se rapprochant et en éparpillant ses cheveux sur mes jambes en tailleur.
- Quoi ?
- On va se coucher ? »

Son ton était définitivement taquin: je baissai les yeux sur elle, elle avait un grand sourire. Je posai mes fils et éteignis la télé et la fixa un moment avec une mine très sérieuse. Elle allait ouvrir la bouche pour dire quelque chose quand je l'attrapai à la taille et la renversai sur mon épaule comme un sac à patates. Elle éclata de rire et cria en s'agitant tandis que je me dirigeai au bout du couloir, dans notre chambre.

Je nous fis tomber sur le lit et lui fit une crise de chatouilles qui dura malheureusement peu longtemps en vue de ses cris suffoquant et de ses coups de genoux et de ses petits ongles qui me griffèrent les bras.

« Saloperie de sauvageonne ! »

Je tombai à côté d'elle et nous reprîmes notre souffle en rigolant encore, niaisement. Elle se leva pour aller dans la salle de bain, où je la suivis. Séance routinière du démaquillage et du lavage de dents bien appréciée. Notre vraie peau, nature et sans artifice. De retour dans la chambre, nous changeâmes de vêtements pour nos pyjamas et nous roulâmes sous les draps en des soupirs de bien-être. Bai se colla contre moi, allongée sur le ventre et me chuchota des souhaits pour ses rêves de la nuit. Elle me murmura des encouragements pour le lendemain. Le cœur ému, je lui souhaitai la même chose et cédai à l'embrasser. Je me mis sur le côté et l'enlaçai.

Je crois que nous sombrâmes rapidement, nos souffles respectifs guidant celui de l'autre, insufflant le rythme, la voie à suivre, sans jamais douter, sans avoir peur des rêves et du lendemain. Nous étions la confiance et l'assurance. C'est ce que nous voulions croire et comme nous y croyions, nous l'étions.

 

-

 

J'étais en train de finir d'éplucher des oignons et de geindre sur la douleur de mes yeux lorsque j'entendis la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer en claquant. J'entendis Bai passer vite dans le couloir en retirant ses chaussures sans les ranger, lâchant ses affaires sur le sol puis filer dans le couloir jusque dans la chambre, sans rien dire. Je lâchai mon couteau et me lavai vite les mains en clignant des yeux pour faire s'échapper les grosses larmes douloureuses. Je m'essuyai les mains et le visage et me dirigeai vers le salon.

Elle y était revenue et était assise sur l'accoudoir du canapé, face à la fenêtre. Elle s'était enroulée dans le plaid reposant habituellement sur notre lit et avait ramené ses genoux contre sa poitrine. Je voyais déjà ses épaules frémir et j'entendais sa respiration se faire peu profonde et s'accélérer. Panique. Je m'approchai doucement et posai mes mains sur chacune de ses épaules en m'accroupissant. Le soleil couchant se reflétait dans ses yeux remplis de larmes qu'elle tentait de contenir. Ses sourcils bruns étaient froncés de contrariété et son nez déjà rougi par l'émotion. Elle était si absolument belle que je ne pus retenir un sourire d'adoration mais non dénué de compassion.

« Allez, tu es chez toi, te caches pas à moi. » dis-je en frottant mon nez contre sa joue.

Elle me regarda de ses yeux frémissant d'émotions et sa respiration céda soudainement en un unique sanglot comme un élastique claque après avoir été étiré trop fort, trop longtemps. Je ne sais si ce fut d'elle-même qu'elle vint s'enfouir contre mon épaule ou si ce fut moi qui l'enlaça, la soutint, la réconforta. Mes bras faisaient le tour d'elle, la faisant encore plus petite. Je caressai ses cheveux et ne dis rien de plus. Je savais qu'on en discuterait très certainement plus tard.

Nous mangeâmes en silence - Bai trop peu à mon goût mais je l'encourageai suffisamment -, puis après avoir chargé le lave-vaisselle, je la pris par la main et l'emmenai dans la chambre. Elle se changea pour la nuit et s'allongea sur le lit, plongée sous la couette sans demander son reste. Je m'étais changée aussi dans le même temps et alla dans la salle de bain pour me démaquiller et me laver les dents. Je retournai dans la chambre avec une lingette propre.

« Démaquille-toi au moins, tu vas avoir une mine affreuse demain.
- Elle est déjà affreuse, maugréa Bai en se redressant.
- Arrête tes bêtises, ferme les yeux. »

Je nettoyai moi-même les traces noires qui avaient coulé de ses yeux, passant derrière ses oreilles et dans le cou. Elle émit un petit bruit de contentement avec sa gorge quand j'eus terminé.

« Ça fait du bien, non ?
- Merci... » sourit-elle. Enfin un sourire.

J'allai jeter la lingette et courus jusqu'à la porte d'entrée que j'avais oublié de verrouiller. Je rejoins enfin Bai dans notre lit et cherchai automatiquement sa main sous la couverture. Mais elle vint nicher son dos contre mon ventre et je mis mon bras gauche autour d'elle et saisis sa main qu'elle avait un peu froide. Avant d'éteindre, je pris la peine de me redresser et de tourner son visage vers le mien pour la regarder. Son visage était fatigué, ses yeux étaient encore un peu luisants de chagrin mais ils avaient surtout besoin de repos, tout comme son esprit. Je déposai un baiser sur sa pommette, puis au coin de ses lèvres pâlies par la fatigue et enfin un vrai, bien placé, qu'elle me rendit affectueusement ; je sentis ses doigts s'attarder sur ma joue. Je m'écartai pour la regarder à nouveau. Je vis la couleur lui monter aux joues, parce que ça ne manquait jamais, et ce quelque chose pétiller dans son regard. Un large sourire abruti s'afficha sur mon visage. Elle enfouit sa tête dans l'oreiller et j'éclatai de rire en me rallongeant à côté d'elle.

« T'es bête. (J'entendis le sourire dans sa voix.)
- Fais de beaux rêves, petite fleur.
- Bonne nuit... »

 

-

 

Je crois avoir entendu la pluie contre les volets cette nuit. Le réveil affichait plus de trois heures du matin. Bai et moi étions quasiment toujours dans la même position que lorsque nous nous étions endormies. Pumpa avait rejoint un coin de notre lit. Je me penchai près du visage de Bai et dans la pénombre, il me parut paisible. Sa respiration l'était du moins : profonde et régulière. La respiration d'un repos réparateur. Je me mis à imaginer que ses rêves étaient très flous, très paisibles avec des couleurs claires d'aquarelle comme le ciel d'un port au petit matin. C'est ce que j'espérais en tout cas alors que je me replongeai dans le sommeil.

 

-

 

Le lendemain, lorsque je me réveillai, le lit était vide. Je demeurai un instant sur le dos, immobile, le bourdonnement du silence parvenant à mes oreilles me permettant de me reconnecter à la réalité, loin du folklore de mes rêves. Un œil sur le réveil m'indiqua sept heures et demi passées.

Déjà levée, Bai était assise sur l'accoudoir, face à la fenêtre du balcon ouverte sur le lever de soleil. Aucun signe dans le ciel ne laissait savoir qu'il avait plu durant la nuit, la journée serait donc belle, comme prévu. Elle avait une tasse de café fumant dans la main et un autre mug repose sur la table du salon. Je souris doucement et la rejoignis enroulée dans notre plaid, ce même dans lequel elle était enfouie pour se protéger des maux du monde et autour duquel je me nichai pour lui prouver qu'elle n'était pas seule à affronter ce qu'il y a à affronter et plus, pour sur.

« J'arrivais plus à dormir, je nous ai fait du café... et un gâteau.
- C'est bien aimable, dis-je en laissant échapper un petit rire pour la remercier. »

Elle sembla hésitante un instant. Sa pudeur et sa modestie naturelles, toujours présentes malgré les années passées ensemble, bien que parfois agaçantes, la rendaient là, en cet instant, fragile comme du verglas sous le soleil. Pourtant j'étais une des personnes les mieux placées pour savoir qu'elle n'était pas fragile comme du verglas. Vulnérable, oui, un peu. Mais incassable. Pas avec moi. Et si jamais cela devait arriver encore, je retournerais les terres du monde et glisserais sur tous les océans à la promesse que cela lui rende sa joie.

« Bai... Qu'est-ce que tu as ? »

Ses yeux filèrent en haut, en bas, fixèrent tout excepté mon regard. Je haussai les sourcils et m'assis sur ma patience en gardant un sourire. Je bus une gorgée de café et je remarquai que notre chat était couché sur les oreillers posés au sol à côté des poufs carrés alignés le long de la fenêtre.

« Tu veux parler d'hier soir ? »

Je crois que quelques autres minutes passèrent dans le silence et j'étais largement perdue dans mes pensées en fixant l'extérieur et le soleil se déplacer derrière les lotissements pour grimper la toile bleue et blanche du ciel. Il était encore tôt et je n'étais même plus fatiguée. Il faut dire que nous nous étions couchées assez tôt. Mais c'est bien de temps en temps. Nous avions prévu de partir au lac vers dix ou onze heures...

« Sigrún... »

Bai avait cessé de s'agiter et avait fixé sa concentration dans la contemplation des quelques plantes et fleurs disposées sur le balcon. Je me tournai vers elle pour lui signaler que je l'écoutais.

« Je vais y arriver, hein ? C'est pas parce qu'on me fait des reproches et qu'on met tout mon travail à terre lors d'une journée alors que ça fait des semaines que je me pousse à bout et que je fais tout pour être arrangeante, que je ne vaux rien et que mes efforts ne paieront pas, n'est-ce pas ? »

Je la considérai en silence. La pression du travail, encore et toujours. Je posai mon mug et m'assis en tailleur en face d'elle, dos à la lumière tiède du soleil.

« Tu as vraiment besoin que je te réponde ? Pour t'assurer que tout le monde a ses mauvais jours et que probablement, ta patronne t'a encore injustement prise pour bouc-émissaire. Tu remarqueras pourtant qu'elle en a un par jour... sauf lors de ses jours de congé j'imagine. Mais tu sais quoi faire, Bai. Tu sais que tu dois travailler pour toi et pour les objectifs généraux, pas seulement pour ne pas entendre qu'on se plaint de toi. Tu tires toujours du bon en te donnant à fond, tu... »

Je plissai les yeux un instant pour reprendre mon souffle et le cours de mes paroles, sans me détacher de ses yeux onyx. Soudain je n'étais plus trop sure d'où je voulais en venir. Mais je continuai.

« Tu aimes ce boulot. Et tu as le droit d'imploser, même d'exploser. C'est humain et nécessaire. Mais ne te laisse pas chagriner par de mauvaises pensées qui n'ont plus lieu d'être. »

Je lui flanquai une pichenette sur le front, la faisant couiner.

« Tu es forte, tu vas y arriver, petite fleur ! »

Elle me regarda par dessous ses cils, incertaine. Et je lui offris la constance de mon sourire, en espérant que ça pouvait suffire. Elle me prit les mains et embrassa leur dos et me tira pour me redresser sur les genoux.

« Je t'aime Sigrún ! »

On s'enlaça fort dans la lumière du soleil et ça me semblait être bon signe pour commencer la journée. Oui, je crois que cela suffit.

 

 

Notes:

J'ai pas encore de vraie intrigue et je sais pas vraiment s'il y en aura une. Je fais ça au feeling, pour m'amuser.
Le premier chapitre est le temps présent, une bonne partie des suivants remonteront dans le temps pour raconter comment les filles en sont arrivées où elles en sont. D'autres chapitres reviendront au temps présent.
Si jamais quelqu'un a envie de traduire ça en anglais, qu'il se manifeste (je le ferai bien mais je manque de patience).