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7 septembre
Je n’arrive pas à dormir dans l’avion. Dans l’heure qu’a duré le vol, je t’ai composé le poème le plus moche de tous les temps.
Aux petites heures du matin
Les yeux pleins de sommeil encore
Nous prenons conscience de notre temporalité
Pour la dernière fois, je veux tout vivreJe veux tout effleurer
Tes cuisses fermes jusqu’à ton entrejambe
Fine peau poudrée qui demeure à être souillée
Par la moiteur et la mouillure du coïtJe veux tout encaisser
Paumes qui claquent le tonnerre
Alors que tu t’enlises en moi
Troublant mes recoins plus sauvagesJe veux tout absorber
Flot marin sur le bout de ma langue
Gelée qui inonde mon gosier
Sève nacrée aux commissures des lèvresPour la dernière fois, je veux être tenue avec amour
Voilà qui clôt nos aventures pour l’instant. Ces derniers jours s’apparentaient à du temps volé, un dernier effort pour prolonger l’été au-delà de son crépuscule. J’ai hâte à nos retrouvailles — il reste tant de choses à compléter sur notre bucket list. D’ici là, vivons pleinement nos vies chacun de notre bord.
10 septembre
J’ai l’impression que nous sommes encore dans un état d’esprit estival. Nous passerons à autre chose; ça ira mieux une fois que nous aurons repris le rythme effréné de nos quotidiens habituels.
13 septembre
Cela fait une semaine que nous nous sommes dit au revoir d’un long baiser fougueux. Je m’acclimate à ton absence et j’ai toute l’intention de me réinstaller dans une routine confortable. Cependant, je suis parfois frappée par un manque soudain. Nos contacts physiques me manquent et je ne parle pas de faire l’amour mais de ta simple présence à mes côtés.
Le matin, je me réveille et je suis bien, prête à affronter ma journée, mais lorsque je vois tes messages, ma résolution vacille et soudain, j’aimerais vraiment pouvoir te serrer fort dans mes bras. Et parfois, quand tu envoies des messages tard le soir, je m’endors en souhaitant qu’il y ait une petite fournaise à côté de moi, un dos large contre lequel je me presserais. Dans ces moments, je m’enfonce profondément à l’intérieur de moi. Mais hélas, il semble que la pluie qui ne tombe qu’une fois par an dans le désert soit déjà passée et peu importe comment j’essaie, je n’arrive pas à renfler les feuilles de sève.
16 septembre
Je t’aime. Mais je ne veux pas garder de secret ou être gardée secrète pour te garder. Il n’y a rien de plus corrosif pour mon estime de soi.
S’il y a une chose que je regrette, c’est d’avoir suggéré que nous fassions profil bas au début de notre liaison. À ce moment-là, nous n’étions que friends with benefits et nous n’envisagions pas la possibilité que ça dure au-delà des vacances. Mais je ne comprends pas que nous soyons restés sur cette piste malgré le tournant romantique qu’a pris notre relation. « Pourquoi ne pas continuer sur notre lancée et poursuivre le jeu ? » tu rigolais. Bien que je sois allée avec tes préférences, ça me rongeait parce que, désormais, je nourrissais les plus grands espoirs pour nous.
19 septembre
Tu me manques. Maintenant, au cœur de la nuit. Pas parce que c’est le temps où le désir sensuel s’éveille mais parce que la maison dort. Je suis la seule encore debout. Il n’y a à mes côtés qu’une petite lampe de lecture. Autour de moi, les stores de la baie vitrée sont ouverts, donnant sur la rue elle aussi somnolente. C’est précisément dans ce beau monde désert plongé dans le sommeil que le sentiment de manque s’insinue. Ce que j’aimerais ta présence auprès de moi, aussi infime et innocente soit-elle. Je ne souhaiterais plus que de simplement pouvoir te contempler dans ton sommeil, sans interrompre ton repos. Le temps que je m’endorme aussi. Le temps d’une brève langueur qui se sera de sitôt repliée demain matin.
Bonne nuit mon cher.
Message rétrospectif: Je ne le savais pas à l’époque — bien que j’en avais le pressentiment — qu’il s’agissait là de mon dernier message passionné. Ton affection se fanait déjà. Cette « brève langueur », il s’avère, ne s’est pas effacée au petit matin. Au contraire, je crois bien que ça ait marqué le début d’un deuil, les premières larmes porteuses de mauvais augure pour les prochaines semaines.
23 septembre
Les gens ont tendance à négliger les mots d’affection, à éviter de vous dire à quel point ils vous aiment ou à quel point vous leur manquez. Parfois, c’est leur fierté qui les gêne et les empêche de montrer trop d’émotion au risque de paraître sirupeux. Et même s’ils en ont l’intention, ils sont parfois trop timides, trop effrayés, trop certains que ce ne soit pas la bonne chose à dire ou que ce soit le mauvais moment. Mais ça ne l’est pas; ça ne l’est jamais. Dites-le avant qu’il ne soit trop tard. Pour autant que nous sachions, cela pourrait être votre dernière conversation sincère avant que la vie ne vous mène sur des chemins séparés.
Ceci, j’aurais tant voulu te le dire de vive voix. J’aurais aussi tant aimé entendre ta voix.
24 septembre
Que nos échanges sont impersonnels. Leur fadeur me touche plus que je n’aurais jamais cru possible. Et dire que je me croyais capable de me passer de ton affection des mois durant. Quelle naïveté de ma part.
Serait-ce ainsi que nous devenons distants, comme tu le redoutais ?
27 septembre
Tout est sombre et morose. C’est la grisaille depuis des semaines — merci les ouragans. Il sied que les tempêtes portent le nom de personnes... Je suis familière avec la dépression saisonnière mais ça se pointe beaucoup trop tôt cette année. Parfois je me réveille avec un tel sentiment de désespoir, un mal que le ciel nuageux ne fait qu’amplifier. Mais je ne laisse rien paraître et nous nous envoyons encore de brefs messages banals de temps à autre.
30 septembre
Alors que je parcourais nos messages pour trouver un guide pour un voyage qui s’en vient, j’ai lu certains de nos anciens échanges. Je pensais mon cœur sur la bonne voie vers la cicatrisation mais il a fallu que je me tire une balle dans le pied. Nous sommes si loin de ce que nous avions cet été que relire ces propos me donne l’impression voyeuriste de plonger dans la relation de quelqu’un d’autre.
2 octobre
La relation s’estompe. La communication s’abrège. Les priorités changent. L’affection se dissipe. L’intimité n’est plus. Les suppositions et pressentiments s’insinuent dans le quotidien. Et la peur de perdre croît. Je m’accroche à l’espoir d’avoir tort.
Un épilogue robuste vaut mieux qu’un avilissement prolongé. Si l’intérêt n’y est plus, je préférerais la franchise à une indifférence graduelle.
7 octobre
Il y a en moi une profonde tristesse. Une solitude et un néant qu’aucune parole amicale ou distraction terrestre ne saurait soulager.
8 octobre
Je suis en vacances avec ma meilleure amie et malgré tout, je ne peux réprimer ce sentiment de vide en moi. Ce gouffre menace de m’avaler tout rond.
La grisaille
Le brouillard
Je m’égareLe déluge
La houle
Les voiles déchirent
Je sombreLes sirènes
Leur chant
Je laisse me laisse leurrer
Plonge sous les draps
Tu es làLe songe
Les courants
Nébuleux
Je me fais petite
Blottie contre ton flanc
L’épave s’embourbeL’accalmie
Pour un bref instant du moins
12 octobre
Quel homme, dites-moi, mérite que je lui consacre deux mille mots de ma plume ? Deux mille mots qui forment l’écrin de mes peurs, mes soucis, mes joies et mon amour. Je dois croire qu’en faisant couler l’encre, je me saigne aussi de mes humeurs viciées.
13 octobre
Je crois que la raison pour laquelle il m’est si difficile de lâcher prise est que j’ai encore de l’espoir. Quand on a aimé si intensément, cela ne se termine pas vraiment, peu importe le nombre de fois que l’on s’affirme que c’est fini. Le temps et l’amour investis ne disparaissent pas en un claquement de doigts.
15 octobre
Les promenades quotidiennes ont été le meilleur moyen de m’éclaircir l’esprit. Hélas, les journées raccourcissent.
17 octobre
Nous avons le curieux don de procéder comme si nous n’avons jamais été que de simples amis, avec une distance polie. Sans qu’aucun de nous n’aborde jamais le sujet, il semble que nous ayons compris tacitement que les choses touchaient à leur fin : toi parce que tu t’en es désintéressé et moi parce que j’ai senti cette désaffection.
19 octobre
C’est difficile de se résoudre à se séparer de quelqu’un que l’on aime tant. Mais l’on ne pourra jamais faire de la mauvaise personne la bonne personne. On ne peut pas forcer ce qui n’est pas censé être. Alors il faut lâcher prise. Et il faut croire qu’avec le temps, la douleur s’atténuera. Je dois le croire.
22 octobre
Cristallisation de petits moments de pure allégresse — depuis le mois de juin que je tiens cette liste, simplement, je ne n’ai jamais eu l’occasion de la partager. Je la gardais pour un anniversaire ou un événement spécial.
J’ai trouvé le bonheur dans les petits moments où il semble que le temps se fige;
dans les moments de plénitude où il semble que l’air nous enveloppe de douceur et répond à notre allégresse.C’est la quiétude et la pureté d’une randonnée matinale, avec l’air neuf qui revigore.
C’est la tiédeur du soleil qui vous effleure la peau et sèche vos cheveux un bel après-midi d’été à la plage.
C’est de partager un souper sur une terrasse durant cette heure magique qui précède le coucher de soleil.
La vue sur les rues en construction ne paie pas de mine mais vous savourez un bon repas en bonne compagnie.Ce sont les retrouvailles avec votre copain au bord de l’eau au Vieux-Port et les entretiens cœur à cœur jusqu’à l’heure du dernier métro.
Ce sont les promenades nocturnes affranchies de toute retenue où les chevauchées sur son dos et les mains lascives sont de mise.
C’est de s’endormir entrelacés et se réveiller au délicat toucher de sa peau;
peau sur laquelle vous laissez errer vos lèvres et dont la douceur ne cesse, à ce jour, de vous émerveiller.
Je ne ressens aucune amertume en repensant à nos moments passés. Je suis heureuse que nous ayons pu vivre ces expériences ensemble et je m’en remémore avec tendresse. Par contre, ça m’attriste de penser qu’hier seulement, j’ai l’impression, nous étions si intimes.
24 octobre
La douleur vient par vagues. Une minute je pense que je vais mieux, la suivante mes émotions me submergent.
26 octobre
Avec le recul, je vois plus clairement en notre relation. Ce que nous avions, c’était une proximité contenue — socialement contenue, avant tout. Notre intimité était endiguée dans le plaisir des vacances d’été. Ce n’était pas un tremplin vers un chapitre prochain. Au fond, tu ne m’as jamais voulue ainsi. Tu as été lâche de ne pas le clarifier.
30 octobre
En écrivant les propos que j’aurais aimé tenir en personne, je crois que j’ai trouvé la résolution que je cherchais. J’attendais une discussion profonde pour clore ce chapitre; je voulais absolument t’entendre dire que c’était fini (ou non). À travers l’écriture, j’ai réalisé que la résolution se trouvait déjà dans tes actions. La façon dont tu m’as traitée me montrait ce que tu ressentais pour moi et c’était à moi de le reconnaître.
1er novembre
Il y a un mois encore, mes souvenirs me semblaient proches et vivants. Ils étaient si vifs que je pouvais presque tendre la main et les tâter. Tes traits et les expressions qui s’y peignaient. Le timbre de ta voix. Et par-dessus tout, ton parfum subtil qui s’insinuait jusqu’au tréfonds de mon être.
Aujourd’hui, je sais que j’ai eu un été plein de péripéties mais je ne le sens plus. Le temps brouillera même les passions les plus ferventes. Peut-être est-ce une bonne chose. Peut-être que ça me délivrera de mes ardeurs.
3 novembre
J’ai rendez-vous à dîner. Pour la première depuis des semaines, je n’ai pas l’impression de chercher un répit temporaire dans la compagnie de mes amis. Je savoure pleinement le moment lui-même et j’apprécie leur présence en soi.
J’adore la randonnée et j’en ai fait plusieurs au cours des dernières semaines. Il n’y a rien de tel que la splendeur des paysages naturels pour vous inspirer un profond sentiment d’aventure, de gratitude et de sérénité. Pourtant, je ne me sentais pas mieux à la fin de la journée. C’est comme si ma tristesse m’avait privé de la capacité d’apprécier les choses que j’aime le plus au quotidien. Je n’étais jamais pleinement dans le moment et mon chagrin me suivait dans mes pas.
Ce chagrin qui planait toujours en arrière-plan n’est plus là — ce soir, au moins.
10 novembre
Après tout ce temps, j’ai beau essayer de passer à autre chose — il y a des bons jours et des mauvais jours — force est d’admettre que j’éprouve encore un amour insensé pour toi. Mais il est temps de clore ce chapitre.
De l’eau est passée sous les ponts
Quand quelqu’un se retire de votre vie, toutes les issues ne sont pas pareilles. Certaines sont belles et poétiques, d’autres sont brusques et affligeantes mais la plupart sont tout simplement banales et maladroites.
Solal, tu as toujours été un bon ami. Je suis confiante que ce sera une source de continuité.
Ariane
