Chapter Text
La nuit est notre secret
À la fin des cours, l’agitation des élèves était si intense qu’il était facile de se perdre dans la marée d’étudiants qui circulaient dans les couloirs. Ils semblaient indifférents aux autres, concentrés sur la faim naissante dans leur estomac, déambulant vers la Grande Salle d’un pas pressant.
Pour Hermione, la sonnerie annonçant la fin des cours était l’occasion idéale pour s’éclipser pendant quelques minutes - ou plutôt quelques heures, sans que personne ne s'en aperçoive.
Cette habitude était rapidement devenue sa routine. Elle s’était habituée à vivre ainsi, à la recherche constante de moyens pour passer inaperçue aux yeux des autres. Elle était devenue une experte dans ce domaine. Et cela ne la dérangeait nullement, bien au contraire, c’était plutôt à son avantage. En réalité, si quelqu'un avait remarqué son absence à la fin des cours, la plupart auraient simplement supposé qu'elle était à la bibliothèque. Après tout, elle était connue comme étant une élève studieuse et une véritable 'miss-je-sais-tout'. C'était cette réputation qui lui permettait de conserver son petit secret en toute tranquillité.
Ce rituel durait depuis plusieurs semaines déjà. Elle évitait soigneusement le repas du soir, prétextant à ses meilleurs amis qu’elle devait se consacrer à ses études pour obtenir les meilleures notes possibles. Ron et Harry ne se doutaient de rien, ils ricanaient doucement en disant qu’elle était toujours aussi obsédée par sa performance académique. Hermione répondait toujours avec un sourire crispé.
Elle préférait qu’ils pensent ça, ce n’était pas complètement faux, mais ce n’était pas la vérité non plus. Si ses meilleurs amis apprenaient ses excursions nocturnes, ils allaient définitivement s’inquiéter et sauter aux conclusions hâtives.
Au début, mentir à ses amis avait été difficile. Ils avaient toujours fait les quatre cents coups ensemble et ils se partageaient toutes leurs pensées, même les plus sinistres. Elle se sentait coupable d’avoir son petit jardin secret, alors qu’ils étaient soudés. Ils avaient vécu ensemble les événements les plus traumatisants et se considéraient comme des frères de cœur. Cependant, Hermione était incapable de se résoudre à avouer la vérité.
Elle supposait qu'au fond d'elle-même, une partie perverse aimait l'idée de mener une double vie. Elle était tiraillée entre le plaisir de se sentir enfin vivante et la culpabilité de vivre comme elle le voulait.
À présent, après la fin des cours, ses meilleurs amis n’essaient plus de la retenir. Ils semblent à peine préoccupés par son absence. Toutefois, si Hermione avait été plus attentive, elle aurait pu apercevoir les regards inquiets entre eux.
Au départ, mentir à ses amis était difficile. Elle ne pouvait s’empêcher de se sentir coupable, mais à présent, c’était une habitude. Maintenant, ils ne la questionnent plus. Ils semblent à peine préoccupés de son absence.
Quand elle avait commencé à sauter le dernier repas, elle avait craint que quelqu'un d'autre ne remarque son absence, mais jusqu'à présent, personne n'y avait prêté attention. Les élèves étaient bien plus concentrés sur leurs repas et les discussions animées de la Grande Salle que sur le fait qu'il manquait une élève à Gryffondor. Ou plutôt, deux élèves.
Personne ne pouvait lui enlever ces moments de vie clandestine, n’est-ce pas ?
Après une journée particulièrement ennuyeuse, la boule au ventre d’excitation, Hermione longeait les couloirs vides d’une quelconque présence humaine. Parfois, certains personnages de tableaux anciens la réprimandaient pour son insouciance et qu’elle était aveuglée par son amour impossible. Ils disaient qu’elle devait revenir à la raison, car rien de bien ne pouvait sortir de cette situation. Hermione ne leur prêtait guère attention.
Car, comment une chose si parfaite pouvait la faire souffrir ? Ils n’y connaissaient rien en sa vie amoureuse !
Le paysage était particulièrement magnifique cette soirée-là. Le ciel était découpé dans un mélange de magenta et d'orange sous la présence des derniers rayons de soleil. Hermione ne s’y attarda pas.
Elle savait qu’à cet instant précis, alors que le soleil offrait ses derniers adieux pour laisser la lune entrer en scène, une autre silhouette se faufilait dans les passages secrets de Poudlard en direction de leur point de rendez-vous.
Hermione ne comptait plus les jours depuis le début de ces rendez-vous hebdomadaires. Elle savait simplement qu’elle ne pouvait plus s'en passer. Elle était addict à cet enchevêtrement de rendez-vous dans la tour d’astronomie. Elle se comparait parfois à une toxicomane, mais se rassurait dans l’idée que sa santé ne pouvait pas en subir les conséquences. La fébrilité et l’anticipation semblaient toujours aussi intenses dans son bas-ventre. Elle ne s’habituait jamais à ces sensations.
En montant les marches de la grande tour, son cœur battait à tout rompre. Son secret la rendait plus vivante que jamais. Ce petit jeu était sa manière d’oublier les terribles choses qui se déroulaient à l’extérieur de Poudlard.
Pour une raison quelconque, des milliers de questions lui traversaient l’esprit à chaque fois qu’elle se dirigeait vers le lieu de rencontre.
Et si elle ne venait pas ?
Devrait-elle rebrousser chemin ?
Tombait-elle éperdument amoureuse de cette fille ?
Était-il trop tard pour tout abandonner ?
En un dernier effort, Hermione gravit la dernière marche. Le grincement la fit grimacer, tandis que ses yeux parcouraient déjà le paysage. Les étoiles étaient imperceptibles à cause de l'étendue de nuages qui s'accumulaient dans le ciel.
Malgré la noirceur, une silhouette était perceptible. Elle reconnaîtrait cette manière insouciante de s’accouder contre la rambarde, ses courbes mal dissimulées dans sa robe de sorcière et ses cheveux en cascade contre ses épaules entre mille.
Après tout, elle la hantait depuis tant de nuits.
Le sourire en coin de Pansy l’accueillit et comme à son habitude, elle la salua d’un simple : « Bonsoir, mon ange. »
Hermione ne perdait pas de temps. Elle lui répondait toujours par un baiser. L’embrasser était sa manière de lui transmettre toutes ces émotions de la journée, les regards en coin et tous les non-dits entre elles. Elles avaient tellement envie d’être elles-mêmes, sans se cacher, mais elles savaient qu’il y avait trop de raisons pour ne pas le faire.
Au moins, dans la noirceur de la nuit, elles pouvaient enfin être elles-mêmes. C'était tout ce qui comptait. Elles pouvaient être ensemble et s'imaginer que le monde leur appartenait. La nuit était leur moment secret de plaisir, car elles étaient faites l'une pour l'autre, cachées dans l'obscurité pour vivre leur amour.
Et le jour, elles étaient de parfaites étrangères.
