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La vie est belle

Summary:

C'est le premier Noël sans Padmé.

Notes:

C'est plutôt triste. Mais c'est peut-être le fait que je suis travailleuse sociale, mais j'avais besoin d'écrire quelque chose à propos du fait que le temps des fêtes n'est pas forcément une période heureuse pour pleins de gens pour une multitude de raisons. Si vous vivez avec des idées suicidaires ou que vous vivez avec une problématique, n'hésitez pas à en parler avec un professionnel ou un ami... Mais surtout allez chercher de l'aide.

Work Text:

Ben s’immobilisa et tendit l’oreille afin de vérifier que sa famille était trop préoccupée pour lui porter attention. Après deux minutes, il jugea que le champ était libre et il s’infiltra dans l’ancienne chambre de ses grands-parents. Il cligna des yeux plusieurs fois et retint un éternuement devant le nuage de poussière qui se souleva immédiatement sous ses pas. 

Personne n’y était venu depuis le mois d’août. Quatre mois s'étaient écoulés, mais ici rien n’avait changé. Le bracelet de sa grand-mère traînait encore sur sa table de chevet, à côté de son cahier de mots cachés et d’une tasse vide sur laquelle il y avait une photo de lui, bébé, ses pantoufles étaient alignées à côté du lit, les draps étaient défaits, les rideaux tirés et des chemises propres appartenant à son grand-père reposaient sur la chaise devant le bureau. On aurait dit un musée. Ben était pratiquement certain que même l’oreiller avait conservé le parfum de Padmé. 

Le garçon de huit ans traversa la pièce, escalada le lit et se coucha à l’endroit où sa grand-mère avait l’habitude de dormir. Et, il inspira . Puis, il éternua plusieurs fois. 

Mais c’était là. C’était subtil, mais à travers la poussière, Ben parvenait à sentir faiblement l’odeur de citron, de menthe et de rose. La nostalgie le percuta d’un coup et il serra l’oreiller contre lui, avec presque le sentiment qu’il pouvait étreindre, encore une fois, Padmé. 

Ben garda l’oreiller contre lui et descendit du lit pour ouvrir la garde-robe. Il aperçut les albums-photos rangés sur l’étagère du dessus. Il plissa le nez, se tourna sur lui-même afin de repérer quelque chose qu’il pourrait utiliser pour grimper et localisa un tabouret. Cependant, il n’eut pas le temps de l’atteindre que son grand-père ouvrit brusquement la porte. 

Le garçon se recroquevilla aussitôt sur lui-même, apeuré. Son grand-père allait, à coups sûrs, être en colère. Il n’était pas supposé être ici. Certes, c’était un non-dit, mais personne n’était censé venir dans cette pièce. Même Anakin n’y venait pas. Puis, sa mère lui avait fermement dit de ne pas parler de Padmé pendant le moment qu’ils seraient en visite chez son grand-père. Il allait se faire assurément gronder. 

« Oh, c’est toi. » souffla, finalement, son grand-père alors que ses traits perdaient de leur sévérité. « Qu’est-ce que tu fais ici? » 

Ben gigota sur place, mal à l’aise. Ce n’était pas la réaction à laquelle il s’attendait. 

« Grand-maman me manquait. » avoua le garçon. « J’ai pensé que peut-être il y aurait une photo d’elle, ici… Je voulais la voir aujourd'hui. Tu comprends… C’est le premier Noël sans elle. Mais, je suis désolé, grand-papa, je sais que tu ne veux pas que… » 

Les épaules d’Anakin semblèrent s’affaisser alors que son regard survolait la pièce. Le vieil homme agissait comme si la pièce allait le mordre ou l’attaquer. Ou les deux. 

« Ce… Ce n’est pas grave, Ben. Je comprends. Ta grand-mère me manque aussi. » 

Ils restèrent en silence, puis comme si cela lui demandait un courage infini, Anakin entra dans la pièce, marcha d’un pas lent jusqu’à la garde-robe et piocha un album-photo au hasard qu’il tendit à son petit-fils. 

« Tiens. Si ça peut te faire plaisir. » 

« Merci. » prononça le garçon, en prenant l’album, l’autre main toujours agrippée à l’oreiller. 

Ils se fixèrent en silence, sans bouger, pendant plusieurs secondes.

« Est-ce que tu veux les regarder avec moi? » proposa, enfin, Ben. « Peut-être que ça te rendrais heureux, toi aussi, de voir grand-maman, aujourd'hui. Même si ce n'est que sur une photo. »

Cette simple proposition sembla faire le même effet qu’un coup dans l’estomac à son grand-père. 

« C’est gentil de proposer, mais je vais retourner voir tes parents. » indiqua Anakin. « Ta mère est tellement inquiète pour moi, que si elle savait que je suis entré ici, elle serait capable de me forcer à venir dormir chez vous pour me surveiller durant la nuit. »

« Pourquoi? » 

« Elle penserait probablement que je me suiciderais. » 

« C’est quoi un suicide? » questionna Ben, en fronçant les sourcils. 

Son grand-père fit une grimace, alors qu’il eut l’air de se rappeler à qui il parlait. 

« Lorsque les gens sont désespérés, certains le sont tellement qu'ils essaient de s’enlever la vie. Ils voient cela comme une façon de régler leurs problèmes. » expliqua-t-il, alors que son regard planait sur la pièce autour de lui, refusant de regarder son petit-fils. 

Ben était un garçon intelligent. Et, il était capable de faire des liens. 

« Est-ce que parfois tu as envie de te suicider parce que tu as envie de rejoindre grand-maman? » s’enquit-il, inquiet. 

Anakin ne répondit pas. Il peinait à déterminer comment aligner les mots pour créer un mensonge plausible. De son côté, le garçon s’approcha et donna l’oreiller à son grand-père. Celui-ci l’observa sans comprendre. 

« Prends-le. Tu en as plus besoin que moi. » 

« Pourquoi? » 

« Sens-le. » indiqua le garçon. « Il sent encore grand-maman. » 

Des larmes affluèrent immédiatement dans les yeux d’Anakin, alors qu’il acceptait ce cadeau inattendu, bien qu’il ne sache pas si cela était empoisonné ou non. Si cet oreiller allait muter sa peine en quelque chose d’incontrôlable, ou que, au contraire, ça allait calmer la tempête qui faisait rage en lui. 

« Ben… » 

« Je t’aime grand-papa, tu sais. Et, je n’ai pas envie que tu meures, toi aussi. Alors, si tu n’en parles pas à maman, je vais le faire. » 

Si Anakin était un grand chêne, son petit-fils et cet oreiller auraient été l’éclair qui l’aurait fracturé en deux.

Le vieil homme s’effondra sur le lit, alors qu’il s’accrochait à l’odeur de sa femme. Ben observa la scène, interdit. Et, lorsqu’il sembla retrouver l’usage de ses membres, il alla trouver sa mère pour qu’elle fasse quelque chose. 

.

.

Ce soir-là, ainsi que les autres nuits qui suivirent, Anakin Skywalker dormit chez sa fille. 

Noël n’avait peut-être pas été joyeux, cette année-là. Mais il avait reçu un cadeau précieux de la part de son petit-fils : une chance de continuer de vivre et des moyens pour faire face au désespoir qui l'habitait. 

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