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Ça commence innocemment : Thomas est affalé contre le siège d'un établissement quelconque, un verre à la main. En face de lui se trouve Damien, dans la même position, verre en moins. Ses mains s'affairent, bougent dans l'espace alors qu'il s'exclame à propos de telle ou telle chose, suivi de près par l'autre qui renchérit sans même y penser.
C'est innocent, c'est habituel. Une retrouvaille entre deux amis qui donne une sensation de chaleur à tout le corps de Thomas, heureux de retrouver Damien.
C'en est presque étrange, d'ailleurs, la façon dont tous les faits et gestes de l'homme en face de lui lui procurent un sentiment si fort de satisfaction. C'est quelque chose qu'il n'avait jamais remarqué auparavant, et qui pourtant semble si naturel qu'il a sans doute toujours été là. Thomas n'a pas trop envie d'y penser, plongé dans la discussion et le verre qu'il pose et reprend machinalement.
Son regard ne quitte pas le visage de Damien alors qu'il lui explique son idée avec une moue exaspérée. Thomas trouve ça mignon. S'il creusait un peu plus, il se trouverait même à penser que c'est attirant. Pour l'instant, il se concentre sur les manies de son ami, sur sa tête, ses yeux, son sourire, sa voix. Il se concentre tellement qu'il en oublie de répondre. Il sent la chaleur se condenser dans son torse et lentement glisser vers le bas, alors que ses mains le démangent soudain de bouger pour établir un contact avec Damien. Ses yeux s'écarquillent enfin, il comprend et perd toute sa concentration.
Et putain de merde. Putain de merde. Merde. La sensation s'épaissit au creux de son ventre, laissent un arrière goût de bile dans la gorge de Thomas. Ses doigts s'agrippent beaucoup trop fort contre son jean, il gratte frénétiquement jusqu'à le sentir contre sa pulpe.
Il fait comme s'il ne voyait pas, comme si ses yeux n'étaient pas bloqués sur le visage de Damien qui continue à parler, inconscient de la tempête d'émotions déclenchée dans tout le corps de l'autre. La sensation devient vague et le frappe de plein fouet, juste assez froide pour le réveiller, juste assez salée pour que ça lui pique les yeux.
Et putain de merde. Thomas a vraiment foiré sur ce coup là. Il a presque envie de rire, ça monte jusqu'aux portes de ses lèvres, hystérie mal contenue. Il veut rire et lister toutes les choses qui lui donnent soudain envie de pleurer.
Damien a un sourire en coin quand il parle de ce qu'il aime, ses yeux passent du sol à ceux de Thomas avec une rapidité presque timide, il utilise ses mains dès qu'une explication lui semble complexe et il a cette manie d'agiter sa jambe dès qu'il parle qui fait que Thomas doit se retenir de poser une main dessus en souriant affectueusement.
Merde. Thomas décide que c'est la faute de Damien. Parce qu'il a rien demandé, lui. Tout ce qu'il espérait de cette après-midi c'était boire un verre et voir son ami, pas se faire entraîner dans un putain de maelstrom comme on en a jamais vu parce que les yeux de son pote sont si bleus qu'il est en train d'y perdre pied.
"Mec, ça va ? Tu réponds pas depuis tout à l'heure. Si j't'emmerde tu le dis hein."
Le sourire moqueur que Thomas ne peut s'empêcher de tracer avec ses yeux suffit à le tirer de sa rêverie. Il souffle, tentant tant bien que mal de cacher sa nervosité dans un rire léger.
"Désolé, j'étais ailleurs. J'étais pas sûr d'avoir enlevé les clefs de la serrure j'ai flippé un moment."
"Si t'as vraiment fait ça t'es vraiment con."
Un rire plus honnête cette fois-ci.
"Va te faire foutre."
Et Thomas se laisse flotter un instant, juste un petit moment d'euphorie avant la noyade.
—
À peine rentré chez lui, il s'affale contre la porte d'entrée, la tête entre les genoux. Sa respiration est tremblante et ses mains le sont tout autant.
Comment est-ce qu'il en est arrivé là ? Pourquoi maintenant ? Aussi soudainement ? Comme si toutes ces années à côtoyer l'autre étaient parties en fumée ?
Thomas se surprend à paniquer, l'idée que ce sentiment ne soit pas aussi soudain qu'il n'ait rampé sous la surface de sa peau, frisson à chaque toucher, chaque sourire et chaque rencontre… C'en est presque plus affolant ; tout ce pan de vie qui au final se révèle être un mensonge le désole, il a envie de pleurer plutôt que de rire maintenant.
Il devrait en parler à quelqu'un, n'importe qui. Au moins pour expier, pour que ce sentiment apparu inexplicablement n'ait pas le temps de lui peser assez sur les épaules pour causer des dommages. Il n'a pas le courage d'appeler, et ne sait pas vraiment qui, en fin de compte. Qui pourrait lui venir en aide et écouter son putain de problème ? Qu'est-ce qu'il pourrait dire ? "Je viens de me découvrir un penchant pour les hommes à cause de mon meilleur ami avec qui je travaille ce qui pourrait accessoirement niquer ma carrière et la sienne si je lui en parlais. En ce moment j'hyperventile et j'ai un putain de début de crise de panique à cause de ça, je me sens comme un ado en pleine crise sexuelle et j'ai besoin d'aide. Sinon tu vas bien ?"
Pas la meilleure idée, pas la meilleure approche.
Il se mord la lèvre, tentant tant bien que mal de contenir son désespoir. Merde. En plus des sentiments qu'il a pour Damien, il faut qu'il réfléchisse à tout ce que ça veut dire pour lui. Situation de merde. L'enfoiré lui fait vraiment remettre en cause toute son hétérosexualité en une après-midi. Thomas ne veut vraiment pas y réfléchir.
Sauf qu'il ne peut pas vraiment s'en empêcher. Et son cerveau panique, envoie des signaux d'alerte dans tout son corps qui crispent ses muscles, le font trembler et fermer les yeux si fort que les larmes peinent à passer la barrière de ses paupières. Il sanglote jusqu'à ne plus rien pouvoir sortir, la tête dans les genoux, contre la porte d'entrée qui laisse passer un courant d'air froid contre son dos. Ses yeux s'ouvrent et il fixe une latte du parquet du couloir, une légèrement décollée, un peu plus brunie que les autres. Il essaie vainement de focaliser son attention sur autre chose, mais entre le désir soudain de recoller cette latte pour égaliser le parquet et la douleur naissante de son ventre vide, seule la pensée de Damien, et de ses yeux, de son sourire et de tout ce que ça implique parvient à passer les nuages.
Lentement il se lève, toujours un peu tremblant. Il continue sa vie et essaie d'ignorer le fait qu'il ait passé plus d'une demi-heure assis par terre à paniquer
Il se couche et prie pour oublier que tout ça est réel, ou au moins pour le prendre plus à la légère le lendemain.
Parce que putain de merde, il a quand même réussi à tomber amoureux de son meilleur ami.

Liana_lyyn Tue 14 Feb 2023 07:44AM UTC
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ayiliix Fri 17 Feb 2023 08:21AM UTC
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Cococremenut (Guest) Wed 15 Feb 2023 12:39AM UTC
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ayiliix Fri 17 Feb 2023 08:20AM UTC
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frisky_frisk Sun 29 Sep 2024 10:03PM UTC
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frisky_frisk Sun 29 Sep 2024 10:04PM UTC
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RandomFanperson2021 Thu 08 May 2025 07:17PM UTC
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Feli_moon Wed 12 Nov 2025 02:39PM UTC
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