Chapter Text
- Mes petites minettes ont eu six portée cette année, trente-neuf chatons ! Bien évidemment, je ne les ai pas tous gardés, bien que j'aurai adoré avoir un peu plus de compagnie, mais...
Pour une fois, Romulée avait le plus grand mal à rester concentrée sur ce que lui disait Mme. Figg. Habituellement ravie d'entendre des nouvelles de ses chats, de les voir et de les caresser, gardant dans ses bras tous les petits chatons touffus qui le voulaient bien, elle lui était maintenant difficile de retenir un gros soupir coincé dans sa poitrine. D'une main distraite, elle effleurait parfois le pelage d'un chat passant entre les pieds de sa chaise, mais ils étaient rares, préférant l'observer de loin et la juger comme s'ils sentaient qu'aucun d'eux n'étaient le sujet principal de ses pensées, ce qui leur était bien sûr intolérable.
Non, ce qui préoccupait tant la jeune fille, c'était bel et bien l'horloge sur laquelle son regard revenait si souvent qu'elle commençait à avoir l'impression que le temps remontait juste pour l'embêter. Cela faisait des heures que les Dursley l'avaient déposée ici sans un mot, partant tous les trois profiter de ce que Londres avait à offrir en attendant d'aller chercher Harry à la gare. Elle aurait aimé les accompagner, mais elle savait la voiture trop étroite pour quatre enfants, et ils n'allaient certainement pas laisser leur petit Dudlynouchet d'amour seul à la maison. C'est pourtant lui qui avait supplié d'aller chez l'un de ses amis.
L'heure fatidique approchait, toujours bien trop lentement. Parfois, une question la rappelait à la réalité et Romulée acquiesçait ou répondait du mieux qu'elle pouvait avec un sourire forcé que la vieille dame ne semblait pas reconnaître. Cette dernière poussait régulièrement l'assiette de gâteaux vers elle mais elle tiquait chaque fois qu'elle posait les yeux dessus et, lèvres pincées, l'ignorait. Sa tasse de thé, versée en ce début d'après-midi, était froide depuis longtemps. Heureusement, Mme. Figg était bien trop obnubilée par ses chats et ses histoires pour remarquer quoi que ce soit.
Par la fenêtre, Romulée voyait le ciel se teinter d'orange et de rose lorsque la sonnette d'entrée retentit enfin dans la maison.
- J'y vais ! Cria la jeune fille en bondissant de son siège.
Elle se précipita à la porte, priant - et elle ne pensait pas en arriver là un jour - pour qu'il s'agisse bien des Dursley et pas d'une voisine quelconque, ouvrit, et laissa un large sourire fendre son visage en voyant tante Pétunia. Celle-ci eut un mouvement de recul en grimaçant, apparemment peu appréciative de la joie que manifestait sa nièce à son égard.
- Rentre à la maison. Où est Mme. Figg ?
- Dans le salon. AU REVOIR MME. FIGG !
Ni une, ni deux, Romulée fusa dehors, se lançant dans un galop effréné. Sa course, couplée à un sourire lumineux, n'allait probablement pas améliorer sa réputation dans le quartier, au contraire, mais qu'importe ? Elle allait enfin revoir son frère jumeau ! La simple pensée lui donnait des ailes, et l'on pourrait croire que c'est bien cette raison qui la faisait aller si vite, mais en réalité, un brin de magie n'y était pas étranger. C'était l'un des avantages que les Sortceliers avaient sur les sorciers. Les Nonsos devaient rester ignorant, oui, mais cela n'empêchait pas strictement discrètement appel à ses pouvoirs de temps à autre.
Enfin, le 4, Privet Drive apparut dans la rue adjacente. Devant était garée la belle voiture propre de son oncle. La lumière de la cuisine était allumée, ainsi que celle de la chambre de Dudley, probablement déjà en train de jouer sur une de ses nouvelles consoles. Romulée freina des quatre fers, manquant de frapper la porte d'entrée, et ouvrit celle-ci à la volée en la refermant si fort derrière elle que son claquement retentit dans la maison, suivit du rugissement de son oncle :
- Qu'est-ce que j'ai dit à propos des portes ?!
- Désolée, oncle Vernon !
Elle monta les marches quatre à quatre et s'arrêta enfin devant la chambre qu'elle partageait avec son frère. A peine essoufflée, elle prit pourtant deux profondes inspirations, envahie d'une étrange nervosité qui lui chatouillait l'estomac. Pour gagner quelques secondes, elle prit le temps de refaire sa queue de cheval, puis, frappa. Elle entendit le hululement d'Hedwige, du bruit, puis plus rien. Elle fronça les sourcils, posa une main sur la poignée. Après tout, c'était aussi sa chambre, elle avait le droit d'aller et venir à sa guise. Toutefois, la porte s'ouvrit d'elle-même, avec Harry dans l'embrasure. Maintenant qu'elle était face à lui, les mots lui échappaient. Elle ne pouvait que l'observer de haut en bas. Tout ce à quoi elle avait pensé laissa la place à un plat :
- Tu as grandi.
Pas de beaucoup, mais suffisamment pour que la jeune fille remarque la différence.
- Tu as maigri, lui dit son frère en retour.
Le coin de ses lèvres se crispa. Elle le savait. Savait pourquoi. Et n'avait pas spécialement envie d'en parler, ni d'y penser. En revanche, il était clairement arrivé l'inverse à Harry qui se portait mieux que jamais. Ses cheveux, toujours en bataille, étaient éclatants, sa peau nette et colorée, ses joues rondes qu'un sourire naissant venait accentuer. Ses vêtements, à sa taille, lui allaient bien et lui donnaient l'aspect d'un garçon de bonne famille, confiant, assuré.
- Et tu as grossi.
N'en pouvant plus de rester comme un plot devant sa propre chambre, elle se glissa sous le bras de son frère et s'approcha immédiatement d'Hedwige qui l'accueillit d'un bref hululement.
- Toujours aussi belle.
Il n'existait aucun oiseau de la sorte au Lancovit, sauf en zoo, bien sûr, mais elle n'avait pas eu l'occasion de s'attarder sur le sujet. Etant donné les pays froids et chaînes de montagnes faisant le relief d'AutreMonde, elle était certaine que la faune devait regorger de ce type d'espèces parfaitement adaptées aux températures glaciales.
Les grands yeux ronds de la chouette, ambrés, lui rappelaient vaguement ceux des familiers accompagnant les Sortceliers. Les siens brillaient de tant d'intelligence qu'elle pourrait la prendre pour l'un d'eux s'ils étaient plus jaunes, et si Harry était effectivement un Sortcelier. Comme la vie serait belle s'ils pouvaient tous les deux vivre et étudier sur AutreMonde. Contrairement à Poudlard, ils n'auraient pas à rentrer l'été, ils pourraient tout simplement dire adieu aux Dursley, à Privet Drive et à la Terre entière et s'amuser dans les rues de Travia et les couloirs du Château.
- Pourquoi tu n'as pas répondu à mes lettres ?
Hedwige pinça l'index de Romulée qui retira sa main en glapissant. La douleur, cependant, venait bien de la question de son jumeau et de la réponse qu'elle ne pouvait pas lui donner sans trahir le secret qu'elle s'était juré de garder. Pour le moment. Et, de toute façon, même si elle souhaitait lui révéler la vérité, elle ne pourrait s'y contraindre. Penser à lui parler des traitements de Kaizzar suffisait à faire apparaître les aiguilles dans son cerveau, froides bien qu'elles ne soient pas encore douloureuses, comme un avertissement du châtiment à venir si elle osait désobéir. Elle chassa un frisson en secouant les épaules et se tourna vers Harry :
- Les Dursley en ont eu assez. Ils en ont confisquées quelques unes.
- Oh.
La honte susurra son venin à l'oreille de Romulée lorsqu'elle vit l'air penaud de son frère, les rougeurs de gène sur ses joues. Ce n'est pas ainsi que leurs retrouvailles devaient se passer ! Pourquoi avaient-ils tant de mal à trouver les mots ? Harry devrait être en train de babiller sans cesse au sujet de Poudlard, lui racontant toutes les merveilles qu'il avait vues et les aventures qu'il avait vécues, même si elle les connaissait déjà.
- Pourquoi tu n'es pas rentré pour les vacances ?
C'était sorti tout seul. Comme une vengeance, comme pour contrer son accusation au sujet des lettres, elle le confrontait maintenant au sujet qui l'avait le plus blessé durant cette année passée. Il ouvrit et ferma la bouche, balbutia en se tordant les doigts et rougissant de plus belle.
- Ron allait être tout seul à Poudlard, marmonna-t-il. Je ne voulais pas le laisser et revoir les Dursley.
- Et moi ? Tu ne voulais pas me revoir non plus ? Tu ne t'es pas dit que je serai seule, moi aussi ?
- Je suis désolé...
Romulé ravala son amertume. Après tout, ce n'est pas comme si elle avait réellement passé Noël avec les Dursley.
- Tu aurais au moins me prévenir plus tôt, murmura-t-elle. J'avais hâte de te revoir.
- Désolé, répéta-t-il.
Un silence lourd tomba dans la chambre, que même Hedwige n'osa perturber. Ne pouvant le supporter très longtemps, la jeune fille finit par se râcler la gorge.
- Tu as eu de bonnes notes à tes examens ?
