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Réflexions d'une con-damnée

Summary:

Amanda O'Neil seule en retenue, ça n'étonne personne. Mais placez-y une Hannah England, et déjà, la situation devient plus insolite. Qu'a-t-elle pu faire pour se retrouver là ? Amanda est bien décidée à le lui faire avouer.

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Work Text:

               Amanda reposa son menton dans sa main. Cette détention commençait à être longue. D’habitude, elle aurait employé l’une des nombreuses techniques qu’elle avait élaborées afin de tuer l’ennui et se distraire. Elle connaissait si bien la pièce que cela n’aurait pas été bien difficile. La jeune sorcière avait déjà dénombré le nombre de planches qui s’emboîtaient pour créer le plancher sous ses pieds, listé les emplacements des taches indélébiles sur les murs délavés, examiné tous les bureaux et repéré ceux qui étaient gravés aux sorts lancés en cachette, remarqué qu’un total de six chaises étaient affreusement bancales et qu’un salaud s’amusait à retirer les cales en papier qu’elle avait collées (en faisant preuve de son plus bel altruisme, en plus). Elle avait même tenté de décalquer la silhouette d’un arbre à proximité dont l’ombre se projetait sur le mur de droite, mais ses talents artistiques semblaient décidément restreints à la dance plutôt qu’au dessin. Amanda se redressa, lassée, sa tête rejetée en arrière. Rien ne parvenait à vaincre la monotonie des deux heures qu’elle devait se coltiner en tête-à-tête avec une feuille de vocabulaire.

               La pièce où se déroulaient ses heures de colle était totalement vide, aujourd’hui. Pas de surveillant pour veiller au grain, ni d’autres élèves avec laquelle elle pourrait essayer de causer. C’était une fin de semaine très calme. Dès que le soleil aurait été englouti par les collines à l’horizon, le week-end serait proclamé (et sa libération aussi, tant qu’à faire). La jeune femme poussa un grognement de désespoir. Je ne dois pas regarder l’heure. Pas regarder l’heure. Si je regarde, je vais savoir qua— Vingt Minutes. Putain. Encore une heure quarante à rester plongée dans un silence pesant, regardant en biais les étudiantes qui se pressaient de rentrer chez leur famille pour le week-end et encore une heure à subir les piétinements de celles qui se pressaient de regagner leur dortoirs pour le quartier libre. Quitte à tuer le temps, autant tuer son amusement aussi.

               Amanda se résigna à jeter un coup d’œil à la fiche qu’on lui avait distribuée, crayon en main. « Leçon de communication n°2 : Appels d’urgence et rudiments de la langue marine ». Elle regretta immédiatement de s’être fait prendre durant le cours de Mme Pisces. Sérieux ? des caractères et des traductions ? La sorcière laissa échapper un grognement de frustration. Qui est le con qui a plaqué la langue des poissons sur un papier ? Ils ont même pas de mains ! Et comme pour lui répondre, Amanda passa en revue les dernières questions dites bonus, qui étaient au sujet des dialectes spéciaux pour les batraciens et les grands mammifères (qui eux, étaient plus susceptibles de tenir un crayon). Même si elle restait totalement dubitative concernant la tenue d’une feuille de papier en milieu aquatique.

               Aucune fiche pour l’aider, même pas une antisèche planquée entre les plis de sa trousse ou enroulée autour d’un feutre. Elle était à sec. Il lui faudrait se remémorer les caractères poisson avec son propre cerveau, il semblerait.

               « Question 1 : Traduisez le message suivant : J’aimerais trouver la zone à plancton la plus proche, savez-vous où elle est ? »

               Amanda écrasa son crayon contre le pupitre. C’est complètement débile, je suis une sorcière, j’ai pas à bouffer de plancton ! Pour étouffer sa frustration, sa main retourna la feuille d’exercices avant qu’elle s’aperçoive qu’il y avait un recto et un verso. Encore plus agacée, elle plaqua sa trousse pour cacher les questions, s’empêchant de froisser le tout dans un accès d’irritation. Un profond soupir dégagea ses poumons. La rouquine se laissa glisser sur la table, les bras croisés sous sa tête, le nez quasiment collé à la table. Sa jambe tremblait, son talon rebondissait en rythme contre le parquet. Elle espéra secrètement que ça énerverait la prof de l’étage inférieur. Sa main manipula lentement son crayon à papier, ses doigts roulaient dessus pour le faire monter, puis descendre, monter, descendre. Sa jambe ne stoppait pas sa bougeotte. Il fallait qu’elle trouve quelque chose à faire.

               La salle était vitrée d’un pan entier de mur, impossible donc pour elle de se lancer dans des exercices de dance improvisés pour se passer les nerfs – véridique, elle avait déjà tenté, mais s’était fait voir par Mme Finnelan qui avait alors doublé sa punition. Impossible également de faire une espèce de château fort avec les tables et les chaises, ou de réorganiser l’ameublement (trop visible). Elle n’avait que sa trousse, cette maudite feuille d’exercices et elle-même pour se tenir compagnie.

               Trente minutes. Peut-être qu’elle ferait mieux de piquer un somme, mais quelque chose lui disait que son corps ne se tiendrait pas tranquille. Dormir en classe était bien plus facile que dans l’ambiance morose de la pièce. Amanda serra les dents. Bien sûr qu’elle s’était fait pincer en plein cours de langue aquatique, rien de plus ! Il fallait absolument que cette andouille de Mme Pisces se plaigne d’avoir été presque empoisonnée à l’encre de seiche à la directrice. Ce n’était pas si grave, de toute façon. Jasminka se tenait au premier rang avec un verre d’eau assez grand pour transporter la professeure. Il fallait juste à Amanda le temps de pouvoir filer en douce sans attirer (trop) l’attention. Placer une capsule d’encre à l’intérieur du bocal de Mme Pisces avait été suffisamment galère pour en rajouter. Tout ça pour quoi, finalement ? Pour que Akko puisse exécuter son plan et partir en week-end un jour plus tôt sans se faire cramer. Amanda n’avait pas eu le temps de se défendre, et elle avait écopé de la punition qui incombait à la sorcière japonaise. Un message s’était affiché sur l’écran de l’ordinateur de la concernée juste avant que sa compère entre en retenue : « Ne dors que d’un œil, Kagari, tu vas morfler ». Et puis de toute façon, Akko avait une prédisposition pour n’être punie que lors du cours d’histoire de la magie. Akko en elle-même était aussi douée pour les études que pouvait l’être Amanda, mais forcément, elle bénéficiait d’une aide extérieure et s’en tirait à chaque fois à bon compte. Une aide qui s’appelait Cavendish, et qui lui donnait au préalable (même si ce n’était pas de gaité de cœur) les réponses aux questions qui lui étaient proposées.

               Sans réfléchir davantage, Amanda saisit la feuille d’exercices et se mit à la plier plusieurs fois pour en faire un planeur sur lequel elle hésitait à marquer au stylo rouge « À l’aide je succombe à un ennui mortel, rdv salle de retenue » pour le lancer par la fenêtre.

               « Stupide Akko, toujours fourrée là où il faut, j’avais autre chose à faire de ma soirée, moi ! La prochaine fois je lui réserve ma corvée de patates, elle n’y échappera pas. (Le planeur prit forme entre ses mains.) Forcément, t’es bien placée, maligne, à te dégoter la petite copine la plus intelligente du campus, Miss Parfaite. Stupide buveuse de thé à la noix… !

               — Qu’est-ce que tu marmonnes sur Diana ? »

               Le cœur d’Amanda rata un battement. Merde. Prise en flagrant délit deux fois dans la même aprèm, c’était pas de bol. L’aile droite du planeur s’était un peu déchirée quand elle avait sursauté. Elle était tellement occupée à ruminer qu’elle n’avait même pas entendu la porte s’ouvrir.

               Amanda n’eut pas le temps de se retourner pour voir à qui elle avait affaire. L’intéressée s’avança d’elle-même à grandes enjambées, l’air rechigné mais la posture digne. Des cheveux auburn noués par un nœud jaune poussin en une queue de cheval haute, des mèches plus longues ondulées encadrant son visage fin. Hannah England, larbine numéro 1 de Diana Cavendish, faisait son entrée dans la salle de retenue. Elle fit attention à ne pas jeter un regard en la direction d’Amanda (alors même qu’elle lui avait posé une question un instant plus tôt), sélectionna une place à l’opposée de la sienne, l’air altier, le regard dur. Sa main tira sa chaise, elle s’assit en silence et commença à lire sa feuille d’exercice. Amanda était si étonnée de sa présence qu’elle n’avait pas cessé de la dévisager depuis qu’elle était entrée.

               « Tu peux arrêter de me fixer maintenant, c’est perturbant. »

               Amanda en prit note et se redressa, détourna la tête vers la fenêtre. Au bout d’un moment, les sons du crayon d’Hannah s’imposèrent au milieu du calme ambiant. La brune jura entre ses dents quand elle froissa sa feuille avec sa gomme. La jambe d’Amanda ne voulait pas se calmer.

               « Okay, okay. C’est trop bizarre, déclara-t-elle en levant les mains devant elle en signe de reddition avant de se tourner vers Hannah, à l’autre bout de la classe. Toi, ici, pourquoi ? »

               Hannah leva les yeux au ciel et poussa un soupir.

               « Tu dois t’en douter, tu es ici souvent, non ? dit-elle platement.

               — Ouais, ouais. C’est pas la question. Qu’est-ce qu’une clone de Miss Parfaite comme toi viendrait faire ici, en salle de retenue ? Tu fais du bénévolat ?

               — Clone ? Miss Parfaite ? » Hannah fronça les sourcils.

               Note à moi-même : ne pas être stupide.

               « Rien, oublie… Je veux dire que tu as franchi le pas ? Ça y est, tu te décides à aller rejoindre le camp des rebelles et à quitter ta vie de semi-princesse collée aux basques de Cavendish ?

               — Diana et moi sommes amies, répliqua Hannah d’une voix tranchante. (Son regard se posa enfin sur Amanda, froid et dur comme du métal.) Et le reste ne te concerne pas. Je reste une étudiante modèle, pas comme toi.

               — J’ai d’excellentes notes en cours de balai, je te signa—

               — Ta feuille est présentement pliée en avion en papier, c’est bien ça ? »

               Amanda s’affaira à déplier en vitesse son « presque avion de secours en papier » et à l’aplanir du plat de sa main pour lui faire prendre une forme à peu près normale. Mais la feuille formait de petites montagnes en zigzags sur son bureau. Une rougeur d’embarras avait colorié ses joues.

               De retour dans le silence. Trente-huit. Cela ne s’arrangeait pas du tout. Maintenant Amanda devait attendre et feindre de travailler sur une feuille qu’elle avait partiellement déchirée et pliée dans tous les sens, et ce pendant environ une heure vingt. Au bout d’un petit temps alors qu’elle était plongée dans ses pensées, la rousse déclara :

               « Pardon.

               — Comment ?

               — Ma jambe tremblait, j’avais pas remarqué. J’ai arrêté, sinon ça t’aurait peut-être dérangée.

               — Je n’avais pas entendu. »

               Silence encore plus pesant qu’à son arrivée. Amanda ne savait pas quoi faire de ses mains. Ses doigts tapotaient silencieusement la surface du bureau, ses yeux fixaient l’horloge en face d’elle. Plusieurs fois, elle entendu Hannah râler en chuchotant à côté d’elle.

               « Hé, euh… C’est quoi ta feuille, à toi ? »

               Hannah ne prit pas la peine de répondre.

               « Moi c’est sur la langue marine, poursuivit Amanda en lui montrant son (torchon) ensemble de questions de loin. Et toi, c’est pas trop dur, j’espère ?

               — Tu ne vas pas me laisser tranquille, j’ai tort ? »

               Amanda afficha une expression neutre en haussant les épaules. Hannah soupira.

               « Une branche de la magie élémentaire. La leçon d’aujourd’hui était sur la magie du feu. Je n’ai pas révisé avant de venir au cours, ça m’apprendra, tiens. »

               Amanda fit la grimace.

               « J’aurais bien voulu t’aider, mais je suis pas la plus fine avec les cours théoriques. »

               Hannah arqua un sourcil en guise de réponse. La rouquine pouvait sentir son cynisme depuis sa propre chaise. La sorcière au nœud se rassit correctement avant de se replonger dans ses exercices. Amanda étouffa un énième soupir. Ses yeux glissèrent distraitement sur l’expression de sa camarade, déjà très concentrée. Son front plissait légèrement les traits de ses sourcils, ses yeux virevoltaient entre les différents mots et sigles. Parfois, Hannah fermait les yeux pour améliorer sa concentration. Amanda pouvait sans peine imaginer son cerveau comme une bibliothèque mentale où elle allait et venait pour puiser les informations qui lui manquait. L’Américaine la vit compter sur ses doigts plusieurs fois avant qu’elle se penche vers son sac à dos pour y chercher quelque chose. Amanda n’en crut pas ses yeux quand, sans y prêter davantage attention, Hannah extrait sa baguette avant de la faire réagir d’un moulinet du poignet.

               « Quoi ? s’écria Amanda estomaquée. Tu as le droit à ta baguette, toi ?

               — Bien sûr, comment veux-tu que je m’exerce autrement pour savoir si mes calculs sont justes ? Je peux pas passer deux heures à fixer bêtement des sigles sur papier. »

               Pour illustrer ses dires, Hannah entonna une brève formule en esquissant un mouvement de balancier. Sa baguette s’activa et émit une petite flammèche qui siffla et cracha des étincelles. Au-dessus du sigle qu’elle avait achevé gonfla une modeste boule de feu turquoise au centre indigo. Hannah rompit le sort en écartant sa baguette et en serrant les dents.

               « Bah alors ? la questionna Amanda, elle était top cette boule de feu. Pourquoi tu l’as virée ?

               — Je suis censée créer du feu d’un orange pur, voire jaune. Je me suis trompée dans l’intensité, la couleur bleue apparaît quand la température est trop élevée.

               — Tu sais ce que je ferais à ta place ? Si j’avais ma baguette ?

               — Hm ?

               — Je lancerais un sort de Metamorphie Fociesse pour me faire ressembler à Mme Finnelan et me barrer en douce. »

               Hannah roula des yeux.

               « Comme c’est étonnant. C’est pour ça qu’on ne te laisse pas de baguette à portée de main, tu vois. Et puis de toute façon, quelqu’un se serait aperçu de ta supercherie : Mme Finnelan est en train de donner un cours en ce moment même.

               — T’as mémorisé son emploi du temps ? T’es fan de son cours à ce point ?

               — Non, j’étais dans son cours quand… »

               Hannah parut contrariée. Amanda ouvrit la bouche sans rien pouvoir dire. Un sourire étira ses lèvres.

               « C’est pas vrai ! tu t’es fait pincer dans le cours de Finnelan !

               — Crie-le plus fort tant que t’y es ! répliqua Hannah en lançant un regard derrière elle.

               — Relax. (Amanda bougea sa main comme pour chasser un insecte de sa vue.) Y’a personne par ici à part celles qui retournent chez elles pour le week-end. »

               Hannah détendit ses muscles, mais resta sur le qui-vive. Le front dans sa paume, la tête inclinée, elle ratura son sigle pour essayer d’en tracer un autre. Elle pouvait sentir Amanda se rapprocher subrepticement d’elle dans sa vision périphérique. Elle fit mine de ne rien voir : qui sait ? Amanda fonctionnait peut-être comme ces enfants qui, alors qu’ils apprenaient à peine à conjuguer les verbes, se mettaient à attirer l’attention des adultes en criant des mots injurieux. Le meilleur moyen de procéder était de ne pas lui donner son attention, et de rester concentrée sur ses exercices. Après tout, le plus tôt elle aurait fini, le plus tôt elle pourrait se considérer en week-end, elle aussi. Mais son plan fut mis à mal très vite par sa nouvelle stalkeuse qui glissait de plus en plus proche d’elle dans un bruit de raclement de chaise absolument peu subtil. Lorsque Hannah releva enfin la tête, elle trouva Amanda presque accoudée à sa table, un sourire innocent sur le visage.

               « Alors c’est comment ?

               — Qu’est-ce qui est comment ?

               — De se retrouver dans le camp des cancres, fit-elle avec malice.

               — Je ne suis pas une cancre ! »

               Amanda poursuivit sa taquinerie en se redressant droite comme un piquet sur le fond de sa chaise, une main sur la poitrine, un air outragée sur le visage.

               « Co-mment ? Vous voulez dire que votre délicat minois s’est retrouvé en cette fin d’après-midi en ces lieux par erreur ? Voyons, c’est inadmissible, Votre Altesse, il faut tout de suite prévenir Madame la directrice de Luna Nov—

               — C’est bon, c’est bon ! j’ai compris ! Arrête maintenant, urghh ! » répliqua Hannah en se bouchant les oreilles pour la faire taire.

               Amanda ne se départit pas de son grand sourire. Ses mains frappèrent en rythme sur le bureau pour simuler un roulement de tambours.

               « Alors j’exige que tu me dises comment tu t’es retrouvée en salle de retenue.

               — Et depuis quand je te dois quoi que ce soit ? »

               La rouquine ne lui laissa pas le temps d’agir. Sa main s’empara de la baguette restée devant elle et la plaça en hauteur au-dessus de son crâne. Les yeux d’Hannah s’écarquillèrent comme des soucoupes.

               « Tu n’oserais pas, lâcha-t-elle.

               — Essaie un peu, pour voir », la mit au défi l’Américaine en agitant le manche d’un air narquois.

               Hannah se releva en rejetant sa chaise pour venir récupérer sa baguette. Amanda évita soigneusement ses coups de mains qui agrippèrent le vide tour à tour. Parti comme c’était, Hannah ne pourrait jamais atteindre sa main, elle était trop petite. L’Anglaise faisait des petits bonds pour tenter de rattraper le bras d’Amanda, mais cette dernière l’esquivait à chaque fois, ne se lassant pas de son petit jeu. Elle faisait jongler et tourner la baguette entre ses doigts pour souligner le fait qu’elle était en sa possession. Le regard de Hannah ne quittait pas son but, bien trop focalisé dessus. Elle ne remarqua pas que son comportement devenait à son tour plus puéril.

               « Allez, sois sympa, rends-la-moi ! l’implora-t-elle à bout de souffle, j’en ai besoin pour les exercices.

               — Bah alors, England, on fatigue ? De mon côté tout va bien. »

               Elle poussa le vice à faire semblant de bailler en éventant sa main devant sa bouche. Hannah fronça les sourcils et grimaça. Ses yeux firent un rapide aller-retour vers une des chaises. Amanda fut prise au dépourvu : Hannah escalada une chaise, mit les pieds sur la table la plus proche et se courba vers la rousse pour lui dérober son trésor. Ses doigts ratèrent de peu la baguette qui se retrouva derrière la nuque d’Amanda, elle aussi courbée en arrière pour protéger son larcin. Hannah émit une plainte rauque puis se rapprocha encore et encore à mesure qu’Amanda reculait de plus en plus vers le fond de la pièce. Hannah sauta de table en table pour la coincer dans un angle où elle ne pourrait plus mettre la baguette derrière son dos. La brune se mit sur la pointe des pieds, un sourire victorieux sur les lèvres.

               « Alors, O’Neil, on est bloquée ? »

               Amanda ne trouva rien à dire. Voir Hannah au-dessus de sa tête, ridiculement grande, lui faisait une impression étrange mais amusante. Sa main descendit la baguette devant elle, Hannah la suivit des yeux avant d’essayer de l’attraper. Encore raté. Amanda ricana, ce qui fit aussi rire Hannah. Encore une fois, deux, trois coups dans le vide. Ses bras étaient trop courts depuis sa hauteur, elle s’appuya contre le mur de sa main pour se pencher davantage, mais ça ne suffisait toujours pas. Son rire redoubla tant la situation avait viré au ridicule.

               « Tu veux jouer ? la nargua Amanda. Tu sais que je pourrais me transformer en souris avec un Metamorphie Fociesse et courir partout dans la pièce jusqu’à-ce que tu sois épuisée ? »

               Soudain, Hannah ne rit plus. Son corps se tendit, elle retrouva tout son sérieux. Ses yeux s’agrandirent, comme si elle était prise d’une frayeur paralysante. Ses muscles se mirent à trembler.

               « Je rigolais, tu sais, Hannah, je…

               — Aide-moi je glisse ! »

               Les mains d’Hannah coulèrent de quelques centimètres le long de la paroi. Étant trop penchée, elle ne pouvait pas se relever. La table sur laquelle ses pieds prenaient appui s’éloignait progressivement de l’angle. Amanda ne réfléchit pas, posa la baguette sur le côté et tendit les mains au cas où Hannah tomberait. Ses muscles tremblaient de plus belle.

               « Je vais lâcher ! gémit-elle.

               — T’inquiète, lâche, je te rattrape », assura Amanda, sérieuse.

               Les appuis d’Hannah cédèrent et Amanda la réceptionna juste avant que sa tête se cogne quelque part. La rouquine balança son poids pour contracter ses épaules et ne pas la laisser tomber. Hannah s’agrippa à elle comme à une bouée de sauvetage. Elle prenait conscience de la musculature robuste qui dormait sous le tissu de l’uniforme d’Amanda. Il n’était pas étonnant qu’elle soit la meilleure de l’école en balai, tant son corps était svelte et puissant à la fois. Hannah sentit le rouge lui monter aux joues quand elle sentit les bras d’Amanda autour de sa taille.

               « Tu sais… euh, tu peux lâcher, maintenant », marmonna Amanda.

               Hannah se sentit rougir de plus belle lorsqu’elle comprit que Amanda la soutenait à dix centimètres au-dessus du sol. Elle put regagner la terre ferme sans blessure, mais sa peau demeura d’une teinte cramoisie flagrante. Hannah fit mine de rien, lissa les plis de sa chemise et de sa veste, réajusta son col et son nœud. Le regard d’Amanda se porta ailleurs également, pour tenter de calmer les battements frénétiques de son cœur.

               Hanna battit en retraite en revenant vers sa place. Les pieds de la chaise raclèrent le sol avec un son affreux, et elle se racla la gorge. Amanda comprit le message et vint immédiatement lui rapporter sa baguette.

               « Tiens, heh. Tu l’as bien gagnée, en vrai.

               — Merci. »

               De nouveau, un silence gênant prit place entre les deux étudiantes. Impossible pour Hannah de se concentrer sur sa feuille à présent, ni même de travailler à côté d’Amanda en faisant semblant que rien ne s’était passé. Alors que la rouquine s’avançait pour récupérer sa chaise et la replacer à côté de sa table, Hannah l’arrêta dans son geste.

               « C’est à cause de Diana.

               — Hein ?

               — J’ai pris la punition de Diana. C’est pour ça que je suis en retenue, là, maintenant. »

               Amanda ne put dissimuler sa surprise. Alors comme ça Diana, l’héritière des Cavendish, avait fait un faux pas ? Une incartade aux règles ? C’était le jour pour jouer à la loterie. Hannah voulut en rester là, mais Amanda positionna sa chaise et s’assit à califourchon dessus, les coudes sur le dossier, attentive.

               « En fait, elle avait un plan foireux pour le week-end. J’ai été aussi surprise que toi, tu peux me croire. Diana n’est pas du genre à attirer l’attention sur elle – enfin, pas de cette façon, tu m’as comprise. J’ai décidé d’accepter de l’aider, mais on a mal planifié notre stratégie, et ça m’est retombé dessus par hasard. Enfin, par hasard… Une punition dans le dossier d’une Cavendish, ça sonne vraiment faux. Je me suis dévouée pour prendre la punition et me suis déclarée comme le cerveau de la supercherie.

               — Une vraie chevalière en armure », sourit Amanda en faisant une petite révérence avec sa main.

               Hannah rougit encore, flattée.

               « Tu sais que les chevalières sont des bagues, n’est-ce pas ? Ça ne s’utilise pas comme féminin de « chevalier ».

               — Alors tu es la première à obtenir ce titre, sourit franchement Amanda.

               Cela n’aidait en rien Hannah à se rasséner. Rien du tout.

               « Par curiosité, elle t’avait demandé quoi, Diana ?

               — Je devais créer une diversion pour lui permettre de partir de l’amphithéâtre. On a utilisé un sort de brouillard, mais je me suis trompée dans l’intensité (encore) et on voyait presque à travers. Même si Diana est reconnaissable, je lui ai dit de filer en mettant son chapeau. J’ai retiré le mien, avec mon nœud, on me voyait de loin. Au moins, j’imagine que le plan a fonctionné en partie.

               — Me dis pas que c’était pour rejoindre son dortoir, si ?

               — Comment tu sais ? »

               Amanda grogna et se tirailla la peau des joues.

               « J’y crois pas ! Cette teigne de Akko avait la même idée. Elles ont dû se retrouver, toutes guillerettes. À l’heure qu’il est elles doivent profiter de leur liberté autour d’une tasse de thé ou en regardant un film. Tu parles d’une bande d’ingrates !

               — C’est vrai que c’est dommage, mais je ne suis pas sûre que cela enchante autant Diana que je me sois fait prendre. Pour Akko, je ne dis rien.

               — En tout cas, on a bon dos dans cette histoire, hein ?

               — Oui », sourit Hannah.

               C’était certain, Hannah ne regarderait plus sa feuille d’ici à ce que sa punition fût écoulée.

 

               Étant entrée la première en salle de retenue, Amanda partit également la première. Elle salua Hannah d’un petit geste, lui souhaita un bon week-end, et Hannah le lui rendit. La sorcière s’empressa de rejoindre la chambre de Akko, Sucy et Lotte, allias le QG du week-end, là où prenaient place les soirées et autres fêtes pour célébrer la fin de semaine. Amanda ouvrit la porte à la volée et trouva Constanze, Jas et Sucy avec des manettes en main face à un écran de télé cathodique. Lotte et Akko étaient sur le côté et attendaient sagement leur tour. Lorsque les yeux de la Japonaise et de l’Américaine se croisèrent, Akko eut un sursaut d’épouvante.

               « Eeeep, Amanda ! Me fais pas de mal, j’ai pas fait exprès c’était pas prévu, j’te promets ! Pitié, je veux pas mourir maintenant… ! »

               Akko utilisa le corps de Lotte comme (frêle) bouclier. Celle-ci émit une plainte à son tour, ne voulant pas tellement servir de punching-ball miniature. Mais Amanda ne voulut faire aucun mal à Akko, en réalité, elle n’y avait même pas songé. Certes, elle avait retrouvé sa baguette, mais quant à lancer un sort pour maudire Akko pour sa punition, ça ne lui pas été venu à l’esprit.

               « Calmos, Kagari, c’est cool. Vous jouez à quoi ? »

               Même Sucy, dont le visage ne changeait habituellement que pour afficher des expressions narquoises qui trahissaient son sadisme, parut étonnée. Constanze pressa le bouton de pause et prit son tableau à craie pour lui demander « Tu es malade ? ».

               « Quoi ? Non, je vais très bien, pourquoi ?

               — D’habitude, quand Kagari te cause une retenue tu exploses dans tous les sens, expliqua Sucy. C’est à peine si on arrive à te retenir pour que tu ne la dépèces pas pour l’accrocher comme poster dans ton dortoir.

               — Tu viens l’attraper par le col, ou tu lui lances un sort pour l’ennuyer et le lui faire payer, acquiesça Jas en croquant une chips au vinaigre.

               — Vous vous souvenez de la fois où Akko avait causé une explosion dans le hangar à balais de l’académie ? demanda Lotte. Professeure Nelson avait presque fait une rupture d’anévrisme et tu avais pris la retenue à sa place juste parce que tu étais en face d’elle. Je crois que tu avais demandé à Sucy de te faire une potion pour te venger après-

               — C’est bon, tout le monde j’ai capté, je suis pas une tendre, on peut avancer ?

               — « Comment sont passées les deux heures ? », écrivit Constanze sur son tableau.

               — C’était long… mais, intéressant. Au moins j’ai appris que notre petit plan avait porté ses fruits, n’est-ce pas, Kagari ?

               Amanda renvoya à la petite sorcière un regard plus dur. Akko se fit toute petite derrière Lotte en réprimant un gloussement de peur.

               « Comment tu le sais ? s’enquit Sucy, sceptique. Akko vient tout juste de rentrer, tu n’as pas pu croiser Diana. »

               Amanda s’aperçut de son erreur à la seconde où la Philippine termina de poser sa question. D’ailleurs, Sucy remarqua la panique intérieure qui commençait à la saisir, et esquissa un sourire carnassier. Elle sait. Je sais pas comment. Mais elle sait.

               « Je me suis renseignée, j’ai mené ma petite enquête. J’ai pas enduré cette épreuve pour rie-

               — Je parie que c’est Hannah qui te l’a dit ! glapit Akko. Diana m’a dit qu’elle avait pris la punition à sa place pour lui épargner de… de… »

               Le regard d’Amanda s’était fait aussi flamboyant que ses cheveux. Bien que ce fût physiologiquement impossible, les sorcières juraient qu’un feu meurtrier grondait dans ses orbites. Akko avait attisé la fureur d’Amanda, et ça ne présageait rien de bon.

               « Tout doux, s’imposa Jas en levant les bras pour rompre le contact visuel entre Akko et Amanda. Personne ne s’étripe dans les dortoirs.

               — Ordre de la chambrée ! renchérit Lotte en levant l’index.

               — Et puis si l’une d’entre vous ne casse ne serait-ce qu’une seule de mes potions ou casse une fiole d’échantillon, je veillerai personnellement à faire de vos vies un enfer interminable », menaça Sucy d’un ton rauque.

               Personne ne prit les paroles de Sucy à la légère. L’ambiance se détendit en quelques secondes.

               — « Depuis quand tu parles à Hannah ? » questionna Constanze en tapotant l’ardoise du bout de sa craie.

               — Elle a raison, dit Lotte d’une voix timide. Généralement, vous ne vous supportez pas l’une l’autre.

               — C’est une longue histoire, en fait. Je suis plutôt crevée, à vrai dire. C’était long et ennuyeux, alors je vais pioncer un peu avant de vous rejoindre plus tard dans la soirée, qu’en dites-vous ? »

               On ne répondit pas car l’attention se focalisa sur Sucy. Celle-ci abandonna la manette au sol et se retourna complètement vers l’Américaine, les jambes en tailleur. Elle plaça son menton entre ses mains et dévoila ses dents blanches dans un sourire extatique.

               « On a tout notre temps. »

 

Notes:

Blep, c'est tout pour aujourd'hui. J'ai encore été victime d'une crise de procrastinatise aiguë ! Cela dit, j'espère que ce petit one shot vous aura plu :)
N'hésitez pas à laisser un petit commentaire et un kudo si mon écriture vous plaît, je vous dis à la prochaine ƪ(•◡•ƪ)