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Reptiles

Summary:

Peu de temps après Marineford, Crocodile et Dragon ont une discussion concernant un certain gamin au chapeau de paille qui les lie bien plus qu'on ne le pense.

Notes:

Hello ! Oui c’est encore moi, je continue le dépoussiérage de mes doss mdr (promis c’est le dernier. Pour le moment.)

Si vous vous intéressez un peu aux théories One Piece, ce texte-ci en exploite deux, dont une qui me fait mourir de rire. Je ne la valide pas parce qu’elle me paraît invraisemblable et elle a de toute façon été démontée par une foultitude de "théoriciens OP", mais elle a malgré tout une certaine probabilité qui s’accorderait avec des événements et des dialogues du manga encore très flous aujourd’hui. Et surtout : elle me plaît beaucoup.

Je l’ai réinventée à ma sauce et je vais même aller jusqu’à réfuter certaines précisions qu’à fait Oda récemment sur le personnage de Sir Crocodile. Désolée pour ça, Sensei...

(Cet OS est tellement pour toi inconsciemment bb, j'espère vraiment qu'il va te plaire.)

Enjoy !

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

- Donc... Comment tu le trouves ?

Crocodile tira longuement sur son cigare, laissant son regard presque blasé balayer le rien en face de lui.

- ... Il a hérité de son grand-père.

Dragon eut un petit sourire et l’ancien grand corsaire soupira lourdement.

- Aussi intenable et la tête encore plus dure, ce qui révèle du miracle. Quoi que pour la tête dure, il a certainement aussi hérité de toi...

Le révolutionnaire ne répondit rien, se contentant de garder un air amusé tout en baissant les yeux sur l’avis de recherche de son fils qu’il tenait dans les mains.

- En tout cas, je trouve ça touchant que tu te sois décidé à l’aider à Impel Down. Surtout après ce qu’il t’a fait.

Crocodile roula des yeux.

- « Touchant » ? Bon sang Dragon, arrête donc de t’extasier pour rien... Je n’ai jamais dit que je détestais ce gosse, bien au contraire... J’ai simplement bien joué la comédie à Alabasta pour qu’on ne me soupçonne pas...

Il marqua une pause avant de continuer d’un air songeur.

- ... Et je ne sais toujours pas aujourd’hui si j’aurais préféré que ça soit quelqu’un d’autre que lui qui mette fin à mes plans ou non...

- C’est certainement mieux ainsi, commenta gravement Dragon. Toi et ton appétit exacerbé pour le pouvoir vous étiez mis bien trop en avant. Devenir Grand Corsaire et tenter de renverser un gouvernement de l’alliance mondiale, vraiment... ?

- Dois-je te rappeler la raison pour laquelle nos chemins ont pris une route diamétralement opposée ?

Dragon secoua la tête de dépit. Il n’en était que bien trop conscient, bien sûr. C’était pour cette raison qu’il avait perdu ce qui ressemblait à une réelle famille pour lui, à l’époque. La soif insatiable et irréfrénable de pouvoir de Crocodile les avait poussés à devoir faire des choix qui l’avaient éloigné de la possibilité d’avoir une famille tranquille et normale.

Même si la situation entière les y avait poussé, en un sens. La vie de Luffy avait été condamnée dès le départ, vu le passif de Crocodile. Le choix qu’ils avaient fait de l’abandonner aux soins de Garp était peut-être cruel pour le petit, mais il restait le plus sûr moyen de le garder loin des menaces qui planaient sur lui.

- ... Il te ressemble... murmura soudainement Crocodile.

Le révolutionnaire haussa un sourcil face à l’air presque nostalgique, si ce n’était mélancolique, de l’homme en face de lui.

- ... Eh bien, Crocodile ? Serait-ce du regret que je lis sur tes traits ?

Il se mangea un regard meurtrier, mais qui ne dura étrangement pas bien longtemps.

L’ancien corsaire finit par se lever pour s’approcher de la petite fenêtre qui illuminait le bureau de Dragon, juste derrière ce dernier. Il observa le QG des Révolutionnaires qui s’étendait au dehors, l’œil dans le vague.

- ... Je ne suis pas quelqu’un qui a des regrets facilement, tu devrais le savoir.

- Je le sais. Mais je sais aussi que je t’ai rarement vu afficher une telle expression, alors permets-moi de me poser tout de même la question.

Crocodile soupira.

- Ce gamin... Il a fait remonter des choses en moi. Je ne dis pas non plus que j’aurais aimé que nous finissions comme une petite famille classique et bancale qui vit de ses récoltes sur une île paumée d’East Blue... Simplement...

- Une telle vie n’était pas pour toi, de toute façon, déclara sombrement Dragon.

- Est-ce un reproche ? s’en amusa l’autre en lui jetant un coup d’œil par-dessus son épaule.

- ... Non. Je suis fatigué de te reprocher des choses depuis longtemps, tu devrais le savoir.

Dragon quitta son bureau pour s’éloigner du Corsaire, mais celui-ci le suivit du regard.

- ... Si je voulais être agaçant, je serais tenté de dire que tu n’as toujours pas l’air d’être passé à autre chose, mon cher Dragon, lâcha Crocodile sur un ton narquois.

Ce dernier lui fit de nouveau face et les deux hommes se toisèrent un long moment dans un silence oppressant. Mais finalement, ce fut le révolutionnaire qui baissa les yeux en premier, affichant à son tour un air mélancolique.

- Tout ça date d’il y a maintenant de presque vingt ans... Je devrais être passé à autre chose depuis tout ce temps, c’est vrai.

Crocodile fronça les sourcils.

- Mais comme tu le vois, continua Dragon en ouvrant les bras comme pour lui exposer fièrement la situation, je suis toujours à la tête des Révolutionnaires et mon désir d’abattre le Gouvernement Mondial et les Tenryûbitos est toujours aussi vif. Et tu es bien le seul dans ce monde avec Ivankov et mon père à connaître la portée réelle d’une telle volonté et ce qu’elle cache vraiment.

L’ancien corsaire le fixa sans rien dire avant de lui envoyer un sourire en coin presque taquin.

- Ne dis pas des choses comme ça Dragon : tu vas me tenter de te retomber dans les bras avec ton romantisme à la noix.

- Ce n’est plus vraiment du romantisme, je pense. Plutôt de la rage, précisa-t-il.

- De la rage ? Pourquoi ? Après tout, Luffy et moi sommes toujours en vie et tu peux même constater que nous nous portons comme un charme, autant lui que moi. Il n’y a rien pour alimenter la moindre rage en toi, arrête un peu de jouer la dramaqueen... Ivankov déteint sur t-

- Appelle ça du regret, alors, le coupa Dragon, toujours affreusement sérieux.

- ... Et qu’est-ce que tu pourrais bien regretter ? lui demanda l’autre avec méfiance.

- ... Vous deux.

Le corps entier de Crocodile se tendit à cette réponse. Sa mâchoire se crispa dangereusement tandis qu’il envoyait son regard le plus meurtrier au révolutionnaire.

- ... Arrête ça. Je ne suis pas venu ici pour subir ta logorrhée pathétique sur ton foutu passé perdu ! Si tu tenais tant que ça à nous... Tu m’aurais retenu.

Dragon laissa échapper une exclamation aussi amusée qu’amère.

- Rien ne peut te retenir Crocodile, tu le sais bien. C’est à se demander par quel miracle tu n’es pas né avec un « D », toi aussi...

Les deux hommes se jaugèrent à nouveau. La tension dans la pièce monta d’un cran.

- Et à t’entendre, il n’y avait aucune autre solution, à l’époque... ajouta Dragon d’un ton bien plus triste.

- Parce qu’il n’y en avait aucune autre !! gronda l’ancien corsaire. Tu aurais préféré qu’on passe notre vie à fuir ?! Tu savais dans quoi tu t’embarquais dès que je t’ai révélé ma véritable identité, alors ne commence pas à me reprocher encore les mêmes conneries !

- Le mal était déjà fait lorsque tu m’as donné ton véritable nom, Lunawani.

Dragon ne bougea pas d’un poil lorsque du sable commença à voleter dangereusement autour de l’homme en face de lui, les traits déformés par la colère.

- ... Ne m’appelle plus jamais comme ça... pesta-t-il.

- Pourquoi ? Tu as donc renié ce que tu étais à ce point ?

- Lunawani est morte il y a dix-huit ans ce jour-là, à Dawn !! Elle a laissé sa place à Sir Crocodile, et rien ne changera jamais ce fait, et surtout pas toi !!

- Je ne cherche pas à-

- POURQUOI EST-CE QUE TU CONTINUES TES STUPIDES REPROCHES, ALORS ?! explosa-t-il pour de bon. Je croyais que tu étais fatigué de me reprocher des choses, Dragon ?! Accorde tes violons pour de bon avec toi-même et fous-moi la paix !! TU étais d’accord avec moi pour que nous laissions Luffy à ton père, TU m’as présenté à Ivankov pour que je change d’identité pour de bon, TU as accepté de me laisser partir !! Qu’est-ce qu’il te faut de plus ?!

Le révolutionnaire ne lui répondit pas, se contentant de le fixer tranquillement de son éternel air neutre et légèrement supérieur.

- Réponds, grogna Crocodile. Qu’est-ce que tu attends de moi, au juste ? À chaque fois qu’on se croise, c’est la même rengaine encore et encore. Tu restes campé sur tes non-dits et tu te contentes juste de me vomir ton amertume en me regardant de haut.

Le sable se calma et l’ancien corsaire croisa ses bras contre son torse, imitant le regard hautain de son vis-à-vis.

- ... Je ne t'ai pas laissé partir de gaieté de cœur et tu le sais, Crocodile. Mes reproches sont inutiles, car tergiverser sur des actions passées l'est d'autant plus. Rien de ce que je ne pourrais dire ne me rendra ce que j'ai perdu à l'époque.

Crocodile garda le silence, bouillonnant de l'intérieur mais le laissant continuer sur sa lancée pour voir jusqu'où allait-il pousser le bouchon. Jusqu'où allait-il oser aller dans des aveux dont le logia avait, de toute façon, toujours eu conscience au fond de lui.

- Ma colère ne vient pas de nulle part, mais elle ne t'est pas destinée, continua le révolutionnaire alors que son ton se faisait plus doux. J'en veux à ceux qui t'ont poussé dans tes retranchements à l'époque. J'en veux à ceux qui nous ont séparés en te forçant à disparaître pour avoir la moindre chance de survie. J'en veux à ceux qui ont rendu notre fils orphelin.

- Tu en veux à l'ensemble des Tenryûbitos, donc.

- ... Oui. À tout ce qu’ils représentent. À tout le pouvoir injuste qu’ils possèdent et à tous ces nobles pourris jusqu’à la moelle qui leur obéissent sans se poser la moindre question, qui fortifient leur position sans la remettre en question un seul instant. Ce sont eux que je cherche à détruire par mes actions. Eux et le monde injuste et corrompu qu’ils ont bâti sur les cadavres de tant de miséreux à travers les siècles. Eux, leurs horreurs et leur vision biaisée de la vie qui t’ont conduit à devoir fuir ta propre famille...

- N’utilise pas le mot « famille » pour les définir, je t’en prie, cracha enfin Crocodile avec dédain. Ce n’est pas parce que leur sang putride coule dans mes veines qu’ils sont ma famille ! Ils ne sont qu’une foutue épine dans ma génétique, et rien d’autre !

Les deux hommes plongèrent encore une fois leur regard l'un dans l’autre, retrouvant une connexion vieille comme leur existence, mais qui semblait encore empreinte d’une intense alchimie qui enchantait l’un comme elle effrayait l’autre.

- ... Je nagerai dans la satisfaction le jour où tu arriveras à tous les pendre en place publique, ronronna l’ancien grand corsaire avec un rictus aussi cruel qu’amusé qui arracha un sourire à Dragon.

Sourire qui se fana rapidement en une expression attristée.

- ... Nous aurions pu faire tant de choses si tu m’avais suivi dans ma lutte, Lunawani...

- Arrête ça, le coupa l’autre. Ce n’est pas mon combat. Ma haine viscérale envers eux ne me rend pas suicidaire : je sais ce que je risque en m’approchant à nouveau de ce monde. J’ai eu la chance d’échapper à leurs soupçons jusqu’ici parce qu’un vulgaire pirate n’intéresse pas ces péteux. Mais un fou furieux prêt à tout pour renverser leur puissance, par contre…

Les yeux de Crocodile envoyèrent une certaine forme de respect au révolutionnaire. Il n’était pas rentré dans la légende pour rien, après tout. Il fallait du cran pour se dresser la tête haute contre un système si puissant, contre des hommes que le monde entier prenait pour des dieux. Contre l’essence même de ce qu’était leur monde, en somme.

- ... Je n’ai pas ma place à tes côtés. Je suis trop lâche comparé à toi.

- Tu es loin d’être lâche Lunawani, et tu le sais.

Les dents sur le cigare se resserrèrent violemment.

- Arrête de m’appeler comme ça. Comme oses-tu continuer à m’appeler par ce nom alors que tu sais que je hais ce qu’il représente au moins autant que toi ?!

- Parce que c’est le nom de la femme que j’ai aimé... souffla Dragon sans s’offusquer de la colère de l’autre. C’est même... Le nom de celle que j’aime toujours, de toute mon âme.

La colère de Crocodile se mua instantanément en un violent ressentiment.

Il avait donc le culot de le dire à haute voix.

- ... Alors ça y est, tu oses enfin l’avouer ?

- Ce n’est pas un aveu si tu t’en es toujours douté.

- Tu as raison : ce n’est pas un aveu si tu as continué à me le répéter à mi mot encore et encore à chaque putain de fois que l’on s’est croisé depuis notre séparation.

Dragon ne répondit rien, se contentant d’avancer lentement, précautionneusement, vers l’autre pour refermer la distance entre eux ; sans rompre leur échange visuel tellement intense un seul instant. Crocodile le laissa faire, sur la défensive mais se refusant de reculer. Il se laissa faire lorsqu’une main douce se posa sur sa joue, avec une telle prudence qu'elle laissait à se demander s’il avait peur de se brûler ou de simplement le faire fuir.

- ... Je suis désolé, souffla finalement le révolutionnaire alors que leur visage étaient plus proches que jamais. Je suis désolé d’être incapable de refouler ces sentiments au fond de moi. Mais ils me consument. Entièrement, sans s’arrêter. Ils me consument en même temps que ma rage envers Eux. Ils m’indiquent la route à suivre depuis si longtemps que je ne sais plus faire autrement que les laisser me guider...

- Très bien Dragon, fais donc. Après tout, s’ils parviennent à abattre le Gouvernement Mondial, je suppose que c’est tant mieux pour ce monde pourri. Et pour moi.

À son tour, le logia leva la main pour déposer le bout de ses doigts sur la mâchoire de son ancien amour, hésitant.

- ... Mais tout de même : vingt ans ? Tu es pitoyable de ne pas arriver à tourner la page.

Un fin sourire étira les lèvres du révolutionnaire.

- Parce que toi Crocodile, tu es arrivé à la tourner... ?

Les yeux de l’ex-grand corsaire se plissèrent en un rictus agacé, mais surtout interdit.

- Qu’est-ce que tu insinues ?

- Que nous ne t’accueillons pas régulièrement ici pour rien, lui indiqua Dragon sur un ton plus ferme. Tu ne veux rien avoir à faire avec nous, et pourtant mes hommes sont à présent habitués à voir le grand Sir Crocodile faire ses petites visites quotidiennes. Et je ne parle même pas du comportement que tu as eu à Marineford...

- J’ai toujours eu une dette envers Ivankov, se défendit-il en serrant les dents et en ôtant brusquement ses doigts de la peau de l’autre. Il m’a demandé d’aider le gamin, je l’ai fait. Je n’avais rien à perdre. Et, évidemment Dragon, puisque tu tiens tant à me faire avouer l’évidence : bien sûr que j’ai voulu l’aider lui. Ce n’est pas parce que j’ai renié son lien de parenté avec moi que son existence même m’est indifférente, bien au contraire !

- Et tu t’en es voulu pour ce que tu lui as fait subir à Alabasta... souffla Dragon en s’approchant un peu plus, fixant Crocodile par en-dessous en lui envoyant une expression étonnamment douce. N’est-ce pas... ?

- ... Jamais de la vie... gronda-t-il, visiblement pris de court.

- Tu as été cruel avec notre fils, Crocodile. Tu lui as fait mordre la poussière. Mais à aucun moment tu n’as utilisé le Haki malgré tout, n’est-ce pas ? Sinon, Luffy serait mort à l’heure qu’il est.

L’homme déglutit, perdant ses moyens face à ces vérités qu’il fuyait depuis trop longtemps.

- ... Tu l’as laissé consciemment t’arrêter, continua le révolutionnaire, toujours plus proche. Car si tu ne l’avais pas fait, tu aurais dû le tuer. Il tient trop de l’entêtement de ses deux parents pour perdre une bataille sans tout risquer, tu l’as vite compris. Et tu n’as pas pu te résoudre à rentrer dans ton rôle à ce point... À renier ton propre fils à ce point.

- Ferme-la, cracha-t-il sans aucune conviction en baissant finalement les yeux.

Mais Dragon avait raison sur toute la ligne. Ce n’était pas parce que le grand Sir Crocodile vantait sa préférence de l’utilisation de l’éveil de son fruit du démon au Haki qu’il ne maîtrisait pas ce pouvoir essentiel pour survivre dans ce monde cruel. Il n’y recourrait que rarement, car il ne rencontrait que rarement des adversaires qui lui donnaient du fil à retordre dans cette partie plus faible de Grand Line.

Luffy lui avait donné du fil à retordre.

Luffy aurait mérité qu’il n’utilise le Haki pour pouvoir le faire taire une bonne fois pour toute...

Mais il n’avait pu s’y résoudre.

Il n’avait pu se résoudre à ôter la vie à cet enfant devenu si grand qu’il avait porté neuf longs mois durant, à l’époque.

Il n’avait pu se résoudre à renier à ce point ce qu’il avait été un jour. À renier ce début de famille qu’il aurait pu avoir. Son amour pour cet enfant si innocent et si fragile, la chair de sa chair...

Le symbole de son amour pour Dragon.

Dragon qu’il laissa faire alors qu’il déposait ses lèvres sur les siennes avec une délicatesse qui lui coupa presque le souffle, le ramenant brutalement vingt années en arrière. Car il n’y avait bien que lui pour se montrer si doux et si tendre envers l’être cruel et abject qu’il avait toujours été. Pour l’aimer comme personne ne l’avait jamais aimé. Dragon lui avait apporté de la lumière sur son chemin terni par la haine et le ressentiment. Il lui avait tendu la main au moment où il en avait eu le plus besoin, alors qu’il se débattait pour échapper aux Tenryûbitos pour de bon. Il l’avait aidé à embrasser la liberté qu’il désirait si violemment, à reprendre une vie normale, loin de ce conditionnement, de ces mensonges, de ce paraître. Il lui avait redonné un second souffle. Cela rendait l’ancien grand corsaire furieux de le reconnaître, mais il ne serait pas là où il en était aujourd’hui sans ce « D » indomptable et aux yeux grands ouverts sur le monde qui avait toujours réfuté les enseignements de sa légende de la Marine de père.

Sa relation avec lui et le fils qu’ils avaient laissé derrière resterait à jamais une fichue épine dans son pied, mais il ne pourrait jamais la regretter.

- ... Merci de l’avoir épargné, Lunawani, lui murmura l’homme contre ses lèvres. Merci de l’avoir aidé. Je l’ai abandonné moi aussi, mais je ne supporterai pas qu’il lui arrive quelque chose malgré tout.

- ... Il ne lui arrivera rien, répondit-il sèchement tout en repoussant lentement mais fermement le révolutionnaire.

Il s’éloigna de lui, essayant de chasser le trouble qui s’emparait de son esprit suite à ce baiser volé. Ils ne s’étaient jamais ré-embrassés depuis cette nuit-là, à Dawn, lorsqu’il avait laissé son amant et son fils derrière lui pour éloigner les deux seuls êtres vraiment importants à ses yeux de la menace mortelle qui le suivait sans relâche.

- Il ne lui arrivera rien car il est notre fils. Et, naïvement peut-être, je le crois lorsqu’il dit qu’il sera le roi des pirates.

- ... Ce n’est pas naïf de croire en ce qui va arriver sans nul doute, valida Dragon avec un sourire fier. Luffy deviendra le successeur de Roger. Et si ce n’est pas moi qui met un terme au règne des Tenryûbitos, ça sera lui.

Crocodile finit par lui répondre par un sourire carnassier, tout aussi fier que son vis-à-vis.

- Ça serait effectivement bien digne de notre fils...

Dragon lui renvoya un regard doux. Même si la distance et leurs idéaux les séparaient depuis bien longtemps, il n’arrivait pas à s’ôter de la tête qu’ils restaient liés à jamais à travers Luffy. Ce garçon plein de vie et promis à un grand avenir était le reflet même de leur amour : impétueux, invraisemblable, plus libre que jamais...

Après tout, Crocodile en vint à se demander soudainement pourquoi il refusait à ce point cet amour. Car cela ne servait à rien de continuer à nier : il avait beau prendre Dragon de haut, lui aussi avait toujours ce petit pincement au cœur lorsqu’ils se voyaient. Non, il ne se rendait pas de temps à autre aux QG des révolutionnaires pour rien. Oui, voir Dragon lui faisait toujours plaisir. Et à présent qu’ils avaient retrouvé Luffy d’une certaine façon et que sa carrière de Corsaire avait été écourtée par ce dernier, il avait encore plus envie de passer du temps avec son ancien amant. Car depuis toutes ces années, Dragon avait été le seul à lui apporter un semblant d’amour véritable. Le seul à ne pas le fuir, à ne pas avoir peur, à ne pas le mépriser...

Derrière ses airs de pirate terrible et cruel, Sir Crocodile devait bien reconnaître qu’il était incapable de cracher sur un peu d’amour. Il restait un être humain quoi qu’il en dise, quoi qu’en disait sa « famille ». Un être humain vulnérable, avec ses peurs et ses faiblesses.

Ce fut une impulsion qui lui fit jeter son cigare dans le cendrier et revenir vers Dragon pour glisser sa main sur sa nuque. Les yeux du révolutionnaire se vrillèrent dans les siens et il sut immédiatement qu’il ne serait pas repoussé.

Loin de là.

Alors il l’embrassa à son tour. Cela changeait sans conteste de l’époque où il était encore une femme, mais si ce changement drastique n’avait pas l’air de perturber Dragon outre mesure, il ne se priverait pas pour prendre quelque chose qui lui avait bien trop manqué, quoi qu’il en dise.

Quoi qu’il en dise, Crocodile savait pertinemment que lui aussi, il aimait encore cet homme quelque part au fond de lui. Et il comptait le lui montrer, pour cette seule et unique fois.

Car dès la nuit passée, leurs chemins se sépareraient à nouveau. Car malgré leur ressemblance, malgré cette conviction et cette détermination semblables, ils ne pourraient jamais réellement s’entendre. Deux tels reptiles solitaires et enragés ne pouvaient que mener leur propre combat de leur côté...

Même si l’ombre de Luffy les réuniraient toujours à la fin.

Notes:

J’ai vraiment galéré ma race sur ce texte. Il a été écrit en plusieurs fois et sur plusieurs mois, j’espère que ça ne se ressent pas... Et si vous me demandez pourquoi, je vous répondrais juste « Dragon et Croco ». On connaît pas le premier et le deuxième est chauuuuud à prendre en main je trouve !

Mais bref, j’espère que cet OS vous a plu, ne vous a surtout pas trop horrifié et que l’idée vous botte ! Mon inconscient commence un peu trop à accepter le fait que Croco soit la maman de Luffy je crois... J’adore, ça me ferait tellement rire même si ne j’y crois pas une seule seconde !

N’hésitez pas à me laisser vos retours ! Des bisous !

Soraa~