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LES 5 TATOUAGES + 1 DE SIRIUS
UN
La première fois, cela avait été un ouragan. Sirius était entré dans la salle de commune de Gryffondor en courant, renversant la malle de James au passage, hurlant comme un fou « Les gars, les gars ! » et avait commencé à se désaper au milieu de la pièce. Peter s’était mis à hurler contre son exhibitionnisme et à cacher ses yeux tandis que James lui balançait des coussins au visage.
Grognant et rigolant à la fois, Sirius avait réussi à enlever son t-shirt et à exposer fièrement son épaule noircie.
« Mais qu’est-ce que ? avait demandé James qui tenait toujours un coussin à la main dans une position peu flatteuse.
- Je me suis fait un TATOUAGE ! » s’était écrié le Black avec un sourire qui lui traversait le visage.
Remus s’était approché et avait touché des doigts le dessin qui s’étalait désormais sur le haut de l’omoplate droite de Sirius. C’était une lune ronde remplie de minuscules points censés représenter la lumière de la pleine lune, mais un loup, un chien, un cerf et un rat étaient intégrés dans le rond comme des ombres fugaces.
« Aïe ! Ne touche pas, c’est encore sensible !
- Mais c’est nous ! hurla James en prenant son presque frère dans ses bras et le tournant pour regarder de plus près.
- Oui ! C’est important d’avoir une marque de sa famille !
- C’est magnifique Sirius », lança Peter.
Remus, lui, était bouche bée. L’été dernier, Sirius avait décidé de ne pas retourner chez ses parents et s’était installé chez les Potter. Même si c’était sans doute le meilleur choix pour lui, il souffrait quand même de ce départ et de la perte de ses racines, aussi pourries soient-elles. Remus savait que Regulus lui manquait aussi, même s’ils n’avaient jamais été proches, il était l’une des seules personnes de sa famille dont Sirius n’avait jamais dit de mal. Et même si James était un ami accueillant et plus que bienveillant, Remus savait qu’il n’avait pas vécu assez de choses douloureuses pour comprendre aussi bien Sirius que lui.
Alors voir s’étaler sur sa peau, la preuve que ce qui comptait c’était la famille qu’il avait choisi lui alla droit au cœur.
Il toucha de nouveau le tatouage, fronçant les sourcils devant la grimace de Sirius et demanda :
« Tu as fait ça où ?
- À Pré-au-Lard ! Je suis passée par la statue de la sorcière borgne et il y avait un mec à la Tête de Sanglier qui faisait ça ! »
Remus regarda attentivement encore le dessin, il était vraiment beau, c’est comme si le loup était fait de lumière et éclairait le noir de la lune. Il ne se rendit pas compte que tout le monde retenait son souffle en attendant son verdict. James lança un regard effrayé à Sirius qui se mordait les lèvres devant le temps que mettait le loup à répondre.
« C’est une très jolie lune » finit-il par dire dans un souffle en relevant les yeux vers ceux du nouveau tatoué qui n’était pas aussi près avant.
Il rougit et recula d’un pas tandis que le sourire de Sirius se faisait encore plus grand.
« T’as vu ! »
James éclata de rire et commença à charrier Sirius sur ses relations cheloues du bar de Pré-au-Lard tandis que Peter finissait par hausser les épaules en retournant à son livre. Remus esquissa un sourire et jeta de nouveau un regard à l’épaule du Black, c’était étrange de l’avoir fait à un endroit où on ne pouvait pas le voir, mais bon… Il avait entendu dire que c’était l’endroit le moins douloureux, peut-être que Sirius était douillet en fait. Il rigola intérieurement et se rapprocha des deux amis pour ne pas qu’ils cassent encore quelque chose.
DEUX
La deuxième fois, c’était après une lune particulièrement douloureuse. James et Sirius étaient en retenue pour avoir teint la lessive des Serpentards en rose et n’avaient pu rejoindre Peter qu’après la transformation de Remus. Le loup avait été particulièrement sauvage et peu content de ne pas avoir ses amis présents dès le début de la nuit. Malgré l’insistance du chien et du cerf pour jouer, il n’avait fait que mordre sa propre peau et hurler à la lune.
Remus s’était réveillé le cerveau en vrac et le corps sanguinolent. L’infirmière était venue le retrouver à l’aube et avait soupiré devant son état.
« Cela fait plusieurs mois que je ne vous ai pas trouvé aussi mal ! »
Le loup-garou n’avait rien dit, mais effectivement il le sentait passer. Il se leva difficilement, escorté par la soignante et se réveilla quelques heures plus tard un peu mieux. Elle l’assigna à trois jours de repos et, vu la marque affreuse qu’il avait au milieu du ventre, il savait que c’était pour le mieux.
Les maraudeurs le rejoignirent après les cours, les yeux un peu coupables en remarquant son état. Remus essaya de leur changer les idées et la vie reprit son cours normal… jusqu’au nouveau tatouage de Sirius.
C’est Andromeda qui le remarqua en premier quelques jours plus tard. Ils sortaient des vestiaires de Quidditch après le dernier match Gryffondor contre Serpentard et elle courrait derrière les maraudeurs pour saluer son cousin. Sirius avait remonté ses manches au dessus de ses coudes et en approchant elle s’exclama :
« Tu as un tatouage ?! »
Remus, James et Peter se retournèrent vers la jeune femme ne comprenant pas comment elle avait pu voir l’épaule de Sirius quand ils remarquèrent les reflets noirs à l’arrière de son bras.
Sirius se contenta de leur faire un grand sourire narquois, ramenant ses cheveux en arrière et brandissant fièrement l’arrière de son coude dénudé.
Il y avait une dague grossièrement barrée qui s’étendait à gauche, de son épaule à son coude, positionnée assez bizarrement en travers et pointant vers le bas. Andromeda étouffa très vite son « Oh ! » en regardant de plus près et fronça les sourcils devant le sourire de plus en plus mauvais du Gryffondor.
« Il y a un problème ? demanda James, ne comprenant pas les échanges de regard entre Sirius et sa cousine.
- C’est le symbole des Black…» expliqua-t-elle.
Elle n’eut pas besoin d’en dire plus pour que James lève les yeux au ciel de dédain devant l’effronterie de son meilleur ami. Peter le suivit et reprit sa marche vers le château. Remus resta en retrait tandis qu’Andromeda chuchotait vers son cousin :
« C’est de mauvais goût Sirius, ça risque de te jouer des tours ».
Sirius semblait peu s’en soucier puisqu’il haussa les épaules tout en gardant son sourire et se dirigea vers le château. Andromeda soupira, jeta un regard perdu à Remus et tourna les talons vers ses amies qui l’attendaient en bas des gradins de Quidditch.
Remus rattrapa assez vite son ami et l’attrapa par le poignet pour le tourner vers lui :
« Ça va ?
- Bah oui, pourquoi ? » fit Sirius en évitant son regard.
Le loup savait quand Patmol cachait des choses et c’était le cas actuellement. Il attendit, Sirius avait tendance à ne pas savoir rester en place et finissait toujours par craquer devant un long silence.
Deux longues minutes s’écoulèrent avant que le pied du chien ne se mette à gigoter et qu’il essaye de se dégager de la poigne du loup.
« Moony, je te dis que ça va ! »
Remus leva les yeux au ciel devant ce mensonge évident. Son ami avait pourtant l’habitude de mentir, mais il n’y arrivait jamais avec lui. Il allait reprendre la parole pour insister, mais ensuite Sirius fit une chose totalement improbable qui figea son cerveau pour les dix minutes qui suivirent.
Tirant sur son poignet pour le faire lâcher et s’avançant en même temps le rouge aux joues, Sirius l’embrassa. Il déposa juste ses lèvres sur celles du loup avant de s’enfuir en courant vers la bâtisse. De confusion, Remus avait lâché son ami et regardait bêtement l’endroit où il avait disparu. Effleurant sa bouche avec la main que Sirius avait lâché, il rougit furieusement et c’est ainsi que Lily le trouva quelques minutes plus tard.
« Remus, tu vas bien ? »
Acquiesçant un peu trop vigoureusement, il grimaça en entendant craquer son cou et se dépêcha de rejoindre la salle commune.
Quand il entra dans la pièce, il remarqua tout de suite les rideaux fermés autour du lit de Sirius et soupira de soulagement. James lui expliqua en chuchotant qu’il avait essayé de l’interpeller pour discuter avec lui de son tatouage et de sa famille, mais que le Gryffondor était entré comme une furie et l’avait bousculé avant de s’enfermer dans son lit à baldaquin.
« C’était vraiment bizarre ! Il t’a dit quelque chose ?
- Hein ? Euh non .. Rien du tout ! » fit Remus en s’étranglant et en essayant de ne pas rougir.
James leva un sourcil et le loup se dépêcha de disparaître avant qu’il ne commence à l’interroger et qu’il ne finisse par lâcher le morceau.
Enfermé dans l’intimité de son lit assourdi par un Silencio , il soupira avant de se retourner et de crier dans son oreiller, mais qu’est-ce qu’il avait pris à Sirius de faire ça, bordel ?! Bien sûr que leur relation à tous les deux avaient toujours été différente de celles qu’il entretenait avec James et Peter, mais jamais il…enfin jamais il n’avait pensé…
Une petite voix dans sa tête résonna avec l’accent grinçant que Sirius utilisait quand il essayait de faire avouer quelqu’un : « Ah bon Remus ? Jamais tu n’as imaginé quoi que ce soit de plus avec lui ? Rien du tout du tout ? C’est sûr ça ? ».
Non, rien de rien, il n’avait rien imaginé.
C’était beau de se mentir à soi-même.
C’est sur ces pensées conflictuelles qu’il s’endormit.
TROIS
Après ça, les choses avaient été étranges entre eux. Peter était d’ailleurs venu lui en parler, lui demandant s’il s’était disputé avec Sirius. Remus n’avait fait que noyer le poisson et fuir rapidement la conversation. Il avait l’impression qu’il se transformait en tomate dès qu’il croisait le regard de Patmol. C’était d’autant plus gênant qu’ils avaient tous l’habitude de s’asseoir ensemble en cours et de se répartir les travaux de groupe entre eux. Il ne fallait jamais laisser James et Sirius ensemble, c’était l’assurance de mauvaises notes et de bêtises fortement réprimandées.
Aussi, lorsque leur professeur de Métamorphose annonça que le prochain exposé était à rendre à deux, il se tourna vers Peter pour le supplier de le faire avec lui, mais celui-ci était déjà assis à côté de James. Sirius, assis à sa droite, semblait tout faire pour ne pas le regarder et fixer le plafond d’un oeil noir. Remus allait prendre son courage à deux mains pour se lever et se rapprocher, mais une toux gênée résonna derrière lui. Il se retourna et tomba nez à nez avec un Poufsouffle de leur année dont il ne se souvenait plus du nom. Il était brun clair, les yeux gris avec quelques grains de beauté sur la joue droite.
« Oui ? demanda-t-il
- Euh… Thomas Tickner, répondit-il la voix légèrement faible, on était à côté pour le travail de groupe du Professeur Binns, je me demandais si tu voulais faire celui-ci avec moi ? »
Remus leva un sourcil avant de tourner le regard vers Sirius. Celui-ci fixait toujours le plafond, son regard avait l’air de s’être assombri mais il ne fit toujours aucun geste vers le loup-garou. Pestant contre la fierté débile des Black, il reporta son regard vers Thomas et lui sourit :
« Oui, bien sûr. Viens on va s’installer plus loin. »
Thomas eut l’air surpris de sa réponse positive, mais son visage étonné laissa vite place à un grand sourire. Il aida Remus à emporter ses affaires avec un peu trop d’enthousiasme et ils finirent par s’asseoir au fond de la salle en n’ayant renversé que deux fois son sac.
La suite se passa sans encombre, Remus apprécia plutôt la manière de travailler de Thomas et, à la fin de l’heure, ils avaient déjà bien avancé sur le devoir. Ils se mirent d’accord pour se voir le vendredi après-midi, à l’heure de leurs permanences respectives, pour finir leur rendu.
C’est le moral plus léger que Remus retrouva les Maraudeurs au déjeuner. Sirius semblait de très mauvaise humeur et le loup s’installa en face de lui.
« Il y a un problème ? » demanda-t-il l’air inquiet.
Sans répondre, Sirius lui lança un regard noir avant de déchiqueter avec violence son entrecôte.
« Ne fais pas attention à lui, Moony, Mr Patmol est contrarié car il doit faire son devoir avec Deborah Gardner ! expliqua James avec un sourire en coin.
- C’était hilarant, rajouta Peter les yeux brillants, elle a plus essayé de le toucher que d’écrire. Tu aurais dû voir la tête dégoûtée de Patmol ! ».
Remus étouffa un rire, imaginant très bien la tête que pouvait faire Sirius dans ces moments-là. Cela ne parut pas plaire à l’animagus qui retourna son regard vers lui et maugréa :
« Ça ne serait pas arrivé si quelqu’un s’était mis avec moi en groupe !
- Pardon ? demanda Remus offusqué, j’ai pas arrêté de te regarder pour savoir si tu voulais faire le devoir avec moi, mais mÔÔnsieur Sirius n’a pas daigné redescendre ses yeux du plafond. »
Sirius laissa échapper un grognement et sur un « Très bien ! » un peu trop sec, il se leva et sortit de la Grande Salle.
« Mais qu’est-ce qui lui arrive en ce moment ? » soupira Peter en le regardant disparaître. Pour toutes réponses, James et Remus haussèrent les épaules d’impuissance.
La semaine se passa à peu près dans les mêmes conditions et l’humeur de Sirius ne fit que décliner. C’est comme si un nuage noir flottait au dessus de sa tête en permanence. Les trois autres Maraudeurs avaient pris leur distance, même James évitait de se retrouver en pleine ligne de mire. Le plus insupportable étant que Deborah Gardner avait décidé de suivre le jeune Black comme son ombre, profitant de l’excuse du devoir pour être le plus possible près de Sirius. Ses minauderies et ses sous-entendus peu subtils avaient le don de taper sur les nerfs de Remus et du groupe. Chacun était désespéré de voir Sirius la rembarrer sans réelle fermeté.
Fuyant cette situation gênante au possible, James traînait avec Lily, Peter avec Clarisse et Remus s’était trouvé un petit coin tranquille dans le parc pour profiter des couleurs de l’automne et lire au soleil. Thomas était venu le rejoindre plusieurs fois et il sentait qu’il appréciait de plus en plus la présence sereine du Poufsouffle. C’était agréable de pouvoir discuter des cours sans se faire réprimander d’être “ennuyeux” et “trop scolaire” comme le disaient souvent les Maraudeurs.
Le vendredi arriva rapidement et Remus se posa avec Thomas pour finir leur devoir. Ayant chacun avancé de son côté, ils bouclèrent le tout en une petite heure et le Poufsouffle proposa d’aller à Pré-au-lard pour profiter de la dernière chaleur de l’été avant le week-end. Le loup s’empressa d’accepter et ils partagèrent quelques bièraubeurres bien méritées aux Trois Balais.
Passablement éméchés, ils ne virent pas l’heure passer et rentrèrent après le couvre-feu au château. Rassemblant ses esprits, Remus les fit passer par plusieurs raccourcis discrets et ils arrivèrent devant les cuisines où se trouvait l’entrée de la salle commune des jaunes et noirs. Thomas se tourna vers lui en rougissant en le remerciant pour l’après-midi qu’ils venaient de passer.
« Merci à toi, sourit Remus, j’ai passé une super semaine ! Hésite pas, s’il y a d’autres travaux de groupe. »
Tournant les talons, il sentit une main le retenir.
« Remus, tu as… quelqu’un en ce moment ?
- Quelqu’un ? répondit-il naïvement, euh non. »
Qu’est-ce que Thomas voulait dire par là ? Ce n’est que quand il sentit les lèvres du jeune homme se coller aux siennes qu’il comprit ce que le Poufsouffle voulait dire par là. Il entendit la voix de sa conscience Siriusienne résonner dans sa tête : « toujours trop naïf Remus » et il se flagella mentalement.
Il repoussa Thomas doucement et se racla la gorge.
« Je suis désolé Thomas, je ne… je ne suis pas intéressé par ce genre de relations avec toi ».
Il sentit plus qu’il ne vit les yeux du Poufsouffle s’humidifier et l’entendit murmurer un « désolé » étranglé avant qu’il ne disparaisse au fond du couloir. Remus se massa les tempes, il avait essayé de ne pas être trop brusque dans son rejet… mais qu’est-ce qu’ils avaient tous en ce moment ? C’était la saison des amours chez les jeunes de 16 ans ? Il y avait un problème de phéromones dans l’air ? Il grogna pour la forme et se dépêcha de rentrer dans le dortoir des Gryffondors avant de se faire attraper par le concierge.
Quand il arriva dans la salle commune, il restait peu de personnes réveillées et il salua juste Lily qui lisait au coin du feu. Montant les escaliers menant au dortoir quatre à quatre, il ne rêvait que d’une chose : son lit et sa couette. Perdu dans ses pensées, il bouscula quelqu’un en entrant et recula quand il vit que c’était Sirius.
Sirius qui le fixait d’un regard noir alors que James et Peter jouaient aux échecs version sorcier sur le lit de ce dernier.
« Ah bah tu vois Patmol, Moony ne s’est pas perdu !
- C’était bien ton rencard ? » demanda le jeune Black d’une voix grinçante.
Remus leva un sourcil. Cela le surprit autant que les deux autres Maraudeurs qui relevèrent les yeux vers l’entrée du dortoir.
« C’était pas un rencard », fit simplement le loup avant de contourner Sirius pour rejoindre son lit. Il s’arrêta en apercevant un éclair noir sur sa peau au dessus de la clavicule et sans s’en rendre compte, il posa sa main pour écarter l’encolure du col du brun. Il eut le temps d’apercevoir une branche de muguet avant d’être repoussé violemment par l’animagus.
« C’est quoi ton problème ? » demanda-t-il sentant sa colère et celle du loup commencer à rugir à l’intérieur de lui.
« Personnellement quand j’embrasse des gens après une soirée à boire des bièraubeurres, ça s’appelle un rencard ! Et je suis pas assez pute pour embrasser deux personnes différentes la même semaine ! » répliqua Sirius avec un regard accusateur.
Personne ne vit le coup venir. Même pas Remus. Ce n’est que quand il vit la pommette de Sirius rougir qu’il se rendit compte qu’il venait de lui balancer son poing dans la figure. James s’était levé d’un bond près à intervenir, tandis que Peter affichait un regard horrifié. Sirius avait l’air choqué, comme s’il redescendait sur terre d’un coup, il amena doucement sa main à son visage pour frotter sa joue tuméfiée et regarda Remus avec stupéfaction.
Un grand silence résonna dans la salle jusqu’à que James ne finisse par le briser :
« Mais bordel, qu’est ce qu’il se passe ?! »
Remus ne prit pas la peine de répondre, fermant son poing jusqu’à sentir ses ongles mordre sa paume, il tourna les talons et quitta le dortoir, faisant fi des appels de James.
QUATRE
À partir de ce moment, c’était presque la guerre froide entre eux. Remus s’asseyait avec Lily et la remerciait silencieusement de ne pas aborder le sujet et de ne pas le forcer à parler. Sirius restait collé à James et affichait un regard mi-maussade, mi-mauvais quand il croisait le chemin du loup.
James avait bien sûr essayé de parler avec ce dernier, mais Remus l’avait rembarré en lui disant qu’il n’avait qu’à demander à son « super » meilleur ami ce qu’il se passait. Le brun à lunettes avait levé les yeux au ciel et avait fini par arrêter d’insister.
Le loup passait son temps dans le parc, dans son coin de soleil tant qu’il ne faisait pas encore trop froid. Thomas était venu le voir et s’était excusé en bégayant de l’avoir embrassé. Remus lui avait dit qu’il ne lui en tenait pas rigueur et qu’il n’avait juste pas compris sa question. Pendant toute la conversation, Remus avait vu Sirius les fixer avec fureur et il ne pouvait s’empêcher de se sentir un peu satisfait de mettre en colère son ex-ami. C’était petit, il le savait, mais il lui semblait que toute victoire était bonne à prendre. Il se sentait encore trop blessé par la remarque de Sirius pour pouvoir envisager les choses sous un autre angle.
Les jours auraient pu continuer longtemps ainsi si Lily n’avait pas fini par s’asseoir en face de lui trois jours plus tard.
« Tu as vu le nouveau tatouage de Sirius ?
- Le muguet ?
- Un muguet ? Quel muguet ?
- Sur son épaule gauche, il y a une branche de…
- Non !, coupa Lily en secouant la tête, les constellations sur sa hanche. »
Remus haussa les épaules, peu lui importait que Sirius se tatoue des étoiles, des fleurs ou des lapins, il ne voyait pas où Lily voulait en venir. La rousse dû le sentir car elle crispa sa mâchoire sous l’agacement.
« Les constellations du loup et du grand chien ! »
Remus haussa un sourcil. Pourquoi les gens se mettaient à parler en signe maintenant ? C’était bien beau tout ça, mais qu’est-ce que Lily voulait dire ?
« Oui ? répondit-il, ce qui fit enfler Lily.
« Le loup et le chien Remus, enfin ! Je croyais que tu étais intelligent !
- Oui, j’ai bien compris que c’était une référence à nous, mais qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ? » demanda-t-il légèrement agacé.
Son amie se frappa le front, il sentit qu’elle allait exploser, mais elle finit finalement par se calmer pour lui lancer un regard triste :
« Remus, tu es si aveugle que ça ? »
Le-dit Remus leva les yeux au ciel et s’apprêta à répliquer quand la rousse le coupa une nouvelle fois.
« Il est amoureux de toi Remus. »
Et comme le loup ne réagissait pas, elle ajouta :
« Je l’ai vu t’embrasser l’autre jour, cela fait un moment que j’avais l’impression qu’il ressentait quelque chose pour toi.
- Pourquoi tu n’as rien dit ? demanda Remus dans un souffle, l’impression d’avoir couru un cent mètres en dix secondes.
- Je me disais que si tu voulais en parler, tu l’aurais fait…»
Et elle ajouta après un moment :
« Et je pensais que tu t’en étais rendu compte. »
Remus secoua la tête. Non, il ne s’était rendu compte de rien. Bien sûr cela avait toujours été particulier avec Sirius, il savait qu’il était le seul à réussir à le calmer, le seul avait qui il discutait de sujets sérieux, mais… jamais il n’aurait pensé ça. Il estimait juste qu’ils avaient une relation particulière, spéciale. Mais comme il pouvait avoir une relation différente avec Peter, James et Lily… Bien sûr, tout avait été bouleversé quand il l’avait embrassé, mais là encore, il n’avait pas fait le lien.
Lily prit sa main et la serra fort en lui souriant, tentant de le soutenir. Un silence agréable s’installa entre eux et Remus put se calmer et réfléchir. Un déclic se fit assez rapidement dans son cerveau et il repensa aux paroles de Sirius dans le dortoir.
« Est-ce ça veut dire qu’il était… jaloux de Thomas ? »
La Gryffondor lui fit un sourire en coin en réponse avant de déclarer sournoisement :
« Tu veux dire, la personne que tu aimes, et que tu embrasses, finit par bécoter un autre et tu ne ressentirais pas la moindre jalousie ? Quand, en plus, tu t’appelles Sirius Black et que tu reçois à peu près cinq propositions indécentes par jour ? Non, effectivement je ne pense pas que c’est ce que ça veut dire. »
Remus grogna devant tant de sarcasme et maugréa dans sa barbe imaginaire qu’il n’avait pas bécoté Thomas, mais que c’était le Poufsouffle qui s’était jeté sur lui. Lily fit comme si elle n’avait pas entendu et fixa son ami avec un peu trop d'insistance. Remus finit par lui demander pourquoi elle l’incendiait du regard et la jeune femme refit son regard de mère exaspérée par son enfant à qui on doit apprendre la vie.
« Je viens de t’expliquer un truc capital et tu ne réagis pas !
- Qu’est ce que tu veux que je fasse ?
- Tu l’aimes ?
- Quoi ?! Je… je…
- Remus John Lupin ! Est-ce que tu l’aimes ?
- Je ne sais pas…
- Est-ce que tu as ressenti la même chose quand Thomas t’a embrassé ?
- Bien sûr que non ! Je veux dire… C’est Sirius dont on parle, c’est pas… c’est pas pareil.
- Alors va lui parler !
- Quoi ?
- Va lui parler maintenant ! » hurla-t-elle en appuyant sur le dernier mot.
Remus se leva comme un ressort et disparut dans le château. Lily souffla et respira plus fortement, ce que les garçons étaient débiles quand même.
CINQ
Remus avait le ventre noué à la suite des révélations de Lily. Si ce qu’elle disait était vrai, il s’était plutôt mal comporté avec Sirius, même si celui-ci n’y avait pas mis du sien non plus. Il remonta rapidement au dortoir, bouscula James qui était exceptionnellement en train de faire ses devoirs, attrapa la carte du Maraudeur et chercha le point qui représentait son ami des yeux. Il le trouva rapidement sur le terrain de Quidditch, seul.
Sans prendre en compte le pauvre brun à lunettes qui essayait de communiquer avec lui, il attrapa sa cape et se dirigea vers l’arrière du château. Arrivé sur le terrain, il s’installa dans les gradins et regarda son ami voler. Sirius avait ensorcelé un ballon pour qu’il l’attaque comme un cognard et enchaînait les figures pour éviter de se faire fracasser le crâne par la balle énervée. Il finit par repérer Remus qui le regardait et descendit en piqué avant de faire un atterrissage périlleux et de ranger ses affaires. Le loup esquissa un sourire, même dans des situations tendues, Sirius était obligé de faire le pitre.
L’Animagus prit tout son temps pour rejoindre le loup, plus il s’approchait, plus Remus avait l’impression qu’il faisait exprès de ralentir. Quand, enfin, il parvint devant le loup se fut pour lui lancer un regard mauvais :
« Qu’est-ce que tu veux ? »
Remus leva les yeux au ciel, cette méchanceté de façade était presque grotesque maintenant qu’il savait. Il se redressa et fixa Sirius longuement. Il était légèrement plus grand que le brun, de quelques centimètres ce qui avait le don d’énerver ce dernier qui disait toujours que Remus les regardait de haut. Mais là, le loup n’avait qu’une envie, percer la carapace du Black pour que ce soit moins difficile de prendre une décision.
« Est-ce que tu es amoureux de moi ? » demanda-t-il las de tourner autour du pot.
Sirius sursauta et vira au rouge cramoisi en bégayant des paroles sans queue ni tête. Remus trouva ça mignon. Il se fustigea mentalement. La première pensée qu’il avait, c’est qu’il trouvait Sirius mignon ? Il soupira, évidemment qu’il ne penserait pas cela de quelqu’un d’autre, il songeait ça uniquement parce que c’était Sirius. Sirius et personne d’autre.
Il laissa le brun s’agiter encore quelques instants avant de finir par courir à son secours. Il l’attrapa par le col et posa ses lèvres sur les siennes. Sirius émit un son étranglé avant de fondre à son contact. Remus sentit ses bras s’accrocher à sa nuque et le corps du Gryffondor se presser contre le sien. Le baiser qui n’était qu’au départ que douceur se transforma vite en manque et il bascula en arrière quand Sirius s’approcha encore plus. Pourtant, ils ne se séparèrent pas. À moitié avachis sur les gradins de Quidditch, une marche s’enfonçant douloureusement dans son dos, Sirius installé sur une de ses cuisses, l’autre jambe pendante dans le vide, Remus n’avait jamais été aussi heureux. Et, ce n’est que quand ils entendirent un raclement de gorge venant de la droite, qu’ils cessèrent de s’embrasser.
Peter et James les regardaient amusés, la carte des Maraudeurs dans les mains. Remus rougit sous leurs regards scrutateurs, mais heureusement le brun à lunettes finit par dire :
« Tu avais raison Peter, les deux points étaient beaucoup trop proches pour que ce soit innocent ! »
Et Peter éclata de rire, vite suivi par James et Sirius qui ne pouvaient s’empêcher de réagir à l’hilarité générale. Remus sourit et se redressa tant bien que mal tandis que Sirius se remettait debout. Il attrapa la main de Patmol et entrelaça leurs doigts. Le geste n’échappa pas à James qui les taquina gentiment, content d’avoir retrouvé ses deux amis. Ils prirent tous les trois le chemin du château où Peter leur promettait une razzia aux cuisines pour fêter la fin de leur dispute. Et pendant que James enchaînait sur le nombre de tartes à la mélasse qu’il avait prévu de s’empiffrer, Remus amena la main de Sirius à ses lèvres et l’embrassa en murmurant un « désolé ». Sirius lui sourit et répondit la même chose en caressant la main de Remus.
C’est à ce moment-là que le loup remarqua le nouveau tatouage qui ornait le poignet de l’Animagus. Un serpent entourait la peau du brun en dessous de sa main. Quand il lança un regard interrogateur à ce sujet, Sirius haussa les épaules et lui fit un sourire énigmatique. Remus allait poser la question à voix haute, mais il fut coupé par James qui les houspillait d’aller plus vite car il avait faim. Sirius éclata de rire et se tourna vers Remus en murmurant « Je t’expliquerai plus tard » et le reste de la soirée avala ses interrogations car le bonheur de se retrouver de nouveau tous les quatre était trop fort.
+1
Plusieurs semaines s’étaient écoulées depuis que Sirius et Remus sortaient ensemble. Remus ne pensait pas que cela serait aussi simple de passer d’amis à petits-amis, mais en fait, les choses étaient sensiblement les mêmes. À quelques détails près…
Il grogna quand le coude de Sirius lui rentra dans l’estomac alors que l’Animagus se tournait sur le dos en maugréant. Les rayons du soleil filtraient doucement à travers les rideaux fermés de son lit, leur lit, et il caressa doucement les cheveux doux du jeune homme. Celui-ci laissa échapper un soupir de contentement et Remus sourit. Sirius était un gros nounours en manque de calins. Il laissa ses mains traîner dans les cheveux de son amant avant de descendre taquiner son nez et caresser ses lèvres. Sirius sourit paresseusement, les yeux papillonnant et il essaya de le mordre. Remus rit et continua de faire descendre ses mains sur les épaules, les côtes, sous le t-shirt du jeune Black. Alors qu’il allait se pencher pour faire disparaître le maudit t-shirt, un couinement de douleur échappa à Sirius. Haussant un sourcil, Remus le fixa interrogatif. Pour toutes réponses, l’Animagus lui fit un sourire canaille et remonta son haut pour découvrir son ventre et faire admirer à son amant son nouveau tatouage.
C’était une phrase écrite en écriture fine calligraphiée, mais assez grande pour barrer tout le torse de Sirius en diagonale, partant de sa hanche droite pour arriver sous le brin de muguet de sa clavicule gauche.
« Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises, murmura Remus en souriant.
- Il est beau hein ? Je l’ai fait hier !
- Il est très beau, mais tu as prévu de recouvrir tout ton corps ? »
Sirius lui fit un signe qui voulait dire ni oui ni non et lui attrapa la main pour que Remus puisse sentir la différence de texture de la peau tatouée. Soulignant les angles et les boucles de l’écriture, Remus eut soudain un flash. Regardant Sirius avec horreur, il attrapa son propre t-shirt et le passa par-dessus sa tête.
Là, sur son torse, il y avait aussi une différence de texture. Une cicatrice blanche lui barrait tout le poitrail, exactement au même endroit que le tatouage de Sirius, c’était un souvenir de sa dernière lune qui avait été très violente. Prenant soudain conscience que l’Animagus n’avait pas réagi, il croisa son regard mi-gêné, mi-fier et il comprit. Il regarda le brin de muguet sur la clavicule gauche de Sirius et la marque de morsure sur la sienne, il vit les constellations du chien et du loup sur la hanche droite du brun et les trois grosses griffures qui ornaient la sienne. Il n’avait pas besoin de se toucher le bras pour savoir qu’il ne remontait jamais sa manche gauche pour ne pas qu’on voit l’horrible cicatrice qui ornait l’arrière de son coude ou les traces de doigts monstrueux qui entouraient son poignet. Là où Sirius s’était fait tatoué la dague et le serpent. Et son omoplate droite, sa cicatrice la plus ancienne, la plus profonde, la plus laide. Là où son amant avait inscrit les Maraudeurs.
« Tu…» s’étrangla-t-il, ne trouvant pas les mots qui pouvaient exprimer tout ce qu’il ressentait.
Sirius lui sourit avec un regard tendre et lui attrapa la nuque pour le rapprocher. Il déposa doucement ses lèvres contre les siennes et prit Remus dans ses bras dans une étreinte beaucoup trop affectueuse pour le défoulement des pensées chaotiques du loup. Sirius était fou.
« Tu disais toujours que ce qui te perturbait le plus, c’était de ne pas avoir un corps intact. Alors, je me suis dit que ça pourrait aider.
- Tu es fou, répliqua le loup parce qu’il semblait important de le dire à voix haute.
- Haha. Je sais. »
Embrassant la tempe du loup, Sirius refit le chemin sur le corps de Remus, expliquant à demi-mots ses choix. Le premier pour la famille, sa nouvelle famille. Le deuxième pour enterrer son ancienne famille, définitivement. Le troisième pour lui porter chance avec Remus. Le quatrième parce que c’était une déclaration et le cinquième parce qu’il se sentait coupable de ses paroles et qu’il devait apprendre à tourner sa langue cinq fois dans sa bouche avant de parler.
« Et le dernier ? demanda Remus
- Pour nous », répondit Sirius en l’embrassant.
Remus ne s’était jamais senti aussi aimé.
FIN
Source : industrations sur Tumblr
