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Démonologie et le modèle triphasique du trauma : Une approche interrogative

Summary:

Dès que Aubrey Thyme, psychothérapeute, eut ouvert la porte de son cabinet et vu son nouveau client, Anthony J. Crowley, assis dans sa salle d’attente, elle l'observa et l’évalua. D’un coup d’œil, elle prit note des suivants :

• Ses vêtements étaient couteux et à la mode
• Il portait une très étrange mais reconnaissable eau de Cologne
• Sa relation avec son siège ne pouvait être que très lâchement considéré comme ’assise’
• Il avait l’air énervé
• Il portait des lunettes de soleil
Ce que Aubrey Thyme, une professionnelle, se dit en le voyant fût : « Tu vas être drôle, toi »

En passant je refuse de traduire Crowley en Rampa, alors là jamais.

/!\ PAS ABANDONNEE je suis juste en dépression et fuck la fac + en cours de beta par moi-même aka ré écriture des chapitre

Réécriture finit, 15/01 les chapitres vont arriver.

Notes:

Si vous avez besoin d'aide psychologique n'hésitez pas à appeler votre CMP (Centre Médico-Psychologique) le plus proche.
Bon oui c'est le site du gouvernement.

Voici des lignes d'aides au besoin.

Sinon en cas d'urgence suicide 24/24 7j/7 appelez le 3114.

Si l'attente pour un rendez vous est trop longue pour vous, les psychologues en libérale sont là.
Je rappelle que les prix ne sont pas fixes, si vous pouvez pas payer 70 euros la séances (franchement me too bro), vous pouvez demander à la/le psychologue s'iel peut baisser ses honoraires c'est vraiment pas taboo. (Perso je l'ai fait.)
Je sais y'en a qui vont aussi bas que 25 euros la séance.

Le dispositif Mon Parcours Psy a été mis en place pour remboursé les séances, c'est de la merde y'a peu de psy qui le font et pour de bonne raison (ils sont payé un merde) c'est de la merde autant pour eux que pour nous. Ils doivent dire ce qui se passe en séance au médecin traitant, pas ouf. Les lignes d'attentes sont pire que pour les CMP mais si vous voulez essayez.

Chapter 1: Évaluation initiale

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

« Le complexe d’Œdipe », c’est la première chose qu’il lui dit, «  votre opinion ?»

Aubrey Thyme était une professionnelle. Elle avait plus de dix ans d’expérience en thérapies individuelles et de groupe, avec un accent sur le soin des victimes de traumatismes. Elle avait été menacée par ses clients, ils lui avaient criée des obscénités à la figure, lui avait proposé du sexe et pire encore. Elle avait passé le processus d’hospitalisation avec ses patients, elle avait signalé les menaces de violences et d’automutilations possibles à la police et elle avait entendu des descriptions d’angoisse et de perte d’être aimé pire que la plupart ne pourrait imaginer. Aubrey Thyme était une professionnelle et elle était professionnellement formée et expérimentée avec des clients terribles, perturbants et qui pouvaient parfois être des défis.

Et pourtant, même avec plus de dix ans d'expérience, il y avait toujours des moments où une professionnelle comme Aubrey Thyme se retrouvait surprise. C’est le frisson du boulot, après tout, il y a toujours des surprises. Pour instance, une professionnelle comme Aubrey Thyme pourrait avoir un tout nouveau patient entrer dans son cabinet pour son tout premier rendez-vous, s'affaler sur le siège en face du sien et dire : « Le complexe d’Œdipe, votre opinion ?» de la façon dont ce patient, Anthony, l’avait fait. 

Une partie du travail de psychothérapeute est d’être observateur et d’avoir l'œil aiguisé. À partir du premier regard posé sur un patient ou potentiel patient, une professionnelle comme Aubrey Thyme faisait attention à chaque indice à propos de l’identité de son patient, sa personnalité, ses problèmes et chemins vers des solutions. C’est pourquoi quand ce patient, Anthony, s’affala sur sa chaise et dit, « Le complexe d’Œdipe, votre opinion ?» Elle ne fût pas bégayante. 

C’est ainsi donc que dès que Aubrey Thyme, psychothérapeute, eut ouvert la porte de son cabinet et vu son nouveau client, Anthony J. Crowley, assis dans sa salle d’attente, elle l'observa et l’évalua. D’un coup d’œil, elle prit note des suivants : 

  • Ses vêtements étaient couteux et à la mode
  • Il portait une très étrange mais reconnaissable eau de Cologne
  • Sa relation avec son siège ne pouvait être que très lâchement considéré comme ’assise’
  • Il avait l’air énervé 
  • Il portait des lunettes de soleil

 

Ce que Aubrey Thyme, une professionnelle, se dit en le voyant fût : « Tu vas être drôle, toi »

Elle l’avait invité dans son cabinet. Elle avait souri gentiment et il n’avait pas souri en retour. Il se leva, passant devant elle et ne dit rien, pas même un bonjour jusqu’à ce qu’il s’affale dans sa chaise et demanda d’elle son opinion sur les complexes d’Œdipe. 

Une psychothérapeute n’avait pas besoin d’avoir plus de dix ans d’expérience sur comment gérer les cas particulièrement compliqués de traumatismes sévères pour savoir comment répondre. Un thérapeute digne de ce nom devrait savoir comment répondre à ça. Donc Aubrey Thyme se posa dans son siège en face d’Anthony et dit, comme chaque thérapeute digne de ce nom le ferait, « Pourquoi me le demandez-vous ?

Il n’était clairement pas impressionné, mais cela ne la dérangeait pas. Il voulait la leurré dans un bras de fer ; il voulait la provoquer pour qu’elle essaye de lui prouver sa valeur. Il portait toujours ses lunettes de soleil.

– La dernière fois que j’ai essayé ça, dit-il, j’ai passé des heures allongé sur un canapé, et puis j’en ai eu plein les oreilles sur les complexes d'Œdipe. Je ferai pas ça une nouvelle fois.

Elle écouta. Elle hocha la tête. Ce qu’elle entendit fut ; J’ai peur. Déplais-moi et je pars. C'était son boulot de le convaincre de rester. 

– J’ai l’impression que vous avez vu un psychanalyste freudien assez traditionnel.

– Ben ouais, c’était Freud.

Ça n’avait pas de sens pour elle. Par la dilatation de ses narines et la position de sa bouche, il ne s’attendait pas à ce que cela fasse sens pour elle non plus. Il voulait la frustrer, elle en était certaine, parce que le fait qu’elle soit frustrée voudrait dire le laisser gagner le bras de fer qu’il voulait initier. Et donc, elle ne sera pas frustrée. 

–Je ne suis pas une psychologue freudienne. Je ne pense pas avoir déjà parlé d’Œdipe en séance. Elle sourit. Le fait qu’elle ait donné la bonne réponse ne voulait pas dire qu’il avait fini de la tester. Aubrey Thyme, professionnelle, comprit que Anthony était quelqu’un qui n’aurait pas fini de la tester avant un long moment. 

– J’aimerai commencer par en savoir un peu plus sur ce qui vous amène ici dit-elle.

– Ouais » dit-il sans continuer.

L’une des premières compétences que Aubrey Thyme, psychologue, développa fut la capacité à tolérer le silence. Cela peut être terrifiant et écrasant, rester assis dans une petite pièce dans un silence complet avec quelqu’un d’autre, surtout quand cet autre est un homme très énervé qui n’a toujours pas enlevé ses lunettes. Cela peut être troublant, et la plupart des gens ont cette pulsion de remplir chaque silence malaisant avec des bavardages. Mais, elle décida que ce n’était pas ce dont Anthony avait besoin maintenant. Ce dont Anthony avait besoin, pensa-t-elle, c’était l'expérience d’attendre aussi longtemps qu’il le faille pour qu’il dise ce qu’il avait à dire. 

Une autre des compétences professionnelles qu'Aubrey Thyme avait acquis était l'habileté de subrepticement garder un œil sur l’horloge, toujours. Et c’est comme ça qu’elle sut qu’Anthony resta silencieux pendant trente grandes secondes avant de continuer. 

« Quelque chose est arrivé il y a quelque temps. Je ne vais pas bien depuis, et je dois régler ça.

Jusque-là, en termes de récit du trauma, ce n’était pas le pire qu’elle eut entendu lors d’une première séance avec un patient. Avec un autre patient elle aurait répondu : « C’est difficile d’en parler n’est-ce pas ? » Ou peut-être, « Je suis vraiment touché que vous partagiez ça avec moi, merci. » Ou encore quelque chose d’autre. Mais en prenant en compte tout ce qu’elle avait appris sur Anthony jusqu'à maintenant, elle se décida sur : – Que s'est-il passé?

– Il y avait un feu. J’ai cru que mon ami était mort. 

–  Cela semble très douloureux.

– Ça l’était. 

– Votre ami n’est pas mort ? 

– Non, il secoua la tête, il va bien. 

– Et maintenant vous n’allez pas bien. 

– Nope. 

Arracheuse de dent se dit-elle. 

– Dites m’en plus à propos de ça, dit-elle. De quelle manière n’allez-vous pas bien ?»

Il se rassit, s’agita, jouant avec la manche de sa veste et leva les yeux au ciel d’une façon si exagéré qui avait dû être fait exprès pour qu’elle reconnaisse ce qu’il était en train de faire malgré les lunettes de soleil. Il a beaucoup de pratique dans cet art, se dit-elle. Ce mouvement lui permet de voir le tatouage sur le côté de son visage. Elle allait devoir réfléchir à ce tatouage, plus tard. 

« Je l’ai cherché sur Internet, dit-il. Il y a des flashbacks, j’ai des flashbacks du feu. 

Elle hocha la tête. C’était un des hochements professionnels. C’était le hochement qui disait, « Je vois totalement de quoi vous parler.»

– Autre chose ? 

– Nope. 

–  Des changement d’humeur ?

Elle s'arrêta pour laisser son esprit professionnel, entrainé, évaluer ses options. Antony était en train de la tester, et elle décida qu’elle allait le tester en retour. 

– Est-ce vrai ? Parce que vous avez vraiment l’air sur les bords. 

– Juste ma splendide personnalité, dit-il. 

– Beaucoup de gens, après un événement traumatique, se sentent en colère, sur les nerfs, à la limite. Vous êtes sûre que vous ne voyez pas de changement comme ceux-ci ?»

Elle le regarda penser. Il y avait beaucoup de choses auxquelles il devait penser ici. Elle savait que beaucoup de personnes, après avoir vécu un traumatisme, perdaient contact avec leurs émotions. Il pouvait être parmi ces gens ; il pourrait honnêtement avoir besoin de penser, d’avoir accès à ses émotions, de trouver les réponses à ses questions. Elle savait aussi qu’il était possible qu’il soit toujours en train de la tester, et qu’il voulait voir jusqu’où elle le pousserait avant d’abandonner. Ou, il pouvait être en train de décider s’il voulait continuer à mentir. Ceci, pensa-t-elle, était le scénario le plus probable. 

Anthony, commença-t-elle à comprendre, était un menteur. 

Aubrey Thyme aimait travailler avec les menteurs. Pas tous les thérapeutes étaient comme ça. Beaucoup voient les mensonges comme un poison pour la rencontre thérapeutique, mais pas Aubrey Thyme. Aubrey Thyme, dans toute son expérience, avait trouvé les menteurs assez intéressant pour en valoir la potentielle frustration. Les menteurs étaient marrants. 

« Mouais, ok.» dit-il en se repositionnant sur le dossier de son siège. Elle nota le changement de posture ; penché, créant une distance entre eux, tournant sa tête sur le côté. Il lui avait donné la plus maigre miette de vérité sur ses émotions et compensa en augmenta la distance physique. « On m’a dit que j’étais irritable.  Il fit un geste compliqué avec sa main. – C’est-à-dire, plus irritable que d’habitude.

– Votre splendide personnalité, dit-elle.

Il fit un sourire au coin. C’était bon signe. 

– Qui vous a dit que vous étiez plus irritable ces temps-ci ? 

– Mon ami, dit-il et il changea de position à nouveau. Elle commençait à avoir des fourmis dans le dos, par procuration. – On ne parlera pas de lui. 

– Est-ce le même ami dont vous aviez cru était mort ? 

Il ouvrit la bouche, puis resta là pour un moment. Manifestement, il savait qu’il avait été pris la main dans le sac, qu’il était bloqué. 

– Ouais. Oui, lui. 

– Dans ce cas, je pense qu’on va devoir parler de lui. Elle fait un geste avec ses mains, montrant ses options, comme si elle offrait une consolation. C’est tout ce que j’ai à vous offrir. Il fit un petit bruit quelque part entre le grognement et le gémissement. – Donc, dites m’en plus sur lui. Ce fut son tour de changer de position, croisant une jambe au-dessus de l’autre, elle haussa les épaules. 

– Son nom est Ezra. Il a une librairie. C’est la librairie qui a pris feu, c’est tout ce dont vous avez besoin de savoir. » 

Anthony aimait décider ce qu’Aubrey avait et n’avait pas besoin de savoir. Elle mit cette observation de côté pour plus tard ; elle allait devoir travailler elle aussi, développer son dossier sur lui quand leur temps ensemble sera arrivé à sa fin. 

« La librairie d’Ezra était en feu, résuma-t-elle. Vous pensiez qu’il était mort, dans le feu ? Et maintenant vous avez des flashbacks, et vous êtes irritable. 

– J’étais dans le feu, dit-il, et ce fut comme s’il n’était plus dans la pièce avec elle, comme s’il était loin, autre part, dans un endroit trop chaud et sans issues. D’après son aspect, Aubrey Thyme supposa que sa tension venait d’exploser, son rythme cardiaque était en escalade, et sa peau avait l’air moite. Il était si mince, elle pouvait voir chaque muscle de son visage et ses mains bouger pendant que l'entièreté de son corps se tendit. Elle l’observa alors qu’il arrêta de respirer. 

– Restez avec moi, dit-elle, et elle le dit à nouveau dans ce ton spécifique qu’elle utilisait dans les situations comme celle-ci. Parce que cette situation n’était pas inhabituelle, pas pour une professionnelle comme Aubrey Thyme qui était spécialisé dans les cas de traumatisme. –Anthony, êtes-vous avec moi ? Regardez-moi, je suis là avec vous.»

Ses lunettes de soleil faisaient qu’elle ne pouvait pas voir ses yeux, ni où ils regardaient, mais elle devina qu’elle avait maintenant son attention. Elle fit attention à prendre de profondes inspirations et elle fût satisfaite de le voir suivre son rythme. 

Elle attendit. Elle respira. Elle observa Anthony alors qu’il retournait dans le présent, dans la pièce. En y repensant, il ne lui avait pas pris tant de temps que ça. 

« J’ai plus de questions pour vous, dit-elle. Elle fit attention à ce que sa voix reste calme et douce. Elle savait comment utiliser sa voix pour moduler les émotions des autres. Mais je pense qu’il vaut mieux les mettre de côté pour l’instant. Elle attendait une réponse mais il ne lui en donna pas, donc elle continua. À la place, je vous propose de vous apprendre quelque chose qui pourrait vous aider quand ce genre de chose arrive. 

– Ah ouais ? demanda-t-il, d’une façon particulière, une façon qui brisa presque le cœur de Aubrey Thyme en deux. Elle en avait l'habitude de sentir son cœur se brisé quand un patient avait l’apparence et la voix qu’Anthony avait actuellement, surtout si c’était un menteur. C’est ce qu’elle a toujours ressenti quand elle voyait le voile de quelqu’un d’en colère et irritable se lever pour révéler l’enfant seul et apeuré qui se cachait derrière. Anthony était comme ça. Il lui offrait un noyau d’espoir brut. 

Elle voulait le mériter. 

– Ça s’appelle la méthode cinq-quatre-trois-deux-un. C’est une technique pour revenir sur terre. Vous en avez déjà entendu parler ? 

Il secoua la tête. 

– Okay. Elle sourit. Je vais vous expliquer. »

Ils se mirent au travail. 

Quand l’heure fut terminée, Anthony était un peu plus calme. Une fois qu’il fut sorti elle ferma la porte et se laissa ressentir toutes les émotions refoulées qu’elle lui avait cachait. Elle inspira, de longues profondes inspirations et ferma les yeux. Elle avait passé une heure à boire la colère d’Anthony et la douleur et la confusion et la méfiance palpable. Et elle avait dix minutes pour tout sortir de son système avant que le patient suivant n’arrive. 

La probabilité qu’Anthony revienne était 50/50. 

 

***

 

Avec un certain niveau d’abstraction, il y a trois phases à la thérapie du trauma. C’est, du moins, ce que le modèle triphasique de la thérapie du trauma dit. Aubrey Thyme trouvait ce modèle le plus utile. 

La première phase est consacrée à la sécurité. Une alliance thérapeutique doit être formée. Dans cette phase, le patient gagne en confiance en lui-même et le thérapeute. Le focus est porté dans l’apprentissage de nouvelles compétences : technique de mise à terre, technique de respiration, technique de méditation etc., cela aide avec les symptômes d’une perturbation liée au traumatisme. Le but est de donner au patient les outils pour faire face aux difficultés et douleurs à venir dans les phases suivantes, quand le focus sera passé sur la confrontation et surmonter les souvenirs traumatiques eux-mêmes. 

Différents patients, évidemment, veulent dire différents besoins de sécurité. Cette première phase peut prendre plus ou moins de temps en fonction du patient. Après une première séance avec un patient, Aubrey Thyme habituellement a une bonne idée sur la durée que cela va prendre avant de passer à la phase deux, mais elle n’était jamais sûre. Il y avait toujours des surprises, des retours en arrière, et des développements imprévisibles. 

Elle n’était pas sûre, après juste une rencontre avec Anthony, du temps que ça allait prendre. Mais elle avait une assez forte suspicion : ils seront prêts à quitter la phase de sûreté seulement quand ces foutus de lunettes de soleils seront enlevées. 

***

« Je commence à penser que vous êtes nul à votre job », dit Anthony peu après s’être proprement affalé sur sa chaise de bureau. 

Ils s’étaient vus plusieurs fois maintenant, à chaque fois elle était surprise de le voir revenir, surtout après avoir vérifié son adresse. (Google Maps lui disant que Londres était à 9 heures de vol de son cabinet à Rochester, New York. « Un assez long trajet » avait-elle dit, et il avait hocher la tête. « Surtout pour quelqu’un à la retraite. », avait-elle ajouté, il n’avait pas répondu. C’était un menteur. Mais il payait en cash et son numéro de téléphone marchait, donc elle ne s’en souciait pas.). À chaque fois, il commençait la séance avec un clair établissement de règle : je peux partir à tout moment, je n’ai pas besoin de vous, prouvez que vous m'êtes utile. 

C’était ok. Aubrey Thyme, après tout, était une professionnelle. Ce n’était pas la première fois qu’un patient avait questionné ses compétences. Ce n’était même pas la centième fois. La bonne chose avec l’expérience est que ça vous aide à prendre les choses à bras le corps. 

« Ah, et pourquoi ça ? demanda-t-elle. 

Il tendit sa main, index pointé en l’air. Il tapa ce doit sur les branches de ses lunettes. 

Hoho ! pensa-t-elle mais ne le laissa pas voir. 

– Vous voulez expliquer ce que vous voulez dire ? demanda-t-elle. 

– ‘avez l’habitude que les gens viennent avec des lunettes de soleil pour l’entièreté de la séance ? 

Est-ce que vous avez besoin d’être si putain belligérant sur tout? pensa-t-elle. 

– Non, pas du tout, dit-elle. 

- N'est-ce pas le genre de chose que les gens de votre profession sont, vous savez, censé commenter ? 

Elle fit un sourire au coin, et elle savait l’effet que ça avait sur lui. Il la voulait déstabiliser, il voulait le pouvoir dans cette rencontre pour se sentir en sécurité grâce à la distance qu’il allait créée. Elle sourit au coin et en faisant cela, elle le volait de cette distance. 

– Ah oui ? Vous pensez ? 

Il haussa les épaules. 

Elle l’avait volé de la sécurité que lui procurait le fait qu’il l’avait déstabilisé parce qu’elle voulait la remplacer à la place avec un autre type de sécurité. La sécurité venant d’une conversation honnête. 

– Vous avez raison, reconnut-t-elle. C’est vraiment le genre de chose que les personnes dans ma profession ont l’habitude de commenter. 

Il haussa les épaules à nouveau. 

– Et, je vais vous le dire Anthony, c’est vraiment quelque chose à laquelle j’ai beaucoup pensé. Elle attendit mais il ne régit pas, donc elle continua. J’ai pensé à vous en parler. Vous voulez savoir pourquoi je ne l’ai pas fait ? 

Il était trop désarrimé pour prendre en compte sa curiosité. 

– C’est parce que … et elle laissa ses mots pendre dans l’air instant, peut-être parce qu’elle pouvait être un peu cruelle avec les menteurs antagonistes comme Anthony, du moins quand elle savait que ça ne lui reviendrait pas trop dure au visage. Je me disais que lorsque vous seriez prêt à en parler, vous en parlerez. 

Elle le laissa assis là, à penser à ce qu’elle venait de dire, laissant son sourire au coin devenir un sourire satisfait. 

– Je ne veux pas en parler, murmura-t-il dans sa barbe. 

– Nous n’avons pas besoin d’en parler. 

– J’ai une condition aux yeux. 

– Ah, je ne savais pas. Elle hocha la tête, et laissa son esprit théoriser sur cette nouvelle information. Merci de me l’avoir dit. 

Il détestait être remercié, et il le haïssait maintenant. Elle continuait à sourire. 

– Je ne veux pas en parler, répéta-t-il. 

– Comme vous l’avez-dit, acquiesça-t-elle. Vous savez quoi d’autre à propos des gens dans ma profession ? Lorsqu’on entend quelqu’un dire qu’ils ne veulent pas parler de quelque chose ? Surtout s’ils le disent plus d’une fois, on a tendance à faire attention à ça. 

Elle le vit froncer derrière les verres teintés. 

– On a tendance à penser à ce que ça veut dire, ils veulent en réalité vraiment en parler. 

– Pas moi. 

– Comme vous l’avez dit. Elle sourit. – Trois fois maintenant. 

Il était fatigué de son petit jeu. Il grogna et bougea dans son siège, d’une certaine manière se rapprochant encore plus de se moquer du concept ‘d’assis’, plus qu’aucun humain n’en avait le droit. Elle pousserait sa chance à continuer plus longtemps. 

– Vous ne voulez pas en parler, nous n’en parlons pas. Vous voulez les garder sur le nez, vous les garder sur le nez. Mais si vous voulez en effet, en parler, et bien nous en parleront. 

Œil sur l'horloge : quarante-cinq secondes avant qu’il ne parle à nouveau. 

– Personne ne m’appelle Anthony, dit-il. Elle s'améliorait pour ce qui était de lire son visage malgré les lunettes, et elle pouvait dire qu’il ne la regardait pas.  

– Pardon, quoi ? 

– Crowley. J’utilise Crowley. Maintenant il la regardait, ses lèvres tressèrent. 

– Je m’en souviendrai. Pour la plupart de ses patients, le prénom était porteur de plus d’intimité que les noms de famille. Mais Aubrey Thyme pouvait dire que ce n’était pas le cas pour Anthony – pour Crowley. C’était un cadeau, une branche d’olivier en quelque sorte, qu’il lui avait offerte. Merci de me l’avoir dit Crowley. »

Il haïssait être remercié, il pouvait le tolérer mais il le haïssait. C’est pourquoi elle continuait à le faire.

 

***

 

Elle prit note de toutes les fois où il mentionna les lunettes. Elle recherchait des liens, des événements suscités qui aurait pu l'amener à parler des lunettes. Parfois, comme maintenant, il parlait d’elle de sorte à changer de sujet. 

« Si je les enlevais, vous ne me verriez plus de la même façon, dit-il, comme si le référant ‘les’ avait déjà été établie, comme s’ils étaient dans la conversation des lunettes. Mais ils ne l'étaient pas. Elle, au lieu, avait demandé pourquoi il n’aimait pas pratiquer les exercices de respiration chez lui. Ça l’ennuyait, mais elle ne revenait pas sur ces mots ; quand il voudrait parler des lunettes, ils parleront des lunettes. 

– Comment pensez-vous que je vous vois ? 

– Vous ne… Souvent Crowley commençait à parler avant de savoir comment finir ce qu’il voulait dire. Son esprit était rapide après tout, et il ne lui faisait toujours pas confiance. Vous ne me verriez plus en tant qu’humain. 

– Wow, dit-elle, se laissant montrer le poids que ces mots ont pour elle. Elle le regarda s'agiter, il cachait quelque chose, ce qui semblait étrange. La plupart des gens, quand ils admettent que quelque chose les rendrait moins humains, se sentent exposés. Pourtant d’une manière ou d’une autre, ce n’était pas son cas. – Qu’est-ce que ça veut dire pour vous ? Être humain.

Quelque chose de très compliqué passant sur son visage, comme un sourire, et une grimace, et un ricanement. Elle pensera à ça plus tard. 

– ça veut dire être libre, dit-il. 

– Si vous enlevez vos lunettes, résume-t-elle, alors vous ne seriez plus libre. 

– Je ne m’exerce pas chez moi parce que Ezra ne sait pas que je viens ici. 

Elle pourrait se prendre un coup de fouet à essayer de suivre les tentatives de Crowley à la déviation. 

– Okay, Okay, dit-elle. Elle mit ses mains en avant. Je pense vraiment que nous devrions parler de ces deux choses. Mais on ne peut pas en parler en même temps. Lunettes, ou Ezra. Avec lequel voulez-vous commencer. 

– Aucun. Parce que Crowley était, si rien d’autre, mesquin. Peu importe, je m’en fiche. 

– Donc, choisissez. 

– Bon, les lunettes dit-il comme si c’était une faveur qu’il lui avait accordée, un grand sacrifice de sa part à l’avantage d’Aubrey Thyme. 

– Okay. Elle hocha la tête et se donna un moment pour travailler sur sa stratégie, se repositionnant sur sa chaise elle dit ; Laissez-moi vous demander ceci, supposons que vous les enleviez ici, maintenant. Quelle est la pire chose que vous pensez puisse arriver ? 

– Vous vous transformerez en un pilier de sel. 

Il faisait ça des fois. Il faisait des blagues stupides, et elles étaient habituellement jonché d’allusions biblique. Ça aussi, c’était quelque chose qu’elle gardait de côté. Elle ne comprenait pas pourquoi il les faisait, mais elle savait qu’il ne s’attendait pas à ce qu’elle comprenne. Il semblait que c’était sa façon à lui, privé, de se jouer d’elle. Elle attendit. 

– Vous crierez, vous enfuirez par la porte et refuserez de me revoir, murmura-t-il.  

Elle hocha la tête. 

– Donc c’est pire absolu. À votre avis, quelle est la probabilité que cela arrive ? Sur une échelle de un à dix où un signifie absolument improbable et dix une certitude absolue. 

– Hum, quatre. 

– Donc cela pourrait arriver, mais ce n’est pas très probable. 

– Non. 

– Quel serait, selon vous, le résultat le plus probable. 

– Vous crierez probablement un peu, mais vous essayerez de le cacher. Il s’arrêta, suçotant sa lèvre. Vous me remercierez d’avoir été si courageux et fort. 

Elle avait fait ça il y a de cela quelques séances. Il la moquait. Tout de même, elle pensait qu’il était important qu’il se soit souvenu et que ces mots l'aient assez affecté pour qu’il en parle à nouveau. 

– Okay, dit-elle, ne mordant pas à l'hameçon. Et quelle est la possibilité de ça ? 

– Probablement autour de sept. 

– Quelle est l’absolue meilleure chose qui pourrait arriver ? 

Il ne s’était pas attendu à ça. Il se rassis un peu dans sa chaise, ce qu’elle pensa intéressant. 

– Je suppose, je suppose rien. 

– Rien. Vous enlevez vos lunettes et je vois vos yeux et absolument rien de se passe. 

– Rien ne change. Elle sourit.

– Oui, en effet. Parce que rien à propos de vos yeux ne peut changer qui vous êtes. Il réfléchit et ne dit rien. 

– Quelle est la possibilité de cela ? 

Il lui jeta un regard et puis dit ; – On est déjà au-dessus du dix. Le pire est un quatre, le cas le plus probable est un sept. On joue avec des probabilités impossibles. 

– Faîtes-moi plaisir, quelle possibilité ? 

– Deux. »

Aubrey Thyme était professionnelle. Elle avait un intérêt professionnel en ce qu’était la condition aux yeux que son patient, Anthony Crowley, pouvait avoir. Elle avait un intérêt professionnel à comprendre pourquoi il avait si peur de montrer ses yeux à quelqu’un d’autre, et pourquoi il pensait que la vue de son visage à découvert serait si terrifiante que l’entièreté de leur relation changerait. Mais Aubrey Thyme n’était pas juste une professionnelle, elle était aussi humaine. Et en tant qu’humaine elle avait un profond intérêt prurigineux sur ce qui pouvait bien se foutre derrière ces verres teintées. 

Ils n’eurent pas le temps de parler d’Ezra lors de cette séance. C'était dommage mais le temps était écoulé. 

 

***

 

Aubrey Thyme aimait penser que la pensée humaine était comme une toile d'araignée. Ce n’était pas particulièrement créatif de sa part, c’est une métaphore commune, mais c’en ai une utile. Chaque brin de la toile était une croyance. Les brins périphériques étant des croyances simples, facilement ébranlées avec une contre-preuve insignifiante. Le centre de la toile étant les croyances fondamentales, cependant, celles-ci formaient le gros de l’identité d’une personne. Arrachez un de ces brin fondamentale et l’entièreté de la personne change. Aubrey Thyme passait la plupart de son travail à essayer de localiser ces brins fondamentaux dans la toile des autres pour qu’elle puisse ensuite les arracher. 

Elle n’était pas assez stupide pour penser qu’elle puisse un jour comprendre l’entièreté de la toile d’une personne. Tout le monde cache quelque chose. La psychologie est juste putain de compliqué, et il y aura toujours une question non-répondu à propos d’un patient, peu importe la durée du travail. C’était quelque chose dont Aubrey Thyme était habituée : équilibrer une intense curiosité avec une réaliste jauge des limitations humaines. 

Son travail avec Crowley l’avait laissé avec quelques idées de la toile occupant son esprit. Elle avait entrevu ici et là, à quelques sortes de brin fondamentaux de croyance. Mais il y avait aussi, toujours, quelques très sérieuses questions qu’elle avait sur lui, des trous dans ses connaissances de lui qu’elle savait interférer avec leur travail. Elle avait eu ces questions depuis qu’il eut rempli le formulaire démographique le jour de leur rencontre. 

En pronoms, il sélectionna ‘il/lui’, pour genre par contre, il écrivit, « Non », pour sexualité il n’écrivit rien et pour affiliation religieuse, il écrivit « Oui, pourquoi pas. » 

La dernière la surprit le plus. Il avait l’air de quelqu’un qui se serait énervé à l’idée même de religion. Il avait l’apparence d’un homme (?) qui avait touché au Satanisme avant qu’il ne parte, quelqu’un qui avait abandonné quand il avait réalisé que l'athéisme rentrait plus dans son armoire. 

Les autres informations démographiques ne la choquèrent pas tellement. Crowley était après tout un homme (?) d’un certain âge, et elle était habituée aux hommes d’un certain âge avec certaines persuasions, se sentant à l’aise à décrire certains aspects de leurs identités. Mais elle avait toujours besoin de lui demander. C’était une conversation qu’ils avaient besoin d’avoir. 

Ils avaient besoin de cette conversation parce qu’elle commençait à entrevoir ce qui était au centre même de la toile à l'intérieur de la tête de Crowley. Elle voyant, encore et encore, à quel point les fondations de l’esprit de Crowley étaient enracinées, comment chaque aspect de cet homme (?) se tournait autour de ce noyau. Pour la plupart des gens, ce noyau est composé de croyances à propos d’eux-mêmes. Pour Crowley en revanche, c’était à propos de quelqu’un d’autre. 

Ezra. Elle avait besoin de parler plus de cet Ezra. 

L’opportunité se présenta lors d’une séance de la manière dont tant d'autres se présentèrent avec Crowley : il était grossier. 

Ils étaient en plein milieu d’une séance, quand son téléphone sonna. Cela arrivait de temps en temps avec des patients. La plupart oubliaient de mettre leurs téléphones en silencieux. Elle était habituée aux clients lui donnant un sourire penaud, s'embrouillant pendant qu’ils essayaient de sortir leurs téléphones et de l’éteindre. Parfois, le patient soufflait une excuse, lui disant pendant qu’il sonnait qu’il devait répondre, et puis répondait au téléphone. Mais pas Crowley, oh non. Dès que le téléphone sonna, il avait toute son attention, bien plus qu’elle n’en avait jamais eu. Il était sans complexe, indifférent, ne donnant aucune excuse ou explication. Il repêcha son téléphone, se leva et lui tourna le dos puis répondit. 

« Il y a un problème ? dit-il en répondant. Elle pouvait à peine entendre la voix à l’autre bout du fil, mais elle ne pouvait seulement que comprendre la partie de Crowley dans la conversation. Elle crut entendre un autre accent britannique allant de pair avec le sien. – Oh. Oh. Non, ouais, ça me va. Sept heures. Ça m’a l’air bien. Uh-huh. Hm. Uh-huh. 

C’était la partie de l’appel où la plupart des gens disaient, je suis au milieu de quelque chose, je te rappelle. Mais pas Crowley. 

– Tu peux pas juste, tu sais ? Ah, je vois. Oui, d’accord. Je peux récupérer celui-là sur le chemin. C’est bon. Ouais. 

Elle se serait sentie coupable d’écouter mais il ne l’était pas après tout dans son cabinet. Elle se racla la gorge. 

– Écoute, dit-il enfin en lui lâchant un regard. Je dois y aller. Nan, tout va bien. Je serai à la maison dans une demi-heure. Okay. Okay. Oui, ta-taa. 

Crowley n’était pas du genre à dire ta-ta, à moins de se moquer de quelqu’un. Il avait l’air de se moquer de quelqu’un mais il n’y avait aucune méchanceté dedans. Il raccrocha et se rassit. 

Il l’avait l’air d’un homme (?) qui savait qu’il ne sortira pas de ça vivant. 

– Ezra, dit-il. 

– Il ne sait toujours pas que vous venez ici ? 

– Non. 

– Est-ce qu’on peut parler de ça ? 

– Non. C’était un menteur. – Je ne veux pas qu’il s’inquiète. 

– Il s’inquiète pour vous. 

– C’est sa spécialité. 

– Vous vous inquiétez pour lui ?

– Eh, grogna-t-il, n’acceptant pas sa formulation. Je veille sur lui. 

– Il compte pour vous ?

Il hocha la tête. 

– Vous l’aimez ? 

C’était risqué. Aubrey Thyme, professionnelle qu’elle était, savait que parfois il fallait savoir prendre des risques. Elle observa attentivement alors que Crowley devint très calme, bien plus calme qu’il ne l’a jamais été auparavant. 

– On n’utilise pas ce mot. dit-il après une pause de quinze secondes.

– Il y a-t-il un meilleur mot ? 

Trente-trois secondes, puis il secoua la tête. 

– Vous l’aimiez, avant le feu ? 

– Depuis le début, dit-il. C’était le genre de situation où elle attendait normalement de se cacher derrière un sarcasme et une private joke mais il ne le fit pas. Il était sincère. Crowley, détermina-t-elle, ne faisait pas de blague sur sa relation. 

– C’est touchant, dit-elle, et elle sourit. Vous vous êtes trouvé tous les deux et on dirait que vous avez quelque chose de spécial ensemble. 

– Vous êtes une andouille » dit-il mais il n’y avait aucune rancœur dans ces mots. En réalité, il souriait carrément. 

Le moyen de connaître la vérité derrière les lunettes de Crowley se dit-elle, c’était à travers Ezra. 

Notes:

En regardant Good Omens pour la première fois en français, je vois que Crowley est en fait appelé Rampa. Je refuse, voilà c'est dégeulasse. Rampa en plus ça reste un verbe alors que Crowley non. Voilà, j'aime pas sinon le reste des traductions des noms sont cools. Mais pas celle là. Je refuse. Non. Je vais pas traduire les noms non plus parce que bof en fait.

J'ai passé genre 7h non-stop sur la trad du premier chapitre, je viens de finir. Donc si y'a un problème blâmer la fatiguer et pas mon horrible français, je suis en effet une grosse merde c'est vraiment pas possible. (J'ai aucune excuse je suis né à Paris.)

Allez bye

EDIT: 15/01/2025 Première réécriture FAITE, ça devrait allé vite surtout si je fais ça pendant mes cours de traduction (que je suis obligé de prendre pour ce dernier semestre malgré le traumatisme (no joke) qu'était mon cours de Version en L2). Je vous annonce que vraiment, heureusement que je l'ai éditer.