Actions

Work Header

at heart

Summary:

- Et si je voulais être une femme ?

Oden ouvrit la bouche pour parler, mais Kiku ne lui laissa pas le temps de commencer.

- Et si je voulais porter du maquillage pour que mon visage ait un air plus délicat ? Et si je voulais me mettre des fleurs dans les cheveux et porter des yukata colorés ? Et si je voulais que mon nom résonne dans tout le pays pour que quand on entende parler des Neuf Fourreaux Rouges d'Oden-sama on reconnaisse aussi Kikunoji, la belle samurai ? Est-ce mal d'être femme dans son cœur ?

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Work Text:

Kiku marchait lentement, l'herbe sous ses sandales s’aplatissant à chaque pas. Ses mains étaient moites et elle les essuya sur son yukata. Dans son estomac, une nuée de papillons la démangeait et elle avait peur de vomir tellement elle était anxieuse, mais elle avait pris sa décision et elle n'allait pas baisser les bras.

Un vrai samurai affrontait toujours ses peurs. C'était une chose qu'elle croyait dur comme fer. Peu importait à quel point les combats étaient difficiles ou à quel point leurs ennemis pouvaient être féroces, elle trouvait toujours en elle le courage de se battre. Elle savait qu'elle était encore jeune, elle n'avait que douze ans, mais si elle voulait devenir un véritable samurai, elle devait conquérir ses peurs.

Celle-ci n'était pas une exception.

Après ce qui lui sembla être une éternité, Kiku arriva enfin à destination, chez Oden-sama. Oden lui-même était assis tranquillement à l'extérieur, dégustant son plat préféré : un oden.

- Bonjour, Oden-sama.

Oden la regarda du coin de l'oeil et même s'il fut surpris de la voir, il sourit.

- Kikunojo ! Qu'est-ce qui t'amène ?

Kiku prit une longue inspiration pour se calmer avant de sourire.

- Je voulais juste m'asseoir avec vous, si cela ne vous dérange pas...

Il haussa un sourcil curieux et acquiesça. Kiku se dépêcha de s'asseoir à côté de lui, même si elle pouvait sentir qu'il était méfiant. Ses amis le respectaient trop pour le déranger sans raison, mais Kiku était reconnaissante qu'il ne lui pose pas de question, continuant simplement de manger. Elle tritura le bout de ses manches, cherchant la meilleure façon de partager ce qu'elle ressentait.

- Oden-sama, finit-elle par dire, d'une voix hésitante. Puis-je vous poser une question ?

Il ne répondit pas et se contenta d'acquiescer.

- Aujourd'hui, au marché, des garçons m'ont embêtée...

Oden arrêta de manger et se tourna pour la regarder.

- Ils ont dit que les hommes ne devraient pas se maquiller et que je ressemblais à une fille...

Oden ne répondit pas immédiatement et prit le temps de mâcher ce qu'il avait dans la bouche. Kiku attendit patiemment, même si son cœur battait si fort qu'elle avait peur qu'il s'échappe de sa poitrine.

- Est-ce que toi tu penses que les hommes ne devraient pas se maquiller ?

Kiku secoua vivement la tête.

- Non ! Ce n'est pas...

- Izou se maquille et Kanjuro aussi... C'est mal ?

Il posa un doigt sur son menton, pensif.

- Oden-sama, ce n'est pas ce que je voulais dire, hésita Kiku, ne sachant toujours pas comment aborder le sujet.

- Tu n'as jamais été timide, s'ils t'embêtent pourquoi tu ne te défends pas ?

Oden posa son plateau sur le côté et se leva.

- A quoi ils ressemblaient ? Je vais aller les voir.

Kiku se leva d'un bond et attrapa son bras.

- Non, Oden-sama... Ce n'est pas ça. N'y allez pas, s'il vous plaît.

Oden sembla remarquer à quel point elle était désespérée car il s'arrêta. Kiku lui relâcha le bras et retourna s'asseoir. Même s'il semblait surpris de son attitude, il s'assit à côté d'elle et il continua de s'expliquer.

- C'est juste de la peinture pour le visage, non ? Peu importe si c'est un homme ou une femme qui en porte. Porter du maquillage ne te rend pas plus femme et tu n'es pas moins homme parce que tu en mets.

- Mais et si je...

Kiku referma la bouche et détourna le regard.

C'était ce qu'elle était venue dire et pourtant elle n'y arrivait pas. Et si Oden était déçu ? Et s'il la mettait dehors ? Ou pire, et s'il était dégoûté ?

Non ! Kiku secoua la tête pour se débarrasser de ces pensées parasites. Oden était l'homme le plus gentil qu'elle ait rencontré. Il était celui qui les avait recueillis et il leur avait donné un but. Il était le futur Shogun de Wa et il apporterait prospérité au pays. S'il y avait une personne à qui elle pouvait faire confiance pour parler de ce qu'elle ressentait, c'était bien lui.

Avant qu'elle ne perde son courage, elle inspira profondément.

- Et si je voulais être une femme ?

Oden ouvrit la bouche pour parler, mais Kiku ne lui laissa pas le temps de commencer.

- Et si je voulais porter du maquillage pour que mon visage ait un air plus délicat ? Et si je voulais me mettre des fleurs dans les cheveux et porter des yukata colorés ? Et si je voulais que mon nom résonne dans tout le pays pour que quand on entende parler des Neuf Fourreaux Rouges d'Oden-sama on reconnaisse aussi Kikunoji, la belle samurai ? Est-ce mal d'être femme dans son cœur ?

Elle avait tout dit. Tous ses désirs étaient exposés et attendaient d'être jugés par Oden. Elle ferma les yeux et attendit son verdict. Elle n'osait pas regarder l'homme devant elle. S'il était dégoûté par ses aveux, elle ne voulait pas le voir.

- O-Kiku.

Quoi ?

Kiku ouvrit les yeux pour voir Oden qui la regardait avec un sourire doux.

- Et donc, qu'est-ce qui t'inquiète ?

Il prit le plateau pour le poser de nouveau sur ses jambes.

- Si ton cœur est celui d'une femme, alors tu es déjà une femme. Le plus important est d'être heureux et libre. Ta vie t'appartient. Personne ne peut te dire comme vivre, ni un étranger au marché, ni moi. Vis la vie qui te rends heureuse.

Lorsqu'il eut fini de parler, les yeux de Kiku se remplirent de larmes. Elle acquiesça et soudainement toute la pression dans son cœur s'évapora pour être remplacée par une chaleur apaisante.

Oden détourna le regard et continua de manger. Kiku en était reconnaissante et elle essuya ses larmes.

- C'est ça qui te dérangeait depuis tout ce temps ?

Kiku sursauta et se tourna pour voir son frère dans l'embrasure de la porte et la regardant avec ce qui ne pouvait être décrit que comme une immense surprise.

- Pardonnez-moi, Oden-sama, de vous avoir écoutés. J'étais inquiet pour Kiku...

Il semblait honteux de révéler sa présence et Kiku craignait sa réaction. Elle voulait d'abord parler à Oden et s'il l'acceptait, elle en aurait discuté avec son frère, mais elle ne s'attendait pas à ce qu'il le découvre ainsi.

Submergée par ses émotions, elle éclata en sanglots, cachant son visage dans ses mains. Avant qu'elle ne puisse parler, une paire de bras vint l'enlacer.

- Ça va, c'est rien.

- Je suis désolée ! pleura-t-elle en s'accrochant à lui de toutes ses forces, craignant qu'il ne la repousse.

- Ne t'excuse pas.

Il caressa doucement son dos pour la calmer alors qu'elle pleurait contre son épaule.

- Je suis désolé que tu aies senti que tu ne pouvais pas m'en parler, mais sache que je serai toujours là pour toi.

Izou la relâcha pour la regarder dans les yeux.

- Et puis, je dois protéger ma petite sœur.

Kisa s'arrêta un instant, incapable d'entendre autre chose que son cœur battant la chamade. Izou lui souriait tendrement et il leva une main pour essuyer ses larmes. Elle soupira de soulagement et s'appuya contre sa main.

- Merci...

Avant qu'elle ne puisse continuer, Oden finit son repas, jeta son plateau sur le côté et se leva.

- Allons-y.

Il s'étira avant de mettre ses mains autour de sa bouche pour que sa voix porte plus loin.

- Hé, Denjiro ! Il nous faut de l'argent pour acheter de nouveaux vêtements à O-Kiku !

Denjiro débarqua en une vitesse record.

- Jamais de la vie, Oden-sama ! Nous n'avons presque plus rien. Il n'a pas besoin de nouveaux vêtements, quel est le problème avec ceux qu'il a ?

Kiku eut un pincement au cœur en entendant les mots de Denjiro et même si elle ne lui en voulait pas parce qu'il ne savait pas, elle était tout de même blessée.

Oden leva les yeux au ciel en passant à côté de Denjiro pour aller chercher l'argent lui-même. Kiku et Izou ne purent que regarder, ébahis, Denjiro tenter de l'arrêter, en vain.

Revenant avec un sac, Oden commença à se diriger vers le marché.

- Il faut qu'on lui trouve des vêtements dignes d'une dame.

Denjiro semblait plus perdu que jamais, mais il ne s'opposa pas plus et les suivit.

Kiku essuya ses larmes. Elle avait l'impression qu'elle ne pourrait jamais arrêter de pleurer. Elle était trop heureuse. Elle sentit soudainement une main sur son dos et elle regarda son frère lui sourire. Elle prit une longue inspiration et suivit Oden.

Elle passa le reste de la journée à essayer de magnifiques yukata dont elle n'avait osé que rêver de porter jusqu'à aujourd'hui. Elle n'en revenait toujours pas de voir Oden lui en acheter plusieurs. Denjiro, comprenant désormais la situation, lui acheta du maquillage et pendant un instant elle eut l'impression qu'elle allait exploser de bonheur.

Son frère lui offrit un ruban rouge pour garder ses cheveux hors de son visage quand elle se battait et Kiku jura de le porter jusqu'à sa mort.

Quand ils rentrèrent au crépuscule, le reste des Neuf Fourreaux Rouges les accueillit et Kiku remarqua leurs expressions surprises en voyant son nouvel accoutrement.

Cette fois-ci, se sentant légère et confiante avec Oden et son frère à ses côtés, elle proclama d'une voix forte sa vérité. Sans aucune hésitation, tous sourirent et l'acceptèrent comme si c'était aussi simple que de respirer.

Et pour la première fois de sa vie, Kiku se rendit compte qu'en effet, il n'y avait rien de plus simple.

Notes:

N'hésitez pas à laisser un Kudos ou un commentaire ♥

(mais s'il vous plaît, pas de spoilers dans les commentaire, merci <3)