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something's coming, so out of breath

Summary:

Il y a une violence intrinsèque aux paroles des chansons de Yellowjackets.

ou

yellowjackets band au

Notes:

titre de "choreomania" par florence + the machine

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Cet été, les Yellowjackets savourent un succès bien mérité.

J.Roberts, 15 septembre 1997

 

Les membres de Yellowjackets ne s’entendent pas très bien. C’est un fait que chacune des personnes ayant été en contact avec le groupe peut relater. Crises de nerfs, tensions, insultes qui fusent plus vite que le solo de batterie de Vanessa 'Van' Palmer dans leur dernier single.

Pourtant, lorsqu’elles jouent ensemble, quelque chose se produit. Une harmonie miraculeuse entre les mélodies qui s’entremêlent pour n’en former plus qu’une.

Certains appelleront ça un état de grâce, d’autres le pouvoir de la musique, ou simplement une étincelle.

Une étincelle qui peut se transformer en brasier, si les montagnes de fans qui se déplacent de plus en plus nombreux à chaque concert peuvent en témoigner.

Nous avons suivi le groupe lors de leur tournée des festivals d’été pour comprendre le phénomène.

 

***

Le premier concert est un désastre. Van voudrait pouvoir être aussi naïve que Jackie qui essaie tant bien que mal de les rassurer, mais elle ne se fait pas d’illusions.

 

Nat est partie dans un coin avec Travis – Van préfère ne pas savoir ce qu’ils sont en train de faire, et espère que Natalie n’a pas amené avec elle quelque chose de plus fort qu’un joint. Le contraire serait la cerise sur le gâteau.

 

Shauna est en train de gribouiller dans son carnet dans un coin. Ses yeux lancent des éclairs. Même Jackie ne s’y risque pas, préférant s’éclipser pour appeler le représentant de leur maison de disque, Ben Scott, qui heureusement pour elles, n’était pas là ce soir. Cela n’aurait pas été très glorieux.

 

Lottie fume une cigarette devant une Misty qui tente de kidnapper son attention à grands renforts d’exclamations et de grands gestes : les new yorkais sont apparemment de « grosses brutes mal élevées qui n’ont aucun goût. » D’ici, Van sait que c’est peine perdue ; Lottie a le regard brumeux qu’elle prend quand on parle de son père, ou celui que Nat a un jour appelé « son regard de sorcière qui voie l’avenir. » Ces deux-là ont du mal à s’entendre – pas que le reste du groupe fasse beaucoup mieux. Van, quant à elle, n’a de problème particulier avec personne. A part peut-être avec Jackie. Difficile d’apprécier celle qui est l’antithèse complète de Van. Au lycée, elle n’a jamais entendu Jackie dire quoi que soit sur elle ; ça ne veut pas dire qu’elle ne l’a pas fait.

 

Quant à Taissa… Bon.

Taissa s’attendait à mieux. Taissa avec ses rêves et son ambition et son entêtement qui a refusé de se laisser faire chaque fois qu’un obstacle se dressait sur sa route. Van sait qu’elle n’aura que peu de chances de la convaincre, mais ce soir, c’était trop de pression qui a causé ce raté. Premier concert de la tournée ; l’avion en retard ; le premier album venant de sortir ; le single qui a un succès inattendu ; la journaliste qui prend des notes dans un coin, comme un présage de mauvais augure. Comme si elle attendait une erreur, cherchait la moindre faille.

 

Et puis, il y a ce « nous » qui pose de plus en plus de problèmes. Ce TaietVan dont le fragile équilibre est menacé. Difficile de garder leur relation secrète quand on vit dans une proximité si forte avec les autres membres du groupe. Avec l’attention portée aux Yellowjackets, c’est le reste du monde qui est à la porte de leur intimité. Les enjeux sont plus élevés. Le danger aussi.

 

Et Van… Van a peur que ce danger pousse Taissa à devoir choisir entre TaietVan et TaideYellowjackets. Un choix qui ne sera peut-être celui qui Van préfèrerait.

Peu importe. Van se lève et va chercher Tai pour la convaincre que la prochaine date sera la bonne.

 

Parce que Van choisit Tai à chaque fois. Tant pis si ça fait d’elle une idiote.

 

***

 

Il y a une violence intrinsèque aux paroles des chansons de Yellowjackets. Lorsqu’on leur demande pourquoi, un silence se fait. C’est Lottie Matthews qui prend la parole pour offrir une réponse.

“La vie est faite de violence, non ? Surtout quand on est une fille. On ne fait pas de musique pour rester silencieuses et soumises. On fait de la musique pour se battre."

(À cela, Scatorccio -"Nat"- interpelle : “Tu veux devenir punk maintenant, princesse ?" Celle-ci répond par un geste grossier dans sa direction et une grimace.)

 

***

 

Respirer. Un. Deux. Trois.

 

Lottie essaie de se rappeler des mots de Laura Lee avant son départ pour la tournée, mais ils ne reviennent pas. De toute façon, elle n’est pas sûre que les conseils de cette dernière, bien que bien attentionnés, aient vraiment sa place ici. Laura Lee a beau avoir été celle qui a encouragé Lottie à chanter pour Yellowjackets quand elle n’aurait jamais pensé elle-même à le faire – la musique n’est pas un métier approprié selon son père, et avant la tournée, elle avait du mal à se défaire de l’impression que rien de tout ça ne serait permanent.

Mais ici, c’est réel ; sans doute un peu trop.

 

Chanter, pour Lottie, avait toujours été un luxe. Quelque chose de secret auquel elle ne s’abandonnait pas complètement. Elle avait toujours la sensation diffuse que, si c’était le cas, elle ne pourrait plus en revenir. Laisser sortir le cri coincé dans sa poitrine depuis son enfance – étouffé par des médicaments qui lui donnaient l’impression d’avoir du coton dans les oreilles, dans cette maison bien trop grande et silencieuse pour deux personnes – l’aurait amenée à un point de non-retour.

 

Apparemment, elle l’a atteint.

Lottie ne sait pas trop ce qui l’a amenée à changer d’avis. Pourquoi elle a dit oui à Taissa ce jour de pluie où tout semblait irréel. Pourquoi depuis, chanter les paroles de Shauna, sentir résonner dans ses os la guitare de Nat ou la basse de Tai, se laisser emporter par le rythme de Van… ça parait être ce qu’elle doit faire. Son destin. Ou un truc dans ce genre.

 

C’est surement pour ça que ça la terrifie à ce point.  

 

Mais Lottie est affamée. Pas de gloire, pas de célébrité, elle abandonnerait tout ça si elle le devait. Elle a faim de ce qu’elle ressent en chantant. Maintenant que le cri est sorti, il ne rentrera pas. Et elle a peur de ce qu’elle ferait pour l’en empêcher.

Lottie pourrait boire le ciel, se pencher au sol et ramasser les fleurs pour s’en faire une couronne, et si ça fait d’elle une reine ou l’élue, tant pis. Elle ne sait pas très bien ce que les autres voient en elle de spécial mais il est trop tard pour revenir en arrière.

 

Les Yellowjackets entrent sur scène sous les cris et les applaudissements, et quand Lottie se met à chanter, c’est presque assez fort pour couvrir les voix dans sa tête.

 

***

 

Nat emmerde Lottie. Lottie la princesse privilégiée, protégée dans une cage dorée par son papa, Lottie et sa voix dorée qui s’enroule comme un serpent autour de son micro, Lottie et ses conneries de destinée, ses rituels pré-concert à la con, Lottie et ses grands yeux plein de compassion lorsqu’elle lui dit qu’elle devrait faire attention avec l’alcool. Surtout ça.

Comme si elle savait exactement ce que Nat ressentait. Comme si elle pouvait lire dans ses pensées. Voilà ce que Nat en pense : Lottie n’en sait rien du tout.

 

Et oui, c’était peut-être pas malin de venir faire la répétition complétement défoncée, mais contrairement à ce qu’en pense Taissa et ses sermons moralisateurs et Jackie et ses commentaires passifs-agressifs, elle gère. Elle sait où sont les limites ; seulement aujourd’hui, les limites sont un peu plus floues que d’habitude. Ce n’est une journée qui va la tuer.

 

Elle a déjà tué quelqu’un, et c’était pas elle. Ha !

 

Travis doit avoir raison quand il dit que ses tendances à l’autodestruction vont être sa perte. Pas la perte de Travis, en tout cas, parce qu’il est parti l’autre jour en disant qu’il s’était trompé sur elle. Ha ! Les hommes de la vie de Natalie font souvent ça. Partir en se rendant compte qu’elle est plus dangereuse qu’ils ne le pensaient.

 

Nat est un couteau de chasse, une balle de fusil qui éclate en plein vol, une bombe à retardement.

Etrange qu’elle n’ait pas encore fait explosé les Yellowjackets de l’intérieur. Peut-être que le groupe n’est composé que de cataclysmes, qui s’annulent les uns les autres.

 

« On s’apitoie sur son sort ? »

 

Nat lève la tête et écrase sa cigarette au sol avec le bout de sa botte. Van se tient devant elle, les mains sur les hanches. La seule raison pour laquelle Nat ne l’envoie pas balader, c’est qu’elle est beaucoup moins pleine de jugement que sa copine – si elle pense que Tai et elle sont discrètes, elle se fourre le doigt dans l’œil. Ça ne veut pas dire qu’elle est prête à accepter une leçon de sa part.

 

« Ecoute Nat. Tu fais ta vie. Je ne suis pas là pour te dire comment te comporter. Ça te regarde. Par contre si ça vient mettre en péril le groupe, c’est une autre affaire. Ressaisis-toi, parce qu’on est en train de faire un truc bien, toutes ensembles, malgré tout. Ça serait une belle connerie de laisser tomber maintenant. »

 

Puis elle s’en va.

 

Nat se penche, dans son esprit embrumé, sur ses paroles. Qu’est-ce qui en vaut plus la peine ? Le passé ou l’avenir ? La mort ou la musique ? Eros ou Thanatos ?

 

Natalie pense : le son dans ses veines, le rythme dans la peau, la satisfaction d’un travail individuel qui rencontre celui de l’autre pour créer – la revoilà – une explosion.

 

Bon. Le choix est vite fait.

 

Nat se relève et accorde sa guitare.

 

***

 

Lorsqu’on voit Shauna Shipman, il est difficile d’imaginer que la claviériste réservée et silencieuse est l’auteure des paroles du dernier single des Yellowjackets (“I wanna tear you appart, baby/Wanna bite your ear off, chew it, spit it/ If you don’t listen to me”) qui semblent à l’opposé total de son caractère. Mais le groupe est fait des contraires et contradictions qui font, miraculeusement, son succès. Par exemple, la voix de velours et l’apparence rappelant Stevie Nicks de Lottie Mathews paraissent, de prime abord, pas tout à fait à sa place dans un groupe qui tient plutôt du rock féministe. On imaginerait plutôt Natalie Scattorccio s’égosiller devant le micro tandis que sa comparse se lancerait une carrière solo avec guitare folk et harmonies en fond - mais Yellowjackets refuse encore et toujours d’accepter les stéréotypes. “Quand on est dans l’industrie musicale en tant que femmes, c’est facile de se laisser contrôler et de devenir ce qu’on attend de nous. On va pas se laisser faire pour autant,” annonce Taissa Turner après ma remarque. Et en effet, l’ovni musical qu’est Yellowjackets ne semble pas près de se poser au sol.

 

***

 

Jackie fait du charme à la journaliste. Classique.

 

Quelle que soit l’histoire qu’elle lui raconte, elle en est probablement l’héroïne : la meilleure amie dévouée, la travailleuse acharnée. Pas que ces qualificatifs ne s’appliquent pas à Jackie. C’est vrai : quand Jackie se met dans quelque chose, elle s’y met à fond ; quand les gens qu’elle aime sont en difficulté, Jackie chercher toujours à se démener pour les en sortir.

 

Le problème, c’est sa tendance à vouloir être le soleil. Celui autour duquel tout tourne, qui illumine tous ceux qui se trouvent dans ses rayons, je Te salue, oh Sainte Jackie pleine de grâce.

Si Jackie est le soleil, alors Shauna est la lune. Illuminée seulement quand le soleil daigne poser son regard sur elle, pâle réflexion de son éclat, qu’elle renvoie terne et triste.

 

C’est difficile, cette mixture d’amour et de haine qui se mélangent quand Shauna regarde Jackie. Une créature hideuse à deux têtes. Agneau sacrificiel qui ne passera pas la nuit. Qui est l’agneau ? Jackie ou Shauna ? Qui peut dire où l’une s’arrête et l’autre commence, embobinées comme elles le sont dans un fil rouge qui les attachent ensembles pour toujours. Ce fil rouge qui empêchait Shauna de parler, de bouger, d’avancer, d’être sa propre personne, elle a essayé de le couper. Une fois.

 

Même la lune a une face cachée qu’elle ne dévoile pas au soleil.

 

Jackie s’interrompt en pleine phrase, cherche Shauna du regard. Lorsqu’elle la trouve, car elle la trouve toujours, elle lui fait un sourire ; pas un sourire factice et travaillé devant son miroir, celui qu’elle montre au reste du monde, mais un vrai sourire. Le sourire que Jackie réserve à Shauna. Shauna lui sourit en réponse – car elle lui répond toujours. Le corps a une mémoire. Réflexe inconscient.

Le soleil l’embrase.

 

Parfois Shauna fait des rêves – des fantasmes – peu importe. Est-ce que Jackie sait ? Shauna a été mouton mais elle veut être loup. Ses canines sont aiguisées et pointues, et elle sait exactement où appuyer pour ouvrir la plaie béante qui sera la fin de Jackie, de leur amitié. Connaitre quelqu’un, c’est savoir appuyer là où ça fait mal, pouvoir la détruire en une fraction de secondes. Elle pourrait être le bourreau qui amène Jackie à l’abattoir. Elle ne sait pas vraiment pourquoi elle ne le fait pas, pourquoi elle continue à vouloir être la deuxième tête de cette créature mythologique au lieu de l’achever. Prendre soin d’elle. Ranger ses crocs.

 

Est-ce que c’est ça, ce que le poète appelle l’amour ?

 

***

 

Malgré leurs différences, les Yellowjackets sont indéniablement soudées. Elles sont également très bien entourées par de nombreuses personnes qui sont prêtes à tout pour aider à leur succès et bien-être. Leur technicienne historique, Misty Quingley, est souvent venue jeter un regard suspicieux dans ma direction - apparemment inquiète que je ne leur rende pas justice. Le représentant dans leur maison de disque, Ben Scott, fait figure de grand frère ou d’oncle un peu fatigué qui fait de son mieux pour que les filles mangent leurs légumes. Et bien sûr, Jackie Taylor, manager du groupe :

“Shauna et moi, on se connaît depuis toutes petites. On a toujours tout fait ensembles. Yellowjackets aurait pu être la fin de notre amitié, mais je suis obstinée. Je suis peut-être nulle en musique, mais passer des appels, réserver des salles, créer des contacts, je sais faire. J’ai fini par me rendre indispensable. Et c’est comme ça que je suis devenue la manageuse officielle des Yellowjackets. Pas facile tous les jours, mais ça en vaut la peine.” Taylor fait une pause et reprend : “Je n’avais jamais vu Shauna comme ça. C’est étrange d’avouer que je ne connais pas tout d’elle mais c’est vrai. Je n’aurais jamais cru que… enfin bref. (rire) Vous n’êtes pas là pour ça ! Si je dois dire quelque chose à vos lecteurs, c’est : premièrement, n’abandonnez pas vos rêves de gloire. Elles en sont la preuve. Deuxièmement : n’oubliez pas d’acheter le dernier album de Yellowjackets, la bande-son de votre été, que dis-je, de votre vie ! Et je dis ça en toute objectivité…”

 

***

 

Shauna fait une drôle de tête. Shauna a sur le visage l’expression fermée qu’elle arbore quand elle est loin, très loin. Dans un endroit que Jackie ne peut pas atteindre. Reviens, voudrait-elle lui glisser, reviens et dis-moi ce qu’il se passe, reviens et ensemble on pourra s’en sortir, peu importe à quoi tu penses.

 

Mais Jackie sait que, quand Shauna est là où elle est, c’est peine perdue.

Ces moments étaient beaucoup plus rares avant Yellowjackets. Maintenant ils sont de plus en plus fréquents. Shauna s’enferme pour écrire une chanson, travaille une mélodie, discute avec Taissa de l’arrangement. Et Jackie, Jackie ne sert à rien.

 

C’est égoïste, comme façon de penser. Contrairement à ce que pensent les autres, Jackie n’est pas complètement aveugle. Elle sait.

Égoïste et avare. Elle veut tout, Shauna dans son entièreté ou pas du tout.

 

Non. Dangereuse, cette pensée. Dangereuse et stupide. Parfaite Jackie ne peut pas, n’a pas le droit de s’accorder des pensées pareilles.

Effacer, recommencer.

 

S’imposer en tant que manager était peut-être aussi égoïste de sa part. Elle ne voulait pas perdre Shauna, qu’elle voyait déjà filer entre ses doigts comme de l’eau, ou de la fumée. Et elle est douée, pas de fausse modestie, elle est douée pour ça ! Faire du charme au téléphone pour convaincre les patrons récalcitrant de laisser une chance à un groupe cent pour cent féminin. Elle a beau ne pas connaitre autant de choses que Shauna sur le féminisme, elle n’est pas aveugle.

 

Etre une femme, c’est porter un masque. Voilà ce que Jackie sait. Le masque peut être joli et attirant, ça reste un masque. Celui de Jackie s’appelle masque-de-reine-du-bal-de-promo-au-petit-ami-populaire. Elle a beau ne plus être au lycée, on n’abandonne pas de vieilles habitudes, surtout quand elles nous protègent si bien de ce à quoi on préférerait éviter de penser.

 

La boîte de Pandore, avec le nom de Shauna inscrit en grosses lettres capitales, reste résolument fermée.

 

Trop près. Jackie fait une gymnastique mentale, saute par-dessus ses hypocrisies, ses mensonges et demi-vérités, change de sujet.

 

Les filles commencent à fatiguer de la tournée. Il serait bon de leur remonter le moral. Jackie va parler à Taissa de son idée d’organiser une soirée ; pas d’inquiétude, elle s’occupera de tout.

 

Ça lui fera de quoi s’occuper les mains. Et l’esprit.

 

 

***

 

C’est dernier concert de la saison. La chaleur californienne est humide et lourde, mais ça n’a pas l’air de les déranger. Guitare et basse s’accordent d’un côté, tandis que la batterie est installée de l’autre. Une voix s’échauffe au clavier. Personne n’a l’air nerveux, un retournement complet depuis le premier concert. Au contraire, une confiance absolue émane du groupe, qui tient à peine en place.

 

Taissa Turner croise mon regard et sourit, un rictus satisfait et impatient.

« Vous êtes prête ? Ce soir on va mettre le feu. »

 

***

 

Tai avait peur du noir, plus jeune. Il lui avait fallu plusieurs années avant de pouvoir arrêter de dormir sans une veilleuse, ou la porte entrouverte. C’est peut-être pour ça que, depuis, elle cherche la lumière.

 

Sous les projecteurs, elle est dans son élément. Peu importe si l’avouer revient à être orgueilleuse. Son ambition n’est pas un secret. Elle attend plus de la vie que ce qui lui a été donné ; elle en attend plus d’elle-même.

 

C’est elle qui a eu l’idée de former Yellowjackets, à l’origine. C’est elle qui a approché les autres, ayant en tête que se débrouiller seule serait toujours possible en cas de nécessité. Bien sûr, maintenant, elle sait que les autres sont une partie inséparable de sa réussite ; il n’empêche que parfois, elle est terrifiée à l’idée de tout perdre. Tai n’aime pas avoir peur.

 

Elle a peur quand elle regarde Van. Elle a peur de tout gâcher avec son envie de réussite, elle a peur de laisser Van derrière. Elle a peur qu’à cause de ses propres envies, quelque chose lui arrive.

 

C’est l’inconnu qui lui fait peur, en vérité. Le noir, c’est l’inconnu, c’est les dangers qui pourraient surgir à chaque instant, et Tai a peur de devenir un de ces dangers. Pour les autres, pour Van.

 

Mais quand Van la regarde, qu’elle lui dit d’arrêter de déconner, qu’elle ne la lâchera pas, quand elle trace les lettres des deux mots interdits – la courbe du J, les angles du E - dans son dos, quand elle rit de son rire ridicule et sans embarras.

Quand elle écrit une chanson avec Shauna, quand elle réussit à se coordonner avec Nat, quand le rythme de la batterie de Van se fond de celui de sa basse, quand Lottie chante dans un cri puissant…

 

Alors peut-être que ça vaut le coup d’avoir peur.

 

***

 

Il y a une étincelle dans leur regard.

Les Yellowjackets ont faim de gloire, pourtant elles ne se laissent pas dévorer par l’industrie musicale qui les attend en se pourléchant les babines.

 

Il faut leur reconnaître ceci : elles ne se laissent pas faire. Je dois dire que je ne m’attendais pas à sentir une telle force émanant de ce que certains ont appelé un « groupe de jeunettes sans idéaux et son défini. »

Que Misty Quingley se rassure, ce n’est pas du tout mon avis. Les Yellowjackets ne sont pas prêtes d’arrêter de nous surprendre, et leur musique est loin d’être naïve. Au contraire, il s’agit d’un témoignage d’une lucidité brutale sur le monde de leur génération. Leur parcours sera passionnant à suivre ces prochaines années.

 

La batterie bat la mesure. Le public s’embrase.

« Mesdames et messieurs… Yellowjackets ! »

 

 

 

 

Notes:

wow, c'est fini ! se mettre dans la tête d'autant de personnages différents était plus dur que ce que je pensais.
cette fic est vraiment un cas de "je voulais le lire donc je l'ai écrit"

c'est pas impossible que l'inspiration me frappe et que je rajoute des oneshots à cet univers

(sinon, Yellowjackets sur canal+ ?? criminel. c'est pratiquement une invitation au streaming là)

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