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Le Miroir des Dieux

Summary:

Someoka Ryuugo, un brillant coroner fédéral, est envoyé enquêter sur une série de disparitions suspectes sur une montagne isolée d'Hokkaido.
Que le conducteur des recherches sur place soit médium (avec un vrai fantôme) n'était pas prévu.

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Chapter 1: Hokkaido

Chapter Text

À ce stade, Someoka Ryuugo ne se souvenait pas de pourquoi il s'emmerdait à aller au travail, misérable comme il y était.

Probablement par fierté, puisqu'il s'en voulait toujours d'avoir été naïf, ayant pensé qu'en entrant dans les forces de la police fédérale japonaise, milieu rempli de gens éclairés, il trouverait sa place.

Les forces de la police fédérale japonaise n'était pas remplies de gens éclairés, badge doré ou pas.

Elles étaient plutôt remplies de carriéristes et de jaloux, rasant les murs comme des insectes, la langue fourchue et les dents qui rayent le parquet. L'idée de résoudre des crimes et d'établir la justice ne semblait pas les intéresser plus que ça.

Et ils avaient bien des raisons de craindre Someoka, nouvel arrivant dans les bureaux de Tokyo.

Someoka était grand et fort, très grand et très fort pour le japonais moyen. Un mètre quatre-vingt-dix pour quatre-vingt-quinze kilos de muscles. Né au Japon d'un père natif et d'une mère Camerounaise, il parlait couramment trois langues, en comprenait deux autres, et était sorti de son école de criminologie avec les honneurs, déterminé et travailleur comme il était.

Loin de ses collègues l'idée de le traiter avec le respect qu'il méritait cependant. La première année, Someoka n'avait rien dit, comprenant que forcément, en tant que nouvel arrivant, on allait lui donner des tâches ingrates. À partir de la deuxième, il tenta de réclamer un peu plus de responsabilités, ce qu’on lui fit vite regretter. Quand on l'amenait sur le terrain, il était supposé suivre ses supérieurs et ne rien dire, pour observer et apprendre. Someoka n'observait rien et n'apprenait rien, à part à encaisser les commentaires déplacés de ses collègues.

Someoka ne manquait pas de répartie et d'ambition, et avait pour but de devenir un coroner fiable, mais il savait bien que sa carrière s'arrêterait là s'il venait à répondre.

 

Lorsqu'on le fit appeler dans le bureau du chef de son département, Someoka se dit que c'était la fin. Ils avaient dû trouver quelque chose pour le renvoyer. Fuyukai Suguru, son supérieur, le fit asseoir en face de lui. Someoka haïssait Fuyukai avec passion. Ce dernier, tout aussi carriériste que les autres, n'avait même pas l'excuse d'être compétent. Il avait les mots 'lâcheté' et 'hypocrisie' écrits dans les yeux, et Someoka le lisait très bien. Il allait lui annoncer son licenciement avec un sourire pleine de fausse amabilité et de mots doucereux et Someoka allait haïr chaque instant. Il fut très surpris quand Fuyukai ne le renvoya pas.

 

« Vous allez être ravi, j'ai une mission pour vous Monsieur Someota !

- Someoka. » corrigea l'intéressé entre ses dents, qui sentait donc déjà la corvée de photocopies arriver.

 

Someoka sentait le piège arriver.

 

« Le dossier nous est arrivé ce matin. Poursuivit Fuyukai en l'ignorant. Une série de disparitions dans la montagne. Quatre au total, tous des hommes, des promeneurs pour la plupart. »

 

Someoka sentait que Fuyukai était cryptique volontairement, en ne précisant pas quelle montagne.

 

« C'est criminel ?

- Aucune idée, on a pas retrouvé de corps, d’où le problème. Ricana Fuyukai.

- Mais si j’ai pas de corps comment je- tenta Someoka, qui on le rappelle, était coroner, pas policier.

- Des expéditions ont été lancées pour retrouver les dépouilles, et vous les accompagnerez pour représenter l’autorité fédérale. Coupa Fuyukai. Déterminer la cause de la mort, prendre contact avec la famille, faire un rapport, s’occuper du dossier quoi. Vous avez déjà fait ça je me trompe ? »

 

Evidemment, Someoka n’avait fait que remplir des rapports depuis son entrée aux bureaux. Et personne n’avait envie d’être celui qui annonçait les mauvaises nouvelles aux familles, naturellement, Someoka avait souvent été désigné pour répondre à cette problématique.

« Ça se passe où ?

 

- À Hokkaido. »

 

Là était le piège.

Évidemment. Faute de le licencier, Fuyukai pouvait l'envoyer à l'autre bout du pays, il était chef après tout. Someoka serra les dents. Au moins il avait un cas.

 

« Je pars quand ?

- Lundi matin, je vous ai fait préparer le dossier. Vous partez pour un mois, sauf si les recherches prennent du retard. C’est bien ça vous fera des petites vacances ! C’est super Hokkaido à cette époque de l’année ! Vous n'aviez rien de prévu j'espère ? »

 

Someoka demanda au Seigneur de lui donner la force. Évidemment qu'il avait des choses de prévues, mais est-ce que ça intéressait Fuyukai de le savoir ? Non. Tant pis pour le weekend avec ses neveux, tant pis pour le foot five avec ses amis du lycée et il allait devoir envoyer des messages d'excuses à beaucoup de plans Tinder. Et on était au début de l’automne, Hokkaido était superbe en été. Là il faisait juste froid et venteux.

 

« Non. Grogna Someoka.

- Merveilleux ! Je vous laisse étudier le dossier. »

 

Les collègues de Someoka ne cachèrent pas leur joie de le voir partir, pleins de sourires mesquins et d'encouragements vides. Someoka se dit qu'au moins il verrait du pays.

 

« En vrai c'est pas mal si le voyage est tout réglé par le taf ! s'écria Kazemaru pour se faire entendre par-dessus le brouhaha du bar.

- Ça reste chiant. »

 

Kazemaru s’installa en face de lui, lui envoyant la pinte qu’il avait commandée dans les mains. Someoka connaissait suffisamment bien son ami pour savoir qu’il avait déjà bu avant de le rejoindre au bar. Il parlait déjà plus fort et roulait les hanches, un sourire permanent au visage.

Le Kazemaru bourré était très différent du Kazemaru ordinaire.

 

« Roooh t'es pessimiste ! poursuivit son ami, modérément alcoolisé, Imagine tu réussis cette mission avec brio, bon ça les fera pas t'aimer, mais autant la prochaine fois ils t'envoient à Okinawa !

- J'ai quand même le seum.

- Ah, t'es triste pour ta p'tite gyaru c'est ça.

- Grave. Avoua Someoka, le nez dans sa pinte. Les longues distances ça l'intéresse pas.

- Et ça te dirait pas un p'tit mec ?

- Parce que les gars ils tiennent mieux la distance c’est bien connu. Ronchonna Someoka.

- Y’a des exceptions à tout !

- Il m’faut une exception énervée à moi. Mon poids, ma taille, qui sait couper des bûches, réparer la voiture et refaire une cuisine.

- Oh là là, le virilisme encore. Soupira Kazemaru en levant les yeux au ciel, lui-même pas un exemple de masculinité, Si je te connaissais pas je dirais que tu surcompenses. Et je suis sûr que je saurais refaire une cuisine. Et puis bon c’est le trou du cul du monde là-bas ! C’est sûr que des bûcherons y’en a plein, tu vas te sentir chez toi.

- S’ils ont l’eau courante ce sera déjà beau… Et toi avec Gouenji ? »

 

Kazemaru sembla décuver une seconde.

 

« Il préfère les chattes. »

 

Le Kazemaru bourré était aussi beaucoup plus coléreux et grossier que le Kazemaru ordinaire.

 

« On sait tous les deux que non. Ricana Someoka.

- Bah faudra lui rappeler ! s'énerva Kazemaru en commandant deux pintes supplémentaires, Il se passe rien ! Il m'emmène faire les plus beaux dates de ma vie, et après, même pas un bisou ! Rien ! Genre on était sur le bord du fleuve là, tu le vois ? A côté du terrain de foot ? Ca pue la merde cet endroit. Sauf que non. Le soir, avec le soleil qui se couche, c'est incroyable. Juste imagine Ryuugo, imagine : le coucher de soleil, la lumière sur l'eau, les oiseaux qui s’envolent, personne aux alentours…C’était le moment ! C’était notre moment ! Et rien ! On s'est même pas tenu la main !

- T’as essayé de lui prendre la main toi p’t’êt’ ?

- Deux fois ! C’est dire si je suis désespéré ! Je passe ma vie à m’empêcher de le toucher pour pas le mettre mal à l’aise mais c’est super dur !

- Il est timide c'est pas nouveau.

- Mes capotes vont périmer. »

someoka et kazemaru

Someoka but bien ce soir-là. Kazemaru aussi, au point qu'arrivé à la septième pinte, il appela Gouenji pour lui dire le fond de sa pensée. Ça fonctionna, puisque ce dernier arriva au bar en trombe pour le récupérer.

Someoka ne s'inquiéta pas pour eux, et prépara sa valise le soir même.