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Peur de devenir une étoile flippante

Summary:

Quelques semaines après la crise de la Forteresse de Méropide, Aether était enfin autorisé à souffler un peu.
Seulement, sans menace mortelle pour occuper son esprit, toutes ses angoisses et son désespoir revinrent à la charge et ne lui laissaient aucun répit.
En particulier à cette période de l’année.

 

Here is the English translation if you want!

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Work Text:

"Peur qu'la vie me laisse des traces ou pire, qu'elle me rende méchante
Peur des rides, du temps qui passe, de devenir une étoile flippante"

Étoile flippante, Hoshi


Le soleil entamait sa lente descente vers l’horizon lorsqu’Aether achevait sa dernière mission de la journée.

La tâche en elle-même n’avait posé aucune difficulté au voyageur, pas plus que celles qu’il avait effectuées plus tôt. Pourtant, une profonde langueur alourdissait ses membres et ses pensées. Il se laissa tomber dans l’herbe Fontainoise et fixa un moment le ciel sans le voir.

La routine des missions de la guilde des aventuriers commençait sérieusement à lui peser. Et lorsque ce n’était pas le train-train quotidien qui le rendait plus las jour après jour, il pouvait toujours s’attendre à un drame, un complot ou une bataille contre une divinité pour réquisitionner le reste de son énergie – et plus encore. Aether était tenté de considérer ces événements comme une routine aussi, à ce stade…

Il soupira et se décida à retourner en ville faire son rapport à Catherine.

♦♦♦

« Merci d’avoir terminé les missions d’aujourd’hui ! Voici les récompenses pour ton travail. »

Aether adressa un signe de la main à la réceptionniste avant de s’éloigner.

Il ne savait pas vraiment comment occuper le reste de son temps, maintenant que la seule activité qui lui permettait de rester plus ou moins sain d’esprit était terminée. Il connaissait déjà la plupart des commerces, des cafés ou restaurants par cœur ; reconnaissait au moins de vue la plupart des visages dans la rue. Ils n’en restaient néanmoins que des étrangers pour Aether. Certes, il avait fait des rencontres intéressantes et créé des relations plus complexes que de simples connaissances, mais… Il ne pouvait plus considérer son périple comme un simple voyage et simplement profiter de ses visites. Plus depuis un certain temps déjà. Plus depuis Inazuma, probablement.

On s’attendrait à ce qu’un voyageur qui erre de monde en monde depuis des millénaires ne se laisse pas abattre par de telles expériences. Après tout, il avait déjà vu tant de choses similaires durant sa longue vie. Mais jamais sans sa sœur.

Jamais il n’avait imaginé aller où que ce soit sans Lumine. C’était tellement absurde. Pourtant il l’était, seul, depuis maintenant des années. Seul comme il ne l’avait jamais ressenti avant son arrivée en Teyvat.

Peu importe le nombre d’amis qu’il avait pu se faire ici, ces dernières années, il savait qu’il serait impossible de se débarrasser de ce sentiment amer de solitude. Pas tant qu’il n’aurait pas retrouvé Lumine. Pas tant que tout ne serait pas rentré dans l’ordre.

En admettant que ce soit seulement possible, pensa-t-il, morose.

Perdu dans ses pensées, ses pas tracèrent d’eux-même le chemin qui menait à son hôtel. Peut-être pourrait-il acheter l’un des derniers romans policiers en vogue au passage ? Tout était bon pour tenter de penser à autre chose.

Alors qu’il s’arrêtait pour mener à bien son idée, Aether eut la sensation qu’on le regardait. Il ne s’en soucia pas immédiatement, il attirait souvent l’attention avec sa réputation et son accoutrement d’un autre monde. Mais une fois son livre choisi et réglé, il aperçut immédiatement une silhouette familière en se retournant.

Oh.

Il n’était... pas sûr de vouloir voir cette personne à cet instant. Pas sûr d’en être capable.

Lyney lui adressa son sourire habituel, charmeur et confiant, que le voyageur pouvait maintenant reconnaître comme le rôle qu’il revêtait, tel une seconde nature. Aether repensa brièvement à leur séjour à la Forteresse de Méropide, achevé il n’y avait de cela que quelques semaines.

Il repensa également à la rose arc-en-ciel qu’il gardait précieusement dans sa chambre d’hôtel.

Aether eut un moment d’hésitation suffisamment long pour que son malaise soit facilement remarqué par le magicien.

Il inspira lentement et fit l’effort de lui retourner un sourire crispé mais sincère. Il n’alla cependant pas à sa rencontre et s’empressa de reprendre sa route jusqu’à sa chambre d’hôtel sans se retourner.

Il aurait juré sentir la chaleur de l’œil divin du magicien s’insinuer dans sa nuque.

♦♦♦

Après plusieurs minutes à essayer de se concentrer sur sa nouvelle lecture, Aether jeta son livre plus loin sur son lit et souffla, agacé.

Il détestait être dans cet état. Fatigué et pourtant, trop agité pour se reposer. Encore moins se focaliser sur quoique ce soit. Ses pensées échappaient à son contrôle.

J’aurais peut-être pu aller le saluer, pensa-t-il, légèrement coupable.

Ses rapports avec Lyney et Lynette s’étaient pourtant nettement amélioré depuis le procès. Depuis la réaction, disons… légèrement disproportionnée d’Aether face au secret des jumeaux. Il se sentait toujours quelque peu embarrassé en y repensant, même s’ils ne semblaient pas lui en tenir rigueur – du moins ils n’en laissaient rien paraître.

Aether ne leur en avait jamais réellement voulu. Il s’était juste laissé emporté par ses émotions et n’avait pas eu le courage de les assumer. Leurs mensonges n’avaient été que la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase. Oh, comme ce fut facile de leur jeter toute sa souffrance au visage avec un prétexte aussi opportun que leur appartenance aux fatui.

Il avait été négligeant, hanté par l’absence pesante de sa sœur. Il s’était accroché au duo comme un homme à une bouée. C’était ridicule. Quel droit avait-il d’exiger d’eux une attitude exemplaire? Lui qui était proche de Tartaglia. Lui qui avait pardonné Nomade – Nomade ! – pour ses innombrables crimes et tout ce qu’il lui avait fait endurer. Sans compter les innombrables fois où il avait aidé des subalternes fatui sans grande hésitation.

Aether soupira, frustré par ses propres faiblesses lorsqu’il s’agissait de son tempérament. Un millénaire supplémentaire ne suffirait pas à corriger son caractère...

Et pour couronner le tout, il ne s’était pas excusé. Pas même expliqué. Non, il avait choisi de laisser en suspens des non-dits stupides. Il imaginait l’expression désapprobatrice et exaspérée qu’aurait eu Lumine si elle avait été là.

Mais elle n’était pas là.

Non, il n’en voulait pas aux jumeaux.

Il mourait d’envie d’en vouloir à sa sœur. (Comment osait-elle le laisser seul dans le noir total ?)

En vérité, sa colère et sa rancune étaient principalement dirigées contre les forces invisibles de ce fichu monde.

Il en voulait à cette maudite divinité.

Il en voulait à Teyvat.

♦♦♦

Alors qu’il s’apprêtait à sortir de sa chambre pour affronter une nouvelle journée, Aether marqua une pause, la main sur la poignée.

Il fixa les quelques lettres éparpillées sur la petite table comme si elles avaient insulté sa sœur. Il n’avait pas encore répondu à la plupart d’entre elles depuis son séjour à la Forteresse. Une en particulier ne cessait de le ronger de culpabilité.

Aether soupira et sortit pour se noyer dans des commissions stupides.

Je répondrai plus tard, pensa-t-il, pour la énième fois depuis un mois.

♦♦♦

Le voyageur se laissa porter par la surface de l’eau, souriant aux deux petites loutres qui faisaient de même à ses côtés.

S’il y avait bien quelque chose qu’Aether appréciait à Fontaine, c’était l’eau. Ça semblait ridicule dit comme ça, mais ses excursions marines avaient toujours eu un pouvoir apaisant depuis son arrivée. Il se sentait enlacé par ces bras océaniques. Dangereux mais protecteurs.

Il pouvait passer des heures sous l’eau. L’atmosphère dense étouffait les sons comme pour le couper momentanément de ses inquiétudes. Sans parler de la faune sous-marine, bien moins hostile que la majorité des lieux qu’il avait eu l’occasion de visiter. (Combien de fois avait-il perdu la notion du temps en écoutant un concert de boudinés?)

Cette journée s’annonçait plutôt belle. De nombreuses nuits gangrenées de cauchemars l’avaient maintenu dans une humeur exécrable, ces dernières semaines. Son esprit lui avait fait revivre des moments passés heureux avec sa sœur avant de les lui arracher violemment ; ou bien les innombrables samsaras à combattre Shouki no Kami. De temps à autre, il pouvait encore ressentir la douleur mortelle de chaque échec ; revoyait Nahida mourir, encore et encore.

Puis il avait rencontré Mamère, découvert le village de Merusea et tout ce temps passé à aider les petites mélusines l’avaient grandement réconforté. Leurs nombreuses différences avec les humains plaisaient beaucoup à Aether, lui donnant un sentiment dépaysant qu’il n’avait pas ressenti depuis ses aventures avec les aranaras. Il aimait la plupart des gens qu’il avait croisé au cours de sa vie. Mais les humains étaient des êtres particulièrement épuisants lorsqu’ils s’y mettaient…

Après cela, les cauchemars s’étaient faits de moins en moins fréquents, de moins en moins violents. Jusqu’à quasiment retourner croupir dans les méandres de son inconscient. Ce matin, après une nuit enfin reposante et sans rêve, il s’était levé avant l’aurore pour apprécier le lever du soleil, son énergie renouvelée.

La seule chose qui le tira à présent de sa baignade matinale fut son estomac vide. Le bruit fit sursauter les loutres et elles déguerpirent aussitôt.

Aether s’esclaffa, se sentant pour une fois léger, et rejoignit le rivage en nageant tranquillement. Il libéra une mini bourrasque d’énergie anémo pour se sécher et entreprit de trouver la station d’aquabus la plus proche.

Il bavarda tout le trajet avec la mélusine responsable de la navette, ne s’interrompant qu’aux grondements impatients de son ventre. Il rêvait de croissants et d’un chocolat chaud mais prit son mal en patience, profitant de la vue et du soleil sur sa peau.

Lorsqu’il mit enfin pied à terre, il se dirigea vers le café Lutèce avec hâte et entrain.

Mais sa cadence perdit immédiatement de sa vigueur quand il aperçut deux personnes en particulier déjà installées à une table.

Deux personnes qu’il avait soigneusement – honteusement – évité depuis qu’il avait croisé Lyney au kiosque, quelques semaines auparavant.

Le karma le força alors à remédier à sa couardise et il vit une des oreilles féline de Lynette s’agiter en sa direction. La jeune femme se retourna sans précaution ni embarras, le fixant de son habituelle expression impénétrable. Évidemment, Lyney ne tarda pas à suivre le regard de sa sœur et ses yeux s’écarquillèrent très brièvement.

Aether arrêta de respirer pendant une longue seconde, comme si cela pouvait le rendre invisible. Mais Lyney ne lui laissa pas l’occasion de réagir et lui adressa de très grands gestes de la main, digne des manières exagérées du comédien qu’il était.

« Voyageur ! Quel plaisir de te croiser ici par une si belle matinée ! Tu n’es pas pressé, j’espère ? Viens te joindre à nous ! »

...Comment refuser ? Il avait le sentiment que toute la ville l’avait entendu.

Il se sermonna intérieurement et rejoignit les jumeaux en quelques enjambées, qu’il espérait sembler normales et non raides comme elles l’étaient réellement.

« ...Bonjour vous deux, comment allez-vous ? demanda Aether en suppliant n’importe quelle divinité suffisamment clémente pour que sa voix ne vacille pas, un sourire penaud au visage. »

Lynette se contenta de le fixer silencieusement quelques secondes de plus – Aether l’accepta comme une énième punition – avant de hocher légèrement la tête.

« Nous allons bien, merci. Cela faisait longtemps qu’on ne s’était pas croisé, ajouta-t-elle, quelque chose dans ses yeux appuyant le reproche à peine dissimulé.

— Heu, oui, désolé j’ai été pas mal… occupé ces temps-ci…, répondit-il, retenant une grimace gênée du mieux qu’il pouvait.

— Hm, je n’en doute pas. »

Lynette n’était pas dupe et Aether n’en était vraiment pas fier.

« Allons allons, nous pourrons rattraper le temps perdu en mangeant, n’est-ce pas ? Assieds-toi, Aether, je vais prendre ta commande, proposa Lyney immédiatement en se levant, usant de son air charmeur.

— Ah– C’est très gentil mais–

— Un grand chocolat chaud sans sucre, un fruit bullé, deux croissants et un pain au chocolat ? l’interrompit Lyney, un sourire innocent aux lèvres. »

Aether savait que son expression n’avait rien d’innocent et qu’il contenait son air satisfait et triomphant. Il le voyait dans ses yeux.

« ...Exact. Je ne te demanderai pas comment tu as fait, soupira Aether, en souriant malgré lui.

— La magie bien sûr, mon cher ! répondit-il, moqueur en lui adressant un clin d’œil. »

Lyney rit quand Aether haussa un sourcil blasé, conscient qu’il se fichait de lui. Puis il s’éloigna prendre la commande du voyageur.

Soudainement, l’absence de son aura théâtrale fit prendre plus amplement conscience à Aether de la façon dont Lynette ne l’avait pas lâché du regard. Il se racla la gorge et s’assit précipitamment, réfléchissant anxieusement à ce qu’il allait dire.

« ...Lynette, je suis désolée si j–

— Pas la peine de t’excuser. Du moins, pas à moi. »

Sa voix était aussi calme et monotone que d’habitude mais il savait très bien qu’elle attendait au moins des explications. Des explications qu’il leur devait, bien évidemment.

— ...J’insiste, je suis vraiment désolé. Je… Ce n’était pas vraiment un mensonge, j’ai eu une période compliquée, récemment. Mentalement, je veux dire, ajouta-t-il, son regard se perdant momentanément dans le vide. »

Il ne savait pas par où commencer. Ou plutôt, il tentait de rassembler son courage pour exprimer le fond de sa pensée aux jumeaux.

Lynette hocha encore silencieusement de la tête et reprit une bouchée de sa viennoiserie déjà entamée comme si de rien n’était.

Aether se tordit nerveusement les mains, ne sachant qu’ajouter. Il se contenta d’attendre le retour de Lyney, se concentrant pour éviter de remuer la jambe trop impatiemment.

Le retour du magicien ne se fit pas attendre bien longtemps et il déposa la commande d’Aether devant lui tel un majordome dans un restaurant gastronomique.

« Bon appétit, très cher, dit-il, visiblement très fier de lui.

— ...Merci, Lyney, répondit Aether, souriant sans le vouloir, presque timidement. »

Il avait beau savoir que l’attitude de Lyney n’était qu’une facette de son personnage – ainsi qu’une manière de se protéger – le jeune homme réussissait toujours à le décontenancer.

Ils mangèrent silencieusement quelques minutes, une tension implicite mais palpable entre lui et les jumeaux. Il prit une autre gorgée de son chocolat en espérant que ça lui donnerait un peu de force.

« ...Lyney, commença Aether, pas tout à fait sûr de ce qu’il allait dire ensuite. Comme je le disais à Lynette tout à l’heure… Je suis vraiment désolé.

— Oh ? Et pourquoi donc ? fit Lyney. »

Aether remarqua aisément la tension dans la posture de Lyney. Il savait très bien à quoi faisait référence Aether.

« Je voulais m’excuser pour mon attitude, dernièrement, continua Aether, faisant de son mieux pour soutenir le regard délibérément neutre de Lyney. Quand j’ai dit être occupé… Je… Disons que mes pensées et mes rêves n’ont pas été des plus reposants. »

Lyney le regarda un moment comme s’il l’étudiait puis il prit une gorgée de son café d’un air nonchalant.

« Je ne vois pas pourquoi cela nécessite des excuses, mon cher Aether, répondit-il, en souriant. Des périodes à vide, cela arrive à tout le monde. »

Aether se redressa sur son siège et serra les poings pour s’ancrer tant bien que mal.

« Je vous évitais, admit-il, ayant recours à toute sa volonté pour ne pas baisser les yeux. Mais ça n’a aucun rapport avec–

— Aucun rapport avec nos affiliations ? le coupa calmement Lyney, son regard froid, presque triste en contraste avec son sourire. »

Aether ne se démonta pas et acquiesça.

« Aucun rapport, confirma Aether, se sentant malgré tout plus confiant maintenant que la confrontation était face à lui. Je ne sais pas comment le dire autrement alors… j’irai droit au but : ...Je vous envie terriblement. »

Lyney et Lynette ne montrèrent aucune réaction et semblaient simplement attendre qu’Aether continue. Ce qu’il s’empressa de faire.

« Vous savez bien sûr que je suis à la recherche de ma sœur. » Aether marqua une pause, comme si les mots étaient physiquement douloureux à prononcer. « Et vous devez également être conscient que… qu’elle est ma jumelle. »

Il ne put cette fois s’empêcher de baisser les yeux, les images de ses récents cauchemars lui revenant bien trop facilement à l’esprit.

« ...Et tu ne peux pas t’empêcher de te voir à ma place, avec ma propre sœur, dit Lyney, et ce n’était pas une question. »

Sa voix était infiniment plus douce que précédemment. Aether releva légèrement le regard et l’expression de Lyney le prit au dépourvu pendant un court instant. Il conservait un masque impassible, mais ses yeux avaient pris un éclat chaleureux. Si Aether n’avait pas eu l’occasion de voir Lyney vulnérable à quelques reprises, il aurait sans doute manqué la sympathie et la tristesse sur son visage.

Aether confirma silencieusement d’un signe de tête, expirant lourdement.

Un silence inconfortable s’installa pendant un moment jusqu’à ce que le voyageur regarde de nouveau Lyney et Lynette en face.

« Je ne demande pas à ce que vous me pardonniez la façon dont je vous ai traité. Ni après votre procès, ni récemment. C’était ridicule et… hypocrite de ma part, ajouta Aether, à peine au dessus d’un murmure, le regret vif dans son estomac. Je… Je souhaite juste que vous sachiez combien je regrette et que vous n’y êtes pour rien, vraiment.

— Aether–

— Il n’y a rien à pardonner de mon côté, intervint Lynette calmement, coupant Lyney dans son élan. Nous t’avons caché quelque chose qui t’a fait du mal, tu as accusé le coup. Fin de l’histoire.

— Eh bien, oui, mais…

— Je te souhaite une bonne journée, Voyageur. À plus tard, Lyney–

— Lynette, attends– !

— Mode économie d’énergie, activé. »

Lynette se leva avant même d’avoir terminé sa phrase et partit dans la foulée en ignorant totalement son frère.

Aether n’avait même pas remarqué qu’elle avait terminé son repas.

Nouveau silence. Plus déroutant encore que les précédents, maintenant qu’ils se retrouvaient seuls. Et nettement plus long.

Lyney finit par se racler la gorge doucement et lui adressa un sourire moins faux et exagéré que d’ordinaire.

« Puis-je me permettre de te demander ce qui te préoccupait… ce jour-là ? »

Le voyageur saisit son mug tiède à deux mains et contempla le reste de chocolat au fond qui reflétait grossièrement sa mélancolie.

« ...Ça fait trois ans que j’ai été séparé de Lumine. Ce n’est qu’un battement de cil dans ma vie mais… on ne s’est jamais vraiment éloigné l’un de l’autre plus de quelques jours, tout au plus. Jusqu’à présent. »

Lyney sembla se changer en statue, écoutant Aether comme si cette occasion était précieuse et ne se représenterait pas de sitôt.

« Plus le temps passe et plus je... »

Je doute la retrouver un jour.

Aether ne finit pas sa phrase, son esprit égaré durant un instant. Il secoua la tête distraitement.

« ...Bref, depuis que je suis ici, cette période de l’année est de plus en plus difficile à supporter. Tu es vraiment tombé sur le mauvais jour, la dernière fois, expliqua Aether, un sourire gêné et fébrile. Encore désolé, je… je n’avais pas la force de te voir, toi ou Lynette.

— Le mauvais jour ? Il s’agit de la date… à laquelle tu l’as perdue de vue ? demanda Lyney, délicatement, une expression étrange au visage.

— On pourrait dire ça, répondit Aether, énigmatiquement. »

Lyney regarda Aether un moment. Le voyageur n’avait aucune idée de ce à quoi il pouvait bien penser. Il se contenta de finir son petit-déjeuner, laissant Lyney à ses réflexions.

« ...Aether.

— Oui ?

— Je te dois des excuses aussi. »

Aether inclina la tête, confus.

« Tu n’es pas le seul à avoir évité quelqu’un, révéla Lyney, un sourire triste aux lèvres.

— ...De quoi tu parles ?

— Allons voyageur, tu pensais vraiment pouvoir m’échapper si j’avais voulu venir à ta rencontre ? »

Le personnage fier et séducteur de Lyney revint sans crier gare, et il lui offrit un clin d’œil espiègle. Aether sentit ses joues rougir légèrement et il leva les yeux au ciel.

« C’est pourquoi, je m’excuse aussi. J’ai interprété ta réaction et ne l’ai pas remise en question.

— Tu as pensé que je ne voulais finalement plus vous fréquenter, devina Aether.

— Eh bien, ça n’aurait pas été si surprenant après que… tu aies rencontré Père. »

Ce fut au tour de Lyney de baisser les yeux et il ne vit pas la surprise d’Aether.

Il n’était pas étonné que Lyney soit au courant de cela. Il n’avait simplement pas pensé aux répercussions possibles suite à leur… goûter et l’échange qui a suivi avec Arlecchino.

« Lyney, peu importe ce qui s’est dit ou se passe avec Arlecchino, je t’assure que ça ne change pas mon opinion de toi. Je te fais confiance. »

Le magicien resta silencieux et Aether crut voir ses yeux briller l’espace d’un instant.

« Je sais bien que la situation est délicate, et que… selon comment évoluent mes rapports avec elle, tu serais sans aucun doute amené à me trahir si les circonstances le demandaient, déclara Aether, de but en blanc.

— …

— Lyney, regarde moi, demanda Aether, tout bas. Je suis conscient de tout ça. Mais je sais aussi que, quelle que soit mon opinion des fatui, Arlecchino fait partie de ta famille. Je ne pourrais jamais te demander de renier une telle chose, crois-moi.

— Tu serais prêt à… à simplement attendre que l’on te poignarde dans le dos ? murmura Lyney, son ton sarcastique et incrédule. »

Aether laissa échapper un faible rire, plus proche d’un grognement et sans joie.

« Ça m’arrangerait si vous pouviez éviter, rétorqua-t-il, avant de reprendre sérieusement. Ce que je veux dire, c’est que je ne m’attends pas à ce que tu te mettes en travers d’Arlecchino pour moi. Et je ne te le demanderai jamais.

— ...Je ne te comprends pas, Aether, dit Lyney, et cette fois le voyageur était certain que les yeux de Lyney se remplissaient subtilement de larmes.

— Bah, j’ai l’habitude, tu ne serais pas le premier à me trouver étrange. »

Lyney rit doucement, sa voix légèrement sifflante comme s’il avait du mal à respirer.

Aether ne releva pas les signes de vulnérabilité de Lyney et se contenta de finir jusqu’à la dernière miette de son repas, laissant à son compagnon l’occasion de se reprendre.

« Aether.

— Hm ?

— Il y a… autre chose dont j’aimerais te parler.

— ...Tu ne vas quand même pas me trahir là, maintenant, après mon beau discours ? fit Aether, faussement offusqué.

— Que ce soit le cas ou pas, tu ne le saurais qu’au dernier moment, très cher, plaisanta Lyney, visiblement plus détendu. Mais non, ce n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour. »

Lyney parut débattre avec lui-même avant d’ajouter :

« Il se trouve que le jour où tu m’as poliment tourné le dos n’est pas anodin pour moi non plus. C’était notre anniversaire à Lynette et moi. »

Aether écarquilla les yeux presque brusquement, la sensation d’avoir le souffle coupé.

Sérieusement ?

Il n’avait jamais aimé les coïncidences...

« Joyeux anniversaire en retard, alors, dit Aether, en évitant son regard. 

— Voyageur... ? Qu’est-ce qui ne va pas ?

— Oh, je… Ce n’est rien, c’est juste…

— Tu n’es pas obligé de tout me dire, tu sais ? lui dit Lyney. Ce serait culotté de ma part. »

Aether laissa échapper un faible rire malgré lui.

« Non, c’est juste… qu’il s’agit aussi de mon anniversaire. Enfin, en quelque sorte. »

Ce fut au tour de Lyney d’en rester bouche bée et Aether ressentit un étrange –et inopportun– sentiment de satisfaction d’avoir réussi à prendre de court le magicien. Ce dernier ouvrit et ferma la bouche de nombreuses fois avant de parvenir à s’exprimer.

« Qu’est-ce que tu veux dire par “en quelque sorte” ?

— ...C’est compliqué. Je considère cette date comme mon anniversaire. »

Aether détourna le regard encore une fois. Il n’avait aucune envie de parler de ça pour l’instant. Heureusement pour lui, Lyney eut l’air de respecter sa réticence et n’insista pas.

« Eh bien ! Joyeux anniversaire en retard à toi aussi, Aether, lui dit Lyney, faisant des manières comme à son habitude. J’ai bien peur qu’il faille réparer une telle injustice, dans ce cas, très cher.

— …?

— Nos anniversaires, Aether ! Je dois avouer que j’avais espéré partager cette journée avec toi et Lynette pour l’occasion, alors… Pourquoi ne pas la rattraper aujourd’hui ? »

Aether ne put articuler un son durant quelques secondes, tiraillé par trop d’émotions à la fois. Un picotement traître au coin de ses yeux menaçaient de tout laisser échapper.

Devant la réaction du voyageur, Lyney perdit aussitôt son entrain.

« Si tu le souhaites, bien sûr ! Je ne voudrais pas–

— D’accord.

— –t’importuner… Oh. Tu en es sûr ?

— Je n’aurais pas accepté si je ne l’étais pas, répondit Aether, les yeux encore brillants mais souriant.

— Oh, dans ce cas… Que veux-tu faire ? demanda Lyney, son engouement ravivé en un clin d’œil.

— Je m’en remets à toi, tu dois avoir des tas de choses déjà en tête, non ?

— Oh, évidemment, je tiens à ce que tu passes la meilleure journée possible, mon cher ! Alors, peut-être aimerais-tu commencer par... »

Aether se retrouva à choisir parmi d’innombrables possibilités toutes les plus originales les unes que les autres, et très vite son humeur retourna à son état serein de ce matin.

Même si les battements de son cœur semblaient résonner plus fort dans sa poitrine.

En tout cas, il laissa l’aura chaleureuse de Lyney le porter comme les vagues le faisaient d’habitude.

 

À suivre…

 

Notes:

J'espère que ça vous a plu, je suis terrifiée à l'idée de partager ça, alors euh soyez indulgents :'D (ça fait au moins 10 ans que je n'ai pas laissé qui que ce soit lire ce que j'écris...)

Je ne sais pas quand je posterai la suite, mais si jamais ça vous intéresse je ferai au plus vite.

Merci <3

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