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Partir vers d'autres horizons

Summary:

Mu Qing voit l'un de ses plus beaux rêves se réaliser lorsqu'une agence de stylisme lui propose un travail à Milan. Mais partir en Europe, ça veut aussi dire quitter Xie Lian et surtout Feng Xin. Feng Xin qui le méprise, mais qu'il ne peut s'empêcher d'aimer. Xie Lian, de son côté, veut profiter du départ de Mu Qing pour réunir enfin tous ses amis.

Notes:

Chapter Text

Le ciel était pâle, presque blanc. Nul doute que la neige n'allait plus tarder à tomber. En bas de la rue, les lampadaires commençaient déjà à s'allumer, entraînant avec eux les guirlandes de Noël qui les reliaient. Dans quelques minutes à peine, la ville tout entière serait baignée de leur lumière. La plupart des habitants adoraient cette période de l'année. Il y avait toujours comme un parfum de magie qui se diffusait dans les rues, à ce moment-là. Les devantures des maisons et les terrasses des appartements regorgeaient de décorations en tout genre. Les voisins, sous leurs faux sourires, se comparaient sournoisement, tous plus désireux les uns que les autres d'avoir le meilleur décor du quartier. Enfin, presque tous.

Dans son appartement au quatrième étage – un appartement qui ne comptait aucune décoration, merci bien – Mu Qing n'avait clairement pas l'esprit à la fête. Il ne l'avait jamais eu, certes, mais cette année, il avait une bonne excuse. Alors que la plupart des gens se stressaient avec l'organisation de Noël qui n'était plus que dans une semaine, lui fixait – pour la centième fois, au moins – l'écran de son ordinateur. Il relisait inlassablement le même mail depuis ce matin, comme s'il essayait d'en déchiffrer un message codé. Ça n'avait pas beaucoup de sens, il le savait bien. Mais il ne pouvait s'en empêcher, tant il avait du mal à y croire. Parce que ce mail... c'était tout ce dont il avait rêvé depuis toujours. Alors, forcément, il devait avoir un piège quelque part. Mu Qing était tant habitué aux fausses promesses et aux moqueries qu'il ne pouvait que rester sur ses gardes. Même si là, tout semblait si vrai...

La concrétisation de son rêve avait commencé la veille, lorsqu'il avait reçu un coup de téléphone de son ancien maître de stage. Ce dernier n'avait cessé de louer sa créativité incroyable lorsque Mu Qing lui avait montré ses croquis l'an dernier. Sa façon de créer des vêtements et sa rapidité à proposer des alternatives quand un problème se présentait lui avaient également valu bien d'autres compliments... que Mu Qing n'avait pas réellement pris au sérieux. Son maître de stage s'était montré tellement enthousiaste que Mu Qing avait pris ça pour de l'hypocrisie. Même si ça lui tenait terriblement à cœur d'être excellent dans son domaine, il ne pouvait pas accepter si aisément les compliments. C'était si facile de faire du mal aux autres avec de simples mots. Aussi, quand son maître de stage lui avait dit qu'il allait faire jouer ses contacts pour lui trouver une bonne place, Mu Qing n'y avait pas cru un seul instant. Parce qu'il le savait. Les gens comme lui étaient rarement aidés. Ceux qui obtenaient de bonnes places étaient les personnes bien nées. Des personnes comme Xie Lian. Mais lui...

Mu Qing venait, en effet, d'une famille très pauvre. Son père avait été condamné à mort en Chine pour des crimes dont Mu Qing n'avait jamais rien voulu savoir. Il était arrivé très jeune aux États-Unis avec sa maman. Même s'il avait vite su maîtriser la langue anglaise, il était resté aux yeux de beaucoup de gens un étranger qui descendait d'un criminel. Sa mère avait tout fait pour couvrir ses besoins. Elle faisait de la couture. C'était d'elle que Mu Qing tenait son amour pour le stylisme. Elle lui avait appris ses techniques dès son plus jeune âge. Mu Qing s'était toujours appliqué à reproduire ses mouvements d'un geste calme et élégant. Il aurait tant aimé que le reste du monde soit un endroit aussi doux que son foyer. Mais il ne l'était pas. Et toute sa vie, Mu Qing avait dû se battre pour obtenir ce qu'il voulait. Rien n'avait jamais été facile pour lui. Sauf qu'aujourd'hui...

Aujourd'hui, le vent semblait avoir tourné. Parce que son maître de stage avait réellement tenu sa promesse. Et que c'était encore mieux que dans les rêves les plus fous de Mu Qing. Parce que son maître de stage n'avait pas des contacts à New York, comme Mu Qing l'avait cru au premier abord. Non... il en avait carrément à Milan. Milan était, aux yeux de Mu Qing, la ville la plus incroyable au monde. La vraie capitale de la mode. Découvrir cette ville lui aurait déjà semblé incroyable, mais alors y travailler... y travailler en tant que styliste... C'était difficile à croire. Et pourtant, l'appel de son maître de stage la veille et le mail qu'il avait sous les yeux à l'instant étaient tous deux incontestables. On lui offrait réellement un emploi à Milan... On avait même un appartement de libre à lui proposer. Mu Qing ne devait que s'occuper du billet d'avion. Ça représentait une somme, bien sûr, mais comparé à tout le reste... Il allait enfin pouvoir arrêter de faire des ménages pour vivre de son rêve.

Mu Qing ne put s'empêcher de relire une énième fois le mail. Mais alors que ses yeux scrutaient, à nouveau, chacun de ses mots, son téléphone vibra. Mu Qing détourna alors le regard de son ordinateur. C'était une alerte pour lui rappeler le dîner avec Xie Lian et Feng Xin. Mu Qing tiqua et regarda l'heure. Il ne lui restait plus que trente minutes. Il fallait qu'il se dépêche. Ça lui était complètement sorti de la tête, avec toute cette histoire. Il se leva alors pour aller se préparer. Il ne devait pas être en retard. Ces rendez-vous mensuels étaient, après tout, ses seuls réels moments de sociabilisation. Xie Lian organisait bien, de temps en temps, des sorties avec d'autres personnes en plus, mais Mu Qing n'y allait pas à chaque fois, contrairement à ces rencontres à trois qu'il n'avait jamais manquées, sous aucun prétexte. Mu Qing se sentit étrange un instant en y pensant. Xie Lian et Feng Xin étaient les seules personnes qu'il connaissait depuis le lycée et avec qui il était resté en contact. Même s'ils étaient tous les trois partis dans leur propre direction, Xie Lian avait toujours tenu à ce qu'ils continuent de se voir. Bon... il fallait dire aussi que c'était lui qui tenait leur groupe uni. Si Xie Lian était son... ami (?) – du moins, Mu Qing l'espérait – Feng Xin était... eh bien, Feng Xin, quoi. Mu Qing et lui ne s'étaient jamais entendus. Mu Qing était même persuadé que Feng Xin le méprisait au plus haut point. Alors que lui...

Non... Mu Qing secoua la tête. Ce n'était vraiment pas le moment d'assombrir son humeur avec toute cette histoire. Il se dirigea alors vers le hall d'entrée, mit ses bottes et son long manteau noir, puis quitta son appartement. Une fois dehors, il resserra son écharpe et enfila ses gants. Le temps était horrible. Les températures avaient chuté dans les négatives la nuit dernière. Mu Qing marcha d'un pas méfiant. Il ne tenait pas à glisser sur le verglas. Heureusement, leur point de rendez-vous n'était pas trop loin, à seulement une station de métro. Lorsque Mu Qing arriva devant le restaurant, il s'engouffra à l'intérieur sans attendre. Il était visiblement le premier arrivé. Ce qui ne l'empêcha pas d'aller déjà s'asseoir à une table, après s'être débarrassé de ses affaires. Il fit ensuite glisser ses doigts sur la nappe. Il avait quitté tellement vite son appartement de peur d'être en retard qu'il n'avait pas réellement réfléchi à cette rencontre avec Xie Lian et Feng Xin. Devait-il leur dire pour l'offre qu'il avait reçue ? Eh bien, il n'allait certainement pas pouvoir la leur cacher longtemps, mais... Son cœur se serra malgré tout. Au fond, même s'il n'en montrait rien, il craignait leur réaction.

Si Xie Lian et Feng Xin avaient toujours été très amis, Mu Qing se sentait souvent – tout le temps – de trop dans cette relation. C'était évident que Xie Lian lui préférait Feng Xin. Sans doute que Xie Lian continuait à l'inviter pour ne pas le blesser. Il était comme ça, après tout. C'était une bonne personne. Il aimait se montrer généreux avec son entourage. Probablement parce que ça renvoyait une bonne image de lui, aussi. Alors... peut-être qu'il n'en aurait rien à faire que Mu Qing s'en aille. Ou pire, il pourrait même en être ravi. Il serait alors enfin débarrassé de lui sans passer pour le méchant. Mais s'il réagissait comme ça, Mu Qing... Mu Qing n'était pas sûr de pouvoir s'en remettre.

« Oh, tu es déjà là. »

Mu Qing releva les yeux à ces mots. Il eut alors la désagréable surprise de voir Feng Xin face à lui. Il regarda aux alentours dans l'espoir d'apercevoir Xie Lian également. Mais non, malheureusement, Feng Xin était seul. Ce dernier retira sa lourde veste puis s'assit devant lui.

« C'est un problème ? siffla alors Mu Qing.

—Ah, ne commence pas ! J'ai eu une longue journée ! »

Mu Qing roula des yeux. Feng Xin aimait bien lui dire ce genre de phrase et Mu Qing savait très bien ce qu'il voulait sous-entendre à chaque fois. Que Mu Qing, lui, n'avait pas de journées compliquées ! Comme si tous les ménages qu'il faisait en attendant d'avoir un travail rémunéré dans la mode n'étaient pas épuisants ! Mais comme Mu Qing détestait parler de ça, il restait toujours silencieux lorsque Feng Xin se plaignait de son travail d'agent de sécurité. Le silence s'installa alors entre eux deux, lourd et inconfortable. Mu Qing espérait que Xie Lian ne tarderait pas à arriver. Malheureusement, la chance ne fut pas de son côté. En effet, quelques – longues – minutes plus tard, Xie Lian envoya un message sur leur groupe pour leur dire qu'il avait un imprévu et qu'il ne pouvait finalement pas venir. Mu Qing lut ces mots, tout en haussant les sourcils. Si Xie Lian ne venait pas, alors...

Il lança un regard à Feng Xin qui avait les sourcils froncés. Nul doute qu'il devait être déçu. Il cherchait surement en cet instant une excuse pour partir à son tour. Pourtant, lorsque la serveuse arriva, il prit la parole, sans aucune hésitation :

« On va vous prendre un Keemun et un Long Jing, s'il vous plaît. »

Mu Qing haussa les sourcils. De quoi ? Pourquoi faisait-il ça alors que Xie Lian ne venait pas ? Avait-il bien compris le message, au moins ?

« Quoi ? s'agaça Feng Xin lorsqu'il vit son regard. Ne viens pas me faire croire que tu n'aimes pas le Long Jing, tu prends ça à chaque fois ! »

Mu Qing resserra ses lèvres, sans rien dire. Depuis quand Feng Xin se souvenait-il de ce qu'il commandait, au juste ?

« Xie Lian ne viendra pas, finit-il par lui dire.

—Je sais, j'ai lu. Tu paries combien qu'il est juste occupé avec Hua Cheng et qu'il n'a eu aucun imprévu ? »

Mu Qing fit légèrement la grimace. Même si c'était plus que probable, il n'aimait pas s'imaginer la scène. Il fallait dire que Hua Cheng et lui ne... s'entendaient pas vraiment très bien. Mu Qing aurait bien aimé que Xie Lian soit en couple avec quelqu'un d'autre. Mais rien n'aurait pu le détourner de lui. Mu Qing était avec lui lorsqu'ils s'étaient rencontrés par hasard à la cafétéria de l'université. Il n'avait fallu que vingt-trois minutes pour que Xie Lian en tombe éperdument amoureux. Et trente-quatre foutues minutes avant que Xie Lian ne commence à lui en parler avec des étoiles plein les yeux.

Enfin... Ça ne changeait pas grand-chose à la situation actuelle. Mu Qing se mit à fixer Feng Xin, tentant de déceler ses intentions. S'il avait bien compris le message de Xie Lian, alors, pourquoi restait-il ? Peut-être qu'il avait juste besoin de se reposer un peu. Mu Qing pouvait voir que ses traits étaient tirés et qu'il était un peu plus pâle que d'habitude. Ces derniers temps, Feng Xin enchaînait beaucoup de services de nuit. Il devait être épuisé. Malgré tout, ça restait une situation étrange. Mu Qing n'avait pas l'habitude d'être seul avec Feng Xin. Depuis qu'ils se connaissaient, ça n'avait dû arriver que deux ou trois fois. Et, chaque fois, ça s'était fini en bataille. Sans Xie Lian au milieu pour les arrêter, ils avaient bien du mal à ne pas se disputer violemment. Aujourd'hui encore, ce n'était sûrement qu'une question de temps avant que ça ne dégénère.

Heureusement, la serveuse revint rapidement avec leurs thés, ce qui donna une bonne occupation à Mu Qing. Ils burent ainsi leur boisson en silence. Mais le silence ne durait jamais bien longtemps entre eux.

« Tu travailles encore pour les parents de Xie Lian ? »

Mu Qing sentit ses doigts se resserrer sur sa tasse de thé. Pardon ? Ses yeux se plissèrent. Alors, c'était pour ça que Feng Xin était resté ? Pour se moquer de lui ? Le rouge lui monta aux joues. Il détestait qu'on lui rappelle son foutu rang. Oui, il faisait encore le ménage chez les parents de Xie Lian et alors ?! Pourquoi Feng Xin prenait-il un malin plaisir à en parler ?! Mu Qing avait un diplôme, désormais ! Mais, même avec ça, il y avait encore tant de gens qui doutaient de ses qualifications, s'attardant uniquement sur le travail qu'il effectuait en ce moment. C'était si facile de le descendre pour ça. Alors qu'ils étaient les premiers à être bien content de pouvoir engager quelqu'un pour faire leur ménage. Foutus hypocrites !

« Pourquoi ? Toi aussi, tu as besoin qu'on passe le balai chez toi ?!

—Hein ? Mais non, qu'est-ce que tu racontes ?

—De toute façon, je m'en vais. »

Le cœur de Mu Qing accéléra à ces mots. Il n'avait pas vraiment eu l'intention de le lui dire. Encore moins comme ça. Mais les mots s'étaient échappés d'eux-mêmes de sa bouche. Face à lui, Feng Xin le regarda d'un air incrédule.

« Quoi, déjà ? Mais tu n'as même pas fini ton thé.

—Je ne parle pas de ça ! s'impatienta Mu Qing tout en roulant des yeux. J'ai reçu une offre de travail à... à Milan. Je m'en vais. »

Il répéta ces mots d'une voix peu assurée qu'il détesta aussitôt. Il ne voulait certainement pas montrer ses états d'âme à Feng Xin ! Heureusement, ce dernier ne semblait pas l'avoir remarqué. Il le regardait, malgré tout, d'un air surpris.

« À Milan ? En Italie ? Toi ? Attends, t'es sérieux ? »

Mu Qing sentit son cœur se tordre dans sa poitrine. Évidemment... il ne pouvait pas s'attendre à autre chose de sa part. Mais ça faisait mal quand même.

« Bien sûr, en Italie. Et oui, même si tu penses que je n'ai aucun talent, ce n'est pas le cas de tout le monde !

—Quoi ? Mais j'ai jamais dit ça ! s'énerva Feng Xin.

—Oh, ne joue pas les hypocrites. Je sais très bien ce que tu penses de moi ! Et j'ai bien vu à quel point tu étais surpris ! C'est sûr, c'est tellement étonnant que ce soit Mu Qing qu'on choisisse pour un tel travail, n'est-ce pas ? »

Mu Qing était furieux. Il s'attendait presque à ce que Feng Xin lui demande s'il avait été engagé pour faire des foutus ménages là-bas.

« Je ne comprends rien de ce que tu racontes ! cria Feng Xin. J'étais surpris que tu t'en ailles en Italie, c'est tout ! Je veux dire... »

Sa voix se calma étrangement. Il détourna même le regard, ce qui étonna Mu Qing.

« C'est loin quoi, finit-il par reprendre. C'est normal que ça me surprenne ! Arrête de tout prendre mal ! »

Mu Qing le fixa un moment, se demandant s'il pouvait le croire. Il but quelques gorgées de son thé, essayant de se calmer. Son cœur se remit à battre plus fort. Il aurait tant aimé que Feng Xin en ait réellement quelque chose à faire de son départ. Mais ça restait difficile à imaginer.

« C'est vrai que c'est loin, avoua-t-il d'une voix qu'il voulait maîtrisée. Ceci dit... ce n'est pas comme si quelque chose me retenait ici... n'est-ce pas ? »

Il amena une nouvelle fois sa tasse à ses lèvres, tâchant d'avoir l'air serein. Mais intérieurement, il avait beaucoup de mal à calmer ses émotions. Il se sentait si stupide de s'exposer à ce point ! Comme si Feng Xin pouvait le contredire ! Ce dernier semblait d'ailleurs assez confus. Et voilà ! Qu'est-ce qu'il lui avait pris de poser une telle question ?!

« C'est sûr, finit par répondre Feng Xin. Tu dois saisir cette chance. »

Le cœur de Mu Qing sombra dans sa poitrine. Évidemment... Ça n'avait rien de surprenant. Feng Xin le méprisait depuis toujours. Il ne restait avec lui que pour se faire bien voir de Xie Lian. Alors pourquoi... pourquoi avait-il fallu que Mu Qing se mette à espérer ?!

« Tu attendais ça avec impatience, tu peux l'avouer, siffla-t-il en redéposant sa tasse avec plus de force que nécessaire.

—Non, mais c'est pas possible ! explosa Feng Xin. Arrête de toujours faire ça !

—Et toi, arrête de toujours vouloir passer pour le gentil ! Tu me détestes, je ne vais pas te manquer, alors cesse de jouer les mecs sympas !

—Avec ton sale caractère, tu ne manqueras à personne, c'est sûr ! »

Mu Qing recula légèrement, comme si les mots de Feng Xin l'avaient frappé. Ce dernier semblait lui-même sonné par sa propre phrase. Il ouvrit la bouche, mais Mu Qing ne lui laissa pas le temps de parler. Il ne voulait pas en entendre davantage. C'était juste... beaucoup trop pour lui.

« Ne t'en fais pas, souffla-t-il, tu n'auras plus à subir mon sale caractère longtemps. »

Il se leva de table, remit son manteau et s'en alla du restaurant. Feng Xin n'essaya pas de le retenir, ce qui lui prouvait bien qu'il avait interprété correctement son attitude. Il se mit à marcher à vive allure. Au-dessus de lui, les illuminations de Noël semblaient plus brillantes que jamais. Mais Mu Qing n'y prêta aucune attention. Ses yeux le piquaient. Il le savait pourtant. Il avait toujours su que Feng Xin n'en avait rien à faire de lui ! Mais la douleur s'infiltrait quand même dans ses veines. Parce que lui...

Mu Qing ne voulait pas y penser. Ne voulait même pas y songer un seul instant. Seulement son esprit, traître, ne l'écouta pas. Mu Qing se détestait tant. Dire qu'il avait fallu qu'il tombe amoureux de Feng Xin... Mu Qing ne s'était jamais fait d'illusions en amour. Si déjà peu de gens l'appréciaient en tant qu'amis, c'était évident que personne ne pourrait l'aimer encore plus que ça. Partout, on s'était méfié de lui. C'était le sentiment qu'il inspirait toujours en premier. Ça et le dégoût. Feng Xin n'avait pas été différent des autres. Il l'avait sans cesse regardé de haut, le jugeant encore et encore. Ne se montrant un minimum cordial avec lui que pour faire plaisir à Xie Lian. Xie Lian qu'il aimait plus que tout. Mu Qing n'était pas aveugle. Il savait très bien que Feng Xin avait été amoureux de Xie Lian pendant toute leur adolescence. Même s'il n'était pas sûr que ce soit toujours le cas – et il ne voulait pas le savoir – ça restait difficile à vivre pour lui. Pourquoi avait-il fallu qu'il s'attache à lui ? À force de traîner à ses côtés, il avait découvert bien d'autres facettes de sa personnalité. Feng Xin était courageux et loyal. S'il tenait à quelqu'un, jamais il ne le laisserait tomber. Et la façon dont il avait eu de regarder Xie Lian... Mu Qing aurait tué pour qu'on le regarde comme ça, lui aussi. Mais jamais Feng Xin n'avait eu ce genre de regard à son égard. Parce que, pour lui, Mu Qing n'était qu'un domestique que Xie Lian avait pris en pitié.

Mu Qing secoua la tête, tentant de se reprendre. Il refusait que des larmes viennent couler sur ses joues en pleine rue. Il devait être plus fort que ça. Au moins, la réaction de Feng Xin ne le faisait plus douter. Parce que... Ah, il se sentait encore plus stupide, désormais ! Mais au fond de lui, il le savait. Si Feng Xin lui avait demandé de rester, il l'aurait fait. Parce que peu importe le fait qu'il rêve de travailler à Milan, son rêve d'être aimé était encore bien plus fort. C'était ridicule. Il fallait qu'il passe à autre chose. Il n'avait plus l'âge pour ce genre de bêtise. Alors, dès qu'il serait enfin chez lui, il répondrait au mail pour accepter la proposition. Même si c'était blessant, la vérité était bel et bien là : rien ne le retenait ici...


Noël approchait à grands pas. Il ne restait, désormais, plus que quelques jours avant la célébration. L'heure était déjà à la fête dans les rues, surtout à l'approche des commerces. Mais Mu Qing n'y prêtait toujours aucune attention. Il avait eu plusieurs contacts avec son futur employeur pour organiser son arrivée. Il commencerait donc la nouvelle année à Milan. Mu Qing se sentait tellement impatient. Même si les mots de Feng Xin restaient en permanence dans un coin de son esprit, il tâchait de se concentrer sur le positif. Aussi, tandis que la plupart des gens se ruaient dans les magasins pour trouver des cadeaux de dernières minutes, Mu Qing, lui, commençait à emballer ses affaires dans des caisses. Heureusement, il n'avait pas grand-chose à transporter. Il fallait dire qu'il n'avait jamais eu beaucoup d'affaires à lui. Il tenait précautionneusement un cadre photo en main lorsque son interphone résonna dans la pièce. Mu Qing haussa les sourcils, ne s'attendant à aucune visite. Il reposa le cadre, s'approcha de l'entrée et vit, via à la caméra, que c'était Xie Lian. Surpris, il appuya malgré tout sur le bouton pour le faire entrer. Il déverrouilla ensuite sa porte et attendit que Xie Lian arrive par l'ascenseur.

« Ah, je suis content que tu sois là, Mu Qing, lui sourit ce dernier en pénétrant dans le couloir quelques instants plus tard. J'avais peur que tu ne sois occupé.

—Non, c'est bon... Entre. »

Mu Qing se déplaça quelque peu pour le laisser passer. Il referma ensuite la porte derrière eux, un peu mal à l'aise. Il ne savait pas quoi lui dire. À vrai dire, il aurait bien voulu avoir encore un peu de temps avant de lui faire face.

« Je ne te dérange pas ? demanda Xie Lian, le regard posé sur les cartons.

—Non, c'est... enfin... »

Mu Qing s'agaça à bégayer de la sorte. Il savait parler quand même ! Mais, au fond de lui, il avait peur de la réaction de Xie Lian. Et si, lui aussi, n'en avait rien à faire de son départ ? Est-ce qu'il aurait pu pousser le vice à venir jusqu'ici pour se moquer de lui ? Non, Xie Lian n'était pas comme ça.

« Feng Xin m'a tout raconté, lui avoua alors Xie Lian. Je t'avais bien dit que tu pouvais croire les paroles de ton maître de stage ! Milan, c'est génial ! C'est ton rêve qui se réalise ! »

Mu Qing se força à hocher la tête. Le sourire de Xie Lian était communicatif. Malgré tout, il avait du mal à être serein. Xie Lian n'en avait probablement pas grand-chose à faire qu'il parte et-

Ce dernier coupa court à ses pensées en lui serrant la main.

« C'est égoïste de ma part, mais tu vas me manquer. Il faudra que je vienne te rendre visite avec San Lang ! »

Mu Qing l'observa un instant, sans trop savoir quoi dire. Alors... c'était vrai ? Il allait réellement lui manquer ? Même s'il aurait préféré que Xie Lian ne mentionne pas Hua Cheng, entendre ces mots, c'était... ça le touchait vraiment beaucoup. Même s'il ne pouvait s'empêcher de rester sur ses gardes.

« Tu ne dois pas te sentir obligé.

—Absolument pas ! le contredit aussitôt Xie Lian. On est amis, c'est normal que je veuille continuer à te voir ! »

Le cœur de Mu Qing rata un battement. Il baissa la tête pour cacher son regard. Amis ? Alors... ils l'étaient réellement ? Jusqu'ici, Mu Qing avait toujours eu du mal à qualifier sa relation avec Xie Lian. Il l'avait rencontré quand il avait seize ans. À cette époque, il enchaînait déjà les petits boulots après le lycée. De fil en aiguille, il avait réussi à faire le ménage chez des personnes très fortunées. Il avait croisé Xie Lian chez l'une d'elles. Aujourd'hui encore, Mu Qing ne savait pas pourquoi Xie Lian était venu lui parler. Ni même pourquoi il lui avait proposé de travailler pour ses parents. Le père de Xie Lian étant le gouverneur, Mu Qing n'avait pas pu refuser. Là-bas, il avait dû principalement s'occuper de Xie Lian. Il avait aimé ça autant qu'il l'avait détesté. Il s'était senti proche de Xie Lian et bien plus respecté que n'importe où ailleurs. Mais en même temps... pouvait-on réellement voir son employeur comme un ami ? Avaient-ils réellement développé une relation sincère ou bien est-ce que Xie Lian le voyait juste comme sa bonne action du moment ?

Mu Qing était sans cesse traversé de sentiments contradictoires concernant Xie Lian. Même si ce dernier s'était toujours montré généreux à son égard (allant même jusqu'à l'aider à financer ses études de stylisme), Mu Qing aurait tant aimé qu'ils ne soient pas dans une relation si inégalitaire. Si seulement lui aussi avait de l'argent. Si seulement lui aussi était bien né. Mais parce que ce n'était pas le cas, il était fatalement condamné à être inférieur à Xie Lian. Et ça... ça, c'était injuste ! Mais si tout le monde le voyait comme ça, sans doute que c'était pareil aux yeux de Xie Lian et-

« Tu te perds encore dans tes pensées, Mu Qing. »

La voix de Xie Lian était teintée d'amusement. Mu Qing tâcha de se ressaisir.

« C'est à cause du déménagement, mentit-il.

—Je comprends, je comprends..., sourit Xie Lian. Quand est-ce que tu pars du coup ?

—Après les fêtes. J'aimerais bien y être pour le début de l'année.

—Oh... D'accord ! Est-ce que je peux t'aider ? »

Mu Qing pensa à la maladresse légendaire de Xie Lian et préféra refuser. Par sécurité.

« Très bien, mais je voudrais au moins t'offrir quelque chose. Je sais à quel point tu as dû travailler dur pour en arriver là. Oh, je sais ! Je pourrais t'offrir ton billet d'avion ! »

Mu Qing le regarda avec de grands yeux. Xie Lian se rendait-il compte de ce qu'il disait ?

« Ce n'est pas nécessaire, répondit-il alors.

—Mais si, vraiment, ce n'est rien pour moi. »

Mu Qing resta un moment silencieux. Bien sûr, ce n'était rien pour Xie Lian alors que pour lui, ça représentait tant d'argent. Heureusement, Xie Lian finit par comprendre son malaise.

« Ah, désolé, oublie ce que je viens de dire ! Hmm d'accord, et si tu venais fêter Noël avec nous, à la place ?

—N'était-ce pas censé être un cadeau pour moi ? répondit Mu Qing.

—Bon, disons que je continue d'être égoïste alors, sourit Xie Lian. Ça me ferait vraiment plaisir que tu nous rejoignes cette année. »

Mu Qing ne put s'empêcher de rouler des yeux. Même si, au fond de lui, ça lui faisait quand même plaisir que Xie Lian insiste... Chaque année, Xie Lian organisait une fête pour Noël avec ses amis les plus proches. Mu Qing, bien qu'invité à chaque fois, n'y était jamais allé, persuadé que ce n'était pas réellement pour lui. Sans parler du fait qu'il n'aimait pas spécialement Noël. Mais cette fois-ci... c'était la dernière fois qu'il pourrait tous les voir. Même s'il n'allait manquer à personne, l'inverse... l'inverse n'était pas vrai. Il soupira.

« Je vais y réfléchir.

—C'est vrai ? se réjouit Xie Lian. Merci Mu Qing ! »

Le plaisir de Xie Lian était si communicatif que Mu Qing eut presque envie de lui dire oui directement. Malgré tout, il fut pris d'un horrible doute qu'il devait absolument dissiper au plus vite.

« ... Ce n'est pas toi qui cuisines le repas, n'est-ce pas ?

—J'ai bien essayé la première année, mais euh... tout le monde est tombé dans les pommes, à part San Lang, ha ha. Donc, je ne le fais plus. »

Xie Lian se gratta nerveusement la joue. Mu Qing, lui, souffla de soulagement. Bon, si Xie Lian restait loin des fourneaux, peut-être qu'il pourrait bien accepter. Juste histoire de revoir tout le monde avant... avant son départ.

À la pensée qu'il n'allait plus jamais les revoir, Mu Qing se sentit étrangement triste. C'était stupide pourtant. Il ne comptait pour personne. Il ne les voyait que lorsque Xie Lian les invitait en même temps que lui. Mais, en étant avec eux, il avait l'illusion d'être intégré à un groupe. À Milan... il allait de nouveau être seul. Sans vraiment y penser, ses yeux s'arrêtèrent sur le cadre qu'il avait redéposé sur l'étagère plus tôt. C'était une photo de sa mère.

« Elle serait fière de toi », lui dit alors Xie Lian qui observait chacun de ses gestes.

Mu Qing hocha distraitement la tête. C'était sans doute vrai. Sa mère avait été la seule personne à toujours croire en lui. Elle l'avait poussé à accomplir ses rêves, à ne laisser personne entraver son chemin. Elle lui avait sans cesse répété que le rang social n'avait rien à voir avec le talent. Sa mère avait toujours eu une belle vision de la vie. Bien meilleure que la sienne. Quand elle était tombée gravement malade, elle ne s'était préoccupée que de son bien-être à lui. Mu Qing aurait tant aimé qu'elle soit là aujourd'hui. Qu'elle puisse voir qu'il avait franchi tous les obstacles. Qu'il s'était montré digne d'elle. Du moins, il l'espérait.

« Elle aurait adoré Milan, finit-il par chuchoter dans un sourire.

—Tu vas l'adorer aussi, Mu Qing. Je suis persuadé qu'il te faudra peu de temps pour maîtriser les sarcasmes en italien, ha ha. »

Mu Qing le foudroya du regard. Mais la bonne humeur de Xie Lian lui fit du bien, malgré tout.

« Tu pourras venir pendant les vacances d'été, si tu veux, lui lança-t-il alors l'air de rien.

—Et pendant les vacances d'hiver aussi ? »

Mu Qing lui lança un regard surpris. Le sourire de Xie Lian se fit plus rayonnant encore.

« Ne crois pas que tu échapperas à ton cadeau de Noël en partant vivre en Italie ! »

Mu Qing finit par sourire à son tour. La chaleur se diffusa dans tout son corps. Même s'il ne pouvait oublier la réaction douloureuse de Feng Xin, celle de Xie Lian... celle de Xie Lian l'éclipsait presque.

« D'accord, souffla-t-il, tu pourras aussi venir pendant les vacances d'hiver. »

Il pourrait même venir chaque fois qu'il le désirerait. Et peut-être qu'alors, avec un peu de chance, leur relation évoluerait. Peut-être que Mu Qing se sentirait enfin libéré de son rang social et qu'ils pourraient être amis sur un même pied d'égalité. Et alors... peut-être aussi que Xie Lian ne l'oublierait pas. Mu Qing avait tant envie d'y croire, même si son esprit lui hurlait de ne pas se bercer d'illusions...


Un peu plus tard...

Après avoir passé un moment avec Mu Qing, Xie Lian poussa la porte de son propre appartement, situé à quelques kilomètres de là. Il retira rapidement sa veste et ses chaussures avant de s'avancer dans le salon. Ses yeux se posèrent aussitôt sur son petit ami qui était en train de peindre sur son chevalet. Ce dernier tourna son doux regard vers lui et lui sourit tendrement.

« Tout s'est bien passé, Gege ?

—Je pense que oui. Même si on ne peut jamais en être sûr avec Mu Qing. »

Xie Lian rigola doucement et s'approcha de San Lang. Il l'entoura ensuite doucement de ses bras et posa sa tête sur son dos. Il inspira l'odeur de ses beaux cheveux noirs. Son cœur se troubla aussitôt. Même si ça faisait deux ans, à présent, qu'ils étaient ensemble, Xie Lian se sentait sans cesse chaviré lorsqu'il était à ses côtés. San Lang dégageait toujours cette aura autour de lui, celle qui faisait que Xie Lian se sentait juste à sa place. Il profita alors un moment de sa chaleur, avant de se déplacer légèrement pour pouvoir observer la toile de son petit ami. Ce matin même, elle était encore vierge, mais désormais une magnifique fleur blanche était peinte. Une pluie rouge tombait tout autour d'elle. Heureusement, la fleur était protégée par un parapluie couleur carmin.

« C'est poétique, sourit Xie Lian.

—Je l'ai faite pour toi, Gege. »

Xie Lian sentit la joie l'envahir. Il embrassa San Lang sur la joue et le remercia. Il regarda ensuite à nouveau la toile.

« Si seulement tu t'appliquais autant quand on fait nos exercices d'écriture, déclara-t-il d'un ton ludique.

—Gege, se plaignit aussitôt San Lang. Ne m'embête pas avec ça. »

Xie Lian rigola, avant de s'excuser. San Lang posa ses pinceaux et se tourna entièrement vers lui. Il le prit ensuite dans ses bras. Ses lèvres vinrent capturer les siennes dans un baiser assoiffé. Xie Lian se plut à se laisser aller dans son étreinte. C'était si naturel. Oui... Entre eux, tout avait toujours été si facile.

Ils s'étaient rencontrés deux ans auparavant. Xie Lian venait tout juste d'arrêter les études de médecine. Il s'était rendu compte que cette voie n'était vraiment pas faite pour lui. Il avait alors décidé, contre l'avis de ses parents, de suivre sa véritable vocation. Il s'était inscrit dans une faculté d'art. Et un jour, alors qu'il avait invité Mu Qing à manger avec lui, il l'avait vu. San Lang... Ça avait été un coup de foudre. Ses cheveux, ses yeux, son regard, son attitude... tout lui avait instantanément plu. Et quand il lui avait parlé, il s'était juste senti subjuguer. Ils s'étaient rapidement mis en ensemble. Et Xie Lian avait directement su que rien, jamais, ne pourrait les séparer. Même si Hua Cheng avait une sale réputation, Xie Lian savait ce qu'il en était réellement. Son San Lang – Hua Cheng ne voulait entendre que son nom là dans sa bouche – était l'homme le plus merveilleux au monde. Bien plus qu'un simple amant, il était son âme sœur, son meilleur ami et juste la personne la plus importante de toute sa vie.

Lorsque San Lang s'éloigna un peu, Xie Lian le regarda avec des yeux doux. Il caressa lentement son visage.

« Ne sois pas fâché, d'accord ?

—Rien de ce que tu fais ne pourra jamais me fâcher, répondit San Lang sans hésitation.

—J'ai insisté pour que Mu Qing vienne à notre fête de Noël. Et je suis persuadé qu'il dira oui, cette fois-ci. Il a dit qu'il y réfléchirait, mais je pense qu'il ne veut juste pas accepter directement. Par principe. »

San Lang fronça les sourcils. Xie Lian lui envoya un sourire désolé. Il savait que son petit ami ne supportait pas Mu Qing. Il fallait dire que Mu Qing était... eh bien assez particulier. Il maniait les sarcasmes comme personne. Xie Lian et lui avaient eu également une grosse dispute plusieurs années auparavant. Et si Xie Lian était passé outre, San Lang avait du mal à le faire. Pour lui, toute personne qui blessait un jour son Gege ne méritait que de la souffrance.

« Si ça te tient à cœur, répondit, malgré tout, ce dernier, alors je serai content qu'il vienne.

—Merci », souffla Xie Lian.

Il l'embrassa à nouveau. Sa réponse aurait dû le ravir, mais Xie Lian sentit que son cœur restait lourd.

« Ça ne te convient pas ? demanda San Lang comme s'il lisait dans ses pensées.

—Si, si ! C'est juste que... je ne sais pas. Je crois que je me sens nostalgique. »

Xie Lian s'assit sur le divan, très vite imité par San Lang qui lui prit les mains. Ce dernier caressa lentement ses paumes.

« Pourquoi ?

—Mu Qing s'en va et je me rends juste compte que tout le monde s'éloigne. Quand je pense qu'avant, on pouvait tous se réunir sans souci. Mais maintenant... He Xuan refuse nos invitations de groupe. Shi Qingxuan aussi. Tu ne veux plus voir Shi Wudu, ce que je respecte, mais du coup, Pei Ming et Ling Wen ne viennent plus non plus. On n'était déjà plus très nombreux. Avec le départ de Mu Qing... Il ne reste plus que Quan Yizhen, Yin Yu et Feng Xin...

—Et encore... Feng Xin n'est pas resté longtemps au dernier Noël », fit remarquer Hua Cheng.

Xie Lian pensa un instant à son pauvre ami qui avait passé une bonne partie de la soirée à tenir la chandelle avant de craquer et de rentrer chez lui.

« On aurait dû faire plus attention à lui.

—C'est de sa faute, répliqua Hua Cheng sans beaucoup d'émotion. Il ne serait pas seul s'il n'était pas aussi bête.

—San Lang !

—Allons, Gege... Tu sais que j'ai raison. »

Certes... Il ne l'aurait pas formulé de façon aussi directe, mais il pouvait difficilement donner tort à San Lang. Il suffisait qu'il pense aux récents messages de Feng Xin pour s'en convaincre...

Mu Qing s'en va !

Il s'en va vraiment ! En Italie ! Il m'a sorti ça sur son ton froid habituel !

J'ai été sympa, je me suis montré content pour lui, mais ce connard s'est vexé ! Je ne sais même pas pourquoi ! Genre, il a cru que je m'en foutais !

Je le déteste !

Je ne sais même pas quand il part, du coup...

Tu lui demanderas ?

Vraiment... Avec ces deux-là, Xie Lian ne savait jamais s'il devait rire ou pleurer. C'était pourtant clair pour tout le monde – sauf pour eux – qu'ils étaient tous les deux amoureux l'un de l'autre. Xie Lian avait longtemps hésité à jouer les entremetteurs. Mais il avait appris, à ses dépens, que ce n'était jamais une bonne idée de se mettre entre eux deux. Seulement... maintenant que Mu Qing partait, il espérait quand même que ce serait l'élément déclencheur pour qu'ils s'avouent enfin leurs sentiments...

« Au moins, il ne tiendra pas la chandelle cette année, dit-il avec bonne humeur. Je le préviendrai que Mu Qing sera là. Et peut-être qu'il arrivera enfin à lui parler.

—Il ne faut pas trop espérer avec eux, Gege. »

San Lang eut au moins la gentillesse de ne pas paraître trop moqueur en disant sa phrase. Xie Lian soupira.

« Je sais que c'est naïf de ma part, reconnut-il, mais je voudrais tant que ce Noël se passe bien. Pour Mu Qing, mais aussi pour les autres. Qu'on se retrouve comme avant. Et que juste tous mes amis soient heureux. »

San Lang le regarda avec tendresse. Il passa une main dans ses cheveux avec une douceur infinie.

« C'est naïf, oui, reconnut-il, mais c'est le plus beau vœu de Noël que je n'ai jamais entendu. »

Ils échangèrent un sourire. Puis, Xie Lian se laissa aller dans l'étreinte de San Lang. Même si tout ne se passait pas comme il le voudrait, au moins, il avait San Lang à ses côtés. Et ça, c'était plus fort que tout...


Hua Cheng n'avait qu'un seul objectif dans sa vie : il voulait rendre Xie Lian heureux. Aussi quand il avait appris le souhait de son petit ami pour Noël, il avait décidé de tout mettre en œuvre pour le réaliser. Même si, malheureusement, ça ne dépendait pas entièrement de lui. C'est pourquoi, le lendemain même de sa conversation avec Xie Lian, il se retrouva de bon matin dans l'appartement de He Xuan. Ce dernier leur servit une tasse de thé, tout en le fixant longuement.

« Tu as un service à me demander, soupira-t-il de sa voix froide.

—Une demande, plutôt, le corrigea Hua Cheng avec un large sourire. J'aimerais que tu viennes à notre fête de Noël cette année. »

He Xuan resta silencieux un moment. Il s'assit ensuite en face de lui et souffla sur sa tasse.

« Ils seront là ?

—Je ne leur ai pas encore demandé. Je préfère avoir ta réponse en premier. »

Ce n'était un secret pour personne, après tout, que Hua Cheng avait pris position pour He Xuan dans cette histoire. Il pouvait dire qu'il éprouvait une certaine forme de compassion pour son ami. En effet, la vie n'avait pas été tendre envers lui. Certains pensaient même que He Xuan était maudit. Il avait lutté contre la pauvreté toute sa vie. Il avait également perdu sa sœur et la femme qu'il aimait à seulement dix-huit ans. Il avait voulu se venger de leur meurtrier, mais c'était lui qui avait fini en prison, à la place. Hua Cheng ne connaissait pas les détails, He Xuan n'ayant jamais voulu en parler en profondeur. Mais il savait que la prison avait été horrible à vivre pour He Xuan. D'autant plus que sa mère était décédée pendant son incarcération et que son père l'avait suivie peu après sa libération.

Non, vraiment, He Xuan n'avait eu aucune chance dans sa vie. Du moins, jusqu'au jour où Shi Qingxuan avait poussé les portes de son magasin. À ce moment-là, ce fut comme si la roue du destin avait tourné. He Xuan avait retrouvé le bonheur. Shi Qingxuan et lui avaient alors entamé une belle relation, bien que compliquée par moment. Malheureusement, ça n'avait pas duré. Parce qu'il avait fallu que Shi Wudu s'interpose. Ce dernier ne voulait pas que sa sœur sorte avec un ancien détenu. Il n'était pas convaincu non plus par son train de vie actuel. Il leur avait donc mené la misère. Si bien que He Xuan avait fini par exiger que Shi Qingxuan choisisse entre eux deux. Elle en avait été malheureuse, l'avait supplié de lui laisser un autre choix, mais He Xuan n'avait pas plié. Shi Qingxuan avait alors choisi son frère. Et He Xuan était parti, non sans lui dire des propos assez horribles.

« Je comprends que tu ne veuilles pas les revoir, reprit Hua Cheng. Mais elle s'en veut, tu sais ? Elle ne vient plus à nos réunions non plus. Et, aux dernières nouvelles, elle est toujours fâchée contre son frère.

—Elle n'avait pas qu'à le choisir alors, répondit sombrement He Xuan.

—C'est sûr. Mais ça reste dommage de rester là-dessus. N'as-tu jamais eu envie de lui reparler ? »

He Xuan but une gorgée de son thé, avant de lui répondre.

« Tu fais ça uniquement parce que Xie Lian veut tous nous revoir, n'est-ce pas ? »

Hua Cheng rigola doucement tout en haussant les épaules.

« Mu Qing s'en va, lui expliqua-t-il alors. C'est juste une occasion de tous se réunir avant son départ.

—Shi Wudu aussi ?

—C'est toi qui décides. »

Hua Cheng ne voulait pas le pousser sur ce point-là. Même s'il aimait Xie Lian de tout son cœur, il pouvait comprendre les limites de He Xuan. Mais, dans le fond, il se disait que tout ça n'était que du gâchis. Il était persuadé que si Shi Qingxuan et lui arrivaient à se reparler, ils pourraient résoudre leurs problèmes. Il fallait juste que quelqu'un fasse le premier.

« D'accord.

—Vraiment ? s'étonna Hua Cheng.

—Vraiment. Mais ça rembourse une partie de ma dette. »

Hua Cheng afficha un sourire moqueur. C'était de bonne guerre.

« Par contre, si Shi Wudu me fait la moindre remarque, je lui arrache la tête.

—Je ne manquerai pas de le lui faire savoir. »

Hua Cheng ne l'avait jamais particulièrement aimé, après tout. Mais il était soulagé. Il avait su convaincre He Xuan. Et plus rapidement qu'il ne l'aurait cru. Peut-être que la solitude avait fini par le peser et, qu'au fond, il n'attendait qu'une bonne excuse pour pouvoir faire un pas vers Shi Qingxuan, sans avoir trop à mettre son ego de côté. Hua Cheng était persuadé qu'il nourrissait beaucoup de regret sur sa relation avec elle. Lui qui avait déjà perdu tant d'êtres chers dans sa vie... Mais cette fois, peut-être que ça allait bien se terminer pour lui. Hua Cheng y comptait, en tout cas. Jouer les entremetteurs avait quelque chose d'assez amusant. Même s'il devait encore convaincre Shi Wudu d'arrêter d'être un idiot complet.

Lorsqu'il eut fini de boire son thé avec He Xuan, il se dirigea donc vers l'appartement que Shi Wudu partageait avec Pei Ming et Ling Wen. Hua Cheng était rarement venu ici. Il était de notoriété publique, après tout, qu'il valait mieux éviter l'appartement de Pei Ming. Ah... ce qu'il ne ferait pas pour son Gege. Il sourit avec tendresse en pensant à lui. Ce qui l'aida à aller jusqu'au bout et à frapper à la porte. Heureusement, ce fut Shi Wudu lui-même qui lui ouvrit. Ce dernier l'observa de la tête au pied, le regard un peu hautain.

« Qu'est-ce que tu veux ?

—Je te laisse le choix, déclara Hua Cheng sans préambules. Soit tu viens sans faire d'histoires à notre fête de Noël où il y aura également He Xuan et ta sœur. Soit tu restes chez toi et crois-moi que tu pourras alors faire une croix sur ta sœur, mais aussi sur tous tes amis. »

Shi Wudu ouvrit grand les yeux. Mais la surprise fut rapidement remplacée par la colère.

« De quoi tu te mêles ?! Ce ne sont pas tes affaires !

—Je t'énonce de simples faits. Je ne compte pas m'éterniser ici. J'ai des choses plus importantes qui m'attendent. Alors... Tu feras des histoires ou pas ?

—Je ferai ce que je veux ! »

Le regard de Hua Cheng s'assombrit, de même que l'aura qu'il émettait. Shi Wudu se retint alors de faire un pas en arrière.

« Très bien, très bien, s'agaça-t-il. Si tu y tiens tant... Je sais me tenir une soirée, quand même. »

Ça, Hua Cheng n'en était pas réellement assuré, mais bon... Il sourit d'un air sombre en le voyant céder aussi vite. Bien sûr, Hua Cheng connaissait son grand pouvoir de persuasion, mais ça lui faisait toujours plaisir de le voir si bien fonctionner.

« Si tu fais un pas de travers, je me ferai un plaisir d'aider He Xuan à t'arracher la tête.

—... Ce n'était pas nécessaire de le préciser...

—Sait-on jamais », sourit Hua Cheng d'un air sombre.

Sur ces mots, il se détourna de lui. Shi Wudu referma directement la porte. Malgré tout, dans le couloir, Hua Cheng pouvait entendre la voix de Pei Ming s'élever.

« Alors comme ça, on cède à Hua Cheng ? Son regard meurtrier t'a fait peur ?

—Tais-toi, souffla Shi Wudu. Tu racontes n'importe quoi.

—Oh non, je ne crois pas. Ça m'a trop excité.

—Mais qu'est-ce qui ne t'excite pas, franchement ? »

Malgré l'agacement qu'il voulait transmettre, on sentait clairement dans la voix de Shi Wudu que les mots de Pei Ming l'intéressaient. Hua Cheng se hâta alors de rentrer chez lui. Ah... il n'était pas mécontent de ces visites. Même s'il n'était pas encore à cent pour cent convaincu que tout se passerait bien, au moins, tout le monde serait réuni comme avant. Il ne restait que Shi Qingxuan à aller voir, mais Hua Cheng n'avait aucun doute sur le fait qu'elle accepterait de venir. Hua Cheng sourit doucement. Tout se mettait bien en place. Il espérait que son Gege serait content et passerait un beau Noël. Et dire que si c'était le cas, ce serait grâce au départ de Mu Qing. Pour une fois qu'il faisait quelque chose de bien, celui-là... Peut-être que Hua Cheng pourrait lui acheter un cadeau cette année, pour l'en remercier... Oui, peut-être bien...


À quelques kilomètres de là, Mu Qing n'avait aucune idée des intentions pour une fois aimables de Hua Cheng à son égard. Son esprit était bien loin, d'ailleurs, de penser à cet homme. Il continuait, au contraire à ranger ses affaires. Il était, malgré tout, toujours un peu nerveux. Il venait de confirmer à Xie Lian qu'il viendrait bien à sa fête de Noël. Il ne savait pas si c'était vraiment une bonne idée, mais il avait envie de leur dire au revoir. Et surtout... de revoir Feng Xin une dernière fois... Songeur, il mit délicatement sa machine à coudre dans un grand carton. Mais alors qu'il se perdait dans ses pensées, son téléphone se mit à vibrer. Mu Qing l'attrapa et regarda l'écran. Plusieurs messages se mirent à apparaître. Ils venaient tous du même groupe. Il l'ouvrit alors.

Ling Wen : Félicitations pour ton contrat, Mu Qing.

Pei Ming : La chance ! Tiens, je te passe de super bonnes adresses à Milan. Dis-leur que tu viens de ma part, tu seras bien reçu :p

Xie Lian : euh... je ne suis pas sûr que ce soit bien approprié.

Pei Ming : Mais si ! Je peux t'en proposer aussi, si tu veux pimenter ta vie sexuelle ~

Hua Cheng a banni Pei Ming

Shi Wudu : Ha ha, bien fait pour lui ! Bravo pour ton nouveau travail, Mu Qing !

Yin Yu : Quan Yizhen et moi te félicitons pour ton travail. Tu le mérites.

Xie Lian : Hâte de tous vous voir à Noël pour bien fêter ça ! :)

Mu Qing roula des yeux en lisant ces messages. Mais il ne put s'empêcher de sourire légèrement. Il n'en voulait pas à Xie Lian d'avoir dit à tout le monde qu'il partait. Il préférait même ça, comme ça, il n'avait pas à voir leur réaction directement. Mais ces messages... Ça n'avait l'air de rien, mais ça le touchait tout de même. Alors... Peut-être qu'il avait quand même réussi à se faire une petite place ici. Il n'était pas aussi social que Xie Lian, ni aussi gentil que lui, mais... peut-être n'était-il pas seulement dans leur groupe par pitié. Il l'espérait tant... Même si ça l'inquiétait également.

En partant à Milan, il allait tout quitter. Et s'il se retrouvait encore plus seul là-bas qu'ici ? Jamais il ne pourrait se refaire des amis. Sans l'aide de Xie Lian, qui accepterait de lui laisser une chance ? Ça lui paraissait juste impossible... Non. Mu Qing secoua la tête. Il ne devait pas se laisser abattre de la sorte. Sa carrière était plus importante que tout le reste. Il pouvait vivre en étant seul. Il en avait l'habitude, après tout.

Pourtant, alors qu'il tâchait de s'en convaincre, il ne pouvait s'empêcher de regarder plusieurs fois son écran dans l'espoir vain de voir un message d'une certaine personne s'afficher. Mais non. Le temps avait beau passer, rien ne venait. Feng Xin restait désespérément silencieux. Le cœur de Mu Qing se serra. Il n'en était pas surpris, mais ça faisait tout de même mal... Les derniers mots de Feng Xin ne cessaient de tourner dans sa tête. Avec ton sale caractère, tu ne manqueras à personne, c'est sûr ! Mu Qing soupira. Il était vraiment stupide de penser que Feng Xin allait lui envoyer un message après ça. Il le méprisait. Il devait juste attendre avec impatience qu'il parte pour de bon. L'esprit de Mu Qing se troubla. Peut-être que c'était ce qu'ils attendaient tous, sous leurs faux airs de gentils. Peut-être même étaient-ils tous en train de se moquer de lui, en ce moment même et-

Mu Qing inspira profondément. Il ne pouvait pas laisser les émotions le submerger. Réfléchir aux intentions possibles qui se cachaient derrière chaque parole l'aidait à se préparer au pire et à s'en défendre, mais c'était aussi si épuisant. Mu Qing n'en pouvait plus. Alors cette fois-ci – juste cette fois-ci – il allait baisser un peu sa garde. Il allait tâcher de profiter de la fête pour passer un dernier moment avec tout le monde. Et après... après, il serait loin d'ici alors... il ne prenait pas beaucoup de risque.

Mu Qing tâcha de se montrer optimiste, même si ce n'était pas simple. Et puis... même si Feng Xin le détestait, Mu Qing avait tant besoin de lui faire de réels adieux. Alors oui... pour une fois, il avait hâte d'être à Noël. En espérant juste qu'il parviendrait enfin à avoir une vraie conversation avec Feng Xin sans commencer à se battre avec lui. Mais ça... seul le temps le lui dirait...